‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814Chapitre 2 sur 7 · TOME I. ■ ' I · texte numérisé non relu

TOME I. ■ ' I

2 HÏSTOmE D'îTALÏE.

d'écrivains de toutes les qpioques et de toutes les natiûhs'9 satfraiicMs9£Ait dé résfiitt de j^arti^ ont osé dire la vérité. Les temps depuis ont empiré de telle sorte 9 le système ^'âpHdation s'est tellement propagé, qu'une Jiistoire iippartiale paraît aujourd'hui un ouvrage plutôt impossible que difficile à produire. J'^ttitistot^ (Mrs répéter, néanmoins, que l'kistoire est le flambeau des âges; qu'elle éclaire les peuples et les rois^ mais si elle est écrite dans le goàt qui donuîne , quelle dCtence peut-elle enseigner, si ce n'est ceHe du meùsonge? quelle garantie préseBtera un pareil guide sur la route 'obscute die la vie? Oh s*en fei-a une idée, si Ton réfléchit que les choses humaines sa gou- Verfteftt îskvec ifes réalités, et non des chimères. Déjà la plupart de ceux à qui j'ai communiqué ihGnti ^djet"^ m'^Ht ^dédàré sahs balaticer qu'ils voyaifeïil dans éon exécution imprudence, impossil^lité ou péril ; mais j'ai eru .remarquer que ^si la flatterie est recherchée, elle s'offre aWc jilUs d'empressentient encore^ de sorte qu'il y a plus de bassesse che* les Mstôrietis <juc d'eirigeance et d'âml^ition chez les princes^ Ainsi, sans prétendre k plus de Kberte^îttérftii'e que n'«n obtinrent 'Benoît Yarchi , ou François Guicciardini , du duc Gosmes, et Nicolas Maccfaiavel du souverain pontife, qui kd concéda un. ample privilège pour rimpres^un de ses ouvrages, j'ai k confiance qu'on m'en aocerden une semblable; à moins

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qu'on ne reuille croire où répëter ce que disait et crevait l'homme qui ^ de no^ joi&rs y aurait voulu anéantir jusqu'au nom de la liberté : c'est-^iHliœ que tout le mal Tint du siècle de Léou x« Cet homme appelait mgl^ le dési^ manifesté, pal" les fuiaces d'abord , et ensuite paroles peuples, de Toir pins de ëouceur s'introduire daus les formes 4u ^ouyernement. Quelques personnes penseront peut^ètm que les i^hoses sont aujourd'hui plus délicates qU^utrefois : je répondrai qu'autrefois ausiâ, comme pendant les dernières années , et surtout dans la nialheureuse Italie, on vit des armées étrangères se déborder, des villes réduites* en ceadre, des peuples^dépouillés ^ des provinces dévastées, des états anéantis, des factions, des sectes , des complots , d^ ambitions cruQUes , de liasses avarices, des gouvernemens faibles et cor» rompus , des lois iniques et fraudileuses ^ des po* pulations déobalnées et abandonnées à tous les e^cès. Pour moi , je suis^ fermement résolu , si l'entreprise n'est point auo-dessus de mes forces, à dérouler aux yeux de la postérité le véridique et douloureux tableau de tant d'événemens déplo-^ râbles , dont le souvenir seul mit remplit encore d'«pouvante. Advienne ensuite que pourra; la vie -est courte, et la satisfaction d'avoir rempli le 'devoir d'un bon et fidèle historien, est immense ^ presque infinie. Ce ne sera pas pev moi non •^lifô une faible jouissance, que d'^nbrasser dans

mes .narrations le récit également impartial des actions consolantejS) utiles et généreuses qui éclatèrent au milieu de tous ces desastres : effet des hontes de la Providence^ qui n'abandonne jamais entièrement la malheureuse humanité.

Après avoir conquis l'Europe , les rois barbares l'abandonnèrent aux capitaines de leurs armées. Les hommes et les terres devinrent donc leur propriété ; de sorte que , si au temps des Romains les populations se composaient d'hommes libres et d'esclaves, elles se divisèrent au temps des barbares en conquérans et en serfs ; c'est la l'origine de la féodalité. Théodoric, roi des Goths, modifia cet état de choses par des institutions municipales.. Ensuite, les ecclésiastiques ^ ayant acquis des richesses ^ devinrent euX"*mèmes une puissance, et mitigèrent l'autorité féodale par la division ou la résistance . De Ul les ordres, ou les états, ou les branches, comme on voudra les appeler, de la noblesse , du clergé et. des communes. Charles- Quint les anéantit en Espagne, et ne put y parvenir dans les Ues d'Italie. Us subsistèrent en France sous les Bourbons, qui s'en servirent plus ou moins, selon les tenlps. Dans l'Italie, divisée en tant d'états divers; dans l'Italie, si souvent en proie aux princes étrangers qui, afin de s'en asr surer la possession , concentraient le pouvoir siur un petit nombre de grands personnages , l'autorité municipale, si l'on en excepte quelques anciennes

républiques , reçut moins d'extension, là fe'odalite conserva :plus d'influence. Je parle ici du gouvernement sous le rapport des individus; on apercevait encore parmi eux, et dans les usages, de nombreux vestiges de l'antique servitude. Quelques uns de ces vestiges disparurent devant l'opinion des . peuples , ou par concession des feudataires ; - d'autres forent effacés par les princes : le siècle qui vient de finir voulait l'anéantissement du reste.

Les peuples ne bornaient pas là leurs prétentions ; ils réclamaient l'égalité devant la loi civile et quant aux charges de l'état ; en quoi s'accor-r daient non seulement ceux à qui cette égalité devenait profitable, mais encore la plus grande partie de ceux qui jouissaient des privilèges. Dire ensuite, comme quelques uns l'ont écrit, probablement sans le croire , que l'on exigeait une égalité sans bornes, même celle des propriétés, c'est l'exagération coupable de quelques hommes de parti , qui ne pèsent jamais leurs paroles j et dont les discours ne tendent qu'à enflammer les peuples et à provoquer la guerre civile. Telle était la question des droits, où l'on mêla bientôt, avec une imprudence qu'il faudra éternellement déplorer, certaines abstractions sophistiques qui inspirèrent aux peuples l'ambition de se gouverner par eux-mêmes. On n'ignorait pas, cependant, que la multitude est prompte à comniettre le mal ,

et qu'elle tburiiè souvent contre elle 4e glaire dont elle est ariméé; effet trop comihun de la violence désordonnée de ses mouyemens y de la divergeMe de ses volontés^ de rinflammàbiUté de ses esprits^ et de l'empire qu'elle accorde sur elle à la gran^ deur atnbitieuse plntÂt qu'à là vertu modeste.

La religion elle-même était méconnue^ non pas quant au dogme qui ne fut jamais attaqué ^ mais bien dans la discipline. On se plaignait que Yïtk-* digence pesât sur les ouvriers actifs de la vigne du Seigneur^ tandis que d'immenses richesses étaient le partage des oisifs; richesses ^ disait-on^ dont ils ne se contentaient pas de hirè usage ^ Diiais dont souvent ils faisaient abus; on se plaignait du nombo'e insuffisant des uns , du nombre é^Ceé§if des autres^ de la répartitiosi vicieuse des hênê^ fices^ de certaines pratique^ religieuses^ plud ufite^ à ceux qui les avaient introduites^ qu'honorables pour le cuhe divin ^ puisqu'à cette occasion les solennités les plus augustes et tes plus nécessaires de l'Eglise avaient perdu de leur pompe et de leur majesté. Les âmes pieuses^ ajoutaitK>n^ étaiétît scandalisées de voir que l'on fbi)imissait matière aux calomnies de l'erreur et de l'impiété.

Bien d'autres discours se tenaient encore, et principalement en Italie. Ik; naissaient tous de l'esprit du siècle , Êivorable au plus grand nombre. Devenu inquiétant pour les princes, l'ordre des jésuites avait été supprimé. Cette société, par

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ses effmis et son inilueoce y avait rendu la cour de ^oipe trop redoutable au dehors. Dans IVtat de eonfnsion Qii ise trouvaient le profane et }e sficré> leiL princes eatholiqnea craignaient que de cette monarchie universelle spirituelle, qiû reconnais* sût pour/obe£le souverain pontife , ne naquit un jour, par le moyen des jésuites, partisans les plus actife et les plus adroits de la cour de Rome , une espèce de monarchie universelle temporelle > où l'autoritë du pape eut étoufie la leur* Le souverain pontife, dément xiv, savait bien qu'en sup^ primant les jésuites, il se privait de sa meilleure * milice ; mais il ne put résister au:)c sollicitations , aux menace même de tant de princes., connus par leur puissance, renommés pour leur piété, redoutables par leur union* Il balança longrtempa, Gfida enfin, et bientôt après se repentit* De cette mesure, toute&is, sortit un résultat dont Fim* portance d^iassa les calculs du pape et des princes euxrmêmes. Le premier ne s'était pas attendu à tant de sujets dc^ çnainte, ies seconds à tant de moti£» de satisfaction* Le parti çiopulaire acquit plus de forée d^os le corps de l'Église* On paria de la rainener à son antique âmpUcité^ d'étendre Tantmité des évèques et des curés , de réduire celle du pontife sujurême , de mettre un terme au luxe intolàrable du dergé. On renouvela, en les exagérant, les plaintes élevées depuis si . long*temps contre la cour de Rome. Les maximes de Port-

Boydi se propagèrent y ceux qui les professaient acquirent une grande influence auprès du peuple ; et en effet ^ ils brillaient non par l'or^ non par le faste extérieur, mais par leur science, l'austérité de leur vie, et une certaine simplicité de mœurs qui rappelait beaucoup les anciens temps évangéliques.

De telles dispositions plaisaient aux princes qui se souvenaient encore de la domination des jésuites et de la puisisance de Rome. Us se persuadaient qu'ils allaient jouir d'une plus grande autorité dans les affaires ecclésiastiques , si les évéques, toujours sous leur dépendance, étaient moins soumis à celle du pape. Ils croyaient enfin qu'en diminuant les prérogatives de Rome , ils assuraient leur propre indépendance.

Ces maximes, restrictives du pouvoir, favorables à la liberté , trouvaient les peuples tout disposés à les adopter, et jetaient des racines d'autant plus profondes. Ainsi se glissait peu à peu dans tous les membres du corps social,' un seul et même esprit , soiis le double rapport ecclésiastique et ci viL Malgré tout , si le vœu d'une réforme était manifesté par le plus grand nombre , l'idée d'une révolution n'était venue à personne; point d'ambitions individuelles, chacun attendait du temps et de la sagesse des princes une modification nécessaire et désirée.

A propos de réforme , et pour parler des indi-

yidus^ je suis bien aise.de faire figurer un nom impérial à la tête de mon ouvrage. Joseph 11^ empereur d'Allemagne 9 comparé aux princes étrangers à sa maison ^ brille à leur tête par la vigueur de son génie et son amour de l'humanité. Il occupe encore la prerhière place, ou du moins la seconde y si l'on établit le parallèle entre lui et son frère Léopold. Joseph 11 pensa beaucoup et travailla efficacement au bonheur du peuple autrichien. Souverain, et à cause de sa dignité même^ il ^t décrié par les auteurs efirénés de tous les crimes qui.se commirent en France pendant la révolution; réformateur généreux, il £ut ensuite accusé par ceux qui veulent dans le monarque un pouvoir non seulement absolu , mais encore despotique et terrible* Toutes ces attaques ne m'empêcheront pas. de proclamer Joseph 11 l'un des plus grands bienfaiteurs du monde. Il voyagea beaucoup, non par ostentation, mais pour connaître les institutions utiles et les besoins des peuples. La cabane du pauvre l'occupait plus que le palais du riche; il ne visitait jamais le malheur sans lui offrir les consolations du langage, et plus souvent celle de la générosité. Sous son règne, achevant ainsi l'ouvrage commencé par son auguste mère, Marie-Théi^èse , des lois prévoyantes protégèrent les paysans contre les vexations des feudataires. Il voulut extirper et il extirpa la féodalité ; ordonnaquelajustice serait égale pour tous;

ro HISTOIRE D'ITALIE.

là il fondit des hôpitaux ^ des hospices ^ des cecH serratoires et d'autres monumens de sa mmufir^ eence; ici il créa des universifci^^ protégea spé^ cialement la jeunesse sans fortane^ mais ayide de savoir* Dé son tempa^ l'université de Pavie acquit une renommée que la réputation d'aucune autre ne surpassa. Il remplit cette université d*exceUens professeurs en tout genre ^ dont il reconnaissait le aèle par d'hqnorables récompenses , dont il n'a-> vilissait pas la dignité , en les obligeant à la flatte-* rie. C'était peu pour Joseph ii , il institua de& prix en faveur des agriculteurs diUigens ; perça des rou«* tes y cretisa des ports y abolit les douanes à^l'inté-^ rieur, et nndtipMa ainsi les commumcations du eonuxterce. En aucun pays , k aucune époque y oi| n'honora pbis qu'en Italie > sons Joseph ii, les sciences qui aidimt a supporter la vie^ les lettres qui l'embellissent. Digne exécutoir de ses ordres^ le comte de Firmian arriva dao» la Lombardie au^ trichienne^ et cette province devint si florissante sous son administration 9 qu'on vit se réaliser pour elle ^ je ne craina pas de le dire y les récits &fau-» leux de l'ftge d'or.

Quant aux institutions ecclésiastiques , Joeepb ii dédara la religion catholique osUe de l'état ; mais il ordonna en même temps la tolérance pour toutes les autres; défendit aux évèques de re^rd^cgome valide toute huile qui ne leur aurait pas été transmise par lé gouvernement ; mesure adoptée anté-

UVRE PREMIER. n

rieuFCOtteiit par quelqioes autres princes , mais «pii n'arait pas toujours reçu d'exécution. Il établit que les ordres des religieux réguliers ne dépendraient plus de leur général réaîdant à Home y mais de l^r supérieur ordinaire^ c'esl-à-dire de réyéque ; persuadé que de cette manière y il agissait à la feis pour la sûreté^ pour Fhoiineur de som âtaifty et dans Tint érét delà discipline ecclésiastique. Quel* qnes couvens lui parurent inutiles y il les supprima ^ ne conserrant parmi les établissemens de femmes^ que les maisons d'éducation pour les fiHes. 11 in«> stitua aussi de nouyeaux érèchésy en amalgama plusieurs autres^ en régularisa les revenus^ et augmenta con^dérablement le nombre des cures ^ phis empressé d^assurer l'instruction at le salut de tous les fidèles , que de pourvoir au Ititte de quek ques prélats.

. Ces innoTdtions eTeilIèrent fortement l'atten-» tion du 80=uTerain -pontife Pie ti ^ bomme d'un ca-^ ractère vif ^ et jsdoiix surtout des prérogatives du saint siège. Fort de l'autorité de son rang^ de l'aspect imposant de sa personne ^ de l'âoquence qu'il possédait au suprême degré ; sans iréHéebir à l'échec qu'un refus pouvait faire à sa réputation , Pie VI se rendit à Vienne. Il y fut reçu ave© d'autant {dus d'honneurs y peut-être y qp'on était césolu d'écarter ses rédamatîons^. Les premières félicitations passées, il entra en conférence avec l'empereur, entama le su]^ de sa négociation^ et

m HISTOIRE D'ITALIE.

parlant avec une majesté inexprimable , il l'avertit (c d'apporter toute son attention aux évcnemens « du jour ; qu'on parlait pompeusement de la sim- « plicité antique ^ inais qu'elle ne convenait point i( k un siècle qui l'avait oubliée; que le dérègler u ment était dans la morale , la tiédeur dans la « foi y l'ambition dans tous les esprits; que Fappa- « reil extérieur devait donc soutenir la croyance (c ébranlée^ imprimer le respect aux uns, et sa- (( tisfaire les prétentions des autres ; que la condi- « tîon de l'Eglise restreinte , pauvre et persécutée , cf n'était point applicable à l'Église riche , triom- {< phante , et n'ayant d'autres limites que celles i( du monde ; que si les petits états admettaient (f les formes, républicaines , les grands empires ne (f voulaient que des institutions monarchiques ; et, « que dans une domination aussi étendue, on ne w pouvait sans péril affaiblir la suprême puissance u du saint siège, parce qu'alors éclateraient bience tôt les ambitions individuelles et le schisme : « Voyez, ajoutait-il, coml^ien de discordes, com* cr bien de' sectes sont nées de la seule erreur de (f Luther, uniquement parce qu'on osa secouer le t{ frein régulateur du successeur de saint Pierre. « Les mêmes principes amèneront les mêmes détf chiremens dans le reste de l'Église catholique , <i et les agneaux errans loin du pasteur accoutumé , (c deviendront la proie des loups dévorans. Qui u s'érige en réformateur , commence peut-être avec

(Y des intentions innocentés et dirigées vers le bien; « mais r entêtement et l'ambition naturels à l'huer manité finissent toujours par enfanter des de»- (( astres. N'écoutez pas les discours emmiellés et H modestes en apparence de certains hommes : ce « voile d'humilité , cette feinte douceur de pa- « rôles ne sont que le manteau de l'orgueil qui « les domine. Ils se refusent à la soumission pour « arriver au despotisme. Faibles^ ils supplient; puisse sans , ils écrasent. Les doctrines pernicieuses se « propagent avec rapidité ; au maintien de la mo- (( narchie spirituelle est attaché le salut des monar- « chies temporelles ; la chute de l'une met toutes «les autres en péril; et déjà, sous ce rapport, les i< projets des philosophes modernes ne sont plus «un mystère. Enlever à un souverain^ la vénéra- « tien des peuples , c'est un moyen facile de Tenir lever à tous les princes. Dans un siècle effréné, (( l'autorité absolue du pontife romain est le plus (( ferme appui des monarques. Je ne prétends (( point d'ailleurs abuser de cette autorité contre « les rois , quoique les papes en aient été autrefois (( accusés. Aucun signe ne l'annonce, et l'esprit (( du siècle s'y oppose; mais réfléchissez mûrement (( à la puissance du roi de Prusse , votre rival , et « chef du protestantisme en Allemagne. Par per- « suasion ou par habitude, les catholiques suivront «toujours l'impulsion dé l'Eglise romaine; où « sera votre espoir , votre appui , votre force , si

ï4 HISTOIRE DITALIE.

tfTOii&'nnifi séparez d'enx ? SouyeiiiesxVbtfs de «Charles v> le plus glorieux de vos ancêtres^ «c coatraînt de fîiîr à la hàte^ et chassé d'insprcick dr par ces mêmes protestans qu'il avait comMés cr de faveurs excessives. Suivez plutôt leÉ trahies w tie votre auguste mère et de taut de princes de cr votre maison^ fameux par leurs grandes action^ rr dans la paix et dans la guerre^ plus fameux en^ i< corç par leur pieté et leur dévouement envers nie saint siège. Abandonnez ces maxin^es fâUa^ H cienses^ ces dangereuses innovations ; jetez-vouft « dans mon sein^ mes bras vous sont ouv^ts ; je ir vous Jr recevrai comme le plus tendre des përe» « y recevrait le plus cter de ses filsi Je sMisque fc les institutions humaines s'allèrent par la suc*^ (c cession des siècles , et qu'il est nécessaire quel'^ (c quefois de 1^ ramener' à leurs premiers prin«* i( cipes : père commun de tous les fidèles ^ je suis (( prêt à le faire autant que le besoin de la religion ir l'exige^ autant que la dignité et les droits du « saint siège le permettent ; mais de moi seul > PC comme de la source universelle et en vertu de k ma toute puissance apostolique^ doivent vemr t< les réformes. A les obtenir par une autre voie, tr il y aurait scandale aux yeux du monde » outrage •ce à mon honneur, subversion des prérogatives t( du vicaire de Jésus-Christ : dans une vieillesse « déjà avancée , animé de l'esprit divin qui ite « trompe jamais, et voiilant écarter tout inter**

iemédiaire^ j'ai quitte mon palais pontifical^ f^pottr tia pays qui m'est entièrement étranger; ir j'ai parooKiru d'immenses contrées, traverse des (f rocs escHTpés ^ afin ^ de vous édairer par moi«^ fc même s«r les périls qui vous entourait , aiin de cr VôiiB informer que le CShrist n'a cpi'une Église , fr idfù» oette Église .n'a qu'un gouTernanent y que H ce gmivernemeat n^^ «p'un chef > d'oii diérivent H tous les autres pouvoirs sur la terre ; et vous ne « souiH'ires pas cfsi'il ne résulte aucun fruit^ de tant «r de fati^goies, d^un voyage entrepris 4vec tant de (t solennité, d'exhortations si paternelles, et du fr désir inquiet de tous les fidèles ^ da«is une afiaîre (cd'un si haut îatérèt. >i

Ces motiis , puissai|s par eusH-mèmes et fortifiés de toute la gravité du p^ntile, ne parent cependant détourner l'empereur de ses diesseins. lie pape revint iijRomed'aMant plus affligé, qii'il voyait le sausit siège meiuicé dé plu6 ppès par la tenipéte qu'il voulait conjurer « .ije grand-duc Léo* pold ét4t monté (SUT ie trène de Toscane en lyôS. Ce prince ^ it qui i'on n'>acooldera jamais tant d'élogess «|u'tl n'en «néfifô enooi^ davantage , montra ce que peuvent, pour le bonheur des-peu|des, les qualités de- 4'es^rtt, les Vertus de l'ime et l'amour constant de l'humanité, ëolon lit un gouvernement piiypulaire et àgHé^ Lycurgiie un gou* vertiement populaire et grpssîer, Romulus un gouvernement militaire et xîonquérant , Léopold

î6 HISTOIRE D'ITALIE.

établit un gouyernement paisible y doux et paâ-* . fîque^ d'autant plus louable en accordant beau-coup 9 qu'il pouvait ne rien accorder. Que si Ton veut encore 9 comme on l'a déjà fait, accuser Léopold d'avoir par ses réformes donné naissance à la révolution française > je ne sais plus ce qu'il, faut déplorer davantage , ou de l'aveuglement de certains hommes y on du malheur des princes, plus souvent flattés pour le mal qu'ils font y que félicités pour le bien qu'ils opèrent. Avant Léopold, les lois de la Toscane étaient partiales , confuses , difficiles , inpré voyantes , attendu qu'elles avaient été faites en partie/pendant les troubles et les dissensions de la république de Florence , et en partie refaites sous les anciennes; mais sans concordance avec ces dernières qui subsistaient toujours. D'un autre côté^ il y en avait pour Florence, pout la Campagne; I)Dur Pise , pour Sienne, peu ou point de générales. De là les incertitudes sur la juridiction, les contestations sur la compétence , les lenteurs de la procédure, le désistement forcé des pauvres, les délais arbitraires apportés par les riches; de là encore la facilité d'être injuste, la ruine des familles et les haines inévitables. Il y avait en outre cruauté ou insuffisance dans les lois criminelles , peu de faveur pour le commerce , oubli de Tagriculture, gernies pestilentiels dans le sol, point de garantie pour les propri}étés, misère dans les

caïïi|)â^cs, J>bids énorme* ^é là dette publique,' $tiï*charge écrasante des impôts.

Le généreux Léôpold trouva remède à tout; il supprima les chargés inutile^, ou peu nécessaires^ ou de pure faveur, entre autres celle des régales : aboKssant ainsi' les privilèges qui enlevaient aux juges ordînaireî^ la connaissance des causes où l'intérêt dé la courôtihe se trouvait comprbmis. Il affranchit les communes des tribunaux d'éxëebtion , leur rendit là libre administration de icu^fereveûus, les autorisa non seulement à s6 cbnôét'ter^ mais encot^ à prononcer sûr la nécesvsite désthiH^gès publiques, déporte cju' à certains égarés y ces 'Communes forcèrent dans le grandduché iinte 'représentation hâtibnale. En leur faisant retnî^e de ce quellëfe devaient au trésor, en letir faisant pày fer ce dont le trésor leur était redevable, ^îHes'éîe va à un haut point de prospérité, qxï'A accrut encore par r-a^mélioration du cadastre.

De dette suppression dé privilèges individuels, èf dék ^i#ibunauxi d'exception ,' naquit' pour* les corps et pbUr les personnes régali1:é civile; tels furent 'ittm ce rapport lès règlem'ens étabKs par Léopold. Quant aa criminel , 'il iannula de même tottte fràtiéhise, foi^a les jnges à rirtipartialité , abolît lé '"péfee de -mort/ là torture, le crime de lese-teajèsté, la confiscation des biens et le serment dès cfcmltàiiinés. 'D voulût que les plaintes fussent rendues '^n termes cMrs «t précis; ijue le plai- I. 2

t8 ftWTOIRE D'ifALIE.

gn^ut $e rendit rjesponsaI)^4e Ja wériié A^ V 9^-cusation ; accorda aiqc contuipfiC|es ;la reii^^sif^p fptièr^ de Içur prQoès , ,et jprppojrtiçiq^jia l^ peine au .déUt- .JDu produit d^ 4i:iipfl,4€ïs et 4^ qqj^^ d^^iQ^tlops.pëcuuiaireSy il, for^çigia., lopaiige ^teri^e^e lui spit.rej;i4Hel un fi^pds^p^irtic^ier poi^ le jSQidî^^rpçnt . de ces rioi^ipciens^ qi^e^ji^stice^ ea json cours , en,vdic^pe ipi^q^çfo^ . n^4g^-^ elle ^daixs ses poursuites et d^qs Jies ï;ig^eflr^ qui les .^çcptmpagneut. Ge. fpn^ t?^v^it eoooi^ ^aÂédomn^j^ger ^es tiejçs, des.pertjes r^ulta^t d'i^n.4?Mt eti:auger. Voilà .donc , choise jidmir^le ! .^ipie institution iîscale qui idonne au «lieu d^ preildi:)^* Nop.çpntentde toute^.ces ame^orat^o^^^ Je prince çhargi^a de la rédftctiqn d'^n .pouveau çq^e tosç^n^ Yer^a,çini, ai:iditeur d^ la rotç., »et . Jjç c<)n.seilïef Ciifiwi, tous d^x également apÂifîjés de i'^uxQ^r du bien public , to]ifs A^P^ c^paj?les d'.y cpopérer par leurs t^ens^ tpus deu;»: ÇQpy,%iof:{}s que l,e moyen d'y p^rv^nir ,qt;ait de réfQ^'jqjerJes bis. Ce. n'^st p^s ^i;çs r^^^n que j^ .pÈ^px^ln^ ajn$i, car il .^x;isAe pvjOiurd-^ui âes ^pm^a^e^ jqwi yQudr.^t 9pu&pwauad^ q^>. meillAWP JfigWr lation est cdAe des teip^ps^l^arb^res.

Les e^et^Jf^pondirept h qg^ générep^^ intea-* tjioDjs. JLe bonheur ,$e .fîxa en Toscane. à Ji^ ^te des innovations de Lçopold; ia morale. et l'ujcbanité se rçpftudirçnjt , le <^jiqaqpjt fui ,i4^^r^>/^ coté du diçl^t j lp^.çrimçs4W'*^cnt.tj:«s.rac^^ les

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prisons se dépeuplèrent ; tout prit l'aspect de la prospérité. Aussi ^ cette prôvltice, à qui le moiidë devait déjk de si grands exemples y donna encore y stms la domiiiatîon du prince le plus hu- Hiam^ celui d'une législation teDemerit fcoordonnée, que lé gouvernement et le peuple ne pou* vaieat désirer, l'un plus de garanties , l'autre plue de félicité.

A 4!:et heureux résultat contribuèrent puissamment les nouveaux règlemens de Léopold, relativement à l'agriculture et au commerce. 11 affranchit les campagnes de toutes vexations , les terres de toute servitude ; restreignît la faculté d'établir des fidéîcomnris^ réunit le droit de pâture à la propriété ; rapportant ainsi l'ancienne loi du pâturage public , qui empêchait lés propriétaires et lesi cultivateurs de clore leurs terrains pour les pr-éserver des animaux vagabonds et dévastateurs! De ce^e prévoyance, naquirent des effets très rëmarquaj^les; les moissons furent assurées, et les animaux s'apprivoisèrent.

Considérant ensuite combien les fermes générales des impôts étaient mal vues des peuples , fit peu utiles à un bon gouvernement , Léopold les afaelit< Plusieurs autres fermes particulières furent également supprimées , telles que la vente des tabacs, de l'eau-de-vie et du fer; quelques impôtB subîreM des diminutions, entre autres ceux des contrats et du timbre ; l'exploitation des

mines rentra dans le droit commun. Lébpolrl sa- .yait^qpeî toutes ces réformes devaient diminuer les rentrées du trésor ; il y persista néanmoins^ j)lus. touché du bien public que de l'avantage du fisc. Gei^eçi^ant les revenus ne baissèrent pas autant qu'il ^l'avait pensé d'abord; -et la prospérité du .pays.,/ la plus grande activité du commerce, suppléèrent en partie aux réductiol^s opérées* Preuve cprtaine que. le bonheur des peupSes, garanti par la liberté, est pour le trésor public une source de richesses plus féconde que des. impôts onéreux;

Léopold supprima 'encore les douane» inté-^ rieures, ouvrit des routes, creusai des caxiàux et des ports, établit ou :releva des lazarets y assura aux étrangers le libre exercice de leur rel^ion.à LivQurne, abolit les corporations des artè.et mé^ tiers , affranchit l'industrie de ses entraves, y substitua des encouragemens, des récompenses et des privilèges, surtout en fa.veur des ouvrages en soie et en laine, partie la plus essentielle du commercé dé la Toscane. ; L'exportation libre de la soie , moyennant une ifaible taxe, donna elle seule un tel résultat, que le produit, qui, en 1760, n'avait été pour la Toscane que de i63, 1 78 livres, s'ékva, en 1789, à 3oo,ooo liv.

Pour revenir à l'administration des terres' , non seulement Léopold l'améliora de beaucoup en améliorant la condition des cultivateurs, mais

encore il rendit à Fagriculture des espaces que la niature du sol n'avait point- permis jusqu'alors de cultiver. Tels furent la vallée de Chiane, celle de Nievole, terrains riches et féconds, une grande partie de la* capitainerie de Pîetra-Santa, les frontières du littoral de Livourne et de Pise, qu'il

parvint à dessécher et à rendre salubres au moyen de tranchas, d'atterrisseniens , de digues et de canaux , pratiqués par ses soins selon la nécessité des lieux. Mais une entreprise de bien plus grande importance, et d'une difficulté presque insurmontable, ce fiit le dessèchement des marais de Sienne, entreprise avancée à un point tel, qu'on espérait atteindre à son entière exécution. Les marais de Sienne s'étendent le long de la mer , sur un espace de soixante-dix milles environ, depuis l'extrémité de la province de Pise jusqu'aux frontières de l'état ecclésiastique. Leur largeur , dans les terres, est de cinq ou six milles, jusqu'à quinze ou dix-huit. La plaine de Grosseto fornie la partie la plus considérable de ces marais. La portion de la plaine qui n'est pas inondée est aussi féconde que l' airest infect et pestilentiel.

Déjà , sous Ferdinand i*' de Médicis , le dessèchement avait été commencé , et plusieurs de ces marais avaient pu recevoir la charrue; mais, par la négligence des successeurs de Ferdinand, l'air et la terre se corrompirent plus que jamais. A peine Léopold fut-il monté sur le trône, que son

f ai HISTOIRk D'ITALIE.

attention se porta vers les marais; il y envoya le père Xiïqenès^ Ferreni et Fantooi^ mathémati'ciens célèbreâ et très $ayaa$ dans F hydraulique* La plaine de Grose^eto^ le lac, ou plutôt Fétang de Gastiglione , se trouvaient dé^* datis nn^ état satisfaisant. On espérait mieui^ encore, on espérait même un^uCcès com^e^t. lies atterrisseniens^ par le moyen des e^^x de TOmbrone et de la Bruna introduites ait moment des crues Umo^^ neuses^, l0$ cailaux, lés éeluses, tout fut mis ei» u^sage. Persuadé en outré que les petites pcypalxH tions rendeût Tair insalubre , que les grandes l'é-^ purent, Léopold offrit de» récompekises et de9 immfunités^ s6it au:t géns^du pays, soit aux étran*^ gers, et par ticulièireinent à ceux de ki Camps^në 4é R(Mfne, qui fixeraient leurs demeures sur Tem^placement des marais. Il annoâiça que le tr^or payerait aux fondateurs des maisons uouveMes le qiiart du prix de le^ir construction ; qu'il donneraifl des tenues ou gratuit enienf , Ou à bas prix , our â loyer, ou à bail emphytéotique; qu'il ferait dés avaùces de fcmd^, et que les itouveHes demeurée deviendraient pour les habitaàs U0 asile inviolable. Par ce riioyen, la populationrs'acertÉt, les terres furent Cultivées, l'air s'assainit. A la véiîté, la diffi^ eulté des temps tie permit pas de miainftenir cet état de choses ; Inais tir reste , et pettt-^étre restera^ t^il lông-t^mps encore, dans les marais de Sienne, à^ v^tigesr àa kl Mumficencé de LëopoM.

LIYRÉ PKÉîtflEIl. 23 ^

^]^i^e9 jûmé et' iriagiisrtiîme> prit k Pégard de & à^^ puMtq^ â€f^ iti^ëu^e^ non lAoîns di^ gM^dMlbgés. Pfc» de trois mille crrétftfcès fiit»ent yéteiiites y ^t? leô cr^ancJèi^ ^clmboursés sut tes foilds {^OVéHanf de la veMe dé^ biehâ ap|for^ t^tlnt^, sfû^ à la côuï'étine^ soit au ^ottiaine pfsr- Mk. U erû'piiyyÀ encot^è à cet osag^ ïei& capitaux qui constituaient la dot^t k cGlÉiti^e-Hlol/de laf ^eine S6in épôiffi^'^ et iniâkiie ttiie partie de son profpre fAtThmcÂtUè. Be deW itmnftère^ ei pendatif ^ue d'aiit!^ ëtitâ'd'ltàlié s^ôMl'àfiéi^t cemtiimeH'ei^ sans flrfi(¥ë Mt que dé se ^éét desh artnées, la TmëdilÊé^y^^ ttÈ,' séiës dé Léopold^ aA>iortiâsait fa dette publicpe,. cf ftmdait un gouvernemeht Internet y pafisiMâ à Fhitërieu^^ inoffensif pour 'se& T^inis^.

L^opôidf ^eHifsaif Mm ht ViîitiMtë et k rorncment àë soBi Aicbë. On voyétt s'^fe^f Je la foife des écoles pour toutes? lésr ek^es' dte la société , des ntaisons de rWfefge et de seébùrs , des^ HÔpifettx et) des ho&- 1

pices ; tes^ umvei*sitëis ât Pise et de Sieûne rëcevaîeÀt iMie Meifteui'e ôf ganisa^ftoti j de liouvettui pâki^ étaient fondés^ les anciens s'efnbellissaieAt; on fMiiCiplidt les" prottïettades pubKques', les bil]^iMbé(|ue9 s'enrichissaient, lé cabinet de pbys^ué' ajoutait k ses' ctfrit>sitës, ef Ton planikit nn ']M!Ûin bt)4Miqtie.

Le prince? voulut eticore^ c[à& ht sincérité' de ses xQlentiMis et Féquîté de son gouyemenient

parussent au grand jour. C'est dans ce but qu'il fit ffublier le tableau^ par recette et dépense ^ die la situation financière de l'état , depuis 1 765 jusqu'à 1789. Là, d'un seul coup d'oeil, on apercevait et le montant des économies , et la .diminution ,des impôts j et la destination des fonds publics ^ ctm-r ployés à des établissemens charitables ou, à. des travaux d'embellissement.

Je me suis étendu sur l'administration sage de Léoppld; l'extrême plaisir que j'y prenais m'y invitait assez, et je n'apercevais qUe trop d'occasions, dans la suite de cette histoire , de rapporter des faits bien différens. Avec un peu d'indulgence',' mes lecteurs ne m'accuseront pas, je l'espère,^ de m' être laissé entraîner à des longueurs ; ils me pardonneront la satisfaction que je me suis .d<>nr née, d'autant plus qu'au milieu des malheurs de notre époque, les historiens ne rencontrent pais souvent de bonnes fortunes de cette nature.

U est temps maintenant de parler des réformes apportées en Toscane, par L^opold, dans la discipline ecclésiastique : matière de la plus haute importance, qui éleva tant de rumeurs, qui éveilla* bi fortement l'attention des hommes , soit en Italie, soit au-delà de ses frontières. Les anciens Toscans, plus généreux envers les couvens qu'envers . lés paroisses, avaient placé les uns dans l'aboiidahc^, en laissant les autres dans la nûsère. Les maximes relâchées des jésuites, et la ccmstitut^on Uw^erd"

iusj ayaieiit été admises en .Toscane sans la moindre opposâtion; mais aussitôt qu'Ippoliti fut élevé à révéché de Pistoie , les écrits de Port-Royal commencèrent à circuler parmi les ecclésiastiques. Arnauld, NicoUe, Duguet^ Gourlin et Quesnel devinrent les auteurs favoris des prêtres. Cette tendance vers les dqctrines de Port-Royal devint beaiicoup plus sensible au moment où . Scipion Ricci rem'plaça Ippoliti sur le siège ëpiscopal de Pistoie* Léopoldâ'en réjouit^ convoqua^ en 1787^ une assemblée générale des évéques de Toscane y et leur soumit cinquante-.sept propositions ^ toutes relatives à la réforme de la discipline ecclésiastique. Beaucoup fiu*ent accordées ^ d'autres modifiées y quelques unes réservées pour des temps plus convenables.

L!a(lhdsion de rprélats y aussi respectables par le savoir que par Tintégrité des mœurs y permit au prince de procéder plus franchement dans son système de réforme. II! établit que .les cures se donneraient au concours , que leurs revenus seraient augn^entés, qu'elles cesseraient de payer aucune taxe aux évéques étrangers; affranchit les bénéfices de ces cures de toute espèce de pensions; changea la destination des fonds affectés à certains usages religieux , isans intérêt ou sans utilité ; employa ces capitaux à l'augmentation des portions congrues les plus modiques; voulut qu'en retour les curés se désistassent de la dime et de

tout autre émohiméHit de Tétole ; qu^îk fbssétit obl^s à ^ëskience ; que ^tm&tie ùe pht jouir k la fois qtie d^nii s^nlbémé&cid etitofe bien qtîfé peu consrid^àble y mâiis surtout si c'ëùit un bénéfice à résidence ; que tout prêtre qui aurait un hêàé* fice de cette nature relevât d^e F église dbut dépendait ce bénéfice ;^ Tés sinfipléS prétfeà, dé la pai^bl^s^i où était leur domicile y et cek^ sous la dépefidaf^iiré' ' du curé, et avec roblijgation âe l'assister dans l'eiercice deson saint ministère; que les bénéfices',scHt de a>lktion ecctésiastique, soit à là' fi6mkia^ tidn de la< couronne , se conféraient ^mqfuét^ât a qui aurait seih^î où k qm oetntSRt atfUélléilftfatlf l'Église ; efme les- réguliers^ et led cfaMoytfêS* âépm^ dissem dtr étiré, et feissefft tlM» FeU^àffkHV db l'aider toujours au besoin. Il pourvuf k \a* stdNlï-^ $€anee dIeSr eedésiaB^^pae^ pMVre^ OU^ itlârhiès ; supprima les ermitages ëk3M f Milité n'aurait pas été reconnue; etv fit atvt^ftit des compagnies, conîgrégatrons^ et confréries y tes rertiplafça flcrtrtes par les seules' associardons de chfsMté ; remit gra-* tuitemeM an» paroisses les églises, oratoires, réfectoires et courent de ces congrégations. Bf êé^ cida que les relilgieux régtiliers- dépen(]b»aient ùè Févéque; que la prise d1kd(>it ne pourrait é^cÀc Heu* avant Fàge de dix>-huit afÉs potu* le^ hoMAiés, de vingt ans povr' lesr femndes ; que tes hoïAM^^ ne pourraient prononcer de vwtxi^ àVffiit Fâged^ vingt-quatre ans , tes femnies avant leur tretffièiâe

année. Il abolît le tribunal du saint office; suspendit l'effet de^ censures de Rome qui pronon- €^aient des peines temporelles, et des bulfesr d'excommunication cpii n'auraient pas ëtë satiCtionnées- par le gouvernemfeHt) défendit' de les jfiutlier, d6 les si^îfîer, et d'y atoir aucun égard <ïans lé' for extérieur. H retira aux ecclésiastiques lé prîyilége qu'ils avaient de citer devant eniL les laïques^ , à qui il les assiibiUy sads restriction, dans leâT causes criifiinelles. Il voulut que leur juridiction fût toute spirituelle afussi-bien que les cbâtimeni^ qu'ils pourraient inifliger; que les évêqueô Convo*-* cassent , toiifi les deux anîs , le synode diocésain , afin de conserver intacte la pureté du dogme et là sainteté de la diseijdine.

Défavorables à la cour de Rome , ces règlem'ens du prince toscan ne frapfKiient cependant point, dans sa basUe , cette autorité pontificale que depuis plusieurs siècles les papes prétendent exercer pleine et entière, toit de l'aveu tacite, soit du consentemeii4^' exprès de l'Église. Les avoicats du saint siège sou4âfexinenli que le pape est le seul vicaire , le seul représentant de J^u^hrist, son plénipotentiaire, et que toas lès autres évêqtiés de la' cht*^ tienlé sont les vicaires, non paé de Jésus-Christ, mais du j^ontife romain; qu'aiiisi il n'est dansf l'Église qu^un seul évêque universel qui reçoit du Cfaeristy en dçpèt, toute l'aûtOTité ecclésiastique , avec pouvoir de. la répartir dans une juste pro-

2i8 HISTOIRE D'ITALIE.

portion entre ses subalternes. Mais l'évêque de- Pistoie ne s'arrêta point devant ces prétentions ;. toujours appliqué à ramener le gouvernement de l'Église à ses principes, il avait déjà voté, dans l'assemblée des évêques de Toscane , une extension de pouvoirs, non seulement pour les évêques, mais encore pour les curés; voulant qu'à l'instar des premiers chrétiens , les uns et les autres eussent voix délibérative dans les synodes diocésains. • Il étaUit ensuite, dans son synode, que les évêques avaient reçu immédiatement du Christ les facultés nécessaires à la bonne administration de leur diocèse ; que ces mêmes facultés étaient indépendantes et inaltérables ; qu'un évêque pouvait et devait toujours, si le bien de son église l'exigeait, remonter à ses droits originels quand un motif quelconque en avait interrompu l'exercice. Ces pr<^ositions furent très mal reçues à la cour de Rome; Pie -VI les condamna, quelques années après , comme erronées , et même comme schismatiques. Ricci ajouta quelques autres points de doctrine; soutint que les limbes des ehfans étaient une chimère de Pelage ; que , selon l'antique usage, il ne devait y avoir dans l'Eglise qu'un seul autel; que la liturgie devait être écrite en langue vulgaire et récitée à haute voix; que le trésor des indulgences tenait de la dispute des écoles; que l'application qu'on en voulait faire aux morts était une idée ridicule , et que la convocation du con-»

€tle national présentait line voie* canonique pour «lettre nn ternie aux conti^oversês sur la'foî et sur Ja* discipline. Le saint siège vit un outrage dans .chacune de ces propositions; mais ce qui offensa le :{)lUiS.1â cour de Rome j ce fut l'approbation donnée aux rquatre. articles posés par le clergé gallican /laiis: rassemblée de 1682; approbation que, par .une huilé spéciale, Pie vï condamna comme téméraire , scandaleuse et injurieuse envers le saint siège,

- Les doctrines du synode de Pistoie élevèrent iune grande rumeur en Italie, surtout après la îcensurè de' Rome. Les hommes les plus versés daXtô l'histoire ecclésiastique publièrent des écrits sans noinbre , les uns en faveur de Rome , lés autres en faveur de Pistoie. C'était un procès à jiécidèr entre les deux doctrines. Les papistes prétendaient que l'hérésie de Luther s'introdui- •sait en Italie; les défenseurs de Ricd, qu^un frein •salutaire allait enfin resserrer l'extrême puissance de Rome dans de justes limites. Et comme C€?s derniers mettaient en avant les paroles magiques de siniplicité et d'économie, comme leur opinion favorisait le plus grand nombre, enfin comme la puissance excessive de Rome était de^ venue intolérable, ces derniers, disons -nous, ivaieat l'avantage sur leurs adversaires, et acquéi^ient tous les jours plus de crédit; ^ Ces .atteintes touchaient d'autant plus sensible-

3o HISTOIRE D'ITALIE.

•n^ent Jiç Cû^r du pontife y que des doctrine» pa.'<» Tailles ou .p€^ dîfieireDtês &e professaient dans le royaume de Naplies. Tous pensaient^ et spécîa* Jenient les princes y que les doctrines dominantes en Toscane devaient non seulement rétablir 1|. discipline méconnue , mais aussi rendre les souTe^rains temporels à l'indépendance qui leur était due^ en les aifranchiasant de la tutelle du pontife romain. On trouvait donc autant de plaisir à les emtoa^ ser, que l'on mettait de proihptitude à les ppo*pager^ et de chaleinr à les défendre. Le gouyernement des Deux-Siciles avait d'ailletirs des émotifs particuliers d'accueillir et dé favoriser ces .^QCjtrines , qui frappaient si agréablement l'oreille 4esinots de liberté et d'indépendance. Mais^ avant «Je parler de ces controverses, il est nécessairt ^' exposer l'état du royaume, de dire quels Paient les opiiaubCMis ', les pencbans domioans ; déplorani; d'avance la fatalité , qui de principes fondés sur l'humanité et la bienfaisance, a fait sortir les évé- Djçmens les plus tragique^ et les plus affreux dont L'ij^toîre mous ait transmis le souvenir. Horribles e^tfémitQS>:que l'ardeur du climat, ou l'atrocité d^s injures>iOu.lâ soif immodérée de la vengeance, ou tous ce& motife ensemble , ont amenées dans ç^Xte portion de l'Italie !

Appelé au trône d'Espagne en 1750, le roi Charles dç Bourbon avait cédé le royaume dqs Deigi^-^içiles à Ferdinand jv^ le second de ses fils.

. LIVBE PREMISH. 3i

l^é ^eulipiQ^t.d^ ;ne»f aqs^ Avaxitde pantir il créa ¥]9S rég^PCe^ et confia la jeunesse du nouveau «roi ^x 3Qiu$ d^irpri^ce Saiiat-Nicaudiie. Étranger à toute sçi.Qnc^ Jittéirake ^ et dans Timpo^si^lité diQnseîgn^r è d'autnes ce ^'il pe savait pas lui*zaâmç, le furince forma jBoa rayai âpve à rla pédie^ àJa)Ch9s$é^ et à d'autv^ exercices corporels de cette nature. Le jeune Ferdinand .y prit tant de ^ût'^ qu'il en fit dans jia suke ^ et toute sa vie , Xob^ de sas fl^âassemens favoris. Mais U grandit aivec peu.de connaissaiioe des ohosas'les pl^s në«« eessaiiss à la vie civile y et au gouvernement des état^. JN^anraûins il aimait les âanrans^ et savait pir&iîterjdfi leuirs noo^cils. Le hasard^ qui protège «^i.qiudbquefaîs les gens de bien, voukit qu'à la tèSeduioonseil royal se trouvât le marquis Tanucci, l^Noame franc, zélé défenseur des prérogatives du tmoie;, tiët' très opposé aux. immunités* ecclésias-^ ^1108^ ^uctouten nNitier^ criminelle^ Le roi pré- ^^ volontiers roreiUe à ses discours ; la pniii^ce Qklsimodération pr^idaient ainsi ai» gouvernemeot de r^tat*. OiL:espérait quelque adoucissement à .lA tyrannie féodale, qui en aucune partie de mtàlie ne s'était «maintenue plus rigouiletisement que àsofs: li& roy aon^ de; Na|)les, et principalement daaoLS;Lesi Calices. 1^ barons, possesseurs des fîe&, ennepiis.tout ensemble de 1^ autorité royale et du peuple ,'méprisaievkt l'une et tyrannisaient l'autre. Otttre. les privilèges, de la obasse, de la pêche,.

3a HISTOIRE D'ITALIE.

des maùliiKi et des fours y ils nommaient les ji%ês des terres, les gouverneurs des villes. Pour 'etax étaient les premières moissons , les premières vendanges, les premières récoltes de F huile, de là soie çt de la laine; pour eux encore les droits d'entrées , les péages , les gabelles , la dlme et le bénéfice des corvées. De tout cela résultait la vexa^ tion des peuples , la pénurie dû trésor et l'affaiblissement de Tautorité royale. De tels abus, si peu en harmonie avec l'esprit du siècle , ne pouvaient échapper à Tanucci, ni plaire à un roi doué d'unt caractère doux et facilie. Des lois expresses vicH rènt* donc les modifier. De plus , Tanw;ei appela les barons à la cour , ou ils apprirei^ , en' contrac-î tailt des mœurs plus polies, à ménager davjantâ)^ léui's vassaux. En cultivant l'amitié de toutes' terf

puissances étrangères, Tanucci pei^chak mwur^ moiî^pojur la .'France , et déplut aihsîi kla jmè^ époifsîe de Ferdinand, Caroline d' Autriche j^ issaoçki impâ^ieuse et hautaine. Tànucci fut donc [éloigne dc^. affaires 9 .e^t remplacé par Acton , ' nrinistcls dpnt le i^ractère répondait davantage' k (»lui de; Ig; r.fipe . t De ce • mômei^t l'influenoe d» F Autriche prévialut. Malgré, tout, les réformes salutaires se poursuivaient ; quelques privilèges desbarons furent abolis, les. péages suppriitiési^fcal) entrevoyait un. meilleur état de choses pour^ l'avenir. P'heureuses dispositions se manifestaipiflj dajïs les esprits. Déjà Filaûgieri avait publié? sefc'

ouvi^agtfs philosophiques , où la' force du g^îe le dispute à ramôur de l'humanité y et l'on mettait autant d'avidité à les lire que d'ardeur à lès.louer. De toutes parts ^ alors , naquit un désir plus vif de réformes dans l'état. On voulait une liberté civile plus certaine^ une liberté poli tiqiie plus étendue y une tolérance religieuse mieux garantie. De son côté , le gouvernement, que la révolution française n'avait pas encore rendu soupçonneux, ne répugnait point à ces réformes. On les appelait surtout dans le royaume de Naples , parce qu'elles y> étaient plus urgentes , et que les généreuses dgctriiies avaient poussé des racines .plus profondes , particulièrement chez les jurisconsultes. Une grande confusion régnait encore dans les lois ; celles des anciens Normands et des Lombards étaient toujours en vigueur; celles des deux Frédéric > lesaragonatses, les angevines, les es-» pagnoleis et les autrichiennes n'étaient pas entièremént abrogées. De là, point de limites précises dams; les droits , aucun terme possible aux procès. La gravité* .du mal faisait désirer le remède avec plus d'impatience , principalement dans la législation civile et criminelle, très imparfaite par les raisons qu'on vient d'exposer. Toutefois , l'expérieÉLce li'avait point encore justifié la théorie, et l'on désirait un essai pratique des nouveaux priacipes. Dans son voyage en Lombardie, le. roi avait visité les célèbres fromageries des , plaines

de Pajpme et du Lodésan. Ces établi&sçnflfions ,1» pkufenty et il en fonda de semblables à Saa- Leuce^ à peu de . diatapce. rde Gaserte. La eolorc nie grandit ; les partisans dâs cëformes repcësen-r tarent adroitement à Ferdinand que la * société nouvelle attendait des loiâ de .son. fondateur* Ih n'eurent pas de peine à décida \û roi. Ce i^iiK:^ fit des lois y au n^oy aa desquelles, s'âeva dans le royaume un état libre y. qui n^ recannaissait. da ehef que le roi lui^ns^éme. Il déidaca la colanie in-^ dépendante de la juridictica^ordinaire, etsiNttmîfiQ uniquement aux cbe& 4e: famille 6lr aux anciens^ Lea actes civils^ notamment le nnuriage^ avaicfit leurs forpies et leurs règles particuliières ; le toiftt sidivant la doctrine de Fikngieri* La colonie pno^ spérait à ralH*i de ces lois pdvées ; le roi s'apr plaudissait de sq^ ouvrage; et > imstrnit par Vexpé-^ ri^nce , m iipootoirait cbaqui^ jour plus feiVf^r^*^ aux idées; qu'on voulait hù faire adopteirv Ce^ idées se répandirent pernu le peu]^^> le désir des réformea allait qraiâsant> tout. le monde pmit^ sait que les institutions qui a^Maiont iak \^ boA-i hedir d'un petit étaUissemeàt ^ pouvaient s'étendire aaroyamne toipi entier ^ ea. ka lui appliquant avec lea ménagemens mécessaires.

!l^erdiaand piratait d'autant pJus volontiera Vo-« paille à ots, consdils ^ qu'ils venaient préciaémieat das plu^ sélés défenseura de son pouvoir et de sa digiOÂt^ , contre le^ prétentions delà cour de Rome*

Celui qà! avait màntté le pluis d'activité dans cei '

discusâoûR avec le saint siége^ c'était Tanacci*

THjky cPaprès^N>ii ati9>Ott avait supprime le tri^

banal de la mmciatur^e, devant lequel étaient por-^

tées , pour être jugées par le nanee du pape^ toutes

les causes oii un ecclésiastique se trouvait laxé^

ressé . Tout appel su pape fut également supprimé «

A la vérité^ c'était un abus éùorme qu'un prince

étnmger exerçât une juridiction et rendît la ju^

tice dans les états d'tm dutre prince « Ce fut encore

par W conseils de Tanucci que la cour de Naples^

et non plus le saint siège y nomma aux bénéfices

vacans les évéques^ les aM>és^ et autres pré-**

tendans ; qu'à la présentation de la bàquenée y au

jour: de Saint-Pierre^ fut substituée une offrande

pécnniaîi'e ; qtie le nouveau roi ne se fit point cou**

roniiér^ pour éluder certaines formalités en usage

depuis lés rois normands, et. qui éti^ssaient là

souveraineté de Rome sur le royaume de Naples;

enim, que le nomiure des religieux mendians fiit

réduit , et les jésuites supprin^. On pai'k ^ en

outre 9 /de rendre les ordres religieux ind^peti^

dans de leurs géhéranx résidans à Rome**, et d'enr**-

{doyer une partie des biensetrclésiastiques à i'équi«'

pement d'une flotte respectable.

Ces innovations ne pouvaient avoir lîeti sans une vive résistance de la part du saint siégé; c'est ce qui arma. Maïs un grMid nombre d'écpf^ vains se levèrent dans le royaume de Naples», pour

la défense de la liberté et dé rindépendanêede la couronne; Les frères C^tari brillaient au premier rang ; vint ensuite Farchevêque de Tarente. Les plus ardens néanmoins furent ceux qui désiraient un gouvernement plus libéral ^ se proposant ainsi tout ensemble de maintenir la dignité du trône , et de renverser les privilèges féodaux. Ces écrits plaisaient à Ferdinand y profondément irrité contre la cour- dé Rome; aussi se rapprochait-il tous les jouis davantage de leurs auteurs, favorisés eux-mêmes dans leurs controverses avec le saint siège, par Charles de Marco ^ l'un des ministres du roi,. et d'un savoir peu commun.

On faisait donc à Naples les mêmes efforts que dans la Lombardie autrichienne et la .Toscane , pour obtenir la réforme de la discipline ecclésiastique; mais ces efforts étaient plus ardens, en raison des discussions politiques avec la cour de Rome. Quant à la réforme des lois, on l'avait également entamée ,- mais avec moins de succès , parce que le ministre Acton, qui n'y entendait rien, s'y refusait ; que la reine ,! qui était bien capable de l'entr éprendre, s'y refusait également; et que le roi , tout entier à ses goûts favoris y aimait rmieux laisser faire que d'agir par lui-même. Ainsi se maintenait l'inquiétude dans les esprits, et Tobsti- 4iation de la résistance irritait encore l'avidité dés désirs.

La Sicile , portion si essentielle du royaume de Ndples^ se régissait, par des lois qui lui étaient propres. Dès les premiers temps elle eut un parlement composé de trois chambres appelées Bras. C'étaient les ordres de Tétat.. L'une de ces chambres s'appelait Brtis militaire j et comprenait les seigneurs dont les domaines réunissaient la population de trois cents feux au moins. La seconde. Bras ecclésiasdque ; elle se. composait de trois archevêques j six évêques y et de tous les abbés qui tenaient des abbayes du roi. La trcHsième s' appelait Ghambre domaniale; elle se composait des représentans' des, villes non soumises aux barons , et qui faisaient partie du domaine du roi. La Sicile avaitdpnc deux sortes de villes y les unes baronalesy les autres libres. Celles-là obéissaient à un baron , celles-ci ne relevaient qute du roi, et se gouvernaient par des lois municipales qui leur étaient particulières. H arrivait souvent qu'un baron votait plusieurs fois dans le parlement y en raison du nombre de fiefs qu'il possédait ; il en était de même, et pour la même raison, des ecclésiastiques, de même encore des députés des villes ; plusieurs de ces der** mères nommant quelquefois la même personne pour les représenter. Le baron le plus ancien de titre présidait le Bras militaire; l'archevêque de Palerme , le Bras ecclésiastique ^ et le préteur de cette même ville , la Chambre domaniale. Dans rorigine--, le parlement s'assemblait tous les ans;

38 HISTOIBE DITALIE.

par la suite, ce ne fot que tous les quatre ans. Avant Charles-Quint, il faisait les lois; depuis, ses fonctions se réduisirent à voter les j^bsides. ' Concluons de cet exposé que la prépondérance , dans le parlement de Sicile, était du côté des barons, portion la plus riche et la plus nombreuse. Dans leurs domaines, ils exerçaient une puissance bien pluls étendue encore, au moyen des privilèges féodaux ; et , quoique lé vice-4'oi Caracciolî ftit parvenu à la restreindre , elle pesait tou^ jours fortement en beaucoup d'endroits. Du reste , les opinions du siècle avaient peu fructifié en Sicile ; mais ce que îi'avait pas fait l'opinion , la constitution de Tétat pouvait l'accomplir. Telle était la situation du royaume des Deux- Siciles , vers 1789. Telle était encore, à quelque différence près, celle du duéhé de Parme et de Plaisance, où régnaient, comme à Naples, les Bourbons d'Espagne. Dans ce duché aussi, la civilisation avait fait de grands pingres; et les Contestations avec la cour de Home , âu sujet des investitures , favorisaient les efforts qui tendaient à restreindre la puissance du pape. L'infant don Philippe, souverain de ce duché, avait accordé la plus grande confiance à Dutillot , Français ^ né à Bayonne, de pauvres parens, et qui, par son iseul mérite , était arrivé au rang de premier ministre à Parme. Dutillot avait été envoyé par la cour de France âu duc Philippe , afin qu'il éclairât

LIVUE PREMIB». 39

ce priDOe âè ses conseils daùs les discus^iis sur*- Tenues avec lé saint siège. On craignait en effet ifûet cthp-^ ne proiilât de rayénement d'un non^ vean duc pmir exciter des troiiMes ^ en rev endi* (ftiatil ses droits de «ouverainetë sur le duché. La {midence et Tkabileté de Dutillot répondirent à la>€onfiâ(nce de la. France et du duc Philippe^ Il s'entoura des plus grands génies de l'Italie > parmi les^els â faut nommer Contini ^ théologien très versé dans la Aoience canonique ^ et Turchi ^ capur cin fort itistruit ^ d'mie éloquence remarquable.^ ^ partisan des libertés ecclésiastiques ^ enonre bieA qu'étant devenu évêque^ il ait changé ^ je ne dirai pa^ d'opinion ^ mais de langage. Grâce aux soins de DMillot^ les mœurs s'épurèrent à un tel point dam^ cette belle partie de l'Italie , les. lettres et les arts y acquirent un tel degré de splendeur ^ que le règne du due Philippe fut appelé Fâge d'or de Parme. Il est très mi qu'à cette époque, l'Italie ne possédait point de ville mieux civilisée ni plus savante. Par les conseils de Padaudi , appelé tout exprès de Rome à cet effet , on perfectionna les règlemens de l'université ; une académie des beauxarts fut créée, ainsi qu'une magnifique bibliothé-. que ; et pour que de bonnes institutions fussent •secondées par de bonnes études et de bons modèles, on appela de différens pays, outre Contini et Paciaudi, Veninî, de Bossi, Bodoni, Condillaç, 'Millot et Pàjol. Dutillot lui-même n'offrait pas

4o HISTOIRE D'ITALIE.

les moins bons exemples à imiter; il^avait de la dignité^ de F éloquence , dé la politesse^ et toutes les qualités qui rendent un homme parfait. Dispns encore que le duché s-' enrichissait par des manu»factures créées ou rétablies; s'embellissait par des palais^ des routes^ et des promenades publiques. Ainsi s'écoula le règne fiurtuné de Philippe sous le ministère de Dutillot.

Philippe mourut en 1766; Ferdinand ^ encore mineur, lui succéda. Dutillot continua de gou*verner, et avec la même sagesse. A cette époque, la cour de Rome exigea du nouveau duc un tribut à titre d'investiture. Dutillot s'y opposa vigoureusement ; le pape lança l'interdit sur le duché. Le ministre défendit les libertés du pays avec un courage remarquable. Plusieurs écrits furent publiés à cette occasion, entre autres une défense de la liberté du duché contre Rome, ouvrjage très estimé du professeur Contini. Ces événemens excitèrent contre Dutillot la haine et les artifices des papistes y déjà fort avant" dans les -bonnes grâces du jeune prince. Néanmoins, le ministre conserva ses pouvoirs pendant toute la minorité de Ferdinand. Ce prince, ayant atteint sa dix-huitième année, prit les rênes de l'état, et marcha vers un autre but. DutiUot fut congédié, les papistes dirigèrent tous les mouvemens du prince. L'inquisition fut établie à Parme; mais son action fut modérée, les contributions peu

/LIVRE PREMÏEÏl.' 4i

onéreuses^ «t h gouvernement sans rudesse. Ce qm déplaisait auplus ^rand nombre ^ c'était la rigueur extrême ayec laquelle on faisait exécuter ç^taines f»^alâqiaes exterieures.de la religion. ,£n' celai, le peuple ne pouvait pas dire du prince que ses actions démentaient ses paroles, puisqu'il donnait ses. 'atidiences dans la sacristie, cbantâit au chœur avec les moines, servait la messe, sonnait les cloches, et classait les saints dans le calendrier de l'année. Mais, pendant que Ferdinand récitait des prières, les peuples acquéraient des connaissances, et Parme conserva sa réputation de science et de politesse.

Le siège de saint Pierre, ainsi que nous l'avoite dit , était occupé à cette époque par Pie vi, pontife destiné à éprouver les extrémités de l'une et l'autre fortune. Son prédécesseur, Clétnent xiv, pauvre moine appelé par ses vertus aux grandeurs de la papauté, avait conservé, dans un rang si élevé, cette pureté de mœurs, cette simplicité de vie dont il s'était fait une habitude dans le silence du cloître. Au milieu .du faste de Rome, dans la capitale de la chrétienté , dans un siècle où les esprits voulaient tout approfondir, et tendaient même évidemment à l'irréligion , cette conduite de Clément xiv parut aussi intempestive, aussi dangereuse, qu'elle était en soi digne d'éloges et eaiemplaire; mais quand on est sourd à la vérité, on est insensible à la vertu. Il faut alors avoir

4a HÏSTOlAt D^TALtE.

t8cdih*â à k pmtipe ôômtne à uh remède êVu^ pn^tniè, p^rée <|tie )e& hommes Èont disposée à ^^^^^ dttnis Ift ^âDdetœ^ atie compagne nécessaire 'de k rài^bti ^ et que le respect ^'tm leur tmpofik -^t tin aehemmemént à la perstiâsion qui kcir Mâtt<|ue.

Gesii(îfl€ftioiisitifiuèretit sur l'espi'it des cârdmàuit âtt point qu'après la mort de Clément , ils élta^ttt pape le cardinièl Brascfai, trésorier de la chambre apostolique^ et dont toutes les actions brillaieiit d'un éclat peu ordinaire. Peut-être, en efiet, pos- %édait-4 à un plus haut degré qu'aucun homme de son temps Texcellence des formes , l'éloquencte du langage ^ la finesse du goût et la grandeur des manières 4 II procédait en tout avec tant de grâce et de majesté, que la vénération qu'inspirait su p^ôMOUnè était en harmonie parfaite avec le respect que l'on portait au saint siège. A la vérité, ceg qualités mêmes le Élisaient tomber dans les exeè& contraires. Par exemple , Pie vi était bel homme; taais il voulait paraître tel , et plus peut-être qu'il Yte convenait à sa dignité; son éloquence était quelquefois prétentieuse , et sa grandeur ressem- Wait trop souvent à l'orgueil. Du reste, absolu et irritable, il supportait difficilement les contradictions. Tel était le .pape Pie vi. Quant k ses moeurs, elles furent non seulement irréprochables, mais encore dignes d'éloges; et il faut voir, dans les bruits qui coururent à cet égard , le langage

jioh pas de il viritéy nftais àe Ici piA*t<M<sité de» t€mps qui surrttirent.

Il est ârcile ée croire qû'ufi pantidè de ce dsMo tère avait une hatite idé6 û^ ^ dîghité |»ersôti^ BeUe y tpi'il devait être jAom ûè soti autorité et des prérogatives du siège apostolique^. Le6 stikiiiu-» latis ne manquèretit pas nou plus k ces dispositious* Parmi les oafdinauk qui fi'étai^etit ni tihtW' lis par rignorance^ ni amoUis par l'crfsivetë^ s'agitait alors un projet du plus grand intérêt pour ritalie. Il s'agissait d'en former un goûter* nement fédératif ^ dont tous les princes du pays auraient fait partie , sous l'autorité suprême du pontife. Le principal auteur de ce dessein dtaiit le

cardinal Orsini, homme d'tin caractère asset étrange^ mais ftwpt instruit en matière canonique ^ et très chaud partisan des prérogatives de Rome* L'opinion la plus générale était que Grégoik^e vu en avait trop dit et trop fait ; Orsinî pensait , au contraire , que ce pape n'en avait ni assee fait ni assee dit- Or^ comme les évéïiemens naissent des évén^mens^ si le projet d'Orsîni, relativement k une ligue italique y eût été mis à exécution ^ d en serait résulté dets effets de la plus haute importance; et les pape»^ qui trop souvent ont causé la ruine éc l'Italie^ auraient pu 9 cette fois^ assurer son salut. Mais les papes n'ont pas toujours respecté suffisamment l'autorité temporelle des princes itafien»; et ceux-ci, constamment jaloux les uns de*

autres i ont toujours app^é les étrangers enltaUe^ au lieu de se dévouei* aux intérêts de la mère commune. Le inonde sait ce qu'il en est résulté pour eux et pour leurs sujets , et les Italiens ne verseront jamais tant de larmes ^ qu'il ne Iciur en reste encore davantage à répandre.

Revenons à notre sujet. Arrêté par-l'opinion publique , et ne pouvant étendre , selon ses vœux , ni son pouvoir ni son empire , Pie vi voulut du moins acquérir la réputation de souverain magnifique. La première et la plus vaste de ses entreprises^ c'est le dessèchement des marais Pontins, ouvrage sinon achevé > du moins exécuté pour la plus grande partie. Les historiens les plus recommandables fournissent peu d'exemples d'une constance aussi admirable, d'une dépense aussi énorme dans un état si petit.

On appelle marais Pontins^ ume plaine de cent quatre-vingt milles carrés, qui s'étend sur une longueur de vingt-sept milles et sur une largeur de huit milles, plus ou moins, selon les lieux. Elle est bornée au nord-est par les montagnes de la Spina, au pied desquelles s'élèvent les villes de Terracine, Piperno et Sezze; au nord -ouest, par les collines de Yelletri et les bois de la Gisterna ; au sud-ouest , au sud-QSt et au sud , par la mer.

Avant d'être infecte et pestilentielle, cette plaine était cultivée et salubre. Un seul petit marais se

voyait at^rès de Terracine. Dans le cinquième ^cle de Rome, le censeur Appius y fit construire la voie magnifique qui a retenu son nom «La guerre ayant ensuite ravagé les provinces et enlevé les campagnes à l'agriculture, les eaux stag-* nantes s'accrurent et couvrirent la surface • des terres. Depuis, le consul Cétégus les assainit de nouveau ; mais , par l'effet des dissensions civiles, leur état ' devint pire que jarïiais , au point que., du temps d'Auguste, la voie Appienne dominait seule ce vaste marais. Auguste et ses successeurs entreprirent de le dessécher, ils y réussirent; mais les barbares qui survin«^ Tent, détruisirent , avec tout le reste, ce monument des arts et du génie. Ainsi ce fertile et in^mense terrain demeura submergé jusqu'aux temps., plus modernes , où les papes Léon i*' et Sixte II en résolurent le dessèchement. Le premier fit construire le grand déversoir de la tour de Badino; le second ouvrit le fleuve Sisto, canal artificiel qui traverse le marais dans toute sa Ionguei]ir, et destiné à recevoir toutes les eaux qui descendaient des hauteurs et à lés 'Conduire à la mer. Aucun de ces deux 'pontifes ne'irécut'assea long-'temps pour achever l'entreprise. Leurs successeurs désespérèrent d^ la réussite, ou firent d'inutiles efforts pour* y parvenir. Clément xiu $%iuluti faire servir le ruisseau Martitîo a l'éfeoùlement des eaux, et recula devant yénoraiité de U

dépônse» Enfin Pie yi> à pein^ élevé sur le siège pontifie»} 9 pensa au dessèchement des marais Pôntins. Ces marais sont formés pris^palemeDl: p^r rAma^eno, FUffente y la Niafa et la Teppia^ quntre âeuves dont les eaux ne trouvent point de ço^s vers la mer du cèté de Terracine. Le. pape confia la direction des travaux au savant ingénieur liapini, qui creusa le canal Pie , conduisit lest eaux fi la mer p^r le déversoir de Badino^ donna plus de profondeur à Fantique fleute &sto^ encaissa les eausc de VUffente et de i' Amazeno. Les eaiq: baissèrent , les terres se décDuvrirent ^ des cfaamps prirent ta pla^e des mailais y et la voie Appiennc fiit rendue à sii destination : tel fut le bel ouvrage de Pie VI.

Le génie du pooitife se montra encore dans les embelUssemens qu'il fît à Rome^ Il éleva pour Valise de Saint -Pierre cette fameuse sacristie^ chef-d'œuvre admirable sans doute ^ mais d'une architecture trop minutieuse peut^tre, si on la compare au style majestueux de h basilique de Michel-* Angie. D'un autve c6té, on regretta génér rflenientiq^e,^ pour construire cet édifice, le pape eut ordonné h àémpk\î(^ du temple aatique ds Vénus 3, mQuunaeiit si Fes^>ectable aux yeu?^ dé Michel-^Ange, qu'y tofueheir seulement lui pavais^ ^t uxx ^M^ilége. Gr^ à l'une des plus belks» idées de Pie vi^ aldrs ferésûrier» le pape Clément avait qt^4> }^: Va^ticaa d'un superbe musée. Après son

«idArtioR , Fie ^i Y^ms^ eaçpm ^ ^Vle ninçoe ^. 9^pp€^PiiairClémfif9fi^* Il y fît entiw un gr^n^

QOipbw.cie $tafeiiç3y 4f^ bust^> de biis-reHa&>. ^% à'ixd^s 9»bf{mté^ du fJlufi gltaod pnx.^ (mr;an p^ mioitjiiAit jamaiâ de place? cett^ îi^Mn^iptio» ; Hhfk de la munificence; de Ph rj- P^rdoonpTO-lw wttcj iwiQc^wt^ vaoitat Nobfe foadat^ur dii m^$é^y k pApe^^esplut d'en niulUpUer les tr^sors^ a.^ iWioyèn d:excel)«nt9s ffrst,sm^ y^womp^^éi^ de dej^rip-^ tioDSty et le $weèft Fépcmdifan prc^et» l/eH^<mti(m defif: dessin fot 4:onfîé?^i^ Linôs Mi|^> t^jd^^pipfi

i9i9ge$ )^$ plu^ parfaits en c^ gewe» 9141$, 4|ui «« ^ P9wt achfrré^ an regret de twf 1^ s^lW^s^ à>iuwsf^ d«ii r4^Qlutîeo§ 4|ui TÎ^vrQdt JU^vd^wii^Qrr

,^'^^t ^Qâiqi9^^ sop$ip pewtifîg^t.d^. ïfW yi, Rowç. crpissait cV^qije JQOT plftft h?ill#irte «t^l^ beUe • YÂitee par les pre we^Si piriape^ ie VË^rop^^ eUk de¥*aait poun^x uj» çtjrt 4r i!§sfiefij çt d'«ld« nûfi^tiwt^ Ce q»'fUe p^4*i* p«r k%f (^4<Àw^mwt d§ i»; fbî>,eUe k regiigimt f»r Ï9iifm d^ 1^ Q^g^in fic«»cçi ; et les p6\iplm , s^d^ ,pâr }çi pompe M

spectacle, »e $'ëçftrt*i^4% poia^ À^ \^ Kém4*m^ qu ik arraie^t touj^ws portée a^ $^^ siég«« Qmi4 ^ces aouYQlle^ doetrio^.<}Hi,pracfe»ftieJïit.si j^iaUr teiuçiMi rhu0ia9it4>;^Ubs i^'a.yai^9| poissé à Booom c{«e de faiUbas rs^e^^. qoQi qi|Q le$ îd^ d^ dvilî^tiopt n'y fuss«ftt bîep.^mu^iUi^ft» JWiîj^ PW»

que les philosophes modernes^ s' égarant dans le parallèle forcé de siècles sans analogie -entre eux, se méprenaient sur les effets et s^r les causes, et semblaient prendre à tâche de condamner les in* stitutions ecclésiastiques. Telle était Rome , toujours semblable à elle-méfme; régnant par la foi, au défaut des armes ; par la magnificence > au défaut de la foi; se montrant toujours, dans-les phases diverses de sa fortime, arec cet appareil de grandeur dont le cie), par une fareùr spéciale^ parait aToisr-fait un des élemens de son existence 1 Pendant que la civilisation se répajidait par degré» dans plusieurs états d'Italie, grâce à la libéralité des princes et aux instructions des bons écrivains , peu ou point de changémëns se préparaient dans les autres parties de cette contrée.. De toutes les monarchies, là piémontaise étatt assise sur les bases les plus solides. On p^y vit jamais, com^e chez les autres, ni discorde dans la maison ré-> gnante^ ni tévolte de la part du pîeuple. Remontons aux sources de ce privilège; nous les trouverons dans l'exercice modéré du pouvoir absolu. L'ambition des- grands ne trouvait pas non plus matière à s'exercer- Le Piémotitest situé entre la France et l'Autriche, et l'entreprise, même heureuse, d'im rebelle, n'agirait réussi qu'à le placer, aussi^bien qn« son pays, sous la dépendance de Viiu de ces deux états. Point de succès possible pour les imitateurs d'un duc de Bragance; ajouteaî

a cela que les princes de Savoie commandant toujours leurs armées en personne , il ne pouvait s'élever un capitaine d'unç assez haute réputation , je ne dirai pas pour détruire y mais pour balancer la puissance du roi. De cet état de choses, et de la force des armées, naquit l'admirable stabilité de la monarchie piémontaise. Il en résulta, en outre, une opinion générale et constante qui , se transmettant de génération en génération, assimila, en quelque sorte, cette monarchie aux républiques où les hommies changent, tandis que les maximes et lés opinions restent les mêmes. Les anciennes institutions y furent donc maintenues, et les idées nouvelles y firent peu de progrès. Disons cependant quelles s'y montrèrent, quoique faibles, et qu'elles eurent pour objet principal la discipline ecclésiastique. En effet, Victor Amédée ii ayant , par une mesure de haute sagesse , retiré Tinstruction publique aux jésuites, et pourvu l'université d'excellens professeurs, les maximes des défenseurs de l'antiquité chrétienne commencèrent à se répandre. Les trois bibliothécaires de l'université, Pasini, Berta et Pavesio, hommes très recommandables par leur savoir et leur piété ^ favorisèrent l'étude des ouvrages écrits d'après ces maximes, et Vaselli en emplit les bibliothèques dû roi.

Victor Amédée, troisième du nom, monte sur le trône. Ce prince avait de la générosité dans le

5o HISTOIRE D'ITALIE. '

cœur, de 1^ vivacité d*ns l'esprit , et une science .geu commune du gpuveraçment ; (mais tin amour extrême de gloire militaire nuisait k ses bonnes qualités. )1 forma et entretint eoofitantmeat une armée exorbitante ; épuisa le trésor ^ si florissant sous Charles Emmanuel son père ; communiqua au peuple son humeur beOiqueuse ; concentra ses faveurs et toute la puissance sur les n6kAe& qu'il admettait seuls aux grades d'oiSciers dans ses armées. Tout le monde voulait ?tre Frédéric qu ressembler à, ce roi de Prusse. Ce prince mérite sans doute d'immortels éloges pour avoir dépendu son jroyaume contre l'Europe entière ; mais il fit beaucoup de mal néanmoins en propageant ^ par son exemple , une manie guerrière portée à l'excès^ çt en iqetfant sur pied d'ianonûu^ables aoldats. Les autres souveraine l'imitèrent par bizarrerie ou par nécessité ; vint ensuite la révolution fraii'^ çaise qui étendit encore ce système désastreuic ; enfin parut Bupnaparte qui dépassa toutes les bornes , et il ne manquerait plus à la malbeureiise Europe 9 pour ressembler tout-à-fait à un pays de barbares, que de faire marcher au^$i> à l'exemple des anciens Gaulois et des Goths. ^, lea vieiUards , les femmes et les en£ws. Non, pcÛQt de liberté, point de finances , point de civilisation durable en Europe, si les princes ne se décident à réduire leurs iounenses armées* Voilà les services rendus par Frédéric à l'huttiamté*

LlVftË PREMIER^ 5*

Rerenons à Victor. U éiàk' téilèÉn^n!: épris de sa cbimère^ (}U-il tépétàii someùiz Vr Je fais pVûÈ de ca& d'hall tatuiKmr que d'un sâf àht. h Ses ^t^ fions y tùVLtefùk^ Valaient mieux '(Itië sres |)âiroléSi / H prot^eait les gens de lë*|res ,' tes i^ôtt j^fisaît ^ et en usait avec eux aVec beaucoup' de famiUàHté | lAais les armés avaient la pi^jEëi^entc^. -Aussi leé Ite^ésors d'EmmaiàUel Itifeht-ik dii»sit)ëS ^ «u^ là dette publique , malgré l'énormitë dés iitif^ts ,' sd grossil-^lle à un point ^ cju'en i^8^ èllfe is'éfevâît à plus dé cent millions de Piémont, c'est-ànlire à plue de cent vingt millions de Fr èincë. Les emplois cîviis et eeclésiai^fiques se conféraient exclusivement àfux nobles et aux abbés de cour. Ainsi, & utie gé^ nération de magistrats éclairés et intègi'es, dd savans et saints évêques , siiccédèi-felit quelquefois des évêqufes fet dès magistrats peu en état par te savoir, et moins encore peut-être par les mœurs, de bien remplit' les devoirls de leurs charges.

Les sciences florissaâent malgré tout , les lettres aussi quoique un peu moins. Qua»! aux contestations sur la discipline ecclésia^ique ^ entre le pbû^ tifa rcrniain et les princes de la ndclison d'Àtif^icbe, le rot Victor, encore bien que ses idées €n mà^ tiène de religion fussent celles d'un chrétien éclait^é , âvaàt , par . amour du repos , et pltitèt plsr €Ofl^ dei^udance que par persuasion, défendu toute confrovefse verbale ou polémicjue sur la blille Vhigenitus^ et sur les quatre propositiondde l'Eglise

^a HISTOIRE D'ITALIE.

gallicane : et comme ces |>rQpositions étaient ouvertement enseignées et :coqista,mment défendues dans l'uni v:ersité de Pâyi^ ,, depuis les réformes de Jo$ep]b II , Victor^ à l'instigation du cardinal Gerdil , homine S;ayaïit> mais .partisan outré de la cour de Rome;,;avait interdit cette université à ses sujets. Soins inutiles; les opinions que l'on voulait comprimer y se propageaient *par cela même chaque jour davantage.

De tout ce que nous avons dit , il résulte que le Piémont, qui par sa situation à l'entrée de l'Italie , devait recevoir le premier choc de la tempête , se trouvait , avec l'apparence de la force , dans un véritable état de faiblesse. En etEet, s'il possédait une armée considérable et aguerrie , cette armée était commandée par des officiers plus distingués par leur noblesse que par leur expérience de la guerre ; le trésor ne pouvait suffire à la dette publique et à d'énormes dépenses; la supériorité des nobles déplaisait ; le mécontentement commençait à paraître ; d'un côté y orgueil et défiance ; de l'autre , ambition et dépit .

Comme le Piémont était la plus stable des monarqhies, Venise était la plus forte des républiques- Il en est qui pensent que les républiques sont nécessairement inquiètes et turbulentes, et que le r^epos ne se trouve que dans les monarchies. Que ceux-là tournent leurs regards sur Venise ; ils y verront une république plus calme que toutes les

monarchies du monde , celle du Piémont exceptée- Elle traversa beaucoup de siècles sans troubles ; fut en butte aux. attaqués des nations les plus puissantes , des Turcs ^ des Allemands et des Français ; se vit engagée dans des guerres atroces ; se trouva sur le chemin des conquérans barbares^ au milieu des révolutions des peuples; Rome ellemême dirigea contre elle toutes ses foudres ; elle sortit saine et sauve de ces tourbillons politiques; et telle était la perfection de ses antiques lois^ telle était la profondeur des racines que le temps leur avait données, qu'elle n'eut pas même besoin d'en altérer le caractère. Je ne pense pas, quant à moi, qu'il ait jamais existé de gouvernement plus sage que celui de Venise , soit sous le rapport de sa propre conservation, soit sous le rapport du bonheur des sujets. C^est par cette raison qu'on n'y vit point de partis dangereux; par cette raison encore , que les opinions nouvelles n'y inspirèrent aucune crainte , attendu qu'elles y étaient sans crédit. Peut-être aussi ces opinions y étaient-elles sans crédit, parce qu'elles n'y inspiraient aucunecrainte. La seule institution blâmable était celle des inquisiteurs d'état , à cause du secret des procédures , de l'arbitraire et de la cruauté des jugemens. Néanmoins , ce tribunal était plutôt \m frein contre l'ambition des grands, qu'un moyen de tyrannie contre le peuple. Venise, d'ailleurs, n'est pas la seule qui ait eu de ces inquisiteurs; et les gouvememens

54 HÏSTOJXE D'ITAtlE.

k qui la loi n'en a pas accordé y les ont obtenus par l'abus. Après cela, je ne sais si c'est la pitié ou l'indignation que doivent exciter certains hommes qui ont tant crié contï^e l'inquisitioai dé Venise, et qui s'en sont serais comme d'un instrument de mort contré cette république antique et sacrée. Du reste, la morale et l'humanité étaient en konneur à Venise ; mais une longue paix avait amolli les esprits. Les bonnes lois subsistaient toujours ; mais les hommes forts manquaient à leur conservation. La puissance ottomane abaissée, les differenda relatife au duché de Milan et au royaume de Naples , terminés entre la France , l'Autriche et l'Espagne, la paix enfin , rendue à l'Italie, Venise déposa les armes, persuadée que la sagesse de son administration lui sufHrait seule contre des périls encore éloignés. Mais il arriva des tempd extraordinaires où la sagesse ne pouvait pJus rien $ans la force , contre des mouvemens dont la violence et le dérèglement devaient tromjper tous les calculs. La prudence elle-même n'était plus qu'un oJpjet de dérision, et vars 1789, Venise, estimée de tous, n'était redoutée de persoime. Encore capable de résolutions sages , elle né Tétait plus de résolutions vigoureuses. L'édifice politique avait perdu son point d'appui , une première secousse 4^vait entraîner sa chute.

Bien différente , sous ce rapport , de la républiqiie vénitienne , celle de Gânes avait conservé

IIVRE PREMIER. 55

toute son énergie itlorale. Jamais peuple ne dégénéra moins de ses ancêtres que le Ligurien : force d'âme , vivacité tf^esprit , amour de la liberté , ac-tivité admirable, civilisation incomplète peut-être, mais exempte de mollesse, l'audace réunie à la prudetice, de la persévérance sans obstination : tout rappelait en lui ce peuple (Juî avait résisté à Rome, battu les Sarrasins, réduit Venise à l'extrémité, détruit Pise , conquis la Sardaigne , enfanté Colontb et Doria, et chassé les Autrichiens de sa capitale. Si, àstm tes derniers temps, la fortuné n'eût pas été si contraire à la malheureuse Italie , les Liguriens , petit-être , eussent laissé de grands exemples de courage et de vertu j mais on parla d'indépendance sous l'oppression , de liberté sous la servitude ; et les peuples tour à tour séduits par de beaux discours , et irrités par de mauvais traitemens, ne purent rien entreprendre ni pour le bonheur, ni pour la vengeance. A Venise, on obéissait par habitude' à l'autorité des patriciens, parce qu'elle était paternelle loin d'être tjrrannique , et aussi parce que cette autorité , dans l'origine, s'était exercée spontanément et non par Feffet d'utie concession du peuple. A Grênes, au contraire , il y avait une vigilance continuelle ; tous les yeux y étaient ouverts sur la souveraineté des noUes , non qu'elle fat tyrannique , mais parce que dans le principe elle n'avait point été saisie par la noblesse, miais accordée par le peuple. Un

long repos avait calmé les esprits à Veuise : lesr sectes, les factions, les guerres civiles, les invasions étrangères qui en sont la suite , avaient maintenu à Gênes la vigueur dans toutes, les âmes, réveil dans tous les esprits. Venise était riche , son territoire vaste et fertiljB ; Grênes était riche , son territoire stérile et borné ; là , le repos était possible,; ici, l'activité nécessaire. A Venise, le livre d'or était fermé au peuple ; il lui était ouvert à Gènes : puissant aiguillon à qui avait' reçu de la nature plus de faveurs que de la fortune.; n ne faut donc pas s'étonner si Venise brillait par la délicatesse des mœurs plutôt que par la force; et si , au contraire , la force l'emportait à Gênes sur la délicatesse des mœiirs. Du reste peu de variations dans les opinions politiques , et beaucoup dans les opinions religieuses. Port-Royal y. était en crédit ,> l'autorité du pape en défaveur. Telle était Gênes, les siècles ne l'avaient point changée. On a médit du caractère de ses habitans; mais l'étranger, qui eut toujours à souffrir de l'amour des Génois pour leur patrie, a tenu le langage de la prévention "plutôt que celui de la vérité.

Si Venise nous montrait ce que peut, pour le bonheiu* des peuples et la stabilité des empires, une aristocratie tempérée par les mœurs; si Gênes donnait le même exemple par une aristocratie également tempérée par les mœurs, et en outre par l'inquiète jalousie du peuple; la république

de Lucques en fournissait une nouvelle preuve par l'emploi de ce double ressort, et de plus, au moyen d'une surveillance exercée sur la conduite des nobles et du peuple 1 II y avait à Lucques une institution appelée discolat^ et qui ressemblait à l'ancien ostracisme d'Athènes et à la censuft de Rome. ' Quand un individu , quelle que fut sa condition^ avait donné l'exemple de l'ambition ou de l'immoralité , on tenait aussitôt le rfwcolat. Chaque sénateur écrivait le nom de l'accusé sur un billet, et s'il était reconnu coupable par vingt-cinq bulletins dans trois scrutins successifs j on l'envoyait aussitôt en exH* l^e discolat se tenait tous les deux mois. Cétait un irein puissant contre l'ambition et le libertinage; mais comme le mal est toujours à côté du bien, il arrivait 'que cette inquisition minutieuse et continue inspirait, avec beaucoup de crainte , une défiance et une retenue excessive', au point qu'un honnête badinage était banni de la conversation, et que le séJQurle plus doux et le plus enchanteur se trouvait habité par un peuple grave et réservé.

Les juges n'étaient pas observés de moins près; aussi les appelait-on du dehors. Le temps de leur magistrature p^ssé, on les soumettait à l'examen. Ds s'asseyaient dans un lieu public, et chacun pouvait les accuser de vexation. Des. commissaires nommés à cet effet tenaient un registre, et faisaient leur rapport au sénat, qui prononçait sur

l'innocence ou la culpabiittë. De là provenait à Lucques l'intégrité des juges, premier et principal fondement du bonheur des peuples.

En même temps que l'on rendait a chacnn ce qui lui était dû , on accordait largement le nécessâMie aux pauvres. Celui qui voulait entreprendre un commei^ce quelconque , ou qui avait éprouvé la rigueur des saisons , obtenait sans peine aa des fends du trésor y ou des denrées dans les mafgasins de l'état. Donc le gouvernement de Lucques était doux 9 libre et généreux; donc les pays d'Italie que les empereurs n'avaient pas donnés coname une proie à des princes absolus ou à des maîtres * tyranniquesy avaient su fonder chez eux la justice et la liberté, non pas, comme en d'autres états, sur les vaines et ambitieuses théories du langage ; mais sur des bases solides, telles que l'éloign€^ment des armées énormes , la modestie des goiivemans, le caractère à la fois fin et prudent des Italiens. Après cela^ que ces institutions fuissent de naturel à étaUir une liberté parÊdte , ni moi, ni d'autres probablement ne voudront Faf^ firmer; mais où est cette perfection, je l'ignore. Ken certainement je ne crois pas qu'elle se trouve dans les pays dont les soldats innombraMes peuvent conquérir et asservir non seulement leur patrie, mais encore une ou plusieurs parties du monde. Ne veut-on juger de la bonté des gouvernemens que par la rareté des délits? j'afiÉir-

meraiî alors que ceux de Venise, de Gênes, de Lucxpea et de Toscane étaient les meilleurs de tous les gouvernemèns.

Il en est un qui leur ressemUe , si même il ne les surpasse en bonté. C'est celui de la république de Saint-Marin. Presque ignorée du monde, elle existe depuis, douze sièclefi. Là,, cm pratique la yertu sans faste , la tranquillité est maintenue sans tyrannie , et le bonheur des uns n'est point un sujet de jalousie pour les autres. Là, on voit une noblesse dont la seule distidaction est une nais-^ sance illustre. Point de droits outrageans , point de privilèges , point d'esprit de dorainaticoa. Là, un peuple laborieux exerce son industrie au milien de nobles connus par leur naodération , et ne se montre ni ^inquiet, ni tyrannique. Heureuse situation où , l'ambition éteinte des deux cotés , il ne reste que les sentimens conservateurs de la seeiété! Les royaumes et les républiques s'écroulaient successivement avec fracas autour de Sainte Marin ; la guerre civile et la guerre étrangère se réunissaient pour la destruction des hommes ; du haut du mont Titan , leur séjour, les habitais de la petite république contemplèrent avec calme ces afireuses tempêtes ; la paix n eut point pour eux d'intervalles, tout le monde était et resta leur am^. L'ambition moderne a voulu s'introduire dans cette paisible retraite ; mais la tentative fut sans succès, ainsi que nous le dirons en

66 HISTOIRE D'ITALIIE.

son lien. D'anciennes et douces habitudes' triomphèrent de la contagion générale. Le pouvoir souverain de la république réside dans un conseil de soixante, nommé primitivement par une assemblée composée de tous les chefs de famille, et qu'on appelait aringo : le conseil , dépuis lors , se renouvela par lui-^même , au fur et à mesuré des yacances. Le pouvoir exécutif est attribué à deux consuls semestriels, que l'on nomme capitaines de la commune. Ces capitaines , dans les temps anciens , exerçaient aussi, à l'instar des consuls de Rome, une partie du pouvoir judiciaire; mais cette mission fut donnée dans la suite à des magistrats spéciaux , sous le nom de podestasy appelés de r et ranger par le conseil. Les capitaines conservèrent seulement les attributions de juge de paix . Les capitaines et les podestas sont sujets , pour les actes de leurs ministères, au syndicat > qui est le mode de la loi de responsabilité, imaginé par les Italiens pour ja garantie des droits dé tous. L'égalité civile fait le bonheur de Saint- Marin; de tonnes mœurs le conservent, sa pauvreté le sauve, des étrangers. Il ne désire rien dans les autres , les autres ne désirent rien eu lui , parce que les hommes vertueux ont le vice en horreur; que les esprits turbulens ne sentent point le prix de la tranquillité , et que la liberté est sans attrait pour les hommes corrompus.

Le duc Hercule Renàuld d'Esté régnait à Mo-

dène. C'était le dernier, rejeton de cette famille envers qui l'Italie est. si redevable sous le rapport de la civilisation I des sciences et des lettres. Le ciel paraissait avoir attendu l'époque funeste que nous avons vue, pour frapper cette contrée, tout à la fois . et sans retour , dans ses institutions et dans ses princes. Une exception unique <eut lieu^ et ce fut en faveur du Piémont. Le duc Hercule était digne.de ses ancêtres; seulement, son extrême économie ressemblait peut-être à l'avarice. Était-ce en lui, cependant, vice ou. vertu? c'est de quoi l'on peut au moins douter. En effet ^ s'il faut le juger d'après les éyénemens et d'après son caractère , il méritera plus de louanges que de blâme. Le duc était doué de cette prévision admirable , dont on n a fait honneur jusqu'ici qu'à des philosopihesrenommés; et je ne $ais $i la postérité me croira , quand je dirai que ce prince avait prédit hautement, plusieurs années avant 1789, le bouleversement total de la France et la ruine de l'Europe. H ajouta , d'une voix égaleikient pro^ phétique, que la France perdrait de sa prépon** dérance ; que toutes les puissances se ligueraient contre elle , et qu'elle ne trouverait d'appui dans aucune. Prince généreux, il repoussait lès institutions féodales; affirmait qu'elles étaient plus funestes à l'humanité que la peste et la guerre, et ne permit aucun écart à la noblesse de son duché. Religieux , il sut néanmoins contenir Rome et le

6i Hl^tOmS D'ITALIE.

dei^é , piatWs qu'il voulait régtier sàas parUtge dans ses Aats , et qu'il se ressôuVéliait du trait de FètTfAt^. Dé son tetttpè, et dand cette partie à0 ritrfie, l^^ lëttteé arrivèrent au plus haut point de àpléndtfttrj et là maison d'Esté ^ toujours sem^ bkiblë k elie-^théme ^ finit comnfle elle aVait'cotn'^ Hi^neé^ ^ûs e^éîte jammâ écat^éé de se^ ancienne» habitudes.

Pour réàUtt^^ en peu de ïtiots ce que nou& vtoôils de développera on voit que> s'il se Manifestait feè Italie des vœtix en favétir d'une réfonBe, on n'eta faisait pbînt pour une révolution; quèr ces vèefux se portaient , d'un côté , sut la politique de l'état, de l'autre sbt la discipline et lé gouvferneiAetkt de l'Église , et que lé peuplé désirait^* pat»^4ei^$uë tolit^ jsf'àâmndliir de ce qui restait 4m i)fM9tî^Utions â^àies. he^ prîncés -entrepriireM ks ^tnié^s 4t éflfettuèlreM de Uonibf euses réformes. De là^cé désir unàtiiméj cette espéi^anée générale àé voir s'achever l'édifice des institutions èo^ ciates ^ désfirs.que favorisait la philosophie ejcqnide de ctneêpoqne. Je m dis pas cette philosophie turbuletite et déréglée, que l'on s'étonne de voir porter uu pareil nom ; mais Cette philosophie qui réclamait, au défaut de la religion^ plus dé ttâô* dét^tion chez léd grands , Une plus grande petft de bonheur pour les faibles. Là religion, en effet, devenue riche , puissante et , par lé inoyen dès jésuites , adulatrice y prête à tout excuser dans lâ

.{Miiissiaiiçe y avait malheureusemyeat trpp négligé 'Ceux que^.d'apnès les préceptes de son divin Au- ^ur 9 elle 'devait' protéger comme ses enfiins db prédilection» La philosophie entreprit de remédiera cet oubli; èlley réussit jusqu'au moment .où des hommea itans ibein, déshonorant k titre de «philûsopte y remirent le inonde de sang et de carnage ; comme autrefois tées hommiss non moins farouches avaient^ au nom de la religion dont ils faisaient un horrible abus, épouvanté la terre d'un spectacle de ruine et de mort. Ajoutez à cela que dans certaines parties de la péninsule se trouvaient réunies tantôt la grossièreté et la force, tantôt la civilisation et ^impuissance. Ici, des armées faibles et des opinions prononcées; là, des armées excessives, mais par cela même nuisibles. Du reste > il y avait en Italie des espérances légitimes , et point d'ambitions coupables. Loin de désirer une révolution , on ne soupçonnait même pas qu'elle put avoir lieu , et la prudence chez les Italiens vient toujours à propos régler l'impétuosité de leurs premiers mouvemens.

Tel était l'état de l'Italie, lorsque, vers 1789, éclatèrent en France des opinions et des événemens d'une extrême gravité ; or, la Francç ne peut s'agiter sans ébranler toute l'Europe. Ces troubles éveillèrent en Italie l'ambition , l'espoir ou la crainte, selon les lieux, les esprits et les passions.

Les princes conçorent de la défiance , et sitsh pendirent les réformes ; le peuple s'autorisa de rêxemple , et les réclama avec plus d'ardeui^ Personne ne doutait qu'en deçà comme au delà des monts ^ la proximité des lieux y les relations journalières du commerce, et la conformité àes opinions , ne déterminassent des évéuemens de la plus haute importance.

FIN DU PREMIER tIVRE.

(1,89-179») tIVRE SECOND. 65

Révolution en France, et causes qui l'ont amenée; ses effets tant en France que dans les autres pays de l'Europe , principalement en Italie. — Projet d'une confédération italique. •» Idée juste du traité de Pilnitz. — Mort de Léopold, empereur d'Allemagne; et avènement de François , son fils. — La Russie excite à la guerre contre la France ; l'Autriche et la Prusse la lui déclarent. — Mesures adoptées par les. rois de Sardaigne et de Naples, les républiques de Venise et de Gènes , le pape et la Toscane. — Dispositions des peuples en Italie ; opinions des deux partis contraires. — Artifices du gouvernement français à Tégard des gouvememens italiens en 179a ; il déclare la gnerre au roi de Sardaigne. — Faits d'armes en Savoie et dans le comté de Nice, entre les Français et les Piémontais. — Dispersion des troupes royales dans les deux provinces. — Fuite déplorable des émigrés français de la Savoie. • — Résolutions du roi Yiotor Amédée dans un danger si imAiinent et si grave.

Les changemens opérés en Italie par des princes vertueux n'amenèrent que d'heureux résultats; les changemens opérés en France par un prince ami de la justice et rempli de bonté, n'enfantèrent que d'affreux malheurs, bien loin de produire les avantages qu'il en avait espérés. Veut-on approfondir les causes de cette différence? il faut d'abord considérer les opinions et les mœurs qui dominaient alors dans le royaume , les lois qui le régissaient, et l'état de ses finances.

L'esprit de bienveillance envers Thumai^ité, qui

prévalait a cette époque , avait fructifié en France plus qu en aucun autre pays y soit qu'il en dérivât comme d'une source principale , soit à cause des progrès de la civilisation plus généralement répandue dans ce royaume, soit enfin parce. que le Français y inconstant de sa nature , crée les modes de tous les temps et s'en laisse bientôt gouverner : c'était alors le temps de la philanthropie ; et comme ce peuple y par la vivacité de son esiprit et l'étendue de son imagiftation > s'abandbime facilement aux extrêmes de tous les genres , cette bienveillance universelle avait elle-même dépassé éës limites eii traitant certaines <j[uestions qiâ touehaieût aux bases du gouvememetft. Il en résultait péril pour l'état^ car l'ambition et les travers de torute esf^èce oh&t sfouvent plus d'em|Hre sur nous que la reconnaissance; et s'il est nécessaire de s'attacher les hommes par la bonté y il est utile aussi de les retenir par la crainte.

Dans une teHe disposition des esprits , ce qui subsistait encore du régime féodal était devenu plus odietix que jamais 9 au point que toute mesure répressive, si miodérée qu'elle fïit , était réputée tyrànnique , pourvu qu'elle émanât du gouvertiement. De là vint qu'après les réformes nécessaires , oiï en dëmaïidà bientôt d'înatîles ou même de dangereuses .

Ces opinions avaient trouvé de puissans auxilikires dâins celles qui s'étaient formées et multi*

filîées au temps de la dernière guerre d'Amérique^ entreprise ààos un moment ^ faTorabk^ :e(t eotif dinte avec tant de géBerosKté par les Franoaîfl« Ce» opinions.prétendaîeat ^e les. contributions payées par le peuple étaient de sa part «n d<m Tolontaîre; qu'il loi appartenait de pronoiioer sur la nécessite eomme sur la qualité de l'impôt ; que la noUesse était non seolemeait sasis utilité y mais encore dangenense pour, l'état; ique le roi était chef et (non souverain ; que le iclergé ponyaitt être un ceoiseil^ jamais une puissance; qu'il (fallait le ra« mener à l'antique simpltcité^ et consacrer laJiberAé des cukes. On joignait à tout -cela une teUe ten** dresse pour les opprimés^ que , s'il ne s'en trouvait pas de réels y on en supposait d'imaginaires , pour donneir cours à <iétte pléliiope de philaotfttropie. La plus légère punition , l'tmpèt le plus tafh dique devenait , à certains yeux, un signe léividciikt d'oppressicm, et l'on criait à la tyrannie pour un grain de sel qu'il fallait payer. lies ambiUoifs sci réveiHaiènl; et venaient se mêlera ces sentkneaust; quelles individus âpparlenaut au liers^état,. ee voyant ap(>uyés par l'opinâon , aspiriùent à la puissance , et se frayaietnt la route aux dignités -et aux charges de l'état.

Telles étaient les prétentions populaires. M|iis la blessure ét»t plus profonde , elle avait /pénétré dans les entrailles naètne de l'état. Une partie des nobles avait combattu en Amérique^ et, aoit

qu'ils eussent été séduits par l'exemple , soit qu'aune illusion bienveillante leur eût fait croire qu'un fruit d'Amérique pouvait prospérer dans un terrain d'Europe, peu propre d'ailleurs à le recevoir, ils avaient adopté des opinions plus favorables au peuple qu'à la couronne. Indépendamment de l'égalité des droits, ils désiraient l'introduction de quelques formes populaires dans l'ancieniie con^ stitution du royaume, et ils penchaient pour celles de la constitution d'Angleterre. De là, division parmi la noblesse ; les uns se déclaraient pour les innovations, les autres pour l'ancîearéginie; ainsi s'affaiblissait ce rempart de la couronne , au mo-^ ment où la couronne avait le plus besoin de soit appui.

Mais le plus grand nombre des nobles qui , papr conviction ou par intérêt, persévéraient dans les anciennes maximes, et demeuraient fidèles à la royauté telle qu'elle avait existé depuis tant de siècles , donnaient , par un orgueil inconsidéré , une nouvelle force aux prétentions de la démocratie. Persuadés qu'ils devaient redoubler d'efforts pour conserver une proie toute prête à leur échap*^ per ^ ils aifficbaîent plus de hauteur dans les villages et dans leurs chàteai:^x, exigeaient avec plus de rigueur les droits détestés de la féodalité. Cette conduite était d'autant plus remarquée , la haine qui en résultait était d'autant plus vive, que l'autre P<Mrtion. de la noblesse , qui inclinait pour une ré^

(i7B9-ï79a) .' LiyRE'SECON». • 69

forme, avmt, sinon entièrement abandonné, du moms modifie der beaucoup, ces mêmes. droits , et ^'elle exerçait avec la plus grande douceur; le peu qu'elle en ayait^conservé.Le mécontentement remoîntait jusqu'au trône, parce que ces nobles exigeans étaient précisément ceux qui faisaient le^ plus dé démonstrations en faveur des prérogatives de la couronne.

I D'autres motifs encore faisaient désirer des ré->

formes. Il est trop réel que les vices habitent plus souvent avec la grandeur qu'a.vec la médiocrité ; et en effet, plus la corruption peut varier ses mbyeas et ses formes , plus elle fait de victimes parmi les hommes. Les préceptes de la civilisation sont impuissans contre ces abus , et l'on s'en fait une excuse de ses désordres , plutôt qu'une règle de sa conduite. La dissolution de mœurs qui éclata parmi les riches fut donc telle, que l'opinion qui les avait déjà frappés dans leurs droits, les frappa encore dans leur considération personnelle. L'oisiveté, le :luxé, la débauche, les infâmes plaisirs é^ent arrivés au comble; l'ambition était gênéraie; personne n.'était content de son état, personne ne voulait y demeurer; tout le molide prétendait aux honneurs, et, pour y parvenir, tous moyens étaient bons : les emprunts, la corruption, le mensonge et la calomnie, fruits déplorables des mœurs de la régence ! Le vice s'était glissé jusqu'à la cour; rien ne pouvait, je ne dirai pas

70 msTOiai D^ITALIË-

ffEÈerir les e^rpMté , mai» seftlenieat les contonif éâns èe juste^' bcfro^s, pad mèitie* r-etempte drim foi dé moeurs irréprochables. Mais comme k»

î^empiesi voient touj6iir&9 dans les rois ^ le râpodèle oMJgë' <ks indfîtidils <|ui les approcliei»! y lés* Fraii-> 6aiâ , ht Yaspeeî d'une cour dissolue ^ se relàokaieBl ëhaqtie joiir davaiita^ dé céi amour ^'ils o&l ]portc ^ dans tous les temps^ à la personne de leurs soâverAiiis.

1-elle était ta maligne iûfluenee du È^ède, qu'elle atteignit cèux-tk ÂiéWe «fui auraient dû csraiadre le plus de perdre letits droits à k Tenérâition des hommes. Le hant clergé^ qui tient de Dieu ka mis* sion d'édifièi* les fidèles ^ doanait alors TexeiaEi}^ de la corruption et du scandale* Parmi les prélats^ les tins abandonnaient letir siège et leur troupeau "pcmt venir à Pkris briguer des places de minisires; les autres étalaient k tous les yeux leur oisiveté ^ leur luxe et ïeitr débauche. Il n'était pas rare de voir des ecclésiastiques du premier rang s'ériger en docteurs politiques , ou descendre au r61e de datiiôiseau dans les assemblée^ publiques et partic'tdières. Quelques uns même y portant sur euit une main coupable , terminèrent une honteuse èitistence par des nioyens plus honteux que tout le reste. Au milieu de ices désordres > k religion perdait son empire, et c*est une des merveiUes de cette étrange époque, que les vices des prélats aient autant et peut-être plus contribué à l'incré-

(i989-i79à.) * Ï^IVRE SECgjfB. 71

dulît^ du siècle que le$ écrivauis p^ilo^op^e^ qu'on en accuse. L'incrédylit^ cbfï? çeuiç-ci-n'çt^it qu'eu tbëorie ^ çUq était en m*4tiqi}e c^çz les ^utre». La ppîs^nce ^v^t d|Opc répudie' ,1a yértu ; ^U? fut bleptM «(baudounéç d^ la eonsidér^tion ^ sou {dus fwme appui* l^^ yertu ^ bannie des cités 9t dçs priii^cipi^mc siégçs 4^ l'Église, trouva un asile dans le, presbytère modeste des curés ^ et sous Vhuiuble toit des viU^ge^* L'influçnce populairç en acquit plu^ de force , et Ton pensa que la bpnne croise était où ^? trQuvait H vertu ; la ms^uvaisf^

du côté du vice*

Sous uu ftutre rappprt, le revenu de l'étjàt n'égalait p^s k beaucoup prè^ ^a dépen^e;^ fruit déplorabla d^^utrepri§es cplossales àp ]Louis xiv> de la licfuçe des luç&urs s^ou^ Louis xv, et des pr4>fosîo|is de la cour ?ous LquJs xyi, malgré le . régime d'écononuç que ce prinep observait pq\ir . |ui-*même. V^rs Içi fin 4e 1786, le déficit était ^rivé au point qu'à défaut d'uu prompt remèd(^;j uœ explosioui terrible devait bientôt écl^Eiter.

Dans cet état de cbo^eç la force de l'qpinion ayaut passé de la upbles§e au peuple ^ des riqbes aux pauvres^ des prélats aux curés; les fipances^ premier mobile dçs états ^.^ étant épuisées ^ il était éyideut que la première secousse devait déterminer uubouleversen^ent. général.. La douceur et la bonté naturelles du roi n' étaient pas même un sujet d'espérances. Il aurait fallu des qualités d'une

autre nature pour éloigner ou diriger les évënemèns dont on était menacé.

C'est ici le moment de rapporter un fait éternellement déplorable et assez commun toutefois dans les annales de l'histoire : tant il est vrai que l'instinct du mal, chez les hommes, est plus fort que celui du bien ; tant il est vrai que leur ambition sait toujours au besoin s*^ènvelopper d'impénétrables ténèbres'. Tout le monde voulait, selon Topinion dies temps, et comme une chose utile et juste, l'égalité civile, celle des contributions, la réforme des lois jufHciaires, la liberté individuelle et la liberté de là presse. Le roi était disposé à s'accomm'oder aux circonstances, autant que le permettraient la prudence et les prérogatives de la couronne, prérogatives si salutaires dans un vaste royaume, et chez une nation vive et légère.

Maïs l'aristocratie , principalement formée des parlëmens , des pairs du royaume , du grand clergé, de la haute noblesse, et secondée par un prince du sang, dont la mort fut encore plus déplorable que la vie n'avait été digne de blâme; céïte aristocratie, dis-je, prit les devants, et se mit ai. là tête de l'entreprise. Son but était de capter la bienveillance du peuple par des discours flatteurs, et d'affaiblir l'autorité royale, en même temps qu'elle augmenterait sa propre autorité. Peut-être les principaux auteurs de ce projet avaient-ils conçu de plus vastes idées;

petit<-étre ces paroles qui respiraient l'amour du peuple n'ëtaient-elles qu'un voile étendu sur leurs desseins criminels de changer l'ordre de successi-* bilité à la couronne.

Quoi qu'il en soit, les chefs de ce parti se prévalurent avec beaucoup d'habileté, pour arriver à leurs fins, d'une erreur commise par le gouver-' nement du roi. Ils s'en firent un prétexte de résistance , et allumèrent ainsi la première étincelle de cet immense incendie qui dévora d'abord le noble royaume de France, et promena bientôt sur l'iEurope entière la ruine et la destruction. Au lieu d'opérer sur-le-champ les réformes réclamées par le peuple , et d'établir ensuite les impôts, le roi commença par établir les impôts avant d'opérer les réformes. Dès lors l'amour, fit place au mécontentement, et le parti opposé à la couronne sut en tirer avantage. Le monarque ayant donc décrété deux impôts, l'un sur les terres, l'autre sur le papier timbré , non seulement le parlement de Paris protesta avec force, mais il ordonna que quiconque obéirait aux deux édits serait réputé coupable de trahison envers la patrie. C'était, pour le gouvernement, l'instant de montrer de la vigueur, de donner force à la loi, et de publier •en même temps des édits contenant quelques unes des réformes désirées. Cette mesure lui eût donné l'avantage sur ses adversaires; mais il faiblit, et renonça à l'exécution de ses ordonnances sur les

74 HISTOIRE D^ITAllE,

taxes. Le pariement seatil redoubler son audaoe; U voulut $ai$îjr l'occasion de gagner la faveur po^ pulaîre au détriment de l'autorité royale, et fu^ mina 9 avec raison , dans se^ amts comme dans ses discours 9 contre les arrestations arbitraires, n déclara ensuite que ni lui> ni la couronne , m ces deux puissances réunies, n'avaient le pouvoir de lever des contributions sur le peuple ; que ce droit était réseorvé aux états^généraux; que la volonté isdiée du monarque n^avait point caractère de loi; que la simple expression de cette volonté ne pouvait constituer un acte national ; qu'il était nécessaire , pour que la volonté royale reçût son exécution^ qu'elle i&t pronudguée dans les formes précédemment ét^lies par la kû ; que tels étaient les principes fondamentaux de la constitution fran** eaise; qu'on voulait élever le despotisme sur les ruines du droit publie; que la liberté de tous était menacée; que le parlement le. savait, mais ne donnerait point les mains à des projets si coupables; qu'il voulait s'y opposer au contraire, et ne permettrait jamais que les droits les plus pré^ cieux du peuple fussent méconnus et foulés aux pieds; puis, se retournant vers le roi, il lui signifia qu'il ne devait point espérer de concentrer en lui seul l'autorité du parlement, et d'anéantir ainsi la constitution du royaume. Le roi indigné répondit que ce qui s'était fait, l'avait été selon les règles fondamentales de l'état; que le parle-

(i9<9-'9$30 LIVUE SBGONfi. 7S

ment n'avait ancnme qnalîté iiour m miler des •Smes au ^ovwf nemeiit } qa» \» parlemcm de Fran» n'étoieiit que deft ooars de justice ea inalière civile et crhninelle^ et n'avaient «wune action, ni lëgisbtiye m adminblrativei que la volonté royale ne povivait sans pënl y sans une , innovation funeste dans la constitnticm dn rovaumé , pKer devant k volonté des corps judik éLs; 7.CtremeBt k monai^Uene s«r^La^ t6t plus <|aê raristocratie des magistrats^ <}ue oeux^i devaient se borner h faire leur devoir comme juges ^ et laissai le gouvememait des a£fidres publiques aïKk: mains de celui qui en était diaurgë'par un nsiige imniéinorial ^ et par la eonsititQtion de l'état; qu'ils devaient considérer combien de lois avMcnt été faites par les rois de France a toutes* les époques , non seulement sans le consentement^ mais malgré l'opposition des parlemens ; qu'nli enregistrement n'était point une approbation 9 mais une légalisation pure et sim« pie ; qu'en cela les parlemens n'étaient autre chose que les notaires de l'état; que telles étaient les formes^ telles étaient les règles qu'ils devaient observer ; et que s'ils refnsaifôit de s'y soumettre , il saurait bien les y contraindre.

De cette contestation entre le roi de France et les parlemeiis y il résultait une suspension gêné** rais des aflEsiires y attendu que le^ parlemens de }Mrovince y comme celui de Paris y avaient cessé

leurs fonctions 9 soit volontairement, "soit par les ordres du roi. Ce prince crut trouver un remède dans rétablissement de la cour plénière ; mais le parlement éclata en' protestations violentes; les pairs du royaume protestèrent de leur côté ; peu s'en fallut que lé clergé aussi ne protestât. En même temps des factieux de toute espèce, ou mis en avant par les chefs du parti des parlemens , ou saisissant avec adresse pour eux-mêmes l'occasion que leur offrait la résistance de ces corps , répandirent en tous lieux des germes de discorde et d'anarchie. On s'agitait à Grenoble , à Rennes , à Toulouse, et dans toutes les villes qui avaient dés parlemens. D'horribles pamphlets, sortis de Paris, donnaient au monarque les noms de tyran , de destructeur des droits du peuplé , de despote; et l'on exhortait la nation à se' lever, à dévoiler et à punir ses oppresseurs.

Le roi ayant ainsi rencontré la résistance dans ceux où il croyait troiiver un appui , c'est-à-dire dans les parlemens, la noblesse et une partie du- clergé, dut "nécessairement se retourner vers le peuple , et fonder sa puissance sur le corps de la nation, puisqu'il était abandonné de quelques uns de ses membres. Fatalité déplorable! les premières causes des excès qui furent commis dans la suite , seront attribués à ceux-là même qui avaient le plus d'intérêt à les prévenir , et qui en devinrent à la fin les infortunées

victimes. Le roi nomma ministre le Genevois Neckér , et avec lui des hommes partageant les opinions nouvelles. L'espérance renaquit, le peuple tressaillait de jfoie^ les notables du royaume furent convoqués j en3uite les états -généraux» Dès le commencement, le parti populaire l'emporta ; les circonstances étaient toutes en sa faveur. Il ftit sur-le-champ décrété, par le conseil de Necker, que la représentation du tiers-état serait doublée; que les trois ordres siégeraient, non séparépi^nt, mais en commun, et que Ton voterait ainsi à la pluralité des voix. C'était donner gain de cause complet au tiers-état. I^es ordres réunis prirent le titr€ d'assemblée nationale. Ils furent portés aux nues , et l'on ne parla plus des parlemens,.bien que ces derniers se fussent efforcés, par des écrits appropriés aux circonstances, de reconquérir cette faveur que le peuple venait d'accorder à la nouvelle assemblée.

Le tiers-état avait donc la supériorité ; l'assemblée nationale abolit aussitôt l'inégalité des impôts, les privilèges de la noblesse et ceux du clergé ; elle abolit ensuite le clergé lui-même et la noblesse. Quand il n'y eut plus ni qlergé, ni noblesse , oti s'y prît de manière à restreindre l'autorité royale , au point qu'il n'en resta plus que l'ombre; les bons citoyens seuls appréciaient le bienfait de l'égalité ; les méchans mettaient à profit l'occasion que leur fournissait l'affaiblissement du

7» HISTOIRE D*ITADIE.

I^^yemement. Les âictieux dotbiûaiébt ; le pouvoir royal De pouvait les cocitenir, parce qu'il avait perdu de sa force et la fkveiir de l'opinion. Left magistrats populaires craignaient de s'opposer à leurs entreprises y parce que ces fiaictieuK parlaient «n nom et «en faveur dA peu^e. Partout la sédi-^ tÊOtt^ la rapine et l'incendie; partout des meurtres affreux opérés par des moyens plus détectables encore; des hommes conims par la douceur de leur caractère ^ s'abandonnant à de crueb excès; l'innocence poursuivie par le crime; le inenââteur massacré par l'objet de sa biettfai* sauce ; la vertu dans 9es discours y l'iniquité dans les actes ; nouvelles extraordinaires chaque jour multipliées et accueillies avec d'autant plus d'avidité qu'elles étaient jdus étranges. Au moindre bruit qm courait , rassemblemens tumtdtueux^ surtout à Paris ; incendies des châteaux , attentats multipliés à la vie des hom>mes y sans distinction d'âge ni de sexe, linéiques actes vraiment sublimes àt vertu publique ou privée venai^rt de temps en temps consoler l'humanité; mais le terme des désordres , on ne l'apercevait pas ; toutes les digues étaient ron^pues , et personne ne savait où s'arrêteraient les ravages du torrent.

Enfin ^ après beaucoup d'événemens divers ^ armés d'une constitution qui accordait peu à la royauté , moins encore à l'aristocratie^ beaucoup

(i7«9-ï79a) LIVRÉ SECOND. .79

à la démocratie y les noTâteurs n<e Uissètieiit nu roi qu'un titre saas pouvoirs. Vint ei:isutte rassemblée législative qui le déposa , puis la eouventioa nationale qui l'envoya à l'écbafaud. Les litmnétes gens ayant donc été frappés de mort ou d'épour yante y les médbans s' étant emparés de la direction des affaires y la France avait perdu tous les élémens de son repos ^ et cette mer y grossie par ' la tempête y menaçait de déborder ses rivages y et d'envahir l'Europe tonte entière.

Les événemens de France avaient inspiré des sentimens de pltis d'une nature dans les autres pays d'Europe. D'abord^ quand il ne fut question que de la contestation entre le roi et les parte^ mens^ l'attention générale s'éveilla , mais sans aucun mélange de crainte. Lorsque ensuite éda*tèrent les insodences du peuple , lorsqu'arrivèrent la r^qpine y le fnemtre y l'anéantissement et surtout le mépris des principes fondamentaux sur lesquels reposent toutes les monarchies d'Europe ; lorsque le roi fut insulté y et que la reine devint l'objet de tentatives parricides; alors l'étonnement fit place à l'inquiétvde. Enfin y lorsqu'à tant d'excès vimrent se joindre les clubs formés dans Paris ^ et qui avaient des affiliations dans toute la France ; quand ces clubs déclarèrent hairtement qu'ils voulaient, pour me servit de leurs expre»jsîons y porter la liberté chea les autres peuple» , jet renverser les tyrans (c'était le nom qu'ils don-

8o HISTOIRE ClTAUE.

liaient aux souverains) ; l'inquiétude alors se changea en terreur. Il est très vrai que des émissaires parcouraient l'Allemagne, principalement les Pays-^ Bas y et que , sous le voile de pompeuses paroles , ils cachaient de coupables desseins, tendaient des pièges aux gouvernemens , et excitaient le peuple à la révolte. L'influence de ces agens s'était fait sentir jusqu'en Italie. Les craintes devenaient chaque jour plus vives, surtout quand on réfléchissait que des hommes vertueux, déjà séduits par les réformes opérées de l'aveu des princes , et par l'espérance de voir se perfectionner l'état social , n'étaient point éloignés de prêter l'oreille aux discours de ces pervers qui poursuivaient^ dans le bouleversement des empires, l'exécution de leurs criminelles manœuvres. Le danger menaçait particulièrement l'Allemagne et l'Italie , à cause de leur voisinage avec la France , de la facilité des communications , de la fréquence des relations commerciales, et des rapports mutuels dans les opinions.

Telle était la situation des esprits à cette époque; et, pour commencer par l'Italie, je dirai que le roi de Sardaigne , en raison de la proximité des lieux , se trouvait le premier exposé aux coups de la tempête , et le ' plus intéressé à garantir de suite ses états. Une autre nécessité l'y forçait. Il n'ignorait pas que les opinions nouvelles avaient fait de grands progrès dans la partie de son

royaume isituée au-delà des Alpes, et que ce côté ne tiendrait pas long-temps contre les assauts des Français , si la guerre venait à éclater. Il savait encore que ses états étaient le principal point de mire de ce club parisien, artisan de scandales, et il le savait, parce qu'un membre de ce club l'avait eflrontéipent déclaré à la tribune.

Le péril était donc imminent ; les hommes qui présidaient aux conseils de la cour dé Turin s'en aperçurent; ils convoquèrent les ambassadeurs et les ministres des autres princes d'Italie et leur représentèrent : que les événemens désastreux survenus en France n'autorisaient- que trop à craindre pour le repos de l'Italie; que l'assemblée nationale, pour détoiu»ner l'attention de l'Europe des affaires de France , cherchait à troubler la tranquillité des autres états, en provoquant le scandale et la révolte; que déjà de funestes semences commençaient à germer , puisque , malgré l'activité et la vigilance continuelles du gouvernement, des compagnies secrètes s'étaient formées , à la suite de plusieurs mouvefnens populaires ; qu'en quelques autres états d'Itafie, de pareils effets signalaient plus ou moins de pareils dangers ; qu'à la vérité les princes travaillaient de tout leur pouvoir à extirper ces racines occultes , à fermer les passages aux émissaires de la malveillance, à découvrir les réunions sô- I. 6

8a > HISTOIRE D'ITALIE.

crêtes 9 à éloigaér les rétolutîons; mais fjn'enfin ^ si des mesures nouvelles n étaient arrêtées y si des résolutions plus. efficaces n'étaient prises, il devenait impossible de savoir ^ui devrait l'emporter, ou de la vigilance des gouvernemens , ou de Tobstination des novateurs ; que la nécessité des temps, le repos de l'Italie, exigeaient des princes une ligue générale pour la défense commune ; qu'en effet, ce qui échapperait aux efforts isolés de chacun d'eux , ils l'obtiendraient en agissant de concert, et par la réunion simultanée de tous leurs moyens \ que depuis long-temps ils mûrissaient cette idée , tant elle leur avait paru nécessaire et avantageuse, et que, s'ils ne la leur avaient pas plus tôt soumise, c'était parla certitude où ils étaient que l'empereur Joseph s'apprêtait à porter ses armes dans le repaire de ces ennemis de l'humanité et de la religion ; que les circonstances ayant changé par la mort de Joseph , et son successeur Léopold paraissant plus disposé à défendre ses états qu'à envahir les états des autres , ils avaient pensé que le moment était venu de s'entendre et d'em* brasser un système de garantie mutuelle \ que déjà l'incendie s'approchait de la Savoie et menaçait le Piémont; qu'il était impossible de calculer les malheurs de l'Italie , si l'on n'étouffait ces premières étincdiles ; par ces motife, ajôutaieht-ils, et voyant le péril si grave et si proche, le roi pense que les princes d' Italie doivent conclure , le plus tôt pos-

siUe^ noo pas^ une ligue menaçariiile potu*' autrai:^ mais protectriGe de lem*s propres états y une ligme tendant à déjoue? les artifices des émissaires^ de la France, à maintenir le repos général, à se commu* RÎquer réciproquement tout ce qu'ils apprendraient sur les affaires présentes, et à s'en^'sûder de l|3urs armées et de leurs richesses , partout où quelque k^uble viendrait à écl^it^. A ces explications , les ministres sardes en ajoutèrent de. plus positives relativement aux souverains qui devaient entrer dans la ligue , et ils nommèrent particulièrement leur roi , Temperqur d'Allemagne^ la république de Venise , le pape , le roi de Naples , et le roi d'Espagne pour le duché de Parme* IjC roi de Sardaigne s'était assuré à l'avance, par des négociations secrètes, des dispositions des rois de Naples et d'Espagne. Ces deux souverains consentaient à £aire partie de la ligue. Le pape y entrait aussi, indigne qu'il était des innovations opérées en France relativement aux ii^téréts spirituels et temporels de la religion. La seule république de Venise balançait à se déclarer. Elle considérait combien cette ligue , quoique pacifique et uniquement défensive en apparence , allait faire accroître les troupes eix Italie. Elle considérait encore çpxe si les choses en venaient aux extrêmes , de grosses armées descendraient nécessairement d'Allemagne, ce que Venise redouta toujours avec raison. D'un autçe c6té, le sénat avait dernièrement refusé de se

liguer avec Joseph ii contre le Turc , ennemi naturel et irréconciliable de la republique. L'empereur lui en avait témoigné son mécontentement à Trieste; mais c'était, aux yeux de Venise, une monstruosité qu'une alliance avec le successeur de Joseph, évidemment formée, quoique d'une manière indirecte, contre la France, amie véritable et nécessaire de la république. Le sénat craignait peu , d'ailleurs, les opinions de France. Le caractère italien , dans toute sa pureté à Venise , était un puissant obstacle à leur propagation, aussi-bien que les antiques habitudes du peuple et l'amour qu'il portait à son gouvernement. Les instances du roi de Sardaigne et de§ autres alliés ne se ralentissaient pas néanmoins , et ils sollicitaient vivement la participation du sénat. Peut-être avaientils peu de confiance dans les armes de la république; mais ils éprouvaient un grand besoin de son nom et de ses trésors.

Toutes ces pratiques tendaient à introduire en Italie des délibérations pareilles à celles qui avaient été prises en Allemagne, par Y Autriche et la Prusse, après la mort de Joseph ii et l'avènement de Léopold. Celui-ci s'était ligué avec Frédéric-Guillaume de Prusse, pour garantir leurs états communs , et contre les projets ambitieux de Catherine de Russie, et contre les suites que pouvaient amener les vertiges de la France ; mais cette alliance était toute de précaution et ne présentait rien d'oflfensif. On

(i789-i79«) 'LIVRE SECOND. 85

avaîrsûpposé, à la vérité, que les traités de Pavie et de iPilnitz avaient pour objet la guerre contré la France et- le démembrement de cet état ; mais c'était un mensonge polîtiqu*e , afin de pouvoir accuser Léopold de résôlùtioiis hostiles qu'il n'a- -vait pas prises, et pour exciter encore davantagie l'ardeur déjà si impétueuse dés Français.

Après la mort de Léopold , son fils François , jeune encore et sans expérience, monta sur le trône. Les affaires publiques prirent alors un cours absolument opposé. Toujours prête à remuer l'Europe, voyant aussi la modération de Léopold et de Frédéric-Guillaume , la Russie s'était publiquement déclarée la protectrice de Fancien gouvernement de France, et faisait de grandes démonstrations en faveur de son rétablissement. Nous ne devons pas, disait Catherine, abandonner un roi vertueux, en proie à des hommes barbares. L'afiaiblissement de l'autorité monarcliique •en France compromet l'autorité de toutes les autres monarchies. Les anciens , en Êiveur d'un seul proscrit , ont pris les armes contre des états puissans; pourquoi les princes d'Europe balanceraientils à voler au secours d'un roi dans les fers, dé sa famille captive , de tant de princes exilés , d'une noblesse tout entière persécutée et bannie? L'anarchie est le pire des fléaux, surtout quand elle prend les traits de la liberté , trompeuse chimère de tous les peuples. L'Europe va rentrer dans la

barbarie y si ^ proi»pte6 tsfe^ure^ ne sont adoptées pour l'y «otisCrkii^e. Quant à iiioi> )e 6»is prête à m'y opposer avec toutes knes iàtce& y à l'exeiUple '4e Pierre-le-Grand , Tiin de mes illustres prédécesseurs^ qui coinèattît et dompta un eiineim acharné , toujours prêt à porter la guerre chea les peuples, voisins^ 11 est temps de éè lever, dé .s'ùnÂr , ^e Courir aux ariAes pour réprimer ces Fr«4iicaî$ effrénés» La piété le récfewne , la religion le demande, rbrnnanité l'exige > el, aveceUes, 1(6^ intérêts les plus chêrs et les plus sacrés de l'Europe.

C'était au moyen de ces discours , que l'adroite Gathmne s'emparait ^e l'esprit des princes , sur^ tout deiFrancois ettie Frédéric-Guillaume.

Les énriigrés françiHs ne se manquèrent pas a .4^ux-^mémes au «nJKeu dé ces désastres. Les plus 'CotisidéraUès et les plus éloquens d'entre eux visitaient toutes les cours, voyaient tous les ministreB , plaidaient stfns relâche la cause du roi , dont ils ne séparaient pas eelle de la l*eligion et de Inhumanité.

. <M>ranlé par tant â'icetanceç, Fempereur François, qui, jebae encore, avait £aiit ses premières >ftFme3 au siège de Belgrade, renonça entièrement ■m système pacffîqvie de Léopold. Sans écouter 4ès ministres àtpri son pète avait témoigné le jJius ià^ octofiance, îl accueillit l'avis de ceux ^ui, à 4'instigation^e k Russie >l^ekhortaîeftt à la guerre.

De son côté Frédéric - Guillaume , prince d'un génie ordinaire ^ inais d'un caractère généreux^ eut compassion des malheurs de la famille royale d^ Finance. Il se souvint aussi de la gloire de Frédéric 11^ se laissa séduire^ voulut tienater la fortuné y et courut aux armes contre les Français.

Nous ne décrirons iki la ligue condue alors enti^e la Russie , T Autriche et la Prusse , ni le congrès de Mayence, ni lés premiers succès de cette ligue , ni ses derniers revers dans les plaines de Champagne. Ces détails* nous éloigneraient trop dés évcnemens dltalie.

La plus vive attente régna it en ce pays ;' chacun jugeait des événêmens du jour y selon ses opinions et ses espérances. Continuellemettt tourmenté da désir de s'illustrer par les armes ^ excité sans relâche par les émigrés français y très nombreux à sa cour^ embrassant aussi leur espoir arec plus dWdeur que de prudence^ le roi de Sardaigne avait plils besoin de frein afue d'âiguâDon. Ce prince lae cessait de diriger des soldats^ des armes et des munitions vers la Savoie et dans le comté de Nice 9 partie de son royaume la plus exposée au premier choc des armées françaises , et de la-* quelle y si la fortune lui était favofable y il pouvait lui-même péQétrer facjilemeni an cœur des pro^ vinces les plus peuplées et les pllis riches de la Fraiàce. Ncmi content de ces démonstrations ^ il brùkii du désûr d'en venir auic maiuB y persuadé

que Mes troupes françaises^ non aguerries et en- » core , indisciplinées , oseraient à peine envisager ses soldats chéris. Mais^ soit que F Autriche et la Prusse pensassent pouvoir terminer à elles seules l'entreprise, en marchant rapidement sur Paris; soit qu'elles vissent, pour le roi -de Sardaigne, du danger à se déclarer trop vite, elles avaient obtenu de ce prince qu'il différerait jusqu'aux résuhats positifs de la guerre qui avait lieu sur les rives de la Marne et de la Seine. Les choses ayant donc ainsi changé de face par la mort de Léopold et les . nouvelles déterminations de François, le .roi de Sardaigne , tellement réservé naguère , qu'il ne demandait rien autre chose qu'une- ligue entre les princes italiens pour la défense commune, comptait maintenant les jtiurs pour dés siècles tant qu'il ne se. mesurait pas avec la'France.

L'alliance dès rois contre ce pays , et l'impatience dé Victor Amédée , donnèrent beaucoup à penser au sénat vénitien, et le confirmèr^ent davantage encore dans la résolution de ne favoriser aucun parti, malgré les vives instances de la cour de Naples. Les hostilités étaient imminentes, même du côté de Tltalie. Le sénat prévit que les vaisseaux des puissances belligérantes pourraient bien entrer dans le Golfe , et troubler ces parages; il prévit aussi que les princes d'Italie, qui n'avaient qu'une faible marine , lui deman-

(1789-179») LIVRE SECOND. 8y

derâient des secours pour garantir leurs rirages des insultés de rennemi. En conséquence il rappela. sur--lé-<;hamp ^ danser Adriatique^ la flotte qui revenait d'une expédition contre Tunis ^ et / ^tueUement mouillée dans les eaux de Malte et des îles de la mer Ionienne. En effet', peu de temps après, les ministres d'Autriche et de Toscane prièrent Venise d'envoyer des vaisseaux pour protéger Livourne et le littoral des états de Rome ; le sénat répondit qu'il avait résolu d'observer la plus stricte neutralité , ajoutant que cette délibéraéoH était conforme aux principes du gouvernement et aux iutérêtis de ses peuplés.

Continiiellemént excité par la reine, pressé aussi par les devoirs que lui iidipdsait sa parenté avec la famille royale de France, le roi de Naples se fortifiait sur terré et sur mer, sans oser toutefois ' se déclarer, ouvertement. * Informé qu'une forte division française éti^it prête à sortir du port de Toulon , trop taible pour résister à ses attaques, privé de tout secours de la part du roi d'Angleterre, qui ne «s'était pas encore définitivement prononcé , incertain par ces motifs s'il devait conserver la neutï^alité ou joindre ses armes à celles des confédérés, ce prince -temporisait avec les événemens , se tenant prêt seulement; à une guerre ouverte quand le moment favorable serait arrivé, et observant le plus profond àecret sur le but de ses préparatifs.

-Op

Le grAad-^duc de Toscane , prince rempli de sagesse y n'était pas sanâ de fortes ioquiétudea poui? le <c<ftnilierce de Llvoufne ; il éyitait d6nc y avec Jbeaucoup de 8oia> d'attirer sur lui la tempête <|ui déliait les pay^ lointaine > et grondait déjà dlins son voiêinage..

lie pape m pouvïiit supporter patiemment ks ÛMiovatioas opérées en France ^ en matière de re-« ligton ; mais rassemblée constituante^ usant àvtfc adresse de la connaissance qvH elle mnait dn caractère noble et généreux d^ Pte yi ^ protestait de sa t<m lonté ferme à rester unie arec le pontife commecllef de r Église catholique y sous les rapports spirituels* Elle rappelait le père commun ^ le saluait du nom de représentant visible de Dieu sur la terre. Ces caresses^ de la part d'une assemblée, l'ofa^t ^e l'attention et <le la ierreur du monde y produis salent leur «fiet y . et namfenaient d/^ le pontife à. de plus doux sentmiens. Mais, à rassemblée constituante qui, malgré plus d'un excès ^ monr» tra néaen^ins une certaine modération, sucoé** dèn&nt bientôt l'assemblée législative, et la con^vention nationale , qui usèrent avec dérèglem^^it de. leur puissance, et donnèrent en aveugles dans tous le^ désordres La colère de Pie ti se rallunoi au$sitôt ; il fVdmina des interdits contre les an-* teurs des innovations, et des anathènaes contre leur doctrifll^e sur les matières religieuses. L'empereur d' Attenoagne et les princes d'Itaiie saisie

rent ce nftoifient pour faire au pontife des pro|K>* sitions q«H:£û2rent écoutées. A ses yeux^ la religion était attaquée daiirs sa vérité y la discipliné ecdé^ siastk[aè dans ce qu'elle avait de nécessaire ^ le saint siège lui^^mênEie dails saik honneur » Il crut défendre leur cause en défetidiKit lefe intérêts teinpôrels des priticêis y m se cikistituant le protecteur des oppritnés') ministèi'e téritable et iikési éù. suceesseut de Jésus -Ghri^. 11 prêta iohc IWeiUe à de nouvelles insinuations , tt entra sans halancbr dans là l^ue offensive contre la •France.

Attendu cependant que la cooitestation actuelle n'était pas sadiement une guerre à main arm^-, mais aussi tme guerre d'opinion /on imagina à Rome ûh expédient foil: singulier y dans le but de tourner en sa laveur ces idées tiouveOes^ dont la propagation inj^plratt de m justes alarmes au^ souverains. 'Oti jugea donc nécessaire de prévenir l'invasion possible des Françlsds en Italie ^ et de faire en isorte que> la religion «anctionnàt certaines ^ckrtrin^s politiques y afin d'en {>aralyser l'effet <iônti^ ette^méme. On voulut prouver axlssi ^ et c'était H (>oint tmpèrl«fl%.> iqueifla rciigioh -offirldt •te plus sur et ménBfe le aeul nloyea^d'empéclier <îes bbus^ 60in*ceS du ilïécontentement'et'de laretolte des peuples. 'Ainsi> en aidinettant k principe politique tet-èn le réconciliant avec la' religion , ota e^^raft à 'k foisf èler aiÈt adversaires l'arme si

puissante de ces opinions qui dôminatent alors plus que jamais^ et raffermir la religion sur ses bases. Il fut donc convenu que Spèdalieri, homme de beaucoup de savoir et d'esprit, publierait en 1791, dans la ville d'Assises, un ouvrage intitulé les Droits de Vhomme. Cet ouvrage parut en effet; le cardinal Fabrice Ruffo, alors trésorier général de la chambre apostolique , en accepta là dédicace ; Pie vi en nomma l'auteur bénéficier de Saint- Pierre i Spedalieri pose en principe , dans cet ouvrage^ que la société humaine, c'est-à-dire le pacte qui unit les hommes en société, est fornié directement et immédiatement par les hommes mêmes; qu'il leur appartient tout entier; que Dieu n'y a point coopéré par une volonté particulière, directe et iinmédiate ; qu'il y participe seulement comme être premier et comme premier mobile, c'est-à-dire que le pacte social vient dô Dieu , comme tous les effets naturels des causeis secondaires. Il établit encore que le gouvernement despotique n'est pas un gouvernement légitime, mais un abus de gouvernement, et que la nation qui à formé le pacte social, est en droit de dé*clarer le souverain déchu , lorsque celui-ci viole tyranniquement les conditions sous lesquelles la souveraineté lui à été confiée. L'auteur explique ensuite les caractères auxquels on reconnaît ta tyrannie, et qui amènent le cas de la déchéance. Il appuie ces propositions de l'autorité de saint

(i7«9-«79») LIVRE SECOND, gî

Thoma^ y ^ui cherche à en démontrer la vérité dans son opuscule latin ^ intitule de Regimine principum àd regem Cjrpri. En dernier lieu, Spedalieri prouve que la religion chrétienne est le gardien le plus sur du pacte social et des (droits de l'homme en société , et quelle, est même la seule capable de . produire un effet si important.

n y avait quelque adresse dans l'expédient que nous venons de rapporter, mais il ne fut pas adopté généralement. Les autres princes d'Italie ne suivirent point l'exemple de Rome; un principe politique contraire prévalut chez eux ; la religion se trouva seule , et tout fut ébranlé.

Quant à la république de Gênes , elle fut peu recherchée des alliés^ soit à cause des desseins ultérieurs qu'ils avaient peut-être sur elle, soit à cause de sa dépendance et de son voisinage des Français. Cette république put donc garder une neutralité précieuse pour ses sujets, qui, tout entiers à leur commerce maritime avec la France, continuèrent à naviguer avec sécurité dans la rivière du ponant.

En 1792 , comme on le voit, l'Italie entière était en proie à l'inquiétude. En Piémont, de puissantes armées, des sentimens déclarés, ardeur impatiente de combattre. A Naples, des préparatifs secrets. Désir de neutralité en Toscane. Peu de troupes, mais des dénionstrations guerrières à

94 HISTaiHË D^ITALIE.

Rome. Neuftralité dans les deux répuUîqiies d# Veois^. et de Géfaes. Cë^ient là les dispositton» des gouyememe&s ; celles des peu^s se iiKm<traient difierentes. Xn Piëmant^ attendu la prexîmité des lieax , les idées nouTelles aTÛent fait quelques progrès, et si plusieurs individus, à k vue des crimes commiis en Fraoee , araient abjuré ces doctrines y un certain nombre les ayak néan-moins conserrées. A Mikn aussi ^ elles avaient poissé quelques racines ^ mais fort peu profondes^ eomme dans un terrain mou et léger. A Venise^ Textréme douceur du peii]^e lui arrait fait prendre en horreur les atrocités du jour^ et l'on j.crai-* gnait peu les dangers de l'exemple ^ surtout arec ee tribunal d'inquisiteurs^ dont la réputation ce* pendant était devenue plus eârayante que les actes. D'un autre côté, V«iise avait un rempart dans les Esclavons , dans leur éloignement pour les opi-* nions du temps , et leur dévouement absolu à ht république. A Naples, peu de cendre couvrait un immense brasier ; les opinions nouvelles s'y étaient partout multipliées , et l'ardeur du cfimat y entretenait une exagération continuelle des esprits* A Rome, la vie était calme entre une multitude de prêtres occupés d'affaires ecclésiastiques^ et un peuple de valets ignorans. En Toscane, où ht finesse de l'esprit le dispute à la délicatesse des sentimens, les aphorismes du jour avaient trouvé peu de crédit , et le bonheur du présent faisait

repousgemtout cbangement pour Favenir. A €rè&es enfin, ks opinions étaient fortement âgitëes; mais comme on leur y laissait un libre cours, elles n'inspiraient que dé faibles craintes ^ le commerce d'ailleurs n'aime pas les révolutions, • Cependant , à l'aspect de l'orage <]ui les ménageait, les maîtres effrénés de la France, dqà redoutables par les armes, appelèrent encore k leur secours les promesses flatteuses et les maximes révolutionnaires. Leurs agens publics ou secrets ne parluent en Italie que de la loyauté du gouverne^ ment français et des doucfeurs de la liberté. Us assuraient que la France ne voulait point s'im-^ miscer dans les affaires d'autrai; qu'elle rendrait égards pour égards, fidéUté pour fidélité : c'était là leur langage) ils agissaient autrement; cber^ chaient , par des intrigues secrètes , à insinuer les idées nouvelles dans l'esprit des peuples ; leur enseignaient la maniée de se coaliser; leur promettaient des conseils, des secours d'hommes et d'ar^ gent; «t s'e0breaient, par tous les moyens pos-^ siMes, de paralyser la force des gouvememens, en les privant de leur appui fondamental , la fidélité des sujets.

Pour mieux faire con^aStre le siècle , je veux rapporter les discours des deux partis. Je vais dire des choses monstrueuses sans doute ; mais il s'en fit de plus monstrueuses encore. Les novateurs immodérés répétaient donc hautement , et à qui

YOiilait les entendre : tous les rois sont des ty«rans y il faut les immoler ; les noUes sont les satellites des tyrans ; ils se servent de leurs armes comme l^s prêtres de leur influence ; le isouve-^ rain, c'est le peuple : de lui dérive.tout pouvoir; le peuple est un pupille, ses droits sont imprescrip- .tibles^et inaliénables; si le gouvernement les attaque, l'insurrection devient un devoir; la royauté est une institution abominable^ absurde et ridi* .culef le seul gouvernement légitime, c'est la république, mais seulement une république fondée âur la démocratie , l'aristocratie pure étant pire .que la royauté; l'oligarchie un horrible fléau; la fidélité envers le peuple, la seule véritable; le dévouement à la royauté et à l'aristocratie, un crime réel. Trahir les rois et les aristoorates , c'est remplir. un droit et un deyôir ; ce. sont là les maximes étern'elles établies par la nature et par Pieu lui-même, puisque la démocratie . est dans l'Evangile. (Malgré notre. ddisposition à parler sans réserve, notre respect pour la religion ne nous permet pas ici d'exprimer toutes les idées des novateurs.) Une ère nouvelle se lève pour l'humanité; les prédictions de l'Ecriture s'accompliss^ent; avec les droits du peuple renaissent la justice, la paix et le bonheur du monde • Assez et trop longtemps l'usurpation a pesé sur les hommes, le règne de la liberté est maintenant arrivé; assez et trop long-temps se sont . maintenus les privi-

lége$*; c'est au)0«trd'l»ii le tour de Fégalité : 1^ libenké régénère ràme> l'agaUtë 1^ console. Le moment : est venu où le pauTre recevra des. secours sansr . essuyer • des -mépris y l'opprimé des bienfaits que ne lui vendra pqint le pouvoir ; et puisque les ai;iciens gouvernemens ont toujours favorisé la puissance y les nouveaux désormais vont protéger, la faiblesse; c'est là le but où doit tendre toute bonne administration. Cumuler les faveurs du pouvoir et de la loi, c'est trop ; n'avoir aucune part à la prote<ition de <la loi, n'est pas assez; que la loi soit égale pour tdus, vpilà la justice. C'est assez, c'est déjà trop pour les riches et les grands d'«xercer le pouvoir que donne la fortune et les avantages qui en dérivent, sans posséder encore celui qui résulte des privilèges; c'est, donc une compensation douce et juste que d'ôter à qui a trop pour, donner à qui n'a pas assez. Peuples, s^écriaient-ils , imitez l'exemple des tyrans, levez-vous, coalisez-vous pour xw^e eixtreprise nécessaire, honorable et sacrée; faites ce qui est le plus agréable à Dieu , obéissez à ses lois éterneUes. Levez-vous, renversez, écrasez, immolez vos tyrans; établissez des gouvernemens populaires ; fondez des républiques ; votre bonheur est dans vos mains. Tout vous favorise, le despotisme est anéanti en France, cette portion si importante de l'Europe. Une nation grande, valeureuse et puissante se lève tout entière en I. 7

ûivenr de qidcon<|ae voudra iseoouêr le joiog de fa tytsnme. Vous avez montré Basez de patience k souffirir ; l'étoile de votre bonheur a Imllé; praovez qne la force est du coté du nombre; qu'où a pu vous opprimer ^ mais non vous avilir; et que k vice puissant remette enfin le gouveruem^it du monde a la vertu maibeureuseu

Les' adversaires des novateurs ne montraieut guère plus de modérationi4ians léUr langage. Où ^nt, disaient-ils 9 ees jacobins (c'était le nom d'une secte Airieuse née à Paris)^ où sout ces jacobins qui s'érigent en réformateurs da monde? Beau commencement de gouvernement^ que de porter la main dans le» propriétés et sur ht vie des autres^ de promener en procession les tètes qu'ils ont tranchées^ d'emprisonner l'innocence et d'égorger les prisonniers ! Us déclament contre l'aristocratie! mais si son joug est pesant^ c'est pour le plus petit nombre^ tandis que celui de la démocratie n'épargne personne. La royauté est le seul frein salutaire dans une grande nation « Qui lui sert de rempart ^ si ce n'est l'aristocratie , surtout contre les vertiges populaires? Ils parlent d'honneur, et ils préconisent la rapine et la débauche ! Le peuple doit sa vertu à l'ignorance; les grands tirent la leur de l'éducation, et la vertw grossière devient futieste quand elle n'est pas éclairée par la civilisation. Si Faristocratie est une digue posée au despotisme des princes et aux

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écarts populaii'es , elle' doune aussi l'exemple de la moraie €t de rhonneur. Les châteaux ne sont point des repaires dé la tyrannie^ mai» de^ écoles de politesse. Ce qui existait. autrefois ^ n'eidste plus d'ailleurs aujourd'hui ^ et n'a-t*oa jamais trouve que des aUges parmi le peuple? U £aiut donc oublier le passé. Par amour pour la patiie^ les nobles ont reifeoncé à des priYilQge$ , non pa$ arbitraires^ mais obtenus à titre de récompense; quel frutt' en ont~ils rétiré? La: perte de leurs biens ^ de leur liberté et de la vie; et quand finiront pour eux les* exils, les persécutions et les supplices! Que dire de la royauté? nr'estreUe pas un mode de gouviemement naturel sur la terre, puisque partout où les hommes se trouvent réunis en soeîété , elle naît comme une nécessité des choses, sinon par le titre, au moins par le fait, et le plus souvent par le &it et par le titre? Ne Voit«on pas toujours le gouyemement de plur ^eto's soumis à la direction d'un seul; et la loyauté réelle n'est -«-elle pas préf(^able à la royauté déguisée? La première est toujours tempérée, soit parles lois, soit par les coutumes, soit par la nécessité sentie par les rois, sinon d'être bons, au moins de paraître justes. La second^, au contraire, est plus soupçonneuse, parce qu'elle est sans appui ; plus cruelle , parce qu elle est plus soupçonneuse ; plus arbitraire , parce qu'elle n'a point dé^ frein qui l'arrête. La royauté est

loo HISTOIRE D'ITALIE.

née de l'ambition naturelle a,ux hommes. Cette ambition générale conduit à l'anarchie y qui est la mort de la société; de la multitude^ le pouvoir passe alors aux mains de quelques uns, et par la même raison , du petit nombre aux mains d'un seul. Heureuses .les nations qui trouvent la royauté toute faite , sans être obligées de l'aller chercher à travers l'anarchie ! Vous voulez le peuple souverain ; il égorgera d'abord les meilleurs citoyens, et tom'nera bientôt le. poignard contre lui-même. Il y a erreur et scélératesse à vouloir réduire en pratique une proposition toute spéculative. Les fous furieux n'ont-ils pas la propriété de leurs mouvemens? et cependant on les enchaîne. Les hommes ne se gouvernent point par des abstractions; il faut réprimer leurs passions, bien loin de leur en laisser le libre exercice. Étouffons donc ces roitelets plébéiens; et puisqu'ils ont ébranlé la société dans ses bases, que leur perversité soit punie, et que le souvenir du châtiment vive éternellement parmi les hommes. Que la société ellemême remonte aux principes de son existence, c'est-à-dire vers un gouvernement vigoureux et sévère. Les nobles et les prêtres sont les instrumens qui conviennent à cette grande œuvre; les uns, parce qu'ils sont forts; les autres, parce qu'ils sont persuasifs; qu'ensuite ils obéissent euxmêmes à un souverain ferme et résolu. Mais ce n'est point assez; les hommes pervers anéantis.

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il faut encore anéantir leurs maximes effrénées, et s'il est nécessaire de corriger la génération présente, il ne Test pas moins d'éclairer la génération future. L'ignorance paisible vaut naieux que le savoir insolent. Il faut enfin punir la trahison , récompenser la fidélité , replacer l'ordre dans la société et la reconstruire sur des fondemens inébranlables. C'est là le but des mbuvemens de l'Europe; c'est pour cela qu'elle aiguise ses armes; et l'objet de cette grande entreprise n'est pas seulement de contenir ce fleaii destructeur, mais de l'extirper .jusque dans sa raciôe. Lès partisans de la royauté et de l'aristocratie sont ènéore nombreux en Europe ; qu'ils se réunissent avec prudence et vigueur ; l'édifice de la société va sortir de ses ruines. Tel' est le projet des rois confédérés; telles sont les espérances de tous les bons citoyens; la noblesse y emplôyera son bras, le clergé ses .'exhortations. ^ Si tant de vœux sont perdus, si tant d' efforts sont inutiles; si le crime triomphe de l'indignation sacrée qu'il inspire, c'en est fait dé l'Europe; elle va retomber dans le chaos d'une barbarie sans exemple.

Déplorons l'exagération des homines quand ils se laissent entraîner par leurs passions poKtiques. Ici , les uns étaient coupables d'avoir porté beaucoup trop loin les réformes ; les autres^ de les avoir fait dégénérer en excès détestables par leur' opposition à celles mêmes qui étaient les plu$ utiles

ïoa HISTOIRE D'ITALIE.

et les plus justes; ceux-là d'avoir trempé leurs mains dans le san^, ceux^ de vouloir y tremper les leurs : les premiers, d'avoir déposé let fnis à mort un prince dont la personne devait être pour eux inviolable } les seconds, d'avoir appelé les étrangers dans leur patrie . Laiiberté est un trésor inestimable, nous l'afvotiôns ; niais elle de^ vient illégitime quand' otiTafequiert parla cruauté, et c'est une fauté non moins grave, que dé livrer âon pays à Tétranger dans l'espérante de conserver ses privilèges, et un tabouret a la cour: Ge qui manqua le plus à notre siècle , ce futTamoui* de la patrie. Dans les circonstances que nous rajH portons , les premiers l'asservifent par 1« hache des bourreaux , les seconds voulaient l'assertir par ïe canon de TAutriche; également coupables les uns et léS autres , pour avoir reftisé la liberté' que lé rôi et des hommes sages voulaient leur donner, ^ulè liberté qui convînt à un aussi grand état que la ï'rance. Nouvelle preuve entré toutes les autres, que la liberté n'habite point avec là lîoehoe dés moeurs, la cupidité sans frein, et l'ambition sans limites.

Toutefois, les discoiirs dés démocrates agSssaîent plus fortement sur l'esprit du peuple que ceux de leurs adversaires , paroe que la multitude est toit-* jours avide de nouveauté. Les premiers , d'ailleurs , plaidaient en appai'ence la cause du bien public , les seconds paraissaient ne réclamer que leurs pri-

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viléges. De là ^:aUe craiiVte géiiérâle ditiils l'Ëiarope^ menacëé «ur.toitô lès points d'ua Jboriible incendie.. . ;. i .

La guénre étak allumée eoAre l'Autriefaeetia France ^ les deux ^missaiicefi toksrnèrent IturB t*egardst ânr L'Italie f U^uiie^ poiirrc&âséryer ce qu'elle ^y possédait ; l'autre , pour y eonquérir ce ;^'elle vôdiait yr posséder^ ou d^ moine pour s'asswbr un passage^ afîh de pouvoir^ prendre en flanc ton

ennemi- ■ .•(

De fion c6té^ le gpuTemement fran^^ais avait expédié en Italie des agens publics et ^ecret^ ^ dans lie but d'obtenir des princes , 'soit par menais soit par prières ^ une alliance y où le pbs8agfe> 4>u la neutralité. C'est ainsi que de SétooniiiUe fut chargé de sonder W terrain en Pîémoot»^ et de faire en sorte que le roi se décidât pcnir:!» Frangée , dans les é^^emens critiques qui se pi^épal^aient. D'après ses instructions^ il devait proposer au n&i de se liguer avec la répuMîque^'etxle donner passage aux armées qui devaient attaquer la Lombardie autrichienne. Eki retour^ la France promettait au roi garantie pour ses étatist, répression des idées révolutionnaires qui pullulaient dans le Piémont et dans la Savoie, et la cession en<^ tière de toutes les conquêtes qui se feraient en commun sur les possessions de l'empereur en Italie.

Soit que le roi craignit une embûche , et peut-

io4 HISTOIRE D'ITALIE.

être n^avait4l pa» tort d«* la craindre, soit qu'il agit ayec prévention dâtis* cette affaire, soit enfin qu'il fût trop avancé avec l'Autriche, il refusa d'entendre les propositions» de la France. Déjà^ en effets lès Autrichiens -descendaient du Tyrol et s^ avançaient à grands^as vers le Piémont; c!est pouiiquoi, Sémonville ne se. trouvant encore qu'à A<lexandrie , le comte Solaro , gouverneur de cette :Tille,. reçut ordre de ne point le laisser passer outre , et de le décider même à sortir des états du 'tùi; mais dans les termes les plus obligeans qu'il se pourrait. Le comte Solaro s'acquitta de sa mission avec tous les égards , toute la prudence cdônt il était capable , et Sémonville partit pour Genres. Ce procédé déplut singulièrement à Paris. Le 1 5 septembre 1 792 , Dumourier, ministre des .afEaiires étrangères , s'exprima très vivement devant la. Convention nationale ^ sur le gouvernement piémontais : il se plaignit dans un discours préparé, de l'affront que la France venait de recevoir à Alexandrie, dans la personne de son ambassadeur, et conclut à ce que la guerre fut déclarée, au roi de Sardaigne. Ce qui fut dit alors, et ce qui fut fait, il ne faut pas le demander. Les épîthètes de despote , de tyran , d'ennemi du genre humain , retentirent de toutes parts , et la guerre fiit solennellement déclarée entre la France et la Sardaigne.

Dès le 10 du même mois, le conseil exécutif

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provisoire avait ordonné au général Monteequiou d'attaquer la Sà¥<»e avec l'armée qu'il commandait dansleHaut-Dauphiné ; de refouler leÉ troupes piémontaîses au-delà des monts y et de profiter de tous les avantages qui nàitraieint de cette expédir tion. Ce futlà.le comnà^ncement de tous les maux qui accablèrent si iQng-temps l'Italie ^ et qui laissèrent dans la péninsiule des traces si difficiles k effacer.

Ayai^t que les hostilités n'éclatassent entre la France et les puissances confédérées d'Allemagne^ le roi de Sardaigne avait fait de grandis prépara-^ tifs en- Savoie et dans le comté de Nice. Mais les victoires des Français en Champagne firent changer la iace de 4a guerre ; et le roi y au lieu de conquérir .les, états des autres > dut penser à défendre les sie6$. Sa, situation était beaucoup moins avantag^usie que celle des Français. Des deux pays limitropliçs. où devaient avoir lieu les engagemens^ la Savoie était favorable à la France ; le Dauphiné , non seulement n'était point favorable au Piémont , mais se montrait encore son ennemi déclaré. Déjà même cette province avait manifesté son pëncluuit pour les réformes faites pu à faire ; de sorte que les Français trouvaient faveur en avant, sûreté en arrière ; c'était précisément le contraire pour les Piémontais.

Malgré tout, les lieutenans du roi , en Savoie, vivaient dans la plus grande sécurité. Eux seuls

io6 HISTOIRE D'ITALIE.

et les émigrés français qui ne les quittaient pas 5 ne voyaient point ce qui frappait les yeux ée tout le monde. Imprudens^ qui ne sentirent pas que la colère et la témérité sont de mauvsùs tronsdilim^ en politique! Assez crédule pour ajouter- fol à toutes les nouvelles des émigréd y assez crédule encore pour ne pas recom^iiltre un génétial français qui, afin de mieuic surprendre ses-desseins , Tétait venu trouver en habit de prêtre irlandais , le chevalier de Colegno, commandant de Chambéry^ mitait les esprits par la dureté de son goûvemem^it, et soufflait sur un feu qui ne demandait qfu'à s'allumer. Le comte Perrone, gouverneur géné-^ ràl de Savoie ,' montrait beaucoup plus de pôpu-*dence dans sa conduite ; mm le péril et le dés^ ordve laissaient peu de place à son crédit^ p^u d'aotion à son autwité; lui'-méme y d'ailleurs, s'était laissé tromper par le fauif prêtre irlandais ^ et le chevalier de Làzari^ qui commandait ra#mée> était peu familier avec la tactique vive et rtipidfee des Français.

Telle était la position de la Savoie au mois de septembre 1792. Un long tableau de malheurs commença dès lors k se dérouler. LeS' che6 de l'arméer piémoutaîse se reposaient toujours dans leur confiance accoutumée ; ils ne pouvaient croire à une attaque si subite ; et, au lieu de faire prendre à leurs troupes des positions fortes et rapprochées, ils les avaient réparties çà et là sans utilité,

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de eùrte qfi'il leur «tait impossible , et 41e rosidter à rennemi en quelque endroit qu'il se fût pra^ sente, et 4e se rallier an Jiesoin pour la défense. Céuit apu; poiât qu'ils ne firent aucune éétncfo* slratidci^ pas nvètne lorsque les Français, d'al>ord divises ea plusieurs camps, ae furent ocyncentr^s an fort Barraux , dans l'intention évidente d'aï* taquer. Le prêtre irlandais les suivait partout, et leur disait mille contes qu'ils croyaient de la meil^ ieuré foi dû monde. Cependant les émigrés français conçurent des alarmes, et demandèrent slwl généraux piémontaîs s'ils ne craignaient rien. Ceux-<i répondirent négativement , ajoutant que c'étaient les gens de robe qui avaient peur et répandaient l'efiroi. Ils désignaient aîxisi le comte Bottonde Gastellamont , intendant*général de la &Toie, koïkime adroit et pénétrant, qui, ne s'étant point trompé sur la véritable tournure des événemens, et voulant fiaire partir le trésor royal pour le Piémont, avait demandé au gouverneur une escorte militaire. Défendre la Savoie^ (Surtout après les revers dès confédérés , était ^ns doute la diose impossible. U n'y avait pas, dans cette province, plus de neuf à dix millesoldats^ Cependant , comme ils étaient tous braves et aguerris , ils auraient pu du moins opposer une résistance honorable, et modérer l'impétuosité de Tennemi; mais ils manquaient de chefe expéri* mentes , se trouvaient disséminés sans précaution ,

io8 HISTOIRE D'ITALIE.

et l'attaque imprévue des Français ne leur pei*mit pas de se rallier.

Le général Montesquiou , ayant reçu Tordre de commencer les hostilités^ partit. du camp de Cessieux avec son armée ^ composée d'eaviron quinze mille hommes , peu disciplinés peut-être , mais pleins d'ardeur. Il arriva aux Abrets^^ d'où il envoya au général Anselme l'ordre de . passer le Var , et d'attaquer sans délai le comté dé Nice , mal défendu par une poignée de soldats ^ sous le commandement du comte Piuto. Le contreamiral Truguet devait protéger ces mouvcftoens du côté de la mer. Parti de Toulon avec tme escadre de onze gros vaisseaux et de quelques autres plus légers^ montés par deux miUie soldants de débarquement ^ Truguet croisait dan$ les eauT de Villa-Franca jusqu'au golfe de Juan , tout prêt à prendre terre où le besoin l'aurait exigé* Son principal dessein était d'opérer un débarquement sous Monaco , afin de prendre à dos' là division qui gardait le comté de Nice. Ainsi ^ depuis l'Isère jusqu'au Var, les Français allaient attaquer les états d'un roi qui les avait provoqués par ses démonstrations hostiles , avant l'arrivée des secours qu'il attendait d'Allemagne; ce fut le résultat des déroutes de la Champagne.

Montesquiou partit à la hâte des. Abrets arec toute son armée, et vint prendre position au fort Barraux , à deux milles de^ frontières de« la

Savoie. Là devaient commencer ses opérations. Son projet était d'attaquer ^ avec le gros de ses troupes, Sanpareillan et le château des Marches, pour se diriger ensuite à la hâte sur Chambéry . Voulant en outre couper la retraite à l'ennemi , il expédia deux- gros détachemens; l'un desquels; en longeant la rive gauche de l'Isère, devait occuper le passage de Montmélian; l'autre, partant du bourg d'Oisan, et traversant les monts escarpés qui séparent la vallée de la Romanche de celle de l'Arc, devait fermer entièrement la route de la Maurienne ; auquel cas , toute l'armée piémontaise eût été faite prisonnière, ou du moins , il ne s'en serait échappé qu'une faible partie par les chemins rudes et difficiles de la Tarantaise. Montesquiou avait adroitement prévu que la retraite de l'ennemi devait s'effectuer principalement par la route de la Maurienne et le mont Cénis; mais il manqua son double but, d'abord à cause d'une crue subite de l'Isère qui, ayant rompu ses ponts, ne lui permit pas le passage ; ensuite par l'énorme quantité de neige tombée sur les hautes montagnes de Galibiêr.

Eveillés enfin au bruit des armes françaises, les Piémontais voulurent se fortifier près Sanpareillan, sur les précipices de Mians, d'où ils auraient foudroyé le tiavers de la gorge, au mo^en de batteries établies sur le château des Marches ; ils n'en eurent pas le temps. Les canons n'étaient

ne HISTOIRE D'ITAtlE.

pas encore à leur place, lorsque la nuit du ai septembre i jg^ y par ua ouragaa épouvantable y et à travers des torrens de pluie> le général Laroque y d'après les ordres du général Rossi y partit en grand silenice du camp des Barraux , et se dirrîgea, avec une forte division, sur Sanpareillan, Le succès justifia l'entreprise; pendant l'obscu* rite, Laroque s'empara de la placé à l'impro-» viste ; et si le temps n'eut pas été si contraire , il eut pris la garnison qui la défendait; mais, in* formée à temps de l'approche de l'ennemi, elle se retira saine et sauvé.

Chassés de Sanpareillan et des positions de Mians, les Piémontais abandonnèrent encore, à la hâte et sans réflexion , les cfaàteanx des Marches y de Beauregard, d'Aspremont et Notre-Dame de Mians. De ce côté , les gorges de la Savoie étaient donc au pouvoir des Français. Montesquieu, usant rapidement de sa victoire ^ et profitant de la déroute de l'ennemi , se porta sans délai en avant du château des Marches , avec deux brigades d'in&nterie , une de dragons , et vingt bouches à feu , le tout soutenu par une arrière*garde composée de deux autres brigades d'inÊinterie, une de cavalerie, et beaucoup d'artillerie. Coupant ainsi en deux l'armée piémontaise, dont une partie fut contrainte de se. retirer vers Annecy , l'autre du côté de Montmélian, il s'ouvrit la route de Ghambéry, capitale de la

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province. La terpeur en avait déjà fait sortir les troupes royales ^ et leurs officiers , dans cette impartante circonstance^ montrèrent aussi peu de réscdution qu'ils avaseist d'abord affiché de suffi-^ sance et de vanité* Telle fut ^ dans leur éffiroi^ k rapidité de leur fuite y que les Français crai*gnant une embûche , n'osaient entrer dans la ville^ €[ui resta ainsi ^ pendant plusieurs joors^ abandon- . née à eUermézne. Et ici, nous devons publier que ce moment si critique se passa sans tuitiulte , sans outrage > »ins d^ordre d'aticune espèce , grâce à la douceur toijite pàirticulière de ce bon peuple (}e .Ghamèécy. Il reçut enfin les Francaii, et il kjs reçut arec tous les témoignages de l'allé- ^esse qui naissait dés opinions du jom*, et du souvenir des vexatiQna. qu'il uvait précédemment essuyées.

Montesqûiou n'avançait qu'avec beaucoup de précaution 9 parce qu'il n'avait point encore de QOuveUes dés opérations d'Anselme dans le comté de Nice ; il craignait d'ailleurs que les Sardes y en se retirant avec tant d'empressement y n'eussent le dessem de tomber à l'improviste sur les trou«pes de ce général. D^un autre côté , le bruit se répandait que les Piémontais^ munis de provisions de guerre et de bouche^ s'étaient retranchés dans les fortes positions que leur offiraient les knonta-* gnes des Bosges^ . entre Cbambéry et l'Isère^ et qu'ils se proposaient d'y passer l'hiver. Montes-

iiiA HISTOIRE D'ITALIE.

quioii résolût donc de s'arrêter, et d'attendre les nouvelles qai lui viendraient des Alpes maritiines. Il se contenta de faire occuper le passage de Monmélian y abandonné par les troupes du rbi avec autant de rapidité qu'elles avaient évacué la capitale. Cette déroute fit tomber au pouvoir des vainqueurs y dix canons y une grande quantité de . poudre^ de boulets, de caissons^ et d'autres munitions de guerre, avec des magasins remplis de fourrage et de vivres.

Les chefs piémontais ne montrèrent pas plus de prévoyance et de résolution dans le comté de Nice, qu'ils n'en avaient montré en Savoie. A peine eurent -ils avis qu'Anselme avait passé le Var, fleuve qui sépare les deux états, que, dès la nuit du 25 septembre, prenant la fuite en toute bâte, ils évacuèrent la ville de Nice, s' empressant déjà d'enlever tout ce qui se trouvait dans la ville et dans le port de Villa-Franca. Mais les Français, profitant vivement des faveurs de la fortune , coururent à Villa-Franca, et menacèrent de donner l'assaut. Le commandant se rendit à discrétion avec deux cents grenadiers, excellens soldats, et quelques milices; livrant de plus, à l'ennemi , cent pièces de {grosse artillerie, une firégate, une corvette, et tous les magasins de l'armée. C'est ainsi que les républicains s'emparèrent de la partie basse du comté de Nice , avec une promptitude et un bonheur incroyables. Montayban seul

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tenait encore pour le roi; il capitula lui-^même peu de temps après* Le contre -azniral Truguet contribua beaucoup à toutes ces yictoir^ y en appelant, au moyen de son escadre ^ l'attention des Piémontais sur divers points^ et en les forçant de s'éloigner du littoral, peur la crainte d'être atta^ qués de tous les côtés à la fois.

Maître de Nice , de Villa-Franca et dé Montaur ban, Anselme c<)ntinua de s'avancer par la vallée de Boia, et ne s'arrêta que sous les murs de Saorgio , château fort qui ferme les passages de œ c6té, et qui sert comme de redoute avancée an col de Tende. Mais, quelques jours après, les Piémontais ayant reçu un renfort considérable d'Autrichiens, attaquèrent avec impétuosité la position de Sospéllo , et s'en emparèrent. Ce ne fut pas pour long - temps ; Anselme revint avec le gros de son armée, réprit Sospéllo, et Saorgio redevint la ligne de déma^ation entre les co%nbattans.

Ces expéditions des Français dans le comté de Nice furent peu sanglantes , parce que la fuite pré* dpitée des Sardes ne laissa que quelques légers combats à livrer. Disons aussi que les vainqueurs ne s'écartèrent point des borne&de la modération et de l'humanité. La malheureuse Oneglia épi^ouva un sort bien différent. L'escadre de Trûgtiét s^étant approchée du rivage , un esquif fut dé^ taché pQur aller faire des propositions à k viUe;

ii4 HISTOIRE D'ITALIE.

les habîtaus le reçurent à coups de carabine; ceux qui le montaient furent tués ou blessés; action Aineste qu on ne saurait trop blâmer^ L'escadre française serra le rivage de plus |M*ès^ se forma de son mieux en ordre de bataille , et se mit à foudroyer la ville» Lorsque le bomibardement et les désastres qui en résultèrent eurent fait juger à l'amiral que la garnison avait dû prendre la fuite y il débarqua les troupes qu'il avait à bord^ les fit soutenir par ses matelots ^ s'empara de la ville et la mit sans pitié à feu , à sang et au pillage : représailles terribles de la violaition des parlementaires ! Truguet n avait voulu que se venger. Environnée de tous côtés par l'état de Gênes , Oneglia offrait peu de ressources; aussi les Français l'abandonnèrent* ils , et leur escadre , après avoir touché Savone et is'être reposée dans le port de Gênes, rentra bientôt à Toulon. La saison, trop avancée alors, ne permettant pas de tenir la campagne avec fruit, les deux partis déposèrent les armes .pendant le reste de l'hiver, s' appliquant seulement a faire les meilleures dispositions possibles pour repomipepcer avec avantage au printemps. ,L^ silence des armes ne fut interrompu par aucun fait digne d'attention. On dut remarquer néanmoins la réception toute différente qui fut . faite aux Fmnjcais dans la Savoie et dans le comté de IVice. Le premier de ces pays n^ontra pour eux

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beaulcoop d'mclination et un grand désir d'adopter les nouTelles formes de gouvernement ; ils ne rencontrèrent^ dans le second^ qu aversion pour eux-^ mêmes ^ et refus de s'écarter des règles de l'àndiezi régime.

Certain de la conquête du comté de Nice^ Montesquiou résolut de chasser les Piémontais de la Savoie^ Dans ce but^ il oifdonna à Roâsi et à Gasabianca démener battant les troupes du roi^ et de les repousser, le premier jusqu'au mont Cenis par la Mamîenne y le second jusqu'au Petit-Saint- Bernard par la Tahuitaise* Ces ordres furent exé^ cutés avec la plus grande célérité y presque sans résistance de la part de l'ennemi ; et si Montesqifiou, au lieu de s'arrêter pour attendre les nou* veHes du comté de Nice , s'était porté en ayant avec la même promptitude, après l'occupation de Chambéry, il est probable qu'il se serait facilement emparé de ces deux sommités des Alpes ; avantage immense qui , dans l'état de confusion où jse trouvaient les troupes royales , eût aplani devant lui, pour l'année suivante, le chemin vers le cœur niêmé du Piémont. Les villes d'Aix, d'Ajanecy, de Rumilly, de Carouges, de Bonneville, de Thonon, et toutes celles de la Savoie septentrionale, reconnurent la domination des vainqueurs avec des transports de joie universels. La prdviiiQe .entière devint ainsi la .conquête ,desr Français. La possession leur en fut assiœée penr

ii6 HISTOIRE D'ITALIE.

4ànt Thiver^ par réaorme quantité de neige tâm-* hée sur lès montagnes y plus encore que pav la suspension d'arnaes qui avait eu lieu dans les Alpes

Voilà comme une province , hérissée de forte& positions y coupée en tous sens par dès. gorges y des tdrrénset des précipices , fut perdue pour, la Sardaigne , sans que la prudence on la. valent eussent rieil fait pour sa défehse. Ce malheureux résultat doit être impute en partie au roi lui^xtéme, qui^ empoiiié par son désir de commencer: la guerre^ se découvrit avant l'arrivée des secoure de l'An* triche, et revêtit le plus souvent de grades lài* litaires dès hommes {Jus occupés d» satisiaire léur.vadité que de js' instruire dans k métier di$-* cile des armes. Ce fu% sans doute uiie grande >erreur chez Victor y de donner l'habit dlofficaèr au^ pm* mier Cadet qui se présentait , et de l'envoyer surle-champ à l'armée^ comme si l'art de la guerre était facile y comme si le bruit du canon n'avait pas de quoi faire trembler les soldats les plus aguerris. Les nobles furent encore plus, répréhensîbles que le roi, à cause du mépris y dirtai^je jidi^ cule ou absurde y qu'ils affectaient pour les troupes françaises* Parmi eux , toutefois y m trouviiient beaucoup d'hommes aussi braves que modestes y qui déptorèi^ent fimprudence du roâ , et s'imdignè^ rent de la honte dont on venait de ceuvrie la mo^ narchie: .

(i7«9-»99aO LIVRE SECOND. iitj

La déroute de Sayote^ d^a :si grave par ellceméiBue, fat èneore accofnpa|rRée d'aceidens ter«> rîMes et déplorables : les pluies par torreos , les €faemiii6 défoncés ^ les ekariots brisés y les soldats à 1. dâftndade, partie «rmés, partie désarmés; des fîiyards djs tout rang , de tout sexe et de tout Ag9 } d^af&eux jAéiionièaes dam le ciel y parmi les hommes et sur la terre. Mais ce qui excitait le pitts de* compassion c'était le sort des émigrés français. Trop oonfians dans les discours des officiers du roi 9 ils étaient demeurés à Chambéry jus-*qu'au' dernier moment. Menacés^ maintenant par nue armée française toute prête à les atteindre y ik ne pouvaient plus rester sans se perdre ^ ni peut-^tre se sauver en fuyant. Les uns étaient en proie à la noîiâèi^ y les autres à la maladie y tous manquaient de chevaux et de voitures : Tamitié n'en avait point à prêter^ l'intérêt n'en avait point à iburnir. Bans cebouleversement général^ les esprits avaient été copstamraent frappés d'imprévoyance et 'd^oubli« Les routes de Gi^nève et de Turin offraient surtout un spectacle misérable . Elles étaient encoitibrées d'une foule d'individus^ naguère au faite des honneurs, aujourd'hui dans le plus affreux déofument. On y voyait pêle-mêle les pères et Us fils y les mères et les filles , les vieillards et les jeones gens, les vierges' les plus délicates y bravant l'horreur des saisons et des routes, pour suivre des parens tombés dans la détresse^ On y

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voyait des vieillards infirmes^ des femmes en-> ceintes^ des mères chargées d'enfans à la mamelle, et qui étaient nés pour un sort bien différent. Mais c'est dans le malheur que l'on retrouve la Tertu et la charité ; cette circonstance déplorable en est une preuve nouvelle. Des épouses, des fils, des frères et des serviteurs, que la proscription n'avait point inscrits sur ses tables , voulurent accompagner sur la terre étrangère, malgré le refus. des victimes, leurs époux, leurs pères, Ijeurs frères et leurs maîtres , faisant céder ainsi l'amour de la patrie aux inspirations de la nature et de la fidélités Siècle vraiment extraordinaire où la vertu prodiguait ses miracles, pendant que le vice multipliait ses excès. A toutes les horreurs de la msirche , ajoutez l'horreur des stations : là ^ des auberges encombrées ; ici, des rochers sans abri ; jl fallait passer la nuit sous un ciel irrité d'où sem-^ blait tomber encore le déluge. Partout, sur le chemin, les débris de l'armée piémontaise en dé«route, dés armes jetées ça et là, l'agitation des hommes éperdus , le trépignement des chevaux, le bruit des voitures, les cris du désespoir et ceux de la douleur; partout le désordre et la confu^ sion; partout enfin le tableau d'une misère épou>vantable à coté du tableau d'un effroi sans égal. Combien de personnes élevées au milieu de toutes les douceurs de Paris > manquaient alors de l'aliment que le pauvre même trouve en abondance

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sous son toit modeste ! CoiHbien de graves et intègres magistrats^ après avoir rendu la justice dans les paremières cours du noble royaume de France , s'acheminaient alors péniblement vers un exil dont ils ne pouvaient prévoir ni les rigueurs y ni le terme ! Combien de nobles dames qui peu de mois auparavant espéraient offirir des rejetons à d'illustres &milles^ dans le palais de leurs ancêtres^ aujourd'hui prêtes à enfanter sur le vil grabat d'un étranger 9 allaient donner à lem*s infortunés époux ^ des fils plus infortunés encore! Combien de vierges, naguère objet de la recherche des princes, ne savaient pas maintenant quel refus les attendait, quel consentement il leur faudrait subir! Combien de braves capitaines, vieillis sous les armes, et qui, par la débilité du corps, avaient plus que jamais besoin de repos et de secours , privés aujourd'hui de secours et de repos , fuyaient vers un ciel étranger , devant ces mêmes soldats qui avaient pris sous eux des leçons de bravoure et d'honneur! Tant de malheurs excitaient sur toute la route la stupéfaction ou la pitié ; et la pauvreté . oflfrit aux victimes , sur leur passage , plus de bienfaits et de consolations qu'elles n'avaient osé en attendre. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits , sur les routes de Genève et de Turin , ce déplorable cortège offiît une nouvelle preuve de la facilité avec laquelle l'aveugle fortune précipite au fond de l'abîme ceux qu'elle avaât

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élevés au. plus haut des grandeurs ; et y cependamt , sous le poids d'une: épreuve si péniUe , le Garac-? tère des Français ne se démentit pas un moment* Il leur échappait encore un sourire , un bon mot y une chanson même; et^ à les voir, on eut dit qu'ils allaient à une fête plutôt (ju'en exil. De graves personnages gàloppaient dans là boue qui couvrait les chemins; d'autres, portes dans des voitures ou assis derrière , se faisaient reoiarquer parle soin de leur coiffiire , leurs croix, leurs dé-f corations et les difforens emblèmes de leur for-* tune éclipsée. Telle est la force du naturel qu'il résiste même au malheur. Enfin, les pauvres émigrés arrivèrent à Genève et à Turin. Ici, il est impossible de donner une idée des discours, dé l'étonnement et des sentimens que leur aspect fit naître. On avait beaucoup parlé de la France, et maintenant elle paraissait au-nlessus de sa réputa^ tion. On admirait à la fois ce dont est capaMe une nation forieuse qui s'élance hors d'elle-même, la valeur de ses soldats , la propriété contagieuse d» ses doctrines, la force qu'elle employait pour les soutenir. On admirait encore la Vanité des uns qui avaient prédit sa défaite , et l'imprudence, des autres qui avaient provoqué sa vengeance. Il va<^ lait bien mieux, s'écriait-on, la laisser en proie à ses divisions que de la forcer à se réunir pour sa défense; il fallait la flatter au lieu de l'aigrira U^ouB affirmaient que le péril était à son comble.

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que la Suisse était menacée aus^-^hien que l'Italie^ et que la société en Europe était ébranlée dans ses bases*

B&en d'autres discours encore se tenaient à Tu-* rin; car^ dans les revers publics, crier contre le gouvernement est un soulagement et une consolation. Voilà 9 disait^on, voilà le fruit de tant de levées d'hommes et d'argent , de tarït de fan-* fàronnades! Fallait-fl épuiser le trésor , écraser le peuple d'impèts, solliciter du pontife la vente des biens du clergé, grossir la dette publique pour n'en retirer que honte* et dommage ? Voilà donc l'extrémité où sont réduits de braves soldats par l'inexpérience des che& qu'on leur a donnés!

S^il s'agit du salut général, il s'agit surtout de celai des nobles. Ils doivent montrer plus de valeur dans les combats, moins d'orgueil dans ia prospérité, plus ée constance dans les re^ vers. Le roi est bon; tout le inonde l'aime, tout le monde veut sa conservation; mais pourquoi diviser ta nation en deux peuples, et mettre d'un côté le petit nombre privilégié , de l'autre Ift multitude qui ne l'est pas? Que le roi parle , qu'il se montre le père commun de tous ses sujets , et il les verra courir volontairement au-devant du danger qui menace son royaume.

Cependant les exilés excitaient la compassion ^ et de la compassion naissait la terreur. La tris-^ tesse et l'inquiétude régnaient dans la ville. Telle

était nëanmoios la confiance des Piétnontais dans leur souverain^ que des idées d'innovation ne vinrent à personne. Quelques uns, à la vérité , desiraient certaines réformes dans F administration civile et politique de l'état; mais tous voulaient le maintien de la monarchie y et les plus fortes sorties contre le gouvernement étaient plutôt un avertissement qu'une satire.

Le premier ef&oi dissipé y le gouvernement songea sérieusement aux moyens qu il convenait d'adopter dans une circonstance aussi imprévue que critique. On demanda des secoui^ au canton de Berne; mais inutilement. On en demanda à l'Autriche qui en accorda, parce qu'il y allait de ses intérêts. Des régimens autrichiens arrivaient à grandes journées de la Lombardie en Piémont, et se portaient immédiatement aux frontières, surtout vers le col de Tende. On demanda aussi de l'argent à Venise qui refusa, conformément à son système de neutralité. On expédia des courriers en Angleterre pour l'informer des événer mens; on en expédia en Prusse et en Russie.. On représentait que le roi était le gardien unique de l'Italie; que si ce rempart se trouvait forcé, on ne savait jusqu'où devait rouler cette . horrible avalanche ; que . la fermeté du roi était inébranlable; mais que ses propres forces étant insufE*-' santés, il se voyait dans la nécessité de recourir à des secours étrangers. D'un autre côté on s'efforça

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de pallier les déroutes de Nice et de Savoie , en disant que la défisse de ce pays était impossible ^ autrement qu'avec de puissantes armées; que d'ailleurs les forces qu'on y avait envoyées eussent sufB pour la défense et même pour Tattaque , sans les désastres de la Champagne; mais que depuis ces revers elles ne pouvaient plus servir, même à la défense; qu'à la vérité la retraite s'était opérée précipitamment et sans ordre; mais qu'il fallait l'attribuer à l'imprudence des chefs ; que le soldat était brave et fidèle, et le roi résolu à ne manquer ni à soi-même, ni aux puissances confédérées ; qu'il demandait seulement , attendu qu'il se trouvait aux avant-postes, qu'on lui donnât une arrière-garde pour le soutenir; enfin, que le secours de ses alliés lui était indispensable pour repousser des attaques auxquelles il était exposé le premier.

Ces remontrances, faites dans les termes les plus précis, étaient d'un grand poids; mais la Prusse, tout en persévérant dans l'alliance, com* mençait à penser à ses intérêts particuliers. Plus éloignée d'ailleurs du danger, elle avait aussi moins de motifs pour le craindre. Quant à l'Autriç^ie, déjà inquiète pour ses propres états , elle voulait au moins garantir le reste, et résolut franchement de faire passer de puissans renforts en Piémont. De son côté, l'Angleterre qui, jusqu'à la mort de Louis xvi, avait conservé une certaine

apparence de neutralité ^ se déclara sans délai après cette affreuse catastrophe, congédia le sieur de Chauyeliâ y ministre plénipotentiaire de France à Londres, et se prépara ouvertement à la guerre^ Elle donna de bonnes espérances au roi, et lui promit d'agir efficacement avec èes flottes, sur les côtes de la Méditerranée. En Piémont, les cadres des régimens se complétaient; les milices s'organisaient. On créait de nouvelles rentes sur Tétat; on émettait de nouveaux billets de crédit; on frappait de nouvelles monnaies qui perdaient plus de moitié de leur valeur nominale : funeste , mais unique remède aux maux présens, et qui attestait l'imprévoyance des gouvernans, dans des temps meilleurs. On fournit de munitions de toute espèce les forteresses situées dai» les Alpes, l'on établit des retrancbemens sur les sommets du mont Cenis et du Petit-^Saint-Ber** nard. On profita encore des rigueurs de l'hiver pour faire tous les autres préparatifs nécessaires; chacun attendait dans une anxiété profonde le moment où de nouvelles batailles allaient décider du sort de l'Italie et de celui dû monde.

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