Josèphe, Aui. jud., XV
vain ses amis avaient tenté de le retenir. Dès que Hyrkanos eut mis le pied dans Ierouschalaïm, Hérodès accourut au-devant de lui (36), l'appelant son père, lui donnant à table, ainsi qu’à la réunion du Conseil, la place d’honneur. Le débile vieillard se laissa jouer par l’habile Iduméen et enfermer par lui dans une cage d’or. Comment désormais aurait-il été redoutable, emprisonné dans le palais d'Hérodès, et incapable même, à cause de sa mutilation, d’exercer les fonctions du grand cohénat?
Il était plus dangereux pour Hérodès, ce jeune Aristoboulos à qui sa race, sa jeunesse, son éclatante beauté, sa noble prestance, avaient gagné tous les cœurs. En faisant passer à un Juif qu’il disait venir de Babel, mais qui probablement était d’origine égyptienne, le souverain pontificat, Hérodès avait cru enlever toute influence à Aristoboulos. Mais le peuple se souvenait de la descendance du jeune homme; et pour le rétablir dans ses droits, Alexandra, sa mère, intrigua auprès d’Antonius. Au lourd Romain, si sensuel, elle envoya le portrait de ses deux enfants, Aristoboulos et Mariamna, les deux plus ravissantes têtes d'Israël, À peine eut-il aperçu les deux images peintes qu'Antonius s’en éprit, mais tout particulièrement du jeune homme dont il sollicita la visite. Hérodès ne l’envoya pas; mais, sur les instances de Kléopatra liguée contre l’Iduméen avec Alexandra, Antonius imposa au roi de choisir pour grand-prêtre Aristoboulos.
Peu satisfaite encore de ce résultat, l’ambitieuse et intrigante Alexandra essaya de faire donner le trône à son fils. Mais, épiée et enlacée de toutes parts dans le palais d'Hérodès, elle dut songer à s’enfuir en Mizraïm, près de son amie Kléopatra. Son projet fut dénoncé par un nommé Sabbian. Par crainte de la reine d'Egypte, sa mortelle ennemie, Hérodès joua la clémence et pardonna bruyamment à sa belle-mère.
Cependant chaque jour son cœur s’ulcérait davantage contre ce qui restait de la maison des Haschmo-
nides. Comment aurait-il pu tolérer la faveur populaire dont jouissait Aristoboulos ? Chaque fois que le jeune homme pontifiait devant la foule, il s'élevait un murmure d’amour et d’admiration. A la fête des Soukkoth en particulier, quand parut, dans toute sa beauté, le pontife de dix-sept ans, les acclamations éclatèrent. Hérodès, dans son cœur, jura la mort du jeune haschmonide.
À JIeriho, Alexandra, dans son palais entouré de jardins avec des fontaines, invita Hérodès à venir passer quelque temps. Là, le roi se montra caressant envers Âristoboulos et prit part à ses jeux. Dans Paprès-midi, à l’heure torride, ils s’allèrent tous les deux baigner dans les petits étangs qui confinaient au palais. Sous prétexte de jouer avec le jeune homme, des gens d’'Hérodès le plongèrent indéfiniment, sans le laisser respirer et jusqu’à la mort, dans l’eau d’une piscine (été de l’an 35.)
Quand on leur rapporta le corps chéri, Alexandra et Mariamna le couvrirent de leurs baisers, sans se tromper un instant sur l’auteur de cette fin tragique. Le comédien Hérodès simula la plus profonde douleur, parut en public les yeux baïgnés de larmes, prodigua les aromates au cadavre et ensevelit avec lui dans le sépulcre une masse de bijoux.
Jusqu'à sa mort Hérodès eut à souffrir de ce crime. Non que les aiguillons des remords aient jamais pénétré dans ce cœur de pierre, mais l’inimitié contre lui grandit dans sa propre famille et en fit le plus malheureux des hommes.
À la suite de ce meurtre, Hananel redevint, pour la seconde fois, grand-prêtre. Alexandra, qui avait eu un'instant la pensée de se suicider, se résolut à rester pour la vengeance, mais dissimula quelque temps. Elle écrivit secrètement à Kléopatra, toutepuissante sur l’âme d’Antonius. À Laodikéia, où il se rendit, le Romain manda Hérodès pour qu'il se justifiât de l’accusation de meurtre portée contre lui. Tout tremblant, le roi juif partit pour Laodikéia,
laissant la régence au mari de sa sœur, Ioseph, avec ordre, s’il ne revenait pas, de tuer Alexandra et Mariamna. Il aimait tant, disait-il, la belle juive, qu’il ne pouvait supporter la pensée de la voir tomber, après lui, entre les bras d’un autre homme.
Pour montrer aux deux femmes jusqu’à quel point Hérodès chérissait son épouse, Ioseph leur fit part de l’ordre qu’il avait reçu, ce qui les jeta dans une mortelle angoisse.
L’Iduméen, sachant que l’on gagnait beaucoup mieux Antonius avec des présents qu'avec des raisons, lui apporta des dons magnifiques. C'était certainement la meilleure manière de se justifier de la mort d’Aristoboulos. Cependant, pour calmer la colère de Kléopatra, Antonius concéda à celle-ci la contrée d’Ieriho, célèbre par son baume et par ses palmiers, ainsi qu’un district situé le long de la mer Occidentale.
Rentré dans Ierouschalaïm, Hérodès apprit, par les délations de Ssa mère et de sa sœur Schalomé, qu’'Alexandra, Mariamna et Ioseph avaient tenté de se réfugier sous la protection des Romains. On lui représenta la sœur charmante d’Aristoboulos unie à Ioseph par les liens de l’adultère. Mais la belle Mariamna possédait tellement le cœur de l’Iduméen qu’elle le désarma, Ioseph fut égorgé, et Alexandra jetée en prison.
A ce moment, Hérodès assiégea dans Hyrkanion une sœur d’Antigonos (32), mais peu dangereuse pour sa sécurité.
Ce roi juif, sans cesse en butte aux pièges et aux intrigues des femmes, va se trouver en face d’un péril où de moins prudents auraient succombé.
Kléopatra, qui le voulait perdre à tout prix, vint séjourner en Judée et déploya tous ses charmes pour exciter les sens d'Hérodès. Quel parti prendre dans une telle conjoncture ? Repousser les avances de Kléopatra, c'était s’en faire une ennemie plus mortelle encore. Les accepter, n’était-ce pas tomber dans ses lacets et s’attirer la haine d’Antonius ?
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Le roi juif songea un instant à se délivrer de la dangereuse Egyptienne, mais ses amis le retinrent, Se tenant avec elle dans les bornes d’une honnête galanterie, il la renvoya comblée de présents.
Hérodès se fortifia dans son château de Massada, dont il fit à la fois une citadelle et une belle résidence. Là, au bord de la mer Morte, dans une enceinte de sept stades qu’il entoura de murailles armées de trente-sept tours, il se bâtit un splendide palais, avec péristyles, bains et pavés de mosaïques. De grands réservoirs d’eaux entretenaient la fraîcheur dans ce lieu brûlé du soleil, de nombreux greniers enfermaient de larges approvisionnements de blé. Tel était l’endroit qu'avait choisi Hérodès pour se retirer, dans le cas où, haï de tous, il ne lui resterait plus, pour abriter sa vie, que ce suprême refuge.
Mais il était loin d’en être venu à cette extrémité, car la fortune finissait toujours par favoriser ses entreprises.
Malikou IT, roi de Nabat, ayant refusé de payer les deux cents talents dont, pour lui, Hérodès s'était porté caution auprès de Kléopatra, le roi juif tenta de le réduire. D'abord vainqueurs à Dium et à Qanath dans le Haouran, les Juifs, grâce à la défection d’Anthédion, représentant de la reine d’Egypte, furent écrasés par les Arabes, et le camp d’Hérodès enlevé.
Survint, dans ces entrefaites, un tremblement de terre qui bouleversa la plaine de Scharon, y écrasant des bestiaux et près de trente mille personnes (printemps de 31). Depuis cette catastrophe, chaque année, à l’yom kippour, le grand-prêtre dans le Saint des sainfs a coutume de prier tout particulièrement pour les habitants de Scharon, afin que leurs maisons ne deviennent plus leurs tombeaux. Après ce désastre qui jeta la consternation dans toute la Judée, Hérodès envoya au roi Malikou II des messagers pour deman-