‹ Histoire d'IsraelChapitre 261 sur 311 · Josèphe, Guerre juive, V · texte numérisé non relu

Josèphe, Guerre juive, V

nant presque tout l’intérieur de la cité, c’est-à-dire la ville haute ou Zion, ane partie de la ville basse (Akra), et tout le nord-ouest d’Ierouschalaïm, — dans la tour de Phasaël résidait bar-Giora leur chef;

les Iduméens, sous Iacob bèn-Sosa et Schimeôn bète Kathla, au nombre d’environ cinq mille.

Pas un homme assez puissant pour imposer silence, dans une pareille heure, à toutes les animosités par tie culières, et réunir en une masse ces forces désordonnées ! La haine entre ces partis était si intense que, dans leur aveugle rage, ils allaient jusqu’à incendier les provisions amassées pour le siège ; ils brûlèrent les grands magasins d’huile, de vin, de blé, formés par bèn-Zizith, bèn-Kalba-Schaboua et Nikodèmos bèn- Gorion, trois amis de la paix 1.

D'un autre côté, dans ce milieu terrible, les esprits s’affolaient; les imagirations en délire entrevoyaient des choses mystérieuses, percevaient des bruits étranges. On parlait de lumières subites jaillissant sur certains endroits de la ville; de la grande porte du temple, qui s'était fermée toute seule ; de chars armés sillonnant les airs 2. Pour augmenter la terreur, un certain Ieschou bèn-Hanan, malgré les coups, s’en allait criant par la cité, le jour et la nuit : « Malheur, malheur, à Ierouschalaïm ! » Dans les ténèbres, on était réveillé tout a coup par sa déchirante voix de prophète, devenue rauque à force de crier. Un jour il ajouta : « Malheur à moi!» et fut broyé par une pierre lancée d’une baliste.

D’autres nabis, payés par les qannaïtes et les sicaires pour encourager le peuple, prêchaient l'éternité du temple, et déclaraient aussi qu'Adonaï ne laisserait point tomber la sainte Ierouschalaïm en la puissance de Rome. La foule s’exaltait à ces rêves; et d’un autre côté les Romains, tardant à s'approcher de la ville, semblaient donner raison aux prophètes,

1. Gittin, $6 a; Tacite, Histoires, liv. V, xtr. 2. Tacite, Histoires, V, xux.

GUERRE JUIVE, — IEROUSCHALAÏM. 425$

Mais enfin les prestiges allaient s’évanouir dans l’affreuse réalité. En l’absence de son père Vespasianus créé César, Titus conduisit la guerre de Judée et avec quatre-vingt mille hommes résolut d’entourer la cité rebelle.

Dans son armée paraïssaient trois juifs illustres : Agrippa II, Tibérius Alexander et Josèphe. Ce dernier, sans souci des convulsions de son peuple, venait d’épouser une jeune femme, une belle Gréco- ZÉgyptienne, et se livrait tout entier à la joie de ses nouvelles noces.

Tibérius Alexander poussa la trahison plus loin encore que Josèphe, en acceptant les fonctions de préfet du prétoiref.

Quand on sut les aigles romaines voisines d’Ierouschalaïm, il se fit cependant un certain rapprochement entre les partis qui se déchiraient dans la ville sainte. Les qannaïtes hiérosolymites et les Iohannistes de Galilée se réconcilièrent avec bar-Giora.

Avec toute Varmée romaine, Titus s’arrêta près de Skopos, à 1,300 mètres au nord de la capitale des Iehoudites. De là, a avant de commencer les opérations du siège , il fit prier les habitants de vouloir bien lui ouvrir d’eux-mêmes leurs portes: il n’exigeait d’eux que la reconnaissance de la domination romaine, et le tribut comme avant la révolte.

Peut-on s'étonner de cette douceur de Titus? Ne

brûlait-il pas d’amour pour cette princesse juive Bérénikê, attachée encore à Ierouschalaïm, et en retardant, par tous les moyens, la destruction ?

. Mais les qannaïtes avaient fait serment de défendre la ville sainte jusqu’à la mort, et de l’affranchir à jamais de la suzeraineté de Rome. Aussi repoussèrentils les ouvertures de Titus.

1. Léon Renier, Conseil de guerre tenu par Titus, dans Mémoires de P Académie des inscriptions et belles-leitres, t, XXNI, année 1867.

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Alors commença l’attaque sérieuse de la cité dont, au nord et à l’ouest, on saccagea les jardins et les vergers. S’étant approché, avec quelques compagnons, de la vallée du nord, Titus, enveloppé tout à coup par une bande de Juifs, ne leur échappa que par miracle

La dixième légion, venant d’Ieriho, couronna le mont des Oliviers, mais sans prendre toutes les précautions nécessaires 1. Aussi les Juifs fondant sur elle la culbutèrent, et, sans la rapide arrivée de Titus, l’eussent anéantie. Une deuxième fois, les assiégés revinrent à la charge, ardents et tête baissée, comme des bêtes fauves ; une deuxième fois Titus préserva les décumans de la destruction.

Ces rudes sorties apprirent aux Romains à quels ennemis ils avaient affaire. Aussi, renonçant à un assaut prématuré, dressèrent-ils, de trois côtés, leurs machines contre le mur extérieur, les érigeant sur des terrasses et des plates-formes qui atteignaient la hauteur des murailles (mars ou avril 70). De là ils lançaient des flèches, des blocs de pierre sur les défenseurs de la ville.

Mais à peine voyaient-ils la pluie de projectiles, que se précipitant comme des démons , les Juifs bouleversaient les aggeres des assiégeants, et jetaient le désarroi parmi leurs travailleurs. Le sombre enthousiasme d'Israël était partagé par les femmes ellesmêmes, qui se jetaient dans la mêlée, se signalant par leur mépris de la mort. Du haut des murs tombaient sur les Romains des quartiers de rochers et des vases d'huile bouillante.

Malgré la résistance désespérée et folle, les ennemis, après seize jours de siège, firent succomber la muraille extérieure (7 Iär, mai) sous les ébranlements du formidable hélépole, Nikon ?.

Le victorieux engin battit ensuite avec rage le

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