‹ Histoire d'IsraelChapitre 160 sur 311 · JUIFS ALEXANDRINS. — LES SEPTANTE · texte numérisé non relu

JUIFS ALEXANDRINS. — LES SEPTANTE

une maison d’Iahvé se dressant sur la terre d'Egypte et compromettant l’unité juive. Les sages éprouvèrent un certain malaise devant une pareille violation de la Thora; mais il n’était plus temps de réclamer. Comment aurait-on pu détruire le nouveau sanctuaire, où le sacrifice fumait depuis longtemps déjà?

Malgré quelques répugnances, tous les Juifs considérèrent le cohène de Beth-Honion comme participant en réalité au grand pontificat. Dans son temple, on fit régulièrement les sacrifices et les vœux de nazir.

Plus tard, les purs tentèrent de faire circuler sur le sanctuaire d’Onia IV un récit odieux : ils confondirent à dessein le petit-fils de Schimeün hazadiq avec le traître Onia Ménélaos, qu’on représenta bâtissant en Mizraïm un temple aux faux Elohim.

Après la ruine d’Ierouschalaïm, l’an 70, le sanctuaire d’Héliopolis acquit de l’importance; mais, ému de ce qu’on lui en apprenait, Vespasien le fit fermer l'an 73.

Dans le territoire de Honion, le bienveillant Philométor avait fait construire, pour garder le district, un chàteau fort. Chef militaire de la contrée, Onia portait là le titre d’alabarque1.

Ce fut sans doute à peu près ou en même temps, que parut la version des Septante, dont il est cependant impossible de déterminer l’âge avec certitude, Les traducteurs en grec de la Thora étaient probablement, comme Onia IV, des émigrants palestiniens. Ils semblent s'être mis à cette œuvre, chacun d’eux prenant pour sa part un des cing livres du Pentateuque.

Partout Iahvé y est rendu par Seigneur, ce qui est en parfaite harmonie avec cette tradition qu’à partir de Schimeün hazadiq on ne prononça plus le nom d’Iahvé, mais qu’on le remplaça par Adonaï (mon seigneur). La notion trop anthropomorphique de la na-

1. Jérus. Toma, V1, p. 43 d. — Lévy, Zeitschrift de Geiger, année 1867.

ture et de l’activité divine a été adoucie par les Septante!.

Rien de plus important que cette translation dela Thora dans la langue du monde civilisé. Ce fut le premier apôtre de l'unité de Dieu chez les gentils et le commencement de la littérature juive d'Alexandrie. La version des autres livres sacrés suivit, à peu de distance, celle du Pentateuque ou Thora. Ce travail dut même s’opérer fort rapidement, puisque, vers l’an 132, le petit-fils de bèn-Sira trouva en Egypte une traduction grecque de la loi, des prophéties et du reste des livres, qui, comme il l’observe, diffère de l'original ?2..

Les prophéties de Jérémie ont subi un arrangement tout autre que celui du texte primitif, Dans les livres historiques paraissent des différences et des additions. Le livre d’Esther a été fait à nouveau plutôt que traduit. L'interprétation religieuse des événements manquant dans l'original, le traducteur a essayé d’y suppléer de son mieux.

C’est avec une grande liberté qu’il a traité une composition appelée froisième livre d'Exra, qui comprend, outre une partie des Chroniques et du livre ordinaire d’Ezra, le récit d’une contention entre Zeroubabel et deux adversaires, amenés devant Darayavous, et desquels Zeroubabel finit par triomnpher.

Le livre de Daniel subit aussi d'importantes modif cations. Les épisodes de Daniel et de Suzanne, de Bel et du dragon, la prière d’Azaria et le songe ? des trois jeunes gens dans la fournaise, ont été ajoutés par la version judéo-alexandrine,

Ces changements sont loin d’être des jeux d’imagination. Dans l’histoire de Bel et du po le traducteur a pour but de démontrer la déraison” de l’idolatrie et la supercherie de ses prêtres. Au milieu du paganisme, les fils d’Iagob n'étaient point indifférents.

1. Kueren, Religion of Israël, t. III, p. 172 et suiv. 2. Sagesse, 1,

Mettre en lumière leur foï propre et ruiner les croyances païennes, telle était leur grande préoccupation, qui se manifeste dans presque toute la littérature judéo-alexandrine, et en particulier dans les remanienements que la version des Septante a fait subir au texte original 1.

Cette traduction porte le nom de Septante, peut-être parce qu’elle a été adoptée par les soixante-dix membres du synhédrion d'Alexandrie ?.

Immense fut la joie des Juifs d'Égypte quand ils virent la translation en grec des livres saints, et sur-

.tout celle de la Thora. Pour en célébrer la mémoire, ils se rendaient chaque année dans l’île de Paros, sous le ciel libre ou dans des tentes. C'était une fête géné: rale. Mais, chez les vrais Juifs palestiniens, on établit, en souvenir de la version des. Septante, un jour dé deuil, le 8 Thébet, semblable à celui où l'on pleurait la prostitution du peuple au veau d’or, dans le désert de Sinaïs.

Dans leur translation de la Thora, les Septante ayant omis : « Tu dois bâtir un autel sur le Garizim », allumèrent la fureur des nombreux Samaritains réfugiés en Mizraïm. Ceux-ci eurent avec les Iehoudites une discussion solennelle devant Philométor. Andronikos représentait Israël; Sabbaï et Théodosios soutenaient l’honneur de Schomron.

Battus sur tous les points, les deux Samaritains, d’après Josèphe, furent mis à mort#, ce que nous pour-

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