‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814Chapitre 3 sur 7 · FIN DU LIVUE SECOND · texte numérisé non relu

FIN DU LIVUE SECOND

(1793.) LIVRE TROISIÈME. ia5

LIYRE TROISIEME.

Nouyelles détemûnations des alliés en 1793. — Instances faites par l'empereur d'Allemagne an sénat vénitien. — Discours du procu*

* ratenr de Sftint-Marcy Franiçois Pézare, en fayenr de la neutralité Brmée. — Discours de Zacharie YaDaresso, l'un des sages ou conseil 9 en fayetu: de la neutralité désarmée ; résolution du sénat.

— Mesures adoptées à Gènes. — Intelligences des alliés à Lyon et À Marseille. — Dispositions militaires et politiques des Français. -*- l^tnatîon des écrits en Italie. — Attaque de Cagliari, en Su> daigne, par Tamiral Trugnet. — Paoli soulève la Corse, et la soustrait à l'empire de la France. — - Guerre sur les Alpes ; fait d'armes de Raiis favorable aux troupes royales. — Menaces inso* lentes des Anglais au grand-duc de Tpscane et au sénat de Gènes.

— Leurs insinuations à Venise. — Résolutions du grànd-maltre d« , l'ordre de Malte contre la France. — Mouvemens importans dans

différentes provinces contre la convention nationale; Lyon et MarseiHe se soulèvent. >— Faits d'armes; les troupes toyales sont repottssées de la Savoie et du pays de Nice. — Marseille et Lyon tombent au pouvoir des républicains. — Toulon se livre aux alliés ; les républicains en font le siège , et le prennent d'assaut ; enlèvemens faits par les alliés an moment de le quitter.

La déroute précipitée des troupes du roi , en Sa-« voie et dans le comté de Nicé^ aussi* bien que k retraite forcée des Autrichiens du côté du Rhin , donnèrent fortement k réfléchir aux alliés. Voyant l'ardeur des Français, pour les innovations , s'ac* croître , ainsi que leur fureur, en raison même de leurs victoires, ils s'aperçurent qu'ils avaient mt fe&i bras une affaire beaucoup plus sérieuse qu^iUne

l'avaient d'abord imaginé. La fortune^ qoi se plait à déjouer les plus grandes entreprises , ne fît jamais succéder un résultat moins conforme aux premières* espérances. Des bandes tumultueuses et indisciplinées y comme on les appelait y avaient vaincu les armées les plus florissantes. Des généraux peu connus^ ou même ignorés^ s'étaient montrés supérieurs dans l'art ^e la guerre à des généraux placés au premier rang dans l'opinion de l'Europe. Enfin ceux, qui croyaient aller planter sans peine les étendards de la ligue sur les murs de Paris et de Lyon^ ne défendaient qu'avec peine leurs propres états des assauts d'un ennemi d'ab(»rd méprisé^ aiijourd'hui victorieux et menaçant.

Quoique les alliés se fussent retirés avec perte et diminution de leur gloire militaire , ils n'abandonnèrent pas pour cela leurs projets ^ espérant qu'au moyen de meilleures mesures contre cette impétuosité française^ et qu'en augmentant et réunissant leurs propres forces , ils pourraient réparer les défaites du passé par les victoires de Fave^" nir. Tel est le caractère des Allemands, qu'ils obtiennent le succès de leurs entreprises par la constance , mieux que les autres peuples pai^ l'ardeur et la vivacité.

Plus voisins du dao^er^ le Piémont et l'Au-* triche procédaient aussi avec plus de franchise que la Prusse. Peut-êtr« mâme cette dernière.

ainsi que nous l'ayons déjà donne à entendre^ pen* sait-elle à changer de résolution. L'Autriche s'appliquait .surtout à sauver ses états d'Italie > dont k tempêté s'approchait davantage ^ et qui sont une partie si importante de ses domaines. Les préparatifs de guerre étaient donc coifêidct'ables en Autriche et en Piémont. Ensuite^ pour que les peuples ne se laissassent point séduire auac paroles de liberté et d'égalité ; pour qu'ils suppor-»tassent même avec résignation . l'appareil dé la guerre et .le bruit des armes ^ on eut recours aux moyens de p^suasion. La religion était le plus puissant de tous; on répandit les bruits les plus sinistres^ On disait que les Français étaient les ennemis dé Dieu et des hommes; qu'ils foulaient aux pieds la rdiigioh, profanaient les temples , persécutaient les prêtres ^ tournaient en ridicule les cérémonies de l'Eglise , souillaient les ornemens sacrés ^ ne connaissaient que le libertinage > protégeaient l'incrédulité y et assassinaient les fidèles. Les éyêques et les religieux ^ séculiers ou réguliers , secondaient ces discours par leurs exhortations : les peuples s'enflammaient chaque jour davantage.

Ce qui importait le plus aux desseins des con* fédérés^ c'était le parti que prendrait le sénat de Venise. Persuadé que la présence, d'un ennemi opiniâtre et audacieux , sur les frontières du Piémont > aurait inspiré des craintes à la république ^

ia8 HISTOIRE D'ITALIE.

Tempereur lui représenta fortement qu'il était temps ènfîti de se rémiîr pour le salut commun ; qu'elle ne deyait pas espérer garantir ses états ^ si ce déluge d'hommes efir eues franchissait les monts et débordait sur l'Italie; qu'il étaii déterminé, quant à lui y aidé de son généreux allié le roi de Sardââgne y à faire tou^ ses efforts pour éloigner un si grand fléau de ce beau pays ; mais que 1^ Frangeais étaient terribles et les événemens de la guerre incertains; qu'on s'abuserait beaucoup, si l'on pensait qu'un peuple , qui foule aux pieds lés lois dU vines et Humaines , respecterait la neutralité ; que la neutralité était un objet de mépris pour les Frangeais qui préféraient un ennemi déclaré à un kmi douteux, et haïssaient également l'aristocratie et la monarchie. Ajouter foi à leurs protestations d'amitié, ajoutait l'empereur, c'est youloir se tromper soi-même* Venise peut se foire une idée de la sincérité des Français par leurs manœuvres à Constantinople , pour allumer contre elle la fureur ottomane. Qu'elle se rappelle aussi les outrages qu'ils ont fait essuyer au pavillon de la république , et qu'elle juge encore de leur modération. La nature a fait le Français turbulent; la révolution Ta rendu capable de tous les excès , et ce n'est pas trop de toutes les forces de VËurope pour comprimer une nation puissante et frappée de vertige. Ce serait une grande imprudence, d'espérer qu'un peuple déchaîné, orgueîUeux par

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caractère , plus brguriUeux- par 'la rJctoirev' après aypir franchi des moiitagnes escarpées^ ëjcrasc les armées d'un empereur et d'un roi, et pénétré dans Iq cœur même de l'Italie , s'arrêtera aux frontières vénitiennes, parce qu'il y verra écrit : Neutralité. L'expérience consommée du sénat ne lui a*-t-^lle pas iappris combien le Français est avide du bien d' autrui ? Ce territoire , depuis si loçg-^tencips res'^ pecté par la guerre, la douceiir de ce ciel, la fertilité de ces campagnes et de oçs collines, l'éclat de ces palais , la richesse des ornemetfs qui les décorent , n'attireroirt-ils pas irrésistiblement ceux qui n'ont aucun frein qui les arrête ? L'Italie elle- ^ même ne porterait-elle pas dans son sein. des élémens de vice et de corruption ; qu'ils appelleront à leur aide? N'aurait-elle point ses ambitieux pour l'asservir, ses forbans pour, la dévaster, des hommes perdus pour s'en réjouir? Les paroles séditieuses et perfides de liberté et d'égalité ne i-ésonnent-elles pas sans cesse dans leurs bouches pour dépouiller les grands et séduire le peuple ? La multitude n'embrassera-t-elle pas les innovations avec ardeur? La fortune n'est-elle pas son guide plutôt que. la fidélité ? Qui répond au sénat que la vue d'une première enseigne française sur le sommet des Alpes , ne va pas bouleverser aussitôt le Piémont , le Milanais , et l'heureux état de Venise ? Le tumulte et la rébellion ne vont-ils pas alors éclater sur tous les points? Déjà des ï. 9

i3o HISTOIRE D'ITALIE.

hûifin^es ' tuxdaicidux ne pdrten1>-il$ pas. ea secret le$ iosigfies x^helles de la France ? N'ont-ils pas l&iàr» comités > leurs affilktîooa^ leurs moyens de iQQFmpliou.^ kuTs.t^rcespoDicUnces en faveur d'un ^$ppiemi; aiuel , et pom* , s'élever .eu^s^-memes au |)ïQ$L%oîr sur ; les . dbahri» jde. Tltal^ ? -. lies circonatoace&extraordmaîres veulent des mesures inaccoutumées-^ Que le souvenir des .ancienaes querelles, disfiaraisse de.'VjaKit ua si gmand péml. L'AIlemagnetueveut peint opprioiafiar l'Italie. Le siècle co&damnçide pareilles: entreprises. L'Allemagne , au contraire ^ veut . sauver V Italie et le .monde entier d'une .si^veirsion. totale^ d'une insupportable tynannie. C'est anjourd'liui> surtout^ qu'il impart» de saisir l' occasion. Les Alpes une fois auni(i<zntécs .^ la victoire est certaine pour les Français^, et '^. ne sera. plus possible d arrêter le torrent. , Voilà , continuait l'empereur ^ l'eictrémité.où nous réduisent les événemens. Le salut de tous ne peut sortir, que d'un effort général. La défection d'un seul amène la ruine de tous* Que le. sénat réfléchisse donc^ qu'il apprécie mit* rement; la. nécessité des temps ^ la perfidie.de la France ^ la loyauté de l'Autriche ^ les avantages de la ligue .proposée.^ la puissance de ses moy.eQ8, et la mai^che de l'avenir. qui s'avance à grands pas pkind'uni bonheur cAibd'un malheur éternel. . Yenise, dont la politique fut toujours si clairvoyanite, se trompa en ce moment^ et voulut

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appliquer des remèdes yieiUis sur un mal d'une espèce toute nouvelle. Elfe répoticlit que là république^ C(»istamment modérée^ vcmlait être l'amie de tous^ ne voulait être l'ennemie de per- ^nne ; que les différens princes avaient toujours approuvé cette retenue dans sa conduite^ et qu'elle comptait encore sur leur aveu pour l'avenir; mais surtout dans les circonstances présentes ^ si difficiles , si incertaines ; que , quant à ses sujets y elle ne craignait point pour eux l'influence de la nouveauté^ assurée qu'elle était de leur fidélité et de la vigilance des magistrats; qu'à la vérité^ dUe admirait la fermeté de l'empereur et celle de ses alliés dans une affaire si périlleuse ; mais qu'enfin elle se persuadait que sa majesté y réfléchissant avec sa prudence accoutumée sur la nature du gouvernement vénitien, approuverait en lui ce système de modération qui Tavait maintenu à travers tant de siècles; que la république était prête à donner le passage aux armées autrichiennes y et à siibvenir aux alliés autant que le permettrait la neutralité ; mais qu'elle ne pouvait faire davantage sans renoncer à la foi promise et k ses constantes habitudes.

Cependant le bruit des progrès des Français dans la Savoie et dans le comté de Nice, se répandant tous les jours davantage, il devint indispensable de penser aux mesures nécessitées par les circonstances; et, en supposant que la république

ï3ti HISTOIRE D'ITALIE.

ne se décidât point pour une guerre ouverte , il fallait au moins songer à la garantir . des armes étrangères et des troubles intérieurs. . Le sénat ayant donc été convoqué extraordinairement à cet effet, on y mit en délibération le parti le plus efficace pour préserver la république, dans le péril imminent d'une invasion' des Français en Italie. Le plus profond silence régnant dans l'assemblée, le procurateur de Saint-Marc, François Pézare, dont il sera souvent fait mention dans cette histoire, et qui jouissait d'un grand crédit à Venise, soit par lui-même , soit par sa famille , se leva et prit gravement la parole en ces termes : « Illustres (( sénateurs , protecteurs zélés de la patrie , si les « hommes se conduisaient par la justice plutôt {< que par Is^ force , vous n'auriez pas à délibérer « aujourd'hui si votre innocence suffit à votre sa- « lut, sans le secours des armes. Contente de ce « qu'elle possède, Venise n'envie rien aux autres; « l'univers le sait. Depuis que notre généreuse « république est sortie du sein des eaux, les étf ance gers, frappés du bonheur dont elle était l'asile, « sont venus partager les douceurs de son gou- (( vernement, et lui demander un refuge contre «le despotisme d' autrui. Ce n'est ni à la violence « ni à l'ambition que nous devons notre puissance (( et notre éclat ; éclat et puissance qui sont l'ob- « jet, je ne dis pas de l'effroi des hommes, mais w certainement de leur admiration et de leur

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ce enVie. Si pourtant il nous est arrivé de prendre « les armes , sans y avoir été personnellement protf voqués , ce fut pour le salut général de l'Itaa lie^ et non par un esprit de conquête qui n'est «pas lé nôtre. Mais aujourd'hui que là pervérc( site préside aux desseins des hommes y la haine « à leurs sèntimens , l'intempérance à leurs pré- «tentions; aujourd'hui que l'innocence désarmée « dévient la proie de la force; il nous reste a dé- « libérer si, au milieu du bruit des armes qui nous « environnent 3 au çtiilieu de tant de ressentimens , (c de cruautés et de discordes ; au momèïit où les H nations les plus puissanteis se heiu1:ent avec fu- « reur , ne respectent rien , foulent aux pieds « tous les droits, conibattent, non pour une firon- « 'tière , mais pour des empires , non pour « une « partie , mais pour le tout, non pour la ruine d'un « seul , mais pour un bouleversement général ; il - (f aous reste à délibérer, dis je, si nous devons nous « offiîr désarmés à leur discrétion , ou si , usant « du pouvoir que nous tenons du ciel, nous de-- « vons prendre une attitude telle , qu'il y ait pour « les étrangers , à notre égard , nécessité dans le « respect et péril dans l'attaque. I^' examen de « cette question me parait si facile , la route que « nous avons à suivre si clairement tracée , que « je verrais dans un avis différent du mien , «.plutôt la naïveté de l'âge d'or que la pru- « dence d'u^i siècle perverti. De quoi s'agit-il pour

a54 HISTOIRP lyiTALIEL

(ciiotts? E8t-cé de provoquer, d'assaillir, . d'en-- « traloer dams um gu^irré iatempestiye- et 6i^ (« néste notre hisureiKe république ? nuliemeort* a U s'agit de nous siettre à l'abri des provoca-^ f< tiens et des attaques , de repousser loin de t( nous la guerre àussi*-bién que les outaigts, les c( rapiaes et le carnage qu'elle traîne à sa snitk* K Cosaine les lieux bas sont les jias sujets aux u itiotidaiions , les états san^ défense sont aussi tes (f plus exposés aux invasions dé la guerre. Cernés (( de tous cotés par les armes ^ c e3t l'épée seule « qm peut noiis frayer un ckemin vers la paix. u J'en prendsî à ténaoin la nature de l'hommfft , » {dus prcmipte à violer ks droits qu'à les recon-^ » naître , l'expérience des ^cles et la ruine dés i< nations qui , négligeant les moyens de réi^-^ « stance^ n'ont pris que la bonne foi pour appui, ce Mais pourquoi remonter aux temps antiques ^ (f lorsque nous avons sous les yeux de modernes « exemples? Ne vous rappelez- vous pas^ n'^^enten* M dez-^vous pas> encore les plaintes et les gémisseet mens des peuples écrasés par des barbares y dans a la guerre fatale qui dévora l'Europe au com^ u mencement de ee siècle? La succession d'Espagne (i divisait à cette . époque ces mêmes nations qui a se déchirent aujourd'hui avec tant de fureur. Si «la république fut alors maltraitée, c'est parce Ci qu'elle était sans défense ; si ses peujdes éprou- « vèrent des pertes infinies,, c'est parce qu'elle

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« refttta împrudiïiriineïit de^fes pretéger pairies <r armes. InstniH'^ àtte ieçon si teitîbie ;'-'le « sénat tiva Yépée Ûms la guerre qui-suml^^e* la ffpatrve ftit sauvée. Gtcyê^-^VQfUs cpâehiwai^e (^ à^ coïùhdmLti^ sait irioindrfe àfijourd'biri quHt y <r a ceûl ans, on <)tte dept^ 'quû^ttte anarnous « ayons dégénéré êans la guerre? n<3«i, ronsne le rr croyez pas. Jie dis plus, 'sMl faut en jugéf fiar «les premiers événemens, cette rage est portée «ebez eux a rèxtrémîté, et nos ërmes leur îlh-* rr priment toiî^ours la "même teireur, ffà'rce ' q[tie « \à situâtîtm des dèut partis est la plus pérîWettse tf <5n**on pûtsse' imaginer ,' et qu'îl i'&git' euft-e w eu* d'ime guerre d'extermination. SdyêK^er- « tains aussi qUfedàns la crise où ils se 'tr<îmf éttt ,' w quelques batteries étabfies sui* nds'fôrfe', qiïél- H qiWîS ehs^ghfes de Safînti^Sfcarc flottant àiir toos ff* frontîères^ , sauront ééftttnîr danfr te dé^îr r^^cëùir qui dqà s'en écartent, dti qui ne iïiaftfqttei « raient pas de s'en écarter; Que Dteh détôtÉttiô « le^ présage I Maià je voîi que si Vénîsèf' lie â'â^Âe w plas, Venise est perdue. Je vois aussi ^lé Vêlllsé « armée 'peut opérer S ïa fois* son safttt^ét^ttëliri « de ntâlie. €es étrangers^!, dans Ifelff^'^îf «immodérée des conquêtes,' ont toiljouf8'fait de ce ce beau pays le théâtre de leurs ftirein^ , iiy « marcheront qu'avec précaution, quand ils saui< ront que le lion de Venise est éveillé , et "prêt k w se défendre. Croyez -vous d'ailleurs éviter la

i36 HISTOIRE D'ITALIE.

« ^eiqre , parce q«f vous en aurez obligé les ap- «f pcéts? Les Français et les Autrichiens ^ s'ils. ne ttîsént secourus^ se-croiront outragés, et là perfidie « n'a jamais cherché en vain des prétextés. Mais je (c yeux croire, malgré tout , a la sincérité des gon- « verpemens^ Qui vous répond, ^i le théâtre de la « guerre se. rapproche tde vos frontières , que des (c bandes armées de l'un et de l'autre parti ne t< violeront pas votre- territoire afin de sais^îr ravabu tâgesur l'ennemi, ou de piller pour leur propre t< compte? Ces outrageas , les' passerez- vous sous « silence ? Alors que deviendra l'honneur de Ve- (c nise jusque-là sans souillure ? Réfléchissez encore r^ .qu'une injure non vengée en fait naitne m^e (/ autres. Essaierez-vous des représentations ? La a'jdaînte désarmée ne peut rien contre l'auteur «de l'offense, et devient funeste à Voffeif^, «.p^tùe que cette* jdainte est nécessairement crsans effet, et qu'elle ne peut enfanter que Je «.mépris. JPai' honte, 6 sénateurs! de me livrer «,4 f:e^ suppositions déshonorantes; j'en. ai honfte «,$]}rt0ut quand je pense à votre courage, à votre Hrip^îsçance^, à la renommée de notre glorieuse (< répuWique. Mais enfin je veux admettre que les (( goUTememens soient sincères et les soldats inof- « fensifs,; sans doute c'est accorder beaucoup: « êtes^vous certains que des troubles n'éclateront c< pas au sein même de l'état , si les Français se « montrent sur nos frontières ? N'avons-nous pas

« ici df s partisans^ de la nouyeautë ^ 4es hommes « ambitieux ^ àyides > yindicatifs y et infectés jus- « qu'au fond du cœur de doctrines perturbatrices? ((]^t si Ces hommes s'agitent^ ce qu'Us ne itia^- (< quepront pias de faire ^ l'occasion ^ puisqu'aT^pt « même l'arrivée des recours qu'ils espèrent^ ils ne « se contiennent qu'avec peine; que fere^i-you^^ « priv^sd^s moyens nécessaires de répression ?: Les (( désoi:dres excités par cette race détestable^ Les (<- Français voudront les soutenir y le^ Autrichiens. tt prétendront les coinprinp^r^ et tous deux enva- (('hî^ont, malgré nous ^ nos campagnes^ si nous tr n'avons z^^uf^mémes at^cune digue à opposer à ce «) to^rient .dév4Statew> FeFez^vo^s la guerre alors? «. At^c ;qu0i ? ï^eresK-vous la paix? Avec. qui? La (<;^SK^1îiQn/\pi|s sçondtdra. donc k la guei^re, et la, (< guerre enfantera yotre.ruine. J'entends dire à K cçjTta^ne^ personnes tinnid|| que Venise^ en pfe- « nant les armes ^ inspirera des défiances et fpuru nir^ coqtre elle des prétextes d'hostilités. Mais i< qui a jama;is condamné le propriétaire qui place, ic une digue au -dey an;t d'un fleuve déboixié, pu w qui cherche à isoler S£^, maison quand l'incen- « die s'en approche? Il y aurait aussi trop d'oru gueil à l'étranger ^ ce serait de sa part une préu tention insupportable y que de nous imposer les « xnesures de précaution à prendre et le moment (c qui convient pour les adopter^ eu ne nous laîs- « saut que l'alternatiye ou d'encourir sa haine ^ ou

i38 HISTOIRE D'ITALIE.

(c de nous aïmndoiirier en àvetigle k sa discrétkm; (c Pbnr moi^ je regarderais celui4à comme mdn a ennemi y bien loin de croire il ^on 'amitié ^ et ffje lui lierais une guerre périlleuse, tf6ù sortiw raît péut-étremon sahit, d'Ou sorliraifi à coUp%ùii ^ mon honneur, plutèil que de lui acheter une ir pait non moins feneiste', qui ne m'^dffiii^if cktns ff ses résuhatâ qu'une ruine certaine, qu'wie hùnte « ëterneBer. IVun autre eèté, la franchisse dé cette f« home rëpdbKqiie est connue *dû mondes ^éMâiéri c< Le m<mde ^t si nicycfô* sommes des Toisins tur^ « bttlefts, e^nsifi, ou si nd^us sommés- les MàiB « An repos^, de U med^rafion, de la jwtké et de « Thonneur. Enfin, pour i^'siuner en peu^ de mèu cf les dëyéloppemens auxquels je me suis hlhcé t là (t nètitrafitë désarmée, au milieu é&VBéhmtà&ifitànt if des parfis, ne me semble ni satutaîi*e ni di^e ce de nous > iandis qu^|^ armeniént , qui né sau-^ w rait inspirer de défiance à personne, est intpéw rieusement commandé par notre salut et par (f notre gloire. Les résolutions les plus^hoAtiraMes (C sont toujours les plus sûres , et la renommée « est une grande partie de la force. Par ces^motîfe, « jt pense que notre trésor doit se remplir , nos w flottes s'équiper, nos armées se grossir, et qu'un « corps d'Esclarons doit être appelé pour proté-* (C ger la Tferre-FerHïe. Mais |e penée aussi qu^il « feut déclarer aux puissances belligérantes que « le sénat, tacijoiu*s dirigé par son amour du re-

« pos pnbUc^ Y€iYt; raifer TaimAièle ie tow^ et (f cpiie^ de» i iwifli (kb • aj^éts. sdtit moinft une éîaspo** (f^tioii hwtâe <<{ii!' tme démonstration padifiquej j» Pé^arc a^ait eMÎsagé k questiMf aima toutes sesi fiioe»^ et soa âisbMrt {>râkiiii8Ît aiiie< gya^de ijnpipea^ott 9ur l'^^fcidu &eaa;t. Zaekavie Vafai'* Fasso^ Iw des sa^es ckt^ eooseil y somtÂt l'^Tia contraire arec im0^ iw^ é)oqii€»iee y et à peu pires on ces termes- ; a Ij.es JbMMinmes. d'élat n'ont Jtnaais ce afnpMdç lesr etéii«J!E|ifeiis d'apvès le wst apparentes (c extotieupes et certaines «ta^ération^ dsé esprâts. <i C'est une*fiiiniée. qt6 s'éyipove «t4ispaffait bien* (f tâtv'eli laisèwti ài '44COiiyert ce iipi'îl y a de wéA* d'Gês aptwte|m}fSy c^s exagéncliooa^ wssemUeat <f jà ud m<age qui' 4éi?obeirait' les' objets à notre a rui^^ C0 nîiia^'uiiie' iw dis5ipé^> li)fi) moutagfies fciet les . pbuwes vepte^tnent lew^o^nnis .^t Wiht (f aspieot naturel. S^^p^ 4oiMlS4Bx>n adversawe- ptor (»£efi$e pour notre àeureuse pallie un grand o^amotti'^ ua* aœovor infini f soa génie est va^e^ et <i sQil expérience ccgisannnée; mais il. me. par^^ty (c jf'aflbnfnerai ii^^pse que da^ns la circQnstai^e'pré^ u senjte il se tçoaipe eis'ég^re à la suite df un Eux-' tf tônae^ td'uunua^, 4' ui^ appareiaice fallacieuse. ^ Ce Quagey je ve;ax en. affranchir vos yeuxet les (f siens >« et iKms mpotren^ si je. le puis ^ la vérités i< Je- dûpai d'abord que la oraint^ fat toujours un il vBL^wms conseiAleiTy et que c'est U orainte qjoi a fait parler en ce naoment? le procurateur Péîare ,

i4o HISTOIRE D'ITALIE.

« dont je reconnais toutefois là constance et la « sagesse. Mais^ eôrfin, il est démontré qu'il s'ef- (< fraie de l'invasion récente )de la "Savoie et du «c comté de Nice. Et c'est un Pézare qui se laisse w entraîner par la foule! un Pézare qui épouse les « opinions insensées du vulgaire ! un Pézare qui <c s'arrête aux terreurs des femmes ! Que résultecf t-il donc de cette invasion dont on parle? La t( perte -d'un pays , toujours certaine quand, la « France est en guerre avec la Sardaigne , et que le w roi lui-même ne peut ni ne veut défendre. Je w m'étonnc^is bien plus s'il avait été conservé, « que je ne. m'eflraie de le voir perdu. Trouvez- « vousque ks frontières militaires de l'Italipsoiènt «comme ses frontières *politiques, le Var et « l'humble ruisseau qui baigne SânpareîHaû?'Ses ^ frontières militaires sont les montagnes prodi-*-' « gieuses posées par . la nature entrée die et la «France; ces glaces éternelles, ces masses énor- «mes de neige, ces rochers impraticables, ces « gorges étroites et périlleuses. S'il en est ainsi, « comment craindre que les Français , quelque u audacieux qu'on les suppose, puissent, aux ap^ (( proches de l'hiver, vaincre des obstacles pres- « que insurmontables dans une saison plus propice ? « tiCS armées sardes sont fortes et vaillantes, dé «puissans secours leur arrivent de l'Allemagne, « et les forteresses du Piémont , multipliées à l'in- « térîeur et à chaque défilé dés Alpes, ajoutent

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« encore à tous les motifs de sécurité* Concluons ((que le passage dès Alpes sera> dans tous les (( temps, pour les Français-, uaae entreprise très (( difficile, et pendant six mois encore impossible. «Je dis ensuite que, dans la circonstance pré-a sente, six mois de supériorité assurent une su- « périorité indéfinie V car il ne faut pas douter que «le gouvernement ;populaire qui régit aùjour"- « d'hui la France , ne soit bientôt renversé. L'his- « toire dcmyontre que cette forme de gouvernei( ment dure peu dans les petits états , et ne peut « en aucune manière se soutenir dans de vastes « empires. Joignez à cela la longue habitude con- « tractée par les Français de vivre sous la mo- « narchie, leur caractère impatient et léger, la K tyrannie cruelle qui les opprime, les confisca- « tions , les exils , les supplices des meilleurs et « des plus sages citoyens, l'incertitude et la ter- « reur générales; et il sera facile de se convaincre « que cet état de choses ne peut tarder à finir. « Les partis vont courir aux armes; la guerre ci- « vile favorisera la guerre extérieure; et la France, « déchirée au dedans par la discqrde et la haine, « pressée au dehors pas de puissantes armées, « non seulement ne parviendra point à opprimer « ritalie, mais devra s'estimer l^eureuse d'échap- « per elle-même à l'oppression. Espérez tout des « boulevards que vous a donnés la nature , des « armées imposantes qui les défendent , de la

î4'i HISTOIRE D'ITAtlE.

H tyrannie même qui règne en France; c'est mie t( garantie de> pkœ pewr la ëberté ée l'ItaMe et H notre Ixmhear particulier.. Nos ancêtres oat pn (c Àdlement et sans pml leyer des années à Fap- Hiffoi del^ir nentralité^.et j admire ici lenp pru-^ H denoe*; mais alors le trésor était riche et pouhtt vait. fournir aux énormes dépenses de la guerre. K Anjourd'lrai le trésor est épdbé par ces mêmes a nentralités armées, par les trayanx exécutés sur ff les fleuves, par la peste 4jm a désolé la Dal- « matie , et par l'expédksoA contre les Baiiiares^ « ques. Nos ressources de 4:e c6té sont donc ins^iffi- TT santés. Il vous faudra créer des impôts; ces surtr chaires extraordinaires vont mécontenter le ^< peuple, le pousser à la révolte, et ces taxes f< nouvelles seraient plus funestes que les vain» c< dédamations qui nous vieintnent de France. Ett <c outre , les mers sont libres , et j'y vois touJ€mrs i< sécurité pour le commerce, source de richesses « pour les fisuBoiilles , principe de force et de ^len- « deur pour l'état. Mais si les Français se tournent i( contre vous , et ils le feront sans doute quand K ils se croiront menacés, parce que les Français i( sont orgueilleux et avides de butin : alors les « mers seront fermées > le commerce interrompu ; -« l'oisiveté donnera naissance aux discours sédi- « lieux ^ la détresse aux projets coupables. De la « misère qu'auront produit les impôts et la ces- «r sation des trafics , naîtront des discordes et des

.« germes empoisonnés parmi ce peuple 4|€ii , jus- 4( qu'à ce moment, a donné tant de preuves de fidé*it lité.iila république. C'est ainsi qu'en pourstdvant « le mieux vous atteindrez le pire, et. que vous (( introduirez I0 désordre dans le ^œur de l'état, s< par les mpyej^s même, à l'aide desquels vous « espériez le djétpurner. U est encore important tf de ren^arquer que, si la république prend les « aruptes, les puissances feeUigérant^s redoubleront <v d'efforts pour sp l'attacher récii»^oque»eiit , et « n'épargneront, afin d'en eiîbtenir^ U9e d^sîan, {( ni lesi oarqsses, m Icts pièges, ni les menâciss. Ces « xoenac^ et ces pièges, vous les devrez à votre u attît^d^ guerrière ^ et votre attitude guerrière « ne vous permettra pas de les souf&ir , pwce que « l'homme armé est plus irritaUe et moifas bon (< juge de l'avenir; parae que les arides font«iaitre (c la présomption , et /^rompent Thomiaie sur sa uibrce réelle • U est donc périlleux de les saisir, u puisque :celui qui les prend ignore ce qui doit (Y en résulter. Diès ce moment la prudence l'ahanr « donne, et l'avenir le domine. Certes je n'ai pas « {dius de confiance que mon adversaire dans les {< flatteries, la ^ncérité eAles promesses d'autrui; « et c'est pour cela que je ne veux pas soulever (f de ressentimens chea ceux. dont la loyauté m'est (^£^iispecte. Après tout, un gouvernement r^ë « m'inspire plus de sécurité qu'un gouvernement (<. anarchique > et le but de la coalition est d'ébiHftf«*.

i44 HISTOIRE D'ITALIE.

« fer l'anarchie. Elle peut y parvenir, elle y parce viendra ; et les Vénitiens , éloignés du théâtre (( de la guerre , les Vénitiens , depuis si lang- (( temps en paix , modérés par caractère et par « habitude, amis de tous, ennemis de personne, ((ne sauraient encourir l'animadverçion des alliés, a pour avoir voulu conserver ce repos, premier u et constant objet de leurs vœux. Trop déplo- (( rable serait la Condition humaine, si, dès que « la guerre éclate sur un point du globe , le monde « entier devait courir aux armes. On doit quelque « chose à l'humanité, à l'innocence, à la justice, c< et je ne pense pas qu'elles soient entièrement c< exilées de la terre. S'il en était ainsi, toute déc( libération de notre part serait dérisoire, et c< quelques pièces d'artillerie ne pourraient rien « pour le salut de Venise. Par ces considérations, f< après un examen réfléchi, plein d'horreur pour (c la guerre désastreuse que d'imprudens prépa- « ratifs ne manqueraient pas d'attirer sur la répuf( blique , je vote pour que Venise se maintienne (( dans son attitude pacifique , ;se refuse à tout « appareil militaire , et proteste de sa volonté K ferme à vivre en bonne intelligence avec tous (( les gouvertiemens. »

L'opinion de Valaresso trouva beaucoup de partisans parmi les sénateurs, accoutumés depuis longtemps aux douceurs de la paix , et que le moindre bruit de guerre remplissait d'épouvante. Pézare

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luî-niême , malgré sa valeur et son énergie , se laissa entraîner à l'éloquence de son adversaire, et vota pour la neutralité désarmée. La délibération en fut donc prise à l'unanimité, sauf, dit-on, Topposition de François Oalbo, Tun des sages de la Terre-^Ferme. ' *

Telle fut la première cause de la ruine de Venise; et si l'incertitude de tout événement humain em- • pêche d'affirmer qu'une délibération contraire eût assiîré son salut, si sa perte était- écrite dans le ciel, en déployant pliis d'énergie elle serait du moins tombée avec honnêar. et sa fin eût été digne de son commencemeiit.'

La république de Gênes prit le même parti, à t»use de son Voisinage de la France, pour l'intérêt de son commerce , et par crainte du roi de Sardaigne*. IjSl Corse présentait aux alliés des espérances m^ieux fondées. L'assemblée conistituante avait renvoyé le général Paoli dans cette lie, son antique paitrie. Il y goûtait la douceur attachée aux pénates , lorsque des hommes cruels y apportèrent la confusion sous le nons de la liberté; Paoli s'en indigna, les confédérés s'en aperçurent ; ils l'exhortèrent aussitôt à ne pas souffrir que sa patrie devînt la proie d'homnies effrénés; à se souvenir de sa renotnméé ; à considérer que les Français contre qui il avait déjà si vaillamment combattu, après avoir voulu opprimer son pays en y introduisant un nouvel état civil, prétendaient maîn-

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