II Rois, xv
4. Pour la chronologie de cette époque, où les monuments assyriens semblent contredire les documents-hébreux, j'ai adopté les données de M. Oppert : Salomon et ses successeurs,
(758-743). Au milieu de la paix religieuse la plus profonde, il s’occupa de fortifier Ierouschalaïm.
Dans la montagne d’Iehouda il fit bâtir ou fortifia des villes, et sur les hauteurs boisées planta des tours et des forteresses. Sans doute les pas formidables du grand empire assyrien, faisant résonner les montagnes et les vallées d’Aram, avaient été entendus jusqu’à Ierouschalaïm. Iotham cherche à se couvrir contre l'invasion et semble avoir tenu à garder des rapports d’amitié avec Péqah, le roi d’Israël.
À l’intérieur, la situation d’Iotham ne manquait pas d’être pénible. Les grands d’Iehouda essayaient, semblet-il, de se constituer en une aristocratie balançant l’autorité royale. A leur tête se tenait une famille princière, celle de Nitham, qui descendait de l’un des jeunes fils de David.
Apre au gain et cherchant avec ardeur le plaisir, cette aristocratie d’Ierouschalaïm est sans cesse en butte aux traits d’Eschaya (Isaïe), qui, en l’accablant, nous la fait connaître. Elle dansait aux sons de la harpe, pendant que les terribles bandes assyriennes se montraient menaçantes à travers les forêts d’Aram.
Dans les festins, elle buvait, sans se jamais fatiguer, les coupes pleines du vin de Hébron ou d’'Engueddi :
Malheur à vous, héroïques à boire le vin, Et vaillants à méler le vin parfumé,
leur crie le nabi.
et La chronologie biblique fixée par les éclipses des inscriptions cunéiformes. — M. Oppert, dans Gôttingische gelehrte Anzeigen de juin 1879 a défendu sa chronologie contre M. Eb. Schrader, Keilschriften und Geschichtsforschung. — Voir aussi la longue note de Duncker, t. 11, p. 270-272 ; — Smith, Journal égyptologique de Berlin, janvier 1868. — Il y a là certainement dans histoire d'Israël des difficultés qui, malgré les plus ingénieuses hypothèses, resteront longtemys encore insolubles,
IOTHAM ET L'ARISTOCRATIE D'IEHOUDA. 25
C'était pendant la nuit que se donnaient les festins ; pendant. le jour, dormait l'aristocratie d’Iehouda, qui changeait ainsi les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres1, Dans ces fêtes, les conversations sceptiques s’étaient glissées, car l’on y mettait sur la même ligne le bien etle mal. La coupe en main, le sourire aux lèvres, comme des sages, les grands d’Ierouschalaïm constataient l'indifférence absolue de toutes choses.
Si l’on en juge par Eschaya (Isaïe) et par les autres nabis ses contemporains, ce fut la belle époque littéraire, le temps où la langue hébraïque exprima avec le plus de précision les délicates nuances de la pensée, Qu’on ne s’étonne donc pas des fêtes pleines de musique, de vin parfumé et de conversations sceptiques! Ne sont-elles pas la marque d’une société qui est arrivée à son plus haut degré de culture intellectuelle et à la pleine possession de son génie?
En même temps le peuple était foulé. Là où règnent la politesse et l'élégance du style et des mœurs, on chercherait vainement un sentiment de fraternité pour les masses illettrées qui gisent en bas. La culture de l'esprit semble faire passer celui qui la possède dans une sphère supérieure, et le séparer complètement de ceux qui en sont privés. Contrairement à la loi mosaïque, les grands d’Iehouda traitaient durement Je peuple, faisant disparaître les petits patrimoines, ajoutant à leur champ et à leur maison le champ et la maison du pauvre.
Ils s’adonnèrent aussi au culte de Baal et d’Aschthoreth, qui assaisonnait la volupté d’un certain mysticisme propre à la faire rechercher de gens délicats et blasés. Ils s’attachèrent, par des amours folles, aux adolescents étrangers ?.
Dans cette route voluptueuse entrèrent aussi les filles de Zion. Pour rivaliser avec les courtisanes