LES PROCURATEURS
famille de l’empereur n’avait certainement pas autant de villes, dans le reste de l’empire, qu’en Palestine.
D'un caractère pacifique, Philippos garda son gouvernement pendant trente-sept ans (de 4 ans av. J.-C. jusqu’à l’an 33). Voluptueux et cruel, Antipas au contraire avait quelque chose du sang âcre d'Hérodès, leur père.
Le successeur de Gratus dans le procuratorat, Pontius Pilatus, y resta dix années. Il eut des démêlés nombreux et parfois sanglants avec les Juifs. Sur les étendards militaires d’Ierouschalaïm il voulut poser l’image de César, dont on n’avait pas même chargé les monnaies d’'Hérodès.
En blessant à ce point le sentiment national et religieux d’Israël, Pilatus obéissait-il à Séjan, son protecteur, ou à ses inspirations personnelles ? Il est difficile de le savoir.
Le peuple en foule se précipita vers Césarée, suppliant, pendant plusieurs jours, Pilatus de faire disparaître les images de César. Comme le septième jour les Juifs continuaient encore, malgré ses déclarations, à l’obséder, le procurateur les fit entourer par ses troupes, les menaçant de mort s’ils ne regagnaient paisiblement leurs maisons. Alors, se roulant dans la poussière, se tordant dans des gegtes désespérés, les Iehoudites crièrent qu’ils aimaient mieux mourir que de supporter une violation de la Thora.
Dans la crainte d’un soulèvement populaire difficile à comprimer, Pilatus recula devant un tel fanatisme et fit enlever d’Ierouschalaïm les étendards mauditsi,
Il excita encore contre lui la colère du peuple de la ville sainte en prenant, pour construire un aqueduc, de l’argent du temple (Korban). Mais, cette fois, ce fut dans des flots de sang que Pilatus éteignit la sédition.
À cette heure d’angoisse et de fièvre, on attendit plus que jamais le Maschiah (Messie) libérateur, surtout parmi les Zélotes républicains, qui se le représentaient anéantissant du souffle de sa bouche les ennemis d’Israël. Partout, au sud et au nord, au levant et a l’occident, on regardait si l’oint ne surgissait pas. Les vieillards craignaient de mourir avant d’avoir pu contempler le salut d'Israël.
Les esséniens, les idéalistes au blanc méhil, allaient répétant : « Le royaume de Dieu est proche. » L’un d’eux surtout, Iohanan le baptiseur, habitant le désert qui est à l’ouest de la mer Morte, austère, vêtu de poils de chameaux, annonçait aux foules la bonne nouvelle.
Pris et décapité par Antipas, qui redoutait sans doute son action sur le peuple, sa tête à la fois noble et farouche fut entourée d’une légende tragique. On se la représenta dans le disque, offerte à la vengeance d’'Hérodiade.
Le grand Maschiah, ce fut Ieschou bèn-Ioseph, dont la vie appartient non pas à l’histoire juive mais à celle du christianisme.
À cette époque, on distinguait déjà entre les aggadistes et les halakistes. Tribuns, prédicateurs, se livrant à . leurinspiration personnelle, tout pénétrés des prophètes et des psalmistes, Îes aggadistes florissaient surtout dans les bourgades de la Galilée, parmi une population plus enthousiaste et plus naïve. Les halakistes, secs et durs, les sépulcres blanchis, uniquement occupés d'interpréter strictement la loi, avaient leur siège à Ierouschalaïm.
Qu’alla faire dans cette ville, pleine d’ennemis, incapable de le comprendre, le merveilleux aggadiste du lac de Kinnéreth? Le sermon sur la montagne tombant à Ierouschalaïm, aurait été comme le grain jeté sur le rocher.
Les illétites et les schammaïtes se partageaient l’influence dans la ville sainte. Doux comme leurs maîtres, les premiers voyaient cependant avec peine Ieschou