JÉSUS. — LES PROCURATEURS
converser avec les gentils et les publicains. Les schammaïtes, de leur côté, si scrupuleux observateurs du Schabbath, ne lui pardonnaient pas de guérir, ce jourlà, les malades et de froisser les épis dans les champs. Durs, âpres, ce furent ceux-ci certainement qui crièrent le : « Crucifiez-le, »
De l’école de Schammaï étaient issus les qannaïtes républicains, ennemis passionnés de Rome, et que le plus doux des nabis blessa profondément par cette parole : « Rendez à César ce qui est à César. »
À Ierouschalaim, au milieu d’une fête de Pessah, Ieschou fut crucifié. Après son supplice seulement, commença la grande adoration, et l’universel succès du Fils de l’homme.
Les Samaritains s'étant plaints de Pilatus, Vitellius envoya celui-ci à Rome pour se justifier auprès de César.
Après la mort de Séjan, Tibérius sembla revenir à de meilleurs sentiments envers les Juifs, qui s'étaient ménagé du reste l’appui de sa belle-sœur Antonia. Renchérissant sur les bonnes dispositions de l’empereur, Vitellius vint à Ierouschalaïm pour la fête de Pessah (36), et rendit au peuple le vêtement du grandprêtre que les Romains jusque-là avaient tenu enfermé dans la tour Antonia, sans toutefois céder la faculté de nommer le grand-cohène. Il usa même de ce droit pour remplacer Ioseph Kaïaphas par Ionathan bèn-Hanan.
L'amour vint encore troubler ce monde juif des Hérodès, où le sang mêlé des Haschmonides et des Iduméens semble avoir produit de si voluptueux types de femmes. Antipas avaitépousé une fille du roi des Arabes, Haréthath; mais passant à Julias, la ville de Philippos, il avait entrevu le visage de la fille d’Aristoboulos, unie au tétrarque de la Gaulonite.
Quand Philippos eut été enterré à Julias, son frère ne songea plus qu’à épouser la belle veuve 1, Ambi-
1, Josèphe, Antig. jud., XVIII.
tieuse plus encore peut-être que charmante, Hérodiade consentit volontiers, malgré la loi juive, à s’en aller dominer dans la ville qui s’étendait aux bords du Kinnéreth.
Elle s’y rendit en effet, après un voyage qu’Antipas fit a Rome. Mais la première épouse outragée s’en alla implorer la vengeance de son père, qui, dans le territoire de Guileäd, frappa Antipas d’une défaite fort semblable à un anéantissement,
A la nouvelle de cette catastrophe, Tibérius ordonna au gouverneur de Syrie de marcher contre le roi de Nabat. Comme Vitellius se disposait à faire traverser la Judée à deux légions romaines, les Juifs le supplièrent de revenir sur cette décision, et de ne point promener dans leur territoire les images de Césari.
Vitellius poussa si loin la condescendance qu’il donna pour itinéraire à son armée l’autre côté de l’Iardèn. Pendant qu’elle se dirigeait sur Pétra, le gouverneur de Syrie vint à Ierouschalaïm avec Antipas pour la fête de Pessah. Là, il apprit la mort de Tibérius (16 mars 37), et il remplaça le grand-prêtre Ionathan par le frère de celui-ci, Théophilos.
Philippos étant mort, sa tétrarkhie avaitété, comme la Judée, soumise à l'autorité immédiate de Rome. Dans la Palestine, il ne restait plus du beau royaume fondé par Hérodès le Grand que la tétrarkhie de la Galilée et de la Pérée, avec Antipas pour chef.
Mais à la mort de Tibérius un autre Etat se forma, et il se leva un rival redoutable même pour Antipas. Ce fut son neveu, le fils d’Aristoboulos et le frère de la superbe Hérodiade. Rien de plus singulier que cette nature, et de plus étrange que les débuts de cet Agrippa 1°, qui tenait à la fois du débauché et de l’escroc. |
Né l’an 10 avant notre ère, il avait grandi à Rome, dans l'entourage de Tibérius et l’amitié de Drusus.