Josèphe, Antiq. jud., Xvitt, 1x
sur ses bandes, abattues par le sommeil et par la boisson, et en firent un grand carnage. Hanilaï fut parmi les morts.
Privés de son appui, les Juifs eurent à subir les vengeances des Babyloniens, et durent se réfugier à Séleukia, peuplée de Gréco-Macédoniens et de Syriens.
Dans les pays d'au delà du Tigre, en Médie et en Perse, il y avait des communautés juives à qui Gamliel envoyait des missives.
Répandus partout, les Israélites nulle part n’étaient aimés. L’étrangeté.de leur doctrine, leur éloignement pour la table commune, le soin qu’ils apportaient à ne se point marier avec les païens, leur horreur de la viande de porc, leur observation du schabbath, les faisaient considérer comme une secte séparée, ennemie du genre humain.
La terre est pleine de toi, et toute la mer, Etloul te traile en ennemi à cause de tes coutumes,
dit justement la sibylle juive à la nation d'Israël.
En butte à la haine des gentils, les Juifs, pour les gagner, eurent recours a une pieuse supercherie : ils mirent leurs propres doctrines sur les lèvres des grands hommes de l'antiquité.
Alexandrie fut le grand laboratoire d’où sortirent une masse de livres faussement attribués aux anciens poètes ou philosophes de la Grèce.
Après la Palestine, l'Egypte était devenue la principale résidence des Juifs. Lorsque Ptolémaios eut la possession incontestée de la Célésyrie et de la Palestine, des milliers d’Israélites vinrent d’eux-mêmes s'établir en Mizraïm.
Sans doute, leur fécondité y fut étonnante, car, au vout d’un siècle, il y avait environ un million de Juifs
en Égypte.
1. Oracula sibyllina, édités par Alexandre, 111, v. 271, 272.
Jouissant des mêmes droits que la population grecque, ils en marquaient leur reconnaissance aux Ptolémées par le plus invincible attachement,
Peu répandus dans l'intérieur de l’Eg sypte, les Israélites s'étaient principalement concentrés à Alexandrie, la première cité du monde après Rome pour le commerce et la politique, la première après Athènes pour la culture de l’esprit, Les Ptolémées en avaient fait un vaste foyer de science internationale, et y avaient rassemblé une bibliothèque unique dans l'antiquité. La, dans cette ville merveilleuse, affluaient les poètes, les orateurs et les adhérents des différents systèmes philosophiques,
On y enseignait les mathématiques, l'astronomie, la géographie. Parmi-les cinq quartiers de la ville, les Juifs avaient surtout choisi, pour s’y grouper, celui du Delta, au bord de la mer, la où sans doute ils pouvaient plus aisément se livrer au commerce. Ils avaient un chef, avec le titre d’ethnarque, qu’ils élisaient, et dont ils soumettaient le choix à la ratification du roi. L’ethnarque répondait devant les Ptolémées du tribut annuel,
Les Juifs avaient encore leurs propres juges, qui décidaient de toutes choses suivant la loi mosaïque. Dans le premier siècle de l’ère chrétienne, l’ethnarque ou alabarque était assisté par un synhédrion de soixantedix membres qui, comme celui d’Ierouschalaïm, était certainement la cour suprême de justice, en même temps que la haute assemblée gouvernementale.
La communauté israélite avait, dans les quartiers de la ville, des maisons de prière, appelées Proseukhèns, parmi lesquelles’se signalait la synagogue principale, qui avait la forme d’une basilique avec un double rang de colonnes. Les maisonS de prière étaient aussi, à Alexandrie, des maisons d’enseignement, où l’on se réunissait, au schabbath et aux fêtes, pour entendre Pexplication de la Thora.
En rapport avec des Grecs, les Israélites d’ Égypte parlèrent la langue de ceux-ci et devinrent les hellé-
nistes, par opposition aux Hébreux de la Palestine, Ils en arrivèrent à connaître Homère et Platon aussi bien que leur Moïse.
Instruite, riche et puissante, lacommunauté d’Alexandrie exerça une sorte de patronage sur celles qui étaient disséminées dans le monde entier. Ceux mêmes de Palestine s’appuyaient à cette forte colonne du judaïsme, malgré la mauvaise humeur que parfois ils lui témoignaient,
Ce fut depuis l’émigration provoquée par Antiokhos Épiphanos que les Juifs d'Eg gypte, et en particulier ceux d'Alexandrie, acquirent tant d’importance.Onia IV, le plus jeune fils du dernier grand-prêtre de la lignée d’Ioschoua bèn-Zadoq, comptait parmi les nouveaux émigrants, ainsi que Dosithéos et d’autres personnages considérables,
Comme Philométor avait fort bien accueilli les'nouveaux venus, ceux-ci le soutinrent énergiquement dans sa lutte contre son frère Évergétès. Onias IV et Dosithéos commandèrent même son armée (153).
Le souverain cohénat ayant échu en Judée à Alkimos, qui n’était pas de la famille de Zadoq, Onia IV tenta contre cet intrus une protestation efficace. Il prit luimême le titre de grand-prêtre, auquel il avait droit par sa naissance. Après la mort d’Alkimos, quand le souverain pontificat, pendant quelques années, disparut de la Palestine, Onia IV par le monde fut le seul grand cohène des Juifs.
Mais à un grand-prêtre il faut un temple. Il résolut d’en‘élever un sur le modèle de celui d’Ierouschalaïm. Eschaya 1°, du reste, n’avait-il pas prédit cette construction P
En ce jour Tahvé aura un autel, Un autel dans la terre de Mizraïm 2,
1. C’est du moins ce que prétend Josèphe, Conf, Apion., 11, 5, 2. Isaie. XIX, 9.
Pour récompenser Onia de ses services, Philométor lui donna un district dans la contrée d’Héliopolis, à 130 stades au nord de Memphis, au milieu du pays de Goschèn. Sur les ruines d’un temple de Pascht, la déesse à la tête de chatte, Onia dressa la nouvelle maison d’Jahvé.
Les murailles de celle-ci furent en terre cuite. A l’intérieur, il reproduisit, sauf le chandelier d’or à sept branches, le temple d’Ierouschalaïm. Des prêtres et des lévites accomplirent les sacrifices et la liturgie dans Beth-Honio. |
Pour l’entretien du culte iahviste, le roi abandonna le revenu du territoire d’'Héliopolis. Ce district, formant un petit Etat sacerdotal, prit le nom de Honion, qui 7. du reste, son ancien nom égyptien (154- 152) 1,
Malgré tout leur amour pour la cité de David, et bien qu’ils continuassent d'offrir des présents à son temple, Héliopolis devint pour les hellénistes Ir-hazédéq (ville de justice).
Onia IV attacha au nouveau sanctuaire quelque chose de la majesté de sa personne. Fils du pieux Onia III, descendant de Schimeün hazadiq, et, par une suite non interrompue d’ancêtres, des plus anciens granis-prêtres, lui seul avait pu se permettre, sans susciter de malédictions, de bâtir un temple ailleurs que sur le Garizim. D'ailleurs, au moment où il le construisait, l’autre était profané par l'étranger, ou bien privé de son grandcohène.
Quand les grands-prêtres Haschmonides eurent rétablile culte pur, on vit sans doute avec peine, en Judée,
1. On a cru légèrement jusqu'ici, sans contestation, que le nom de Honion venait d’Onia. Cependant il est permis d’éprouver à ce sujet plus que des doutes. Héliopolis se nommant On en égyptien, son district était celui d’On : c’est de là, ” probablement, mieux que du nom d’Onia, que vient Honion. Josèphe, Antig. jud., xLir.