HISTOIRE D*ITAL1E
Dame-de-Sayone^ principale défimse des Fraiiéais sur lenr centre. H Toccapa enfin , et y fit qo^qnes retrànchemens; mais ce ne fut* qne vers le 8 ayrtt j et par Tavis de Masséna plutôt que par le «en propre. Concluons de tout cda que s'il-ëtait Men, qumqueasisezdang^eux^ de gafd^ Ycdtri^ il était mat de ne pas garder fortement Montesotte; omission d'autant plus condanmable dans le général républicain ^ qu'il sayait que le& alliés s^étaient réunis en force à Sassello^ ce quiindiqqait clairement leur intention de se porter sur SayOne en passant sous ]Mx>ntenotte y et de couper ainsi Tarmée française par son centre. L'éyidence de ce pFOJet fut démontrée par réyénement.
Les temps s'accomplissaient pour l'Italie^ Beai»lieu 9 capitaine braye et déterminé ^ pressentit le dessein de Buonaparte et youlut le préyenir. U ayait rassemblé a SasseUo une diyision d'élite composée de dix mille Autrichiens et quatre mille Fiémontais. Son projet était de charger le centre des républicains y de le culbuter ^ et de se porter à Sayone^ auquel cal^il aurait séparé en deux l'armée française^ et pris toutes les troupes postées à Voltri et dans le^ enyirons. La diyision de Sas« sello* obéissait aux généraux Argienteau et.Rocca* yina. Pour que ceux de Voltri ne pussent secourir le centre au moment du combat ^ Beaulieu résolut d'attaquer cette position. Le lo ayril yers les trois heures après midi y six fnille hommes
(1796.) LIVME SIXIÈME* 365
d'ittfoâté^ adieniâtiide tiiarcbèrca^t à TasstfQt avec quatre ^{^è^s de* canon 9 en 'passant par Gàttipo^ ymào et Us'^ttÊtes routes de la m^btagney pen*dânt que dfeux oents bommes de ca*railerie ^ lon^ ge«ât le tiiig&i * ^ {reniaient pa««t au combat ée Y&Êr€'Càié: Più^eprs vakseaux de guerre anglsn» secon^irent encore Felntréprise par le feu soâtemi deileuriasrfÉiiârie.itiipuksaBs eontare tant d'assauts, le^* français durent^ céder, etleis Autrichiens s^eh&^ pai^ërèfi^' ides hauteurs de Voltri . Si menue • ib eussent «comimeacé'la bataille plus tàt y toute la £viMon^£ra»çaise était tuée ou prise ; 'mats- la nuit survint^ et les républicains en profitèrent pour se reiiper^à* Varâggto et à Notre-Dam^Kle-Savone^
AiigenteaUi et Rocca^vina n'étaient pas non {^os demeurés oÎBiis; De grosses colonilies s'-ébranIe-«> rëkt «de Sassello 9 et- attaquèrent avec impétuosité les reddfttte^ târdirement établies par les Français à'MototènlM^e; Ces rédoutes «étaient au nmnbre de tr^îS'et *foi»iwâîént autant d'échelons. La plus élevée 'était celle de Montenottie même. La fiovce de 'la' position protégeait les Français;* leSt Autri*^ chiens avaient 'l'dvantàge du nombre; «ufte valeur inèxprimaMe enflammait les deux partis : l'inno^ cents Italie était là comme le prix réservé au vain*cju^ur. L'artillerîe'^'la mousqueterte ^ l'arme blanche^- tout fiit mis en usage, ^ on se battit même eopp^à corps* Tant- d'audace étonnait les Fraa*^ c9Aà-y'li0^' Aufriehie»s ne* concevaient pas une ré-
36Ô HISTOtKB D'F^dkUEL
siatanoe aussi toa^^. Eofia ^ aprè» «iœ ^t^xsaii-*sîdérable -en- inorts et en ,Ues9és> Murtautda côté des eojifëdérëi^ ceux-ci^ à la £iTm dt certaws taiUia uni les dérobaiciiil à LeiM9Hii^ evIkrèireDt 4^ vive jforce daas les dfWL veAmt» kiSpfi^mfk ^ s!ea emparèrent; restait à emporta hhUméèw^^ Les AUemaads toumèrwtcontre eUe îff9%Xj^¥i^ de leurs armes yictorieijises; «4i(H^iOMtaMiPfii ^nt bataille où lès deux. partis àf&p\oymimi%[m^.9ika(fri neraent dont l'histoire oSm ■. pgù ■• d>e«| »ftoi * Beaucoup plus ucoaobreux ^ ie» A«iitiiclôeQa .œiumençaieut k réussir^ et déjà l'oôi m liattMft 4é près sur la crête méaie de la tirauds^Qo iD^iifîi^ ment était décisif^ lorsque le colon^ B^3ô^99r:qin eommandait ta défense y XaÀxk de s'épotttadtogf au milieuLde cet horrible fracas^ ^'Qûflamtni^t 9ti èoutraire davantage à meeure que \^ dfHig^ de* venait plus pressant , se retouroaiâei^eipQi^t.yeM ses soldats et leur .6t jurpr. de vaitijcre "^k^M^ iPMnir rk* : serment admirable <|ui r^téatina : éte^neUe* ment dans l'histoire. La valeur da^aa k0ft S"?»!»!» devint plus que le mé^îs 4e la qiQvt ; ite ûowl^ttf^ rent avec tant d'ardeur, d'opiniâtfel^ et de 6i^i4> que les Allemands furent. repQùssés iiir tOii& l^s points* La nuit survint sans que les às6aillaq»][|ussent conquérir la redoute si vaiUainment attaquée^ défendue avec tant de bravoure, doiat l'ocoupatipu était si précieuse pour les ms et les autres- li^ad^ox partis passèrent la uuit sou^ les armos y #tfendtet
qjoe k • première aurope vint déeidier' ortie Imtte ^t^oj^aUe. C'est, ici quepqraitdaiis.touismLJoajf la feute- commise par kigenérab BiuÉtaparte en 0€<^ cupant trop tard Mozxtenolte^.eu ne letfortifiamt pas à temps ni d'uiie manière suffisante > eii né-* gjyi^^nt aMÉsiy selon, l'oi^nion de plusieurs > eik la nôtise, de £âireéclairdin les taillis , et du- retenant ses 'autres troupe^ tropr kxi;i de tette impovtante position , pour qu'ëUespnssentTeBiir.dans la journéq au $ecoarsi de celles qui s'y trouyaient en pàrîl^ Nuli doute que y sans la yaleur extraordinlmè de Kampon^ lee Français n'eussent perdu la bataille^ et avec elle toutes leùifs espérances sur TltaUe: Biais les ex^siples ^'une^ pareille braTOua^e soat ime^y, et les . généraux prudens ne doivent poimt y. compter par avance: Il y a donc ici erreur .du général Bnonaparte^ réparée par le colonel Bamr pûit; la victoire de Montenotte^ qui commença cette nombrecGse série des faits d'armiés les plus gkrieua: y n'^est;donc\point due à la prudence du ehe£, c'est au. courage d'un «>ffîcier sous ses ordres* Mais^ dans la journée du 1 1 ^ et mètiie pendant la nuit dn lo^ Buonaparte rddieta^ ai^vec antèdut die promptitude que d'habiletés, la &i»te.par,lui cocÉp Bftise. le joixr précédent. Il ^Lvégra en t(mte bâte un renfort de. Savone à Mbiiitenotte ; en ranimant y ardeur des défenseurs de la redoute^ ce secours permit encore à Bampon de remplir de soldats^ à draite^et à gaaofhsy les taiUîs épais par où les Autii»
chiens deyaient nécessairement puser pour Tenir, l'attaquerv En même temps^ Baoiiâparte donnaFoi^ dre à LaHarpe de jse porter en avant avec tonte Vaile droite y de i^e placer entre Textréme droite de laile gauche des alliés y et l'ejEtcéme gaudie de la divi-. sion du centre^ et de séparer ainsi tout à coup t'aile gauche du corps de Imtaille. Pour assurer davantage lia victoire et arriver à son but priacir pal y il se mit lui-méncte en route à la tête de deux fortes colonnes; l'une ^ qui longîeait les montagnes de Notre-Damenlu-rMont y afin de soutenir plus efficacement Montenotte; Fautre^ qui s'avançait par Altare et Carcare^ pour déborder L'extrémité du centre commandé en chef ^ comme nous l'avons dit y par Argenteau y et dont Boccayina guidait l'avant-garde. Buonaparte espérait par cette noanœuvre couper cette division de l'aile droite aux ordres de Cdlli. (je 1 1 ^ à la pointe du jour, avant d'avoir fait fouiller les taillis , Argenteau .mcàita rapidement à l'assaut : son avant-garde n'était pas encore sous la redoute qu'elle. fut- accueillie, en ftanc, d'une grêle de balles lancées par les soldats, ea embuscade, pendant que la cedoute faisait aussi pleuvoir sur elle une épaisse mitraille. Ace sanglant échec, les Autrichiens stupéfaits s'arrêtèrent, rom-> pîrentlesrangs^ et s'enfuirent en désordre. Rocca^ vina^grîèvementblessé, abandonna le champ4ie bataille et se retira dans Acqiii. Cependant, au muoyen de quelques renforts^ et après im peu de repos,
(t796.) LIVRE SIXIÈME. 369
les Autrichiens espéraient retourner au combat; mais^ Buonaparte d'un côté, La Harpe de l'autre, arrivent avec furie , menaçant de foudroyer par ses flancs et sur ses derrières toute la division d'Argtsnteau. Il y eut alors nécessité chez les confédérés de se retirer à la hâte pour éviter une extermination totale ; et ils allèrent prendre position à Maglianî, à Dego, et à Pareto. Afin de conserver ses communications avec Argenteau, Beaulieu' fit obliquer l'extrême droite de sa division, et réussit malgré les efforts de La Harpe pour l'en empêcher. Après une vigoureuse résistance, Golli fut aussi contraint à la retraite , et obliqua lui-même sur Ce va. Buonaparte avait donc atteint son but qui était de séparer les Piémontais des Autrichiens. Opérant ensuite avec la même célérité, et ne voulant pas laisser aux confédérés le temps de se réunir, il poursuivit ses avantages, côtoyant les rives de la Bormida et se plaçant toujours entre les deux armées ennemies. La bataille de Montenotte coûta aux aUiés plus de deux mille soldats tués, et environ trois mille prisonniers, blessés ou non blessés. Du côté des Français, il y eut peu de prisonniers, beaucoup de blessés et plus dé mille morts. C'était un grand point pour les républicains, d'avoir séparé les armées impériale et royale; mais une nouvelle jonction des confédérés leur eût enlevé tout le fruit de l'opération ; et cette jonction était toujours
possible tant que les alliés se tiendraient ping rap<^ proches des sources de la Bovmida , d^ns la y^ée gauche du fleuve on ils occupaient Millesimo, que dans la vallée droite où ils gardaiant Dego et Magliani. Il était donc indispensable de les chasser plus au-dessous dans la première de ces vallées. De là^ résulta pour les Français^ la nécessité de donner Tassant à Maglianî, et de s'emparer de Millesimo. Augereau atteignit ce dernier but, en forçant les passages des montagnes qui séparent les deux vallées de la Bormida. Le vieux et vaillant général Provera , à la tête d'un corps franc d'élite autrichien, et de quinze cents grenadiers piémontais, gardait la rive gauche du fleuve. Il avait sous lui y comme aiguillon et soutien dé sa vieillesse, le jeune et brave marquis de Garretto. Sans nouvelle aucune d' Argenteau , environné de tous côtés par l'ennemi, séparé tout à coup, par Buonaparte , de Colli qui ^vait été prendre position a Montezemô pour arrêter la marche des Français sur Ceva , Provera se trouvait dans une situatîon périlleuse. Il tenta prudemment de se replier, à gauche, sur l'armée autrichienne; mais il s'arrêta devant les flots de la Bormida qui , grossie par les orages, était devenue un torrent impétueux. Il conçut alors le hardi projet de gravir au sommet de la montagne où se trouve l'antique château de Cosseria. Ce fut là que sans artillerie ^ sans munitions et sans vivres, il résolut de se
défendre, espérant que la fortune, dans l'inter* Talle> lui ofirirah quelque moyen de salut. Auge-* reau n'ignorait pas qu'aussi long^temps que l'en^ nemi occuperait ce cfa&teau avec une garnison brave et nombreuse, il serait impossible à l'aile gauche des républicains de concerter ses opérations avec le centre et la droite ; il pensa donc qu'il devait emjJoyer tous ses efforts à s'en rendre maître. Trois fols ses soldats montèrent à l'assaut , trois fois ils furent repoussés avec une valeur extrême par les assiégés. Les Français perdirent dans ces sanglantes actions beaucoup de vaillant guerriers, entre autres le général Banel et l'adjudant-général Quentin . Le général Joubert y reçut une blessure au front. U y eut peu de blessés dans le château, et tous le furent à la tête , parce que les assiégés combattaient derrière quelques vieux retranchemens qui s'y trouvaient encore. Les Françaisr bivouaquèrent à mi-côte , après s'être fait un rempart tel quel avec des tonneaux et des affûts de canon , dans la crainte de quelque surprise pendant la nuit. Cependant la garnison mourait de soif, sous le ciel ardent et à la suite d'un combat opiniâtre. Provera fit demander à Augereau la quantité d'eau nécessaire aux blessés; le né^ publicain refusa. De son côté, Augereau qui était pressé, somma plusieurs fois Provera de se rendre, et fut constamment refusé par l'Autrichien. Le i4 avril arriva ; la soif et la £dm furent
plus puissantes que la force : la place se rendit , à la condition que les officiers se retireraient où bon leur semblerait y sous la promesse de ne point servir jusqu'au premier échange y et que les soldats seraient conduits en France^ pour y rester aussi jusqu'à la même époque. Pendant ce temps, Rusca chassait les Piémontais de Saint -Jeande-Murialto ; Augereau couronnait la victoire de Cosseria par celle de Montezemo; la. bannière des Français flottait dans la vallée du Tanaro • et CoUi se voyait forcé de courir, à la défense de Ceva et de Mondovi ; tout cela se passait au même instant.
Tels étaient les événemens sur la gauche de l'armée républicaine. Il s'en préparait de plus importans au centre et sur la droite. L'échec de Montenotte n'avait point découragé les alliés. De nombreux passages leur offraient encore de fortes positions^ et ils pouvaient facilement ressaisir l'avantage. D'ailleurs, tant que la route du Dego n'était pas ouverte à l'ennemi, ils ne craignaient pas qu'il entreprit rien de considérable en Piémont. Ils s'appliquèrent donc à se fortifier sur cette route dont les Français , de leur côté , avaient l'intention de s'emparer. Les Autrichiens, au nombre de quatre mille environ, réunis aux deux régimens piémontais . de la Marine et de Montferrat , se retranchèrent sur les hauteuirs de Magliani , de Cassano , de Poggio et de la Sella. Ils
(1796.) LIVRE SIXIÈME. 'ij3
établirent une redoute à Cassano^ au-dessus de Magliani^ et la munirent d'artillerie, après âvoû: abattu dans les environs un grand nombre d'arbres et de taillis, afin de mieux découvrir l'ennemi quand il voudrait monter à l'assaut. Soit imprudence , soit impossibilité d'agir autrement , les républicains les laissèrent se fortifier pendant deux jours sur ces hauteurs escarpées. Il arriva même qu'un détachement français qui escdrtait deux pièces d'artillerie légère, ne se tenant pas suffisamment sur ses gardes , fut surpris par les alliés , et perdit son artillerie qui fut conduite k Dego. La principale défense des confédérés consistait dans la redoute de Magliani, élevée audessus du château de ce nom , où ils avaient établi une forte compagnie du corps franc de Giulay, avec quelques soldats de la Marine. '
Le i3, à deux heures après midi,'poul:* pénétrer sûr cette route dont les confédérés défendaient l'accès, quinze mille hommes de l'armée française se présentèrent mehaçans, et s'avancèrent jusqu'à la Rocchetta de Cairo, située à un mille de Dego. Là , ils se divisèrent en trois colonnes, et se rapprochèrent des confédérés; toutefois ces moùvemens n'étaient que fictife et opérés dans le but de s'assurer des positions et de la force de l'ennemi. Ce fut encore à ce dessein que Buonapârte, arrivé à CôDetto, ordonna une vive canonnade , afin que les alliés , se croyant atta-
quës^ lui répondissent avec leur artillerie , et Fayisaésent ainsi exactement d^ lieux où ils se trouvaient. Ce qu il avait prévu arriva; mais c'était le i4 que devait avoir lieu le choc entre les deut redoutables ennemis. Résolus d'en venir aux mains , les républicains se séparèrent > comme ils l'avaient déjà fait ^ entroiscolonnés. La première, aux ordres du colonel Rondeau et forte d'environ quatre mille soldats, chargeait l'ennemi sur la route des Girini à Dego. Quinze cents hommes de cette colonne allèrent en même temps occuper le chemin qui, du pays dés Pins, conduit aux Langhes, afin que les alliés ne pussent recevoir de secours de Pareto et de Spigno. Cette même colonne devait aussi attaquer' Poggio et la Sella. Celle du centre, composée de deux mille hommes, et commandée par lés généraux Ménard et Joubert, donnait l'assaut au château de Magliani. La troisième, plus nombreuse que les deux autres , et Conduite par les généraux Masséna , Causse , Monhier et Lasal-»cette, venait des rives de la Bormida, pour donner contre le flanc droit des positions de Magliani , et contre Monterosso qui en ouvrait la route. Savamment conçus, tous ces mouvemens furent encore vîileureusemerit exécutés. L'attaqué de Poggio et de la Sella fut terrible ; beaucoup de braves soldats périrent des deux cotés. La colonne du centre s'avançait de front , mais au pe^ tit pas, pour attendre le résultat des deut autres
(1796.) LIVRE SIXIÈME* 'ij5
engagemens. Aj>rès un combat^ soutenu de part et d'autre avec une grande oi»niâtrcté ^ les Français l'emportèrent enfili sur lés deux ailes> et Gha,asè^rent l'ennemi de Poggio et dé Moîiterosfeo. La colonne du centre s'avança rapidement alors ^ emporta le château de Magliani^ et tua tous ceux d0s soldats de Giulajr qui refusèrent de dépdser les arme&. Restait la redoute de Magliani^ prineipal rempart des allies ^ d'on ils faisaient pleuvoir^ avec une ardeur incroyable , une grêle de bouMs et de mitraille. Lés républicains eurent beauccmp à souffrir en cet endroit , parce que leur ennemi était exaspéré ^ qu'il tirait d'aplomb , • à. coups précipités ^ et à cent pas seulement de distance ; mais enfin y après trois heures du combat le pltis sanglant^ les Fi*ançais^ accourant de tons cotés contre la redoute ^ parvinrent à en chasser les alliés y et emportèrent d'assaut cette £ûi*mi4aMe position. Les alliés se précipitèrent dans la Vallée des Cassinellès y pour gagner la rotite de Paretd. Les Français les suivirent à la course ;. les quinxe cents bommesqui s'étaient détachés de l'aile droite, au commencement de l'actioti, et qui. se tenaieilt aux Pihs ^ tombèrent eux-^roémes si rudement sur les fuyards y que presque tous furent tués ou pris. Il n'en serait pas échappé tm seul, si les deux régimenis piémontais de la Marine et de Montferitit y par la résistance qu'ils firent sur le mont Scazzone, n'eiKSsent protégé un moment ceux
que les Français chassaient et culbutaient deyant eux avec fureur. Les alliés perdirent dans cette bataille plus de deux mille soldats morts , blessés, ou prisonniers. Les républicains n'eurent à regretter qu'un peu plus de deux cents hoimnes. Une perte importante pour les confédérés fat celle du. château de Cosseria qui suivit. Provera, cqmme nous l'avons dit, pressé par la soif et la faim y témoin de . la déroute des siens , désespérant par conséquent ' d'être secouru , n'avait pu prolonger davantage sa défense y et s'était rendu.
A la nouvelle de la prise de Magliani , Argenteau y qui était toujours à Pareto y se mit a courir de côté et d'autre^ comnie un homme qui aurait entièrement perdu l'esprit. Il ordonna cependant à ses officiers dé réunir les troupes dans Acqûi. Là conduite d'Argenteàu est blâmable sans doute. SW eut conduit au secours de Maigliani la division de cinq ou six mille homhies qu'il avait à Pareto, il aurait probablement donné a la journée un autre résultat. Avec ce renfort, les braves défenseurs de la redoute auraient pu s'y maintenir, ou du moins la retraite eut été facile et se fut opérée sans dommages.
Telle fîit cette bataille , à qui l'on devrait donner le no;m de Magliani plutôt que celui de Millesimo, puisque ce fut à Magliani que les deux partis avaient réuni leurs principales forces , et
qu'eut lieu le plus sérieux engagement. Cependant la fortune y qui se plait à . déconcerter le guerrier par les caprices les plus bizarres^ fbiu*nit aux confédérés l'occasion de reprendre le lendemain ce qu'ils avaient perdu la Teille. Ce ne fut point l'effet d'ime mesure sagement combinée, mais celui du hasard/, oii plutôt l'effet d'une méprise d'Argenteau. Le jour de la bataille avait .été nébuleux; la pluie se déclara la nuit suivante, et tombait par torrens au point du jour. Soit par ce motif, soit que les «Français pensassent à tout autre chose qu'à voir un ennemi vaincu se hasarder à les attaquer^ ils ne se croyaient pas oUigés à beaucoup de précautions , et loin de se tenir dans les tranchées, s'étaient dispersés dans les habitations , où ils pensaient bien plus à leur repos qu'à leur sûreté ; cinq ou fax cents soldats seulement veillaient à la garde des tranchées . Mais à la pointe du jour un corps de cinq mille hommes, composé .de Croates et des régimens de Nadasti et d'Alvinzi, commandé parle colonel Wukassovrich et son lieutenant Lezzeni , parait à l'imrproviste en vue de Magliani , sur la route de Santa- Giustina. Après sa déroute à Montenotte, Argenteau avait ordonné à Wukasso wich , qui était à Sassello, d'accourir à son aide et de le joindre à Dego et à Magliani. Mais Argenteau avait la tête légère; sa mésaventu^ la lui faisait tourner tout-à-fait , et il avait assigné au mouvement de
Wnliaftsowîch ua jour plus tard que celui qu'il voulait rëelleinent indiquer; de sorte que le oolouel qui devait arriver le i4y ce qui eût peutêtre donné la victoire .aux alliés y n'arriva que le i5y après avoir culbuté un gros de Français qui défendaient le mont de la Garde. Quel qtie fiât d'ailleurs son étonnementde voir la route couverte deç fîijards de son parti , et l'occupatioidi de Magliani par les répuUicains^ il résolut de nloitter brusquement à l'assaut, espérant faire éprouver à Buonaparte ce que Buonaparte avait fait éprouver à Argenteau. Il fit charger sur-4e'*chainp et le château et la redoute* Béveillés pat cet accideitt imprévu, les Français coururent à leurs reti^ajochemens pour les défendre; mais il n'eurent le temps ni de s'organiser ni de disposer leur artillerie 5 et ce poste formid^le , dont la conquête avait coûté tant de £sitigues et de sang, retourna presque sans coup férir au pouvoir des confédé'rés. Une partie des Français s'enfuit par la vallée de Ck)lloretto ; le plus grand nombre se débanda sur les roches à travers lescpielles roule le torrent Grilleroy et se sauva du coté de Golletto, où était le corps de r^erve. Obligés de passer sous le feu des Allemands , les Français souffrirent beaucoup de ce côté y et perdirent ainsi y non seulement leurs positions, mais ènccd^^e l'artillerie qui les gamissaité |.
Masséna frémit à ce malheureux événement.
se jeta dans la plaine et arrêta d'abord <:^ix <|iii fuyaient vers Colletto; puis ett ayant con^posé trois colonnes^ comme au combat du i4> il ks conduisit à l'assaut; mais si Mâssëna était inacce»sible à la crainte ^ la crainte ne pouvait rien non plus sur Wukassowicfa^ et il s'engagea une horrible bataille, La gaucbe était aux prises avec les giGtrdeB avancées autrichiennes qui se défendaiefnt ayec une anieur étonnante ; la redoute dirigeait un feu terrible contre le centre^ dont les soldats effrayés cherchaient déjà un ifôile dans les maisons'^ la droite éprouvait de son côté une résistance opiniâtre; tous commençaient' à chanceler t Ma^nà le voit» fait avancer le corps de réserve ^ et le place detv rière la colonne du centre » pour empêcher ceul qui cédaient de pastor le Grillero. En ce mo* ment^ le général Causse fut grièvement blessé d'un coup de feu à la hatiche droite; transpCNrté à la Rochetta^ il y mourut peu de temps après, La colonne du centre ^ encouragée par l'exemple de Masséna et des autres généraux, s'était âvan^ cée jusques sous la redoute ; mais les Autrichiens en sortirent fuHeux y la betu*tèrent avec vic^nce et la refoulèrent jusqu'au château* La gauche avait été aussi repoussée avec perte; la droite n'obtenait aucun avantage. L'intrépide Masséna les conduisit encore à l'assaut; elles reculèrenrt encore devant les boulets et la mitraille de Ven** nemi. Quatre charges successives n'avaient pro«*
38o HISTOIRE D*ITALIE.
dtiit aucan résultat. La Harpe, informé de Févénement, parut à la tête de six mille hommes, qu'il amenait à marches forcées ; les Français se rapprochent de nouveau , reprennent leurs rangs , s'ébranlent encore une fois , et retournent serrés à Fennemî; eflforts impuîssans contre la résistance autrichienne. Bien plus, ces valeureux soldats, sachant à peine commentais se trouvaient dans la redoute, ignorant s'ils en sortiraient et s'ils seraient secourus , continuaient un feu désespéré qui ne permettait pas aux Français d'avancer. Vingt fois repoussés, et fatigués d'un carnage inutile, les républicains commençaient à douter du succès ; Buonaparte , qui appréciait toute l'importance de l'action, accourut avec la division victorieuse de Cosseria , et réunit dans un dernier assaut l'impétuosité de ses soldats. La droite et la gauche se portèrent vivement sur les flancs de la redoute; le centre, renforcé de troupes fraîches, l'attaqua de front : assaillis de tant de côtés, les Autrichiens combattaient toujours; chassés de la redoute, ils se battirent dans les maisons; chassés des maisons, ils se battirent dans les taillis ; chassés enfin des taillis et pressés de toutes parts, ils se rallièrent et se retirèrent dans l'attitude de la menace. Ce ftit là un beau fait d'armes , et qui doit placer Wukassowich parmi les meilleurs guerriers de notre temps. La colonne de droite et celle de Monterosso descendirent dans la vallée des Cas-
(1796.) LIVRE SIXIÈME. 38i
siaellesy chargèrent les Autrichiens dans leur retraite ^ les rompirent 9 en firent un grand carnage ^ et ramenèrent beaucoup de prisonniers. Une division autrichienne > qui prit la route des Langhes^ se retira sans perte ^ faisant plusieurs fois volteface^ et arrêtant ainsi l'impétuosité de la cavalerie française qui s'était mise à la poursuite des fuyards dans la vallée des Cassinelles. Un coup de feu parti de cette division, atteignit un général de cavalerie^ qui mourut sur la place.
Les Autrichiens perdirent à cette affaire, en morts y blessés et prisonniers , seize cents hommes et toute leur artillerie. La victoire coûta cher aussi aux Françjais; leur perte monta à plus de huit cents hommes morts, blessés ou pris.
Parmi les ofSciers de marque qui périrent, il faut distinguer le général Causse, le général de cavalerie , et le colonel Rondeau, qui , blessé au pied droit et transporté à Savone , mourut de sa blessure quelques mois après.
Ce récit démontre que s^ Buonaparte avait commis une faute à Montenotte , il sut la réparer à Magliani. Argenteau, de son côté, fit plus d'une faute pendant et après la bataille , et surtout au moment du combat de Magliani; ce qui le força de combattre avec une partie de ses forces contre la plus grande partie de celles de l'ennemi. 11 s'éleva contre lui, parmi les Autrichiens, un cri général d'indignation ; tous l'accusaient des mal-
38a HISTOIRE D'ITALIE.
heurs de Loano^ de Montenotte et de Maglianî, Le premier reyers , dkaient^k , a préparé la yoîe aux Français; les autres leur. ont ouvert le chemin de ritalie. Beaulieu le fît arrêter et conduire à Mantoue^ ensuite à Vienne pour y être jugé par un conseil de guerre.
Mais si Buonaparte se trompa^ et répara sa iaute; si Argenteau se trompa sans réparer la sienne; Rampon et Wukassovich sont exempts de semblables reproches. Au premier appartient toute la gloire de Montenotte ; au second , toute la gloire de Afagliani. Le premier vainquit^ parce qu'il fut secouru par un général qui reconnut son erreur; le second fut vaincu^ parce qu'un général imprudent qui pouvait le secourir n'en fit rien. Mais sans s'arrêter à l'issue heureuse ou funeste de l'action, le nom de Wukassovich brillera dans la postérité d'une gloire pareille à celle que Rampon s'est acquise; et je n'ai pas voulu que l'on demandât vainement à une histoire dirigée contre la partialité du siècle y le témoignage qu'elle devait à ce brave et généreux Autrichien.
La victoire des Français fut ternie par la foreur et le pillage. Beaucoup de soldats républicains, sans respect de Dieu ni des hommes , remplirent d'effroi une contrée dont on s'exilait à leur approche. Ces énormités , indignes du nom Français , étaient en horreur à plusieurs généraux et à quelques soldats vertueux; mais elles ne s'arrê-
taient ni devant la défens^ des uns^ ni devant Fexemple des autres; et pour que mes lecteurs ne s'imaginent pas qu'un courroux légitime m'a entraîné aii^delà du vrai, j'ajoute que les généraux français fidèles à l'honneur , s'exprimaient à cet égard , soit dans la conversation , soit dans leur correspondance , bien plus énergiquement que je ne le fois moi-même. Serrurier écrivait : que beaucoup de soldats ne pensaient qu'à voler et nullement à se battre; disant d'ailleurs qu'Us se battraient comme ils étaient payés; Les colonels Chambarlhac et Maugras : qu'il leur était impossible de vivre plus long-temps au milieu d'une soldatesque indisciplinée y qui menaçait à chaque instant d'un mauvais paîfti les officiers qui voulaient comprimer ses désordres. Ils déclarèrent en même temps qu'ils ne voulaient plus servir^ et demandèrent leur congé. L'excellent et généreux La Harpe surtout, s'écriait que le soldat se livrait plus que jamais au vol et au brigandage; que des paysans avaient été assftssinés par les soldats, et des soldats par les paysans ; que rien ne pouvait peindre les horreurs qui se commettaient ; que les camps étaient presque déserts ; que le soldat courait dans les campagnes, ressemblant plutèt à une béte féroce qu'à un homme; qu'en vain on les chassait d'un côté, ils couraient assassiner d'un autre; que les officiers étaient au désespoir. U vaudrait mieux^ disait La Harpe dans son indignation et sa dou«
leur, rassembler les habitans, les fusiller, et achever les dévastations après ; car ce sera la même chose, ils mourront de faim. Il n'est donc plus de Providence , s'écriàit-il , puisque lartlbudre vengeresse n'écrase pas tous les scélérats qui sont à la tête de l'administration, et qui ont réduit les braves gens de l'armée d'Italie à la cruelle alternative de mourir de faim ou de s'ériger en brigands ! Quant à moi , ajoutait-il , ne pouvant me plier à voir de pareilles choses, et encore moins à les tolérer , il ne me reste qu'un parti ,. celui de me retirer. En conséquence , écrivait-il au général Buonaparte, je vous prie d'accepter ma démission, préférant labourer la terre pour vivre , à me trouver à la tête de gens qui sont pires que n'étaient autrefois les Vandales. Ce n'est pas sans une certaine satisfacilon que nous avons rapporté ici les plaintes généreuses de Serrurier, de Chambarlhac, de Maugras et de La Harpe. La postérité saura, de cette manière, que si la vernie des républicains en Italie fut marquée par des actes que l'humanité repousse , il se trouvait du moins , parmi les Français, beaucoup d'hommes vertueux qui détestaient ces énormités et les condamnaient à haute voix.
Après la victoire de Magliani, Buonaparte, suivant rapidement le cours de ses prospérités, parvint à séparer les Autrichiens des Piémontais, ce qui lui fut d'autant plus facile que ni . Beaulieu ni GoUi ne firent de grands efforts pùuar
ccrnsecvêt leurs communications réciproques « Même avant l£S premièi^s xi^mrations , quelques germes de mosintelligence. s'étaient ëlevës en,tre eux; et> comipe c'est l'ordînaite dans les disgrâces^ Iqs Autrichiens et les Piëmontais s accusaient mu*" tuelfement de négligence et de. mollesse. Enfin ^ Beaulieu se montrait plus exapressé de défendre leMilloMues; Golli^ de préserver le Piépiont. CettQ dissidencfe entre les deux généraux alliés fîit saisie par le rusé Buonaparte. iMaîs qucmpi'il lui eût été prescrit de poursuivre les Autrichiens plutôt que les Piémontais^ il résolut de presser davantage ces derniers^ espérant contraindre sous peu le roi de Sarda^ne à la paix y assurer ainsi ses derrières > 0^ revenir^ plus certain de la victoire^ à la coàquéte dà la Lc^bardie. Ce parti loi semblait d'autant plu» néqe^sair^ qu'il -savait que Beaulieu ne ; cessais d' exhorter ]e roi à persister dans la coalition, s'of-4 frant à 1^ secourir av^c les troupes qui lui restaient/ et , de pUi^ V ^Vec celles qui arrivaient ou devaient ^rrivter.. Befiïdieu demandait seulement pour gaf. rantie de l'accord et la sûreté des arméeis autri-* chiennes^ les fort^esses d'Alexandrie et de Torr tone. JLe. gétiiéral français yoqlut donc éprouver avant tout ce que produirait la présence de l'armée répul^liçaine en Piémont. 11. avait deux moyens poiH* arriver à son but : la force ^ en se mettant vivement à la poursuite des débris de l'armée royale; la ruse, en chierchsint, par l'attrait de la I. a5
386 HISTOIRB DlTAUE.
liberté, àâimWerles'peiiidbfi xonKtareraattml^
roi. Ce dernier xnooneB lia soun^^^^ Le dîrecloire lui avait atissi teéaùaokaMàé d'exdter les noirateiirs avec d'autant plus de persévérance , qnie lé roi se iDonûrerait {^us deddé à rester âans. la cavi$ééérd« tion dt à contlmier Ik guerre. Dans' ce btDl, Ikto* naporte se&isaitacoooipagaerde quelques étnigred piëmoiltais y les uns, partisane diocères y ieM^uîres^ amis apparens de la liberté* Ilesperait queia eraftâte â'ni^. révolution intérieure feriit cooseâtir le roi klm paix. Mais en CKHnptant sur la coopération des éznigrés qu'il avait avec lui^ il ne les en estimait pas davantage y les mé^sait au contrak^ y lai^Ge qu'il vit toujours dans les amis, VMis ou âLax,.dela Kbèrté^ des palpeurs impti^fluiis plutôt que des hommes capables de -quelque aètion ini^ portsoite; Ayant donc tout dispoàë't^biihvie noos t'avous £1^ et placé un groâ de*%roùpes dans l^s environs de Dego pour conÉitênir les Autri^ cbtens^ il prit la roftte deCeva^ oà>il^vaât déjà en:9oyé Augeneau et Serrurier à la %éte de fortes divifi^ioiis. .. o . .
T Après la malheureuse journée de IMbgliiaii^ cd^Mgé par la pepte de 0>sséria d'a^al^tdoimer Moulezemo à l'ennemi', Colli s'étfiît Tètâré avec l'àmiée pîémontaise dans le camp retrantibéétaSJfi U P<edagiera«t à Testanëra, pour proléger la Ibr^ teresse de Geva qu*ildominait. Le camp fut vîgou* Wusem^it attaqué par Buonaparte qui ^eiicontl*»
(,796.) 'lllVAB SiXÏÈME. 387
aussi tinfe Vigourèusfe résistance. La batdflle dura plusieurs heures; beaucoup de saug fut répandu de paiH: et d'autre , surtout du côté des républicaïtïs qui combattaient à découvert. L'armée royale tînt ferme, se défendit avec valeur, et Repoussa l'erïîienii sur tous les points; c'était le 16 avril. Les Pîémrôntaîs et les républicains pafssèrent la nuit dans leurs positions respectives; mais le lendemain, ceux-ci ayant reçu de nombreux renforts t^tour*ttèr^nt à Fàssaut plus virement encore^ que la^ veille. Les assiégés ripostèrent avec courage; cependaùt , CoHi craignant d'être débordé sUr ses flancs, laissa une forte garnison dans la citadelle, et se retira avec son armée dans une position avantageuse , à l'endroit où la Cursaglia se jette dans le Tânâfo. 1?endant cette retraite, protégée par le brave régiment 'd'Acqui , le marquis Cavoretto tomba frappé d'un coup morteL Citoyen vertueux. Vaillant militaire, sa perte fut l'objet dé regrets utiivetsels. Les Français ont raison de combler d'éloges ceux qui meurent eii combattant pour Is, patrie. Pourquoi donc les Italiens se mofitrent-iîs si avares de' louanges envers ceux qui, à l'exemple du marquis Cavoretto, sacrifient leurs jours à un pays qui doit leur être aussi cher que la France l'est réellemetit aux Français ? Cette retraite effectuée, les républicains occupèrent sans délai' la viHe de Ceva , qu'ils frappèrent aussitôt de réquîsî-^ tiôrts éaormes de vivres et d'argent. Bientôt après ^
ils attaquèrent les Piémontais dans leurs camps de la Bicoque y de la Nielle y et de Saint-Michel; mais malgré la supériorité du nombre^ ils ne purent triompher de la résistance des assiégés. La journée du\20 9 surtout^ fut très sanglante. L'armée royale soutint bravement Tassaut; Serrurier fut même fort maltraité^ et se retira en désordre. Enfin ^ l'intrépide Masséna qui y né sujet du roi y contribua plus que tout autre à la ruine de son ancien souverain , passe à gué le Tanaro près Ceva , dans la nuit' du 21 ^ et s'empare de Lesegno. D'un autre côté ^ Guieux et Fiorella s' étant rendus ïnditres du pont de la Torre , menaçaient de tourner Colli , ce qui eût amené la destruction totale de l'armée piémontaise y dernier espoir de la monarchie : c'est pourquoi Colli y ayant secrètement levé le camp vers les deux heures de nuit , se replia en toute hâte^ maïs en bon ordre ^ sur Mondovi^ emmenant son artillerie et tous ses bagages. Les républicains se mirent rapidement à sa poursuite *y et l'atteigairent au point du jour ^ à Vico , où se livra cette bataille à laquelle les Français donnèrent le nomdeMondovi. Accoutumé à embelliç^^es actions de toute la pompe du langage^ Buonaparte parU beaucoup^ au suj^t de cet engagement^ de la valeur et de la magnanimité de ses soldats. La vérité est que Colli, au milieu des embarras d'une retraite précipitée, ne pouvait ni ne voulait exposer dans une bataille générale des troupes découragées et
affaiblies^ à la fureur d'un ennemi victorieux; bataille qui aurait décidé du sort de l'antique monarchie piémontaise. L'unique but de Colli était de retarder l'ennemi dans sa poursuite , de gagner ^ assez de temps pour sauver son artillerie et ses bagages 9 et de se ménager la facilité de choisir une position qui lui permît , s'il était encore possible, d'arrêter le cours impétueux de la fortune. Ce général se défendit à Vico avec valeur et habileté ; au- moyen de cette résistance il gagna le but qu'il s'était proposé de mettre en sûreté, audelà de l'EUero et du Pezio, la grosse artillerie et les bagages de l'armée. Il prit ensuite une position redoutable derrière la Stura. Le front de sa ligne était protégé par le fleuve ; sa droite était assurée par la placé forte de Coni , d'où elle allait rejoindre les troupes qui gardaient le passage du col de Tende ; sa gauche s'appuyait à la ville de Cherasco, située au confluent de la Stura et du Tanaro. Quoique peu fortifiée > cette place avait cependant des bastions garnis de barrières et de palissades. Ainsi, une humble rivière , une armée brave , mais vaineue, deux villes, l'une forte, l'autre démantelée,étaient désormais les seuls obstacles qui empêchaient les Français d'inonder le Piémont, et de faire flotter les bannières de la république sous les remparts de Turin. Dans toutes ces actions , sans doute, Buonaparte fit preuve d'audace et de génie j ses soldats, de valeur et d'intrépidité; mais
les éloges* qu'ils ont mérités ne doivent poiist nuire à la gloire que CoUî s'est acquise. Poussée et repoussée dans tous les sens , à travers les rochers et les précipices , l'armée piémontaise ne se laissa jamais rompre ^ et finit par se représenter en masse aux yeux de son roi y pour ^ciliter les négociations qu'il jugerait nécessaires au salut de son empire.
Non satisfait tant qu'il restait au roi quelque moyen de résistance^ l'audacieux Buonaparte employait toutes les ressources de la force et de la ruse pour le placer dans sa dépendance absolue. Il menaçait de passer la Stura; La Ji^rye s'étant emparé d'Alba^ ville située sur le Tanaro, à l'embouchure de la Stura^ lui en facilitait les moyens^ et lui permettait d'aller prendre à dos l'armée piémontaise. D'un autre* côté , pour» efir^yer le roi k la vue d'un {M*emier étendard de rébellion , il avait fairen sorte, et il n'eut pas de peine à y parvenir, que plusieurs habitans d'Albà, à l'in-^ stigation deBonafous, émigré piémontaisquietait arrivé avec l'armée française, fissent un nH>UTement contre l'autorité royale et publiass^it' des proclamations tendantes à établir, un gouvernement républicain. Bonafous séquestrait, confisquait les propriétés féodales et celles de la couronne ; toutes ses mesures tendaient à h république, et faisaient craindre que cet incendie, fsivorisé par les Français et les nationaux euxHin^es , n'embrasât enfin tout le Piémoiit. Bonafc^us agissait de
(.796) LIVRE SIXIÈME. Sgi
fse^QCert aTec un certain ^Ransa^ batnm« de bieii^ asses versé dans les lettres^ mais sans fixité dans le^Jdées^ capaMe de £aire. përir à la £m:s^ qt la ^'oy^uté par k révolte ^ et la lâierté par Tanarchie. Four mieux exciter les esprits^ ils écrivirent et publièrent une lettre a Buoaaparte, A l'exemfde des ^Français y disaient-ils ^ nous prétendons à la liberté : nous ne voulons plus vivre sous un roi j, ni sous aucun autre tyran y de quelque nom qu'il s'appdile; nous demandons l'égalité civile; nous YOul<^ écraser le monstrt de la féodalité ; c'est pour cela que nous avons pris les armes à rapproche de$ Français victorieux : aides-nous donc à rompre les chaînes de la servitude; l'Italie vous app^U^ à sa délivrance 9 donnez -lui la liberté ^ i^endes-lui son antique splendeur; votxe nom glorieux vivra immortel dans l'histoire. C'était peu pour Bonafous et R^nza ; ils se livrèrent y dans AJba, aux démarches les plus immodérées^ jusque- 1^: qu'ils adressèrent des proclamations répiddicaines au clergé du Piémont et de la Lpmbardie^ £^ux soldats. napolitains et piémon|Ais. Le général français appréciait la futilité de ce langage ; il sa* vait qu'il n'existait point en Kémont de cause sérieuse de révolte ; mais il Êivorisait ces dédiama* tîons > et les amplifiait encore pour alarmer le gouvernement du roi. Il se persuadait que, déjà effrayés des < revers de l'armée, et s'aJ3usant sur les véritables dispositions du .peuple , les minis-*
3lj% histoire D'ITALIE.
très céderaient facilement au péril imaginaire du moùyemens insurrectionnels à l'intérieur de l'état. Frappé lui-même de ces rumeurs y voyant l'ennemi maître de passer le Tanaro^ dans Alba^ n'ignorant pas non plus que les fortifications de Gberasco ne présentaient qu'une faible garantie; * CoUi craignit une attaque sur ses derrières , abandonna Cherasco^ et, pour la sûreté de Turin, alla prendre position à Carignano.
Le roi de Sardaigne était désormais arriyé à cette extrémité qu'il n'avait plus qu'à prendre une résolution magnanime, ou à courber la tête sous le joug d'un ennemi superbe, d'un gouvernement anarchique, et de principes entièremeiit opposés aux siens. On allait voir si Victor Amédée m saurait déployer, à la face du monde, cette force d'âme qui avait mérité tant de gloire S. ses ancêtres Charles Ëmanuel i^^, et Victor Amédée ii^ Les revers se succédaient avec une effrayante rapidité; le roi convoqua son conseil : sa majesté, les princes, et tous les ministres de l'état s'y rendirent. Drake^ ministre d'Angleterre à Gênes, qui s'était transporté à Turin , et le marquis Gherardini , ministre d'Autriche , ne manquèrent pas d'environner le roi de leurs sollicitations et de leurs instances , afin de le décider à faire tête à la fortune et à rester fidèle aux confédérés. Sou-^ venez-y crus, disaient-ils, du nom que vous portez. Des secours d'hommes et d'argent vont bientôt
amTer d'AUema^ie et d'Angleterre* Ne laissez pas dire à la génération présente que vous ayez manqué de courage au premier bruit des armes françaises en Piémoiit. Souvenez-vous du siège de Turin , de la victoire si fameuse remportée par votre aïeul. La fortune est différente^ mais la valeur est égale : l'une est inconstante et légère, l'autre ne se manque jamais à elle-même. Pensez^ réfléchissez à toute la confiance des alliés envers vous. Eclairés sur la possibilité que les Français rom-pissent violemment là barrière des Alpes ^ et pénétrassent en Piémont ^ ils ne s'en sont pas moins remis entièrement à vous du destin de l'Italie. Que votre constance réponde à la confiance de la coalition; le règne des souverains' est semé d'événemens heureux et contraires ; la fermeté dans le malheur est plus glorieuse' pour les rois qu'une existence obscure aiu sein d'une félicité monotone. Vous avez contracté une dette immense envers l'ItaHe et l'Europe 9 et le bruit soudain qui s'élève ne l'emportera point dans votre eq>rit sur les vrais intérêts de votre royaume. Le roi se montra fermement résolu y dans le conseil y a garder la foi promise; il jura de défendre Turin jusqu'à l'extrémité ; de s'exiler de son royaume si la fortune le voulait ainsi; mais de ne jamais consentir à la paix avec un odieux ennemi. Le prince de Piémont ^ son fils y héritier présomptif de la couronne 9 le seconda. dans cette résolution, hou*
3^ HISTOIRE DITALIE.
par des consîdérâlioas politicpses , mais par do^ motifs de pieté. Aux yeux de ce «prince relî-^ gtenx^ c'était mie chose abominable d'avmr pour amis ceux qu^il croyait hérétiques et ennemis de Dieu. U craignait que le fléau de l'impiété n'in« £scitàt aussi le Piémont , et il avait horreur d^une paix qui lui semblait un outrage envers Dieu^ plus encore qu'envers les hommes. Mais le cardinal Costa y archevêque de Turin y protecteur des lettres et des savans^ renommé lui-même par ses connaissances et son génie , représenta au contraire l'infidélité de l'Autriche y son égoïsme^ r imminence de la rébellion : il dit que tous les traités s'annulaient par la nécessité ; ^ue chasser les Français dti Piémont était la chose impossible ^ et qu'il valait mieux les avoir pour amis que pour ennemis; qu'en supposant l'Autriche aussi forte que la France y il fixait considérer le voisinage de l'une et l'élolgnement de l'antre; qu'il était plus facile aux Français d'envahir le Piémontqu'aux Au* trichiens de les en empêcher; que l'Autriche^ en raison de sa position lointaine^ pouvait continuer la guerre^ et que le Piémont devait penser à son propre salut; qu'en supposant les chances £ivorables ^ le Piémont ne deviendrait paisi moins un théâtre de guerre y de ra^ûne y de dévastations et de meurtres continuels ; mais s'il ne résisté qu'à peine aux Français y. ajoutait le cardinal^ comment résisterar-t*il à la fois aux Français et aji peuple
(1796 ) LIVRE SIXIÈME. SgS
soulevé contre le gouverneiûent ? ApprtmyetryovkB l'orgueU de T Autriche dans les conditioBS qu'elle vous impose ? n'exîge-t-elle pas pcHir prix de*so« secours^ les fottevesses d'Alexandrie H de Tôrtone ? Je veux- que la guerre soit heureuse ; qu'aura l'Autriche à vous «offrir en dédomageineni de là Savoie et du comté de Nice? espérer reconquérir ces provinces par la force des ajrmes^ serait folie bien plus que raison .< Les Français, au contraire, qui ont pour eux toutes les chances de la victoire, vous offrent , dans la possession du fertile Mila-^ Bais, la compensation de vos pertes. On dira que le gouvernement de France est sans loyauté , je veux en convenir , mais . il vous trom^^era bien mieux piendant la guerre que pendant la paix. La guerre légitime l'artifice, la paix le change en infamie : l'homme prudent doit soumettre ses desseins aux variations de la fortune , et puisqu'elle amène un événement , je ne dis pas ex* traordinaire , mais qui tient du prodige, le roi, de son côté, doit recourir à une résolution saûs exemple. C'est ainsi qu'il méritera l'approbatioD des hommes sages, et les bénédictions de ses si^ets qu'il aura sauvés des excès insupportables que U guerre entrdlne après elle. Nous avon^ satisfait à la foi promise, elle a même reçu de nous plû& qu'elle n'avait à prétendre; je le prouve par tout le sang répandu, par les cadavres innombrablesi d« nos guerriers immolés , par ia dévastation de
nos campagnes; et puisque nous sommes quittes envers l'honneur, nou^ n'avons plus à nous occuper que de notre existence.
Cette opinion de Farchevêque lui était suggérée par ses propres lumières et par le conseil de l'avocat Prina de Novare; le même qui, par la finesse de son esprit, la dureté de son âme, l'éloquence de son langage et Fart de commander en despote, plut tant par la suite, et pour son malheur, à Buonaparte. Le discours d'un homme aussi grave et aussi expérimenté que le cardinal Costa, fit une telle impression sur l'auditoire, que l'on prit de suite cette résolution , qui , en affranchissant la monarchie piémontaise de la dépendance, exessive sans doute, où la tenait l'Autriche, la plaça réellement et tout -à -fait sous le despotisme de la France. Alors, et non plus tard, s'écroula le royaume de Sàrdaigne; alors, et non plus tard, périt la monarchie piémontaise. Aux outrages quelle reçut, par la suite, de la république française , le lecteur pensera sans peine qu'il eût été pour elle non seulement plus honorable , mais encore moins funeste d'affronter la guerre et tous les désastres que lui préparait la fortune , que de se livrer sans armes et enchaînée aux caprices et à la cruauté de ce nouvel ami.
.Le roi expédia donc aussitôt à Gènes le comte Revel et le chevalier Tonso, chargés de négocier la paix avec 'Faipoult, ministre de France en cette ville.
CoUi reçut en même temps l'ordre de demander au général républicain une suspension, d'armes y dont. le. comtt de La Tour et le marquis Délia Costa devaient stipuler les conditions. Faipoult n'ayant pas qualité pour traiter de la paix^ les deux coifimisss^ires du roi se rendirent à Paris sans délai : mission déplorable et bien digne de l'efiroi qui en était la cause! quoi qu'il en soit, l'avenir enEaintâ plus de malheurs encore que le présent n'inspirait d'épouvante. Buonaparte répondit à CoUi qu'il ne pouvait et ne voulait suspendre les hostilités, si préalablement on ne lui remettait deux des trois forteresses de Coni, d'Alexandrie et de Tortone ; le roi accorda la première et la dernière, aussi bien que Ceva, qui, vigoureusement assiégée , se défendait elle-même avec vigueur. Le jour de la servitude était venu pour l'antique monarchie piémontaise. Une trêve fut stipidée dans la ville de Cherasco, eritre Buonaparte, d'un côté, La Toiir et Della Co^ta, de l'autre, aux. conditions : que les républicains occuperaient Coni le 28 avril; Tortone le 3o au plus tard, et la forteresse de Ceva sur-ler-champ ; que l'armée française resterait en possession de ses conquêtes au-delà de la Stura et du Tanaro ; que les courriers pourraient passer par la route du mont Cenis, pour se rendre à Paris; que les troupes impériales à la solde du roi de Sardaigne seraient comprises dans la trêve; enfin, que If trêve durerait cinq jour^
3^ HiSTOlUt IfltAUE.
après b^-concla^a des n^oeiatioiis d^ Fark.
Pour se faciliter le passage du Pô, Baonaparte, €[fd voulait donner le ckaDge à Beaulîeu y fit sti-^ ^tiler daog le traite , qme l'arniée française poorratt passer ce fleuve au-dessus de Valence. Telles furent les malkeiireuses conditions de la trêve y suivies peu de temps après des conditions plus malheureuses de la pais. Cet accord fat la joie de^ novateurs, Favilisseinent dès adorateurs du pou^ voir, ie découragement des kommes fidèles, ¥^ firoi des peuplés et riodignation des soldats. L'an*teur <le cette histoire se trouvait alofô à Gap j en Fia^oce; il s'eûtretint avec plusieurs soldats piéœontais, pris<onniers de guerre, ^ entendit Icrurs malédictions sur un traite qui plongeait leur patrie dans un r cruel esclavage. L'Italie en ftit épou^ vantée ; ks souverains d'Europe rie pouvaient revenir de leur étonnement. La fortuné voulut encore ^ par un effet de sa bizarrerie accoutumée , que la nouvelle d'une si- grande faiblesse du gou»veroement royal, expédiée en toute hâte à Saint* Pétersbourg, j arrivât avant la circulaire par la* quelle le rm protestait de sa volonté ferme et inébratdable à continuer la guerre* L'agent de Sardaigne, qui n'avait point connaissance de la trêve, se* rendit près le comte Ostermann^ ministre des relations extérieures de Fimpératrice de Russie, et lui présenta la circulaire. Ostermanu, en la lisant, ne put retenir son dépit
(1796) UFRE SIXIÈME. 89$
^t sat colère; .H se servîl) mènié^ en paciaiut dti Ycd^ de termes que la ^aTÎté de i'hiatôire ne Mms perttet pas de .rapporter^ et tout«-à-£aiit in^ centeoMis^ eu éf/àsà à la majesté royale. Il fiait pMT ouvrir en pFcseace de l'agent deSardaigae^ l'jéorit qui contenait la aonreUe de la trève^ s'ëoriant daas son indignation^ que les confédérés avaient pvétu le cas où' les FranGais.pe9etreraie11t.en Pié<9 siobt| qu'ils s'étaient pecsnadés. néanmoins que le voi aurait montré la constance et ia fidélité ^âont ses glorieux ancêtres lui avaientdonnérexem^ pie ) qu'il nf aurait pas attendu ^ long-^temps le& se-* eeum de ses alliés ; et qu'enfin^ s'ils avaient pu Croire <|a'un premier revers dût suffire pour ahiittre té ^conrage du vcA, et lui faire déposer 1^ armes*^ as 4|urfitent pris 4'auti^s mesures ^ et p0urvu pav é'jwrties^imayens k la sûreté et auK intérêts de
leiMrr étatsr*
A faàt avouer qn'oa n'aperçoit pas la nécessité ngËMÔreuse^ pour le gouvernement du roi^ de pnmdrè alors mne résolution si funeste et si ^ peu l|<MÉoriii>ki. Quarante «aille Français^ à lavérité^ âe présentaient à l'ei^trée des plaines du Piémont ; aaais , faibles d'ar tilWie y surtout d'art^erie de siégé, faibles de cavalerie^ ils ne pouvaient ni emporter les places fortes , ni tenir en rase campagne. Point d'argent pour la paye des Soldats^ point de magasins pour leur subsistance ; de ^us > ils- avaient 'Sur leur flanc ^ à droite, la oitadeUe
4oô HISTOIRE D'ITALIE.
de Ceva^ qui se défendait encore avec . avantagé j •à gauche, la ville de Conî, munie d'une garni* son brave et nombreuse; en face, Turin lui-même, hérissé de fortifications anciennes et récentes > et sans la possession duquel ils auraient vainement espéré d'occuper paisiblement le Piémont^ L'armée piémontaise n'étaitpas non plus tellement affaiblie qu'elle ne; pût assurer la défense de tant de places fortes , et la superbe cavalerie impériale et royale interdisait y en plaine , aux républicains^ toute action importante. Ainsi que nous l'avoziii dit , GoUi avait su rallier et réunir , son armée ^ qui formait encore une masse imposante, etca^ pable de rendre de grands services à qui aurait voulu l'employer avec énergie. Ce qui restait de troupes à Beaulieu n'était pas à mépriser; pliB de vingt mille hommes répartis dans lalicon^ bardie, se tenaient prêts à marcher au. seco^iirfi du roi,. parce qu'alors, combattre pour lerKémont c'était combattre pour la Lombardie. Beau4 lieu, il est vrai, démandait pour garantie Al^Kan-^ drie et Tortone, condition dure, sans douie.,. et pleine de hauteur; mais puisque le mi^heuc des circonstances voulait que le roi livrât, o» Alexandrie et Tprtone à l'Autriche , ou Torio;ie et Coni à la France, on ne voit pas en quoi. le premier parti eût été moins utile et plus déshonorant que le second, puisqu'il valait encore mieux céder ^à un allié qu'à un ennemi; à un
gouvernement de nature pareille, qu'à un gouvernement anarcbique et de nature opposée. Restait la crainte des insurrections; mais la fidélité des soldats était éprouvée aussi bien que leur valeur; les derniers engagemens eh donnaient la preuve manifeste. Peu d'officiers avaient embrassé les opinions nouvelles, et nul signe d'opposition ne se manifestait parmi le peuplé, ennemi des Français par caf'actère et par habitude. Le rusé Buoiiaparte le savait ; il le savait , le disait et l'écrivait, quoique les émigi'és piémontais l'assurassent continuellement du contraire. Ce qu'il fallait faire en ce moment critique, Buonaparté l'a indiqué, et son témoignage est invincible'. Il disait, Buonaparté, que si le roi eût tenu ferme quinze jours seulement, l'armée française eût été obligée de repasser les monts , et de retourner au point d'où elle était partie. Le gouveirnement royal s'est donc manqué à lui-" même ; le peuple ne manqua point à son roi , encore moins l'armée ; et si Victor Amédée 11 , alors * que les Français s'étaient emparés de presque tout le Piémont , et assiégeaient la capitale du royaume avec une armée de quatre-vingt milte hommes, forte de cavalerie et de grosse artiHerie, ne désespéra pas de sa fortune, et par une victoire subite et glorieuse, raffermit soii trône et ressaisit son empire , la postérité s'étonnera que Victor Amédée m » ses possessions d'Ita- I. 26
4oa HISTOIRE lyiTALIE.
Jie ei9£ore jjitaetes, entouré dç ses fyrtete^$0s, appuyé sur un^ armée viileur eu$e , 9Ît pris Tép^ur y:aate à |a première appmrîtîpa des FnSLiiçaÎ3> /et se spît livré tout 4'a}>Qrd à ceui: ^pii^ en usipo^ jSIpint uw paix préjudiciable an Piémont, oVvaient d'autre .bu,t que d^ 3^ mépAgçr uq? pitix profitable ay<eç ji'Autrichiç.
Cepewlâpt 9 si le roi se h^^ tr^op 4^ tliS^i* avec le^ Français ^ il fît ypir plias d'M^^^ d^li^ isa ppnduite , après la sigi?i(aturie 4^ traité , e^ au JniUe^ d'évéaem^96 jsi cril^quiie^. h^ rpi ^ M }^ fiqbles àovi il prenait pliii^ pirjliM^iilièremejtf l^s ayis^ avaiepit fort bien pén^é le cs^^otère d# .g9* néral fra^çais^ Superbe avec le peuple, ^^^9^^ avec la 9p|:4es^^ i} ^r^sait 1^ jprpniier^ tout.ep assurfoi^ le Gontr^ire^ avec autant d/e conçiplais^fii^ qu'il ^jb jL^issait cajoler par la secçiocie : d?sppitisitte et V9Ji;iité également insupportables ! L^s pritp^-* paiix d'entre ies mM^s epvitQuaèr^ut donc 3i«>ïi^parjte de leurs f^U^i&om et ^^ Jeiws pçév.enances. Par wdre exprès du roi, la »i^qiJiJ3>âe San,-MarsaAO courtisa te QémF§l, <Bt te g^Msrali&t content. I]^rnièreiiKSut j^rrivé d6:Yiwi3iiÇ, o^.M avait e|é .envoyé pour arrêter Jf.pku. 4^ fiai»pag»e aviec l'enEiperçur François, lehsffQVi à§ La Towr çomplimexita aussi iBuonaparte;, et ftaol^arfae foa fiit saAîs&it ; ^mis w qui If flat]^ l»ea davantage;, 'Ceûirent les d^ji^arjcbesdudiii^d'^Aéiilli^^ second fils du roi, qjui, s' étant rendsi k B^^e^gi
(,79») LIVJ\E SïXïèlffE. 4o3
piom^'r^Uiç? Ts^tiftée doht le toi lui avait ççnS^ lecommmd^mêxitj ^vi$à g^Q^^par^ de;^ l$tt]9e$ plemès dtà cQurtoisi^ qt de bonde^c^sdânçe. G'étiât «Bè chp$€î iniraCuleiise 9 qu'que amitié si récente et ^ an^r^Dae ppw le roi fi&t assaisoauëe de tant de pc^ite^ç et d? coippjiiisinice^. C?tte politiqùç mérite des éloges , puisqu'il y avuît, 4fi. h part du
gQ^veraQn)^nt 9 abroégatîon dé sei^tiîod^ii^ personnels «dsoç Viiktérêt de Téta*. Ceç flatterieis laissèrent d&9^ VespHt dwgéftéral ^Q souyenir si durable ^ qi^'il ^us^rya toiijplirs' uBe aâl^tiQu pai>-
ticulièr^ p^^Ur larnaison de S^vpie; et si, par la spit^^ elk ne psiryiut pis â se reléyer, ce fut plujtQt §a p^opr^t fewtô quei celle de Sûpnapai<te* Enfin , il Avait bespiu: de dkâya^ic , on lui en <^it j <le b^qnes pcmr pa^seï? le Pè, on lui en fwrnit ; Bqn4|6u:s ^vâît été arrêté par lés j^Sysans , le roi ordantia jai^ dwe d'A«s6$ de le reiwltt^ eu liberle> peri^^^ qu'il j3teit, et il ce tromp§it> que Suorr napa^-te ^yait à c^pr la tbeçté de Btonafqus. Pe
sp»^ ^té> dans ses conféré we* seerètes avec les min'i$tre$ du roi > Bonaparte le$ en^l^rtàit à rasswer le prinqe. Qi^eJa France u'ait plnsrieii à eiraindre:, disait-i)^ et Icjs revers actuels du Rbénpiont deYÎendrpuï la souih» de sa jM-aipérité* Quant au)^ aielatows de la liberté, il affiriuait fif'il lie sôulFrii^ait jamais aiuiune entreprise de leur part dan$ l*§, états Au rpj ; que si quelque Eran-?T çais le$ iayoriçait , il ^blBrfit de le lui faire cq»?
4o4 HISTOIRE D'ITALIE.
naître pour qu'il fïit puni sans délai. Ces démonstrations de Bùonaparte étaient à la fois, et un artifice , afin de pouvoir courir contre les Autrichiens sans danger d'être pris à dos , et l'effet de son opinion réelle , favorable aux gouvernemens absolus. Hypocrite pour la liberté, il fat toujours loyal et sincère pour le despotisme.
Après avoir ainsi réglé les affaires du Piémont , et placé les états du roi dans sa dépendance, il éleva ses pensées vefrs de plus hautes entreprises. Voulant aussi redoubler l'enthousiasme de ses troupes , il publia la proclamation suivante :
« Soldats ! ' la patrie à droit d'attendre de voiis « dfe grandes choses : justifierez-vous son attente? i( Les plus grands obstacles sont franchis sans « doute; mais vous avez encore des combats à li- « vrer , des villes à prendre , des rivières à paisser. « En êst-il d'entre vous 4ont le courage s'amôlcf lisse? En est -il qui préféreraient retourner w sur les sommets de l'Apennin- et des Alpes , <( essuyer patiemment les injures de cette soldàw tesqué esclave ? Non, il n'en est pas parmi les (f rairiqueurs de Moïitenôtte, de Mille^imo, de « Dego et dé Mondovi ; tous brûlent de porter au « loin la gloire du peuple français ; tous veuknt « humilier ces rois orgueilleux qui osaîeât méditer «de nous donner des fers; tous veulent dicter « Une paix glorieuse, et qui indemnise la patrie des (( sacrifices immenses qu'elle a faits; tous veulent ^
(1796.) LIVRE SIXIÈME. 4o5
(ren rentrant dans leurs villages y- pouvoir dire (c avec fierté : Tétais de V armée conquérante de
iiVItaliel
w Amis , je vous la promets cette conquête j ce m«s il est une condition qu'il faut que vous « juriez de remplir ; c'est de respecter les peuples «que vous délivrez; c'est de réprimer les pil- H lages horribles auxquels se portent des scélérats ^ «suscités par nos ennemis : sans cela, vous ne « sériels point les libérateurs des peuples, vous en « seriez les fléaux; vous ne seriez pas l'honneur « du peuple français; il vous désavouerait : vos^ « victoires, votre courage, vos succès, le sang « de nos frères morts aux combats , tout serait <c* perdu, même l'honneur et la gloire. Quant à « moi et aux généraux qui ont votre confiance ^ « nous rougirions de commander à une armée san» « discipline , sans frein , qui ne connaîtrait de loi « que la force ; mais investi de l'autorité natio-^ « nale, fort de la justice et par la loi, je saurai « £aiire respecter à ce petit nombre d'hommes sans ' « courage et sans cœur les lois de L'humanité et de « l'honneur qu'ils foulent aux pieds. Je ne souf- « frirai pas que des brigands souillent vos lauriers; « je ferai exécuter à la rigueur le règlement que « j'ai fait mettre à l'ordre ; les pillards seront im-
« pitoyablement fusillés
« Peuples d'Italie, l'armée française vient pour « rompre vos chaînes ; le peuple français est l'ami
466 HISTÔÏRE lytTÀLIE.
« de tôiis les péhpres : vêtiez àvfec coiifièincfe *ta- (< dévkixt d'tell'e } Vos ^t-ôpriélés , rott^ reiîgîôh et « vos usages seront respectés. »
dd langage d*ùii général victorieux aux dompagUons'dë ses victoirtes, à dés Français surtotft, sî impétueux de leur liàture et sî avides de gloîtè militaire'^ produisit un effet încrôyable. De^, par la pensée, non seûfeittfent ils régnaient lèbr ritalie, mais la Germanie elle-itiême devenait fe théâtre lointain de leurs conquêtes. De plus, ce désir apparent dfe réprîmet* le brigandage était bien fait pour rassurer les J)eùplès effray& de là réputation terrible des vàîhqueûrs, et dé Iteiir^ àcteis plus terribtes ènScbre que leur réputation.
Les assurances ensnîtfe ^é Buonapàrte donnait aux italiens qtie Farinée "réptrMî^âiftlè rie Venait qùè pour briséï^ lettrs fers; (Jûe le pe^j^fe frahçàiâ éïait Tami de tous lés peu'ptes ; que tes propriétés èéraietït respectées aussi-bien que la rlèligîoti é* tés lois} que les Français étaient dé g^A^iix entiémis> et que ce n'était qu'aux rois qu'ils Élisaiebt la guerre, étaient sans doute très bieii càteuléés; Ce qtie devaient pï'oduire de pai^iltes ptWikmations , ceux - là le comprendront sans peine qtiî savent ce que peut la force soutenue de toute la ponipe du langage; et il ne faut ^as s'étonner si la tactique vive et rapide des ÏVançaife a teHement prévalu sur la tactique lente et circonsjjecte des Allemands.
(t79« ) LlVHl SIXIÈME. 407
Garanti sur ses derrières^ Swmày&tté avait eu toute facilite pour faire k guerre devatit lui. Prë-^ cisément fflof*s arriva la nouvelle si désirée que la paix avait été couclue^ le i5 mai^ entré la répo^ bUque française et le roi de Satdaigne. Les» principales couditiows étaient : Que le roi.cAiait à k répusblique le duché de Savoie et le comté de Nice; qu'indépendamment des forteresses deConi^ Ceva et Tortone , il remettrait k l'armée française Exile, l'Assiette, Suse, la^runette, Gbàteau* DaujÀih et Alexandrie , ou Valence à la place de C^e dernière , si mieuit aimait le général républicain ; que les forts de 8use et de la Bninette seraient démantelés aux dépens du roi , et qu'il ne pourrait élever aucune autre forteresse sur cette frontière ; qu'il refuserait le passage aux ennemis de la république ; qu'il ne souffrirait dans ses états aucun émigré , aucun batitiî français ; que les pri-r sontiiers de guerre seraient échangés de part et d'autre; que les procédures pour opinions politiques seraient anéanties et oubliées pour n'y jamais revenii* ; que les détehus pour la même cause seraient rendus à la liberté^ et réintégrés dans leurs bieus, avec la faculté, tant qu'ils vivraient paisi^ blement, ou de demeurer, sans pouvoir être in-^ quiétés , dans les états du roi , on de choisir teUijE^ autre résidence qui leur plairait le mieux ; cpè le roi conserverait l'administration civile des pays occupés par les Français; mais qu'il s'obligeait
à payer les frais de la guerre, comme aussi à fournir des vivres et des fourrages à l'armée répubK-* caine ; eùfin que le roi désavouerait l'outrage fait au ministre français à Alexandrie.
Ce traité 9 qui, de la part de la république^ annonçait l'oppression et nullement l'amitié, portait avec lui le principe de sa dissolution^ et la force seule pouvait en nxaintenir la durée. Il devait être permis au roi de se soustraire , par tous lés moyens en son pouvoir , à des conditions si dures et si peu usitées/En eflFet, s'il importait à la république d'affaiblir un ennemi opiniâtre, et mêmQ brave et généreux , on ne voit pas qu'il lui importât de contraindre le roi à bannir de ses états les émigrés français, la plupart vieux ou infirmes , et tc^as dans la misère. Ce n'était point ici affaiblir, mais avilir son ennemi , et lui laisser dans le cœur des germes de rage et de jirengeance. C'était un spectacle déplorable pour le Piémont que la Brudette, nionument admirable , unique peut-être, et digne de l'ancienne Rome., s'écroiilant sous les efforts et les coups redoublés de ceux-là même qui l'avaient édifiée; et si les éclats destructeurs de la mine retentissaient horriblement dans le cq^ur indigpé des Piémontais, ces honteux ravages eussent fatit ' rougir les Français eux-mêmes, sans l'aveuglement funeste qui frappait alors; leurs esprits. Les merveilles de l'art doivent être chères à tous les hommes f mais puisque la France redoutait cette
forteresse^ elle âerait a« moins ^' par un sentiment de pudeur et de miKsatiôn européenne^ la détruire de ses propres mains ^ au lieud'en imposer l'obligation aux mains qui l'avaient construite. C'était ajoutar une injure affreuse à une affreuse destruction.
En faisant la paix avec le roi^ en le privant de toutes ses défenses j Buonaparte avait considérablemisnt affaibli les forces de la coalition en Italie. L'armée autrichienne y sans autre appui que les soldats napolitains , et quelques bataillons allemands nouvellement arrivés.du Tjrrol , se trouvait seule exposée à l'impétuosité de l'armée française ^ renforcée par les troupes fraîches qui , sur le bruit de si grandes victoires,. descendaient à pas précipités des Apennins et des Alpes. Le général républicain n'était pas homme non plus à laisser son ouvrage imparfait. D'un- côté, le riche et populeux Milan l'appelait dans les plaines fertiles 4e la Lombardie; de l'autre,- il y avait pour lui xiécessité de ne pas laisser respirer les Autrichiens , jusqu'à ce qu'il les eût rompus et entièirement chassés de l'Italie. Le retard eût refroidi l'ardeur de ses soldats , et donné le tenips à l'empereur, qtii affectionnait ses possessions italiennes, d'y faire passer de pui^sans secours d'hommes et de munitions. Le but principal de Buonaparte, celui qui importait le plusà ses succès, consistait à s'emparer de Milan ; deux moyens se présentaient
4io HlStÔIRE D'ITALIE.
pour j pàrV^oirt b'aû;^ de passer le-IV^ à Valence ^ et de iB^Mhér tiireetèmêtitwstuf If ttAft ^ en insistant sur IknVé gâftcbe de'eeiQ^teiii^, rapide et profi>nd| 4'auire, clé lé xpittiMr*iài- dessous de rem&mcbttre^dli ^eisift ^ ''p»iAr*ëiritèr à \à fois, ce second fleuve large , profond f et très rapide lui-^ itîêih6', aussîhhîe^i^e XùtiÊ teûit que l'ajamée eut troiviresscfer sa nantis: en ttavifrsant le P6 à Valence. Buonaparte s'^arêta au second parti y plus sftr en lui-même , et fournissant encore l'ooca^oii de ran-^ çonner le duc de Parme y qui avait v^ûsé de traiter avec la France , malgré les invitations qu'UUoa^ ministre d'Espagne à Turin , lui avait adressées . aussitôt après la trêve conclue à Cherasco* Buona-parte se décida ainsi à passer le P6 entre les bou^ ches du Tèsin et celles de l'Adda. Il pouvait d*àilleurs y au moyen de cette manœuvre, séparer Beattlieu du Ty roi ; mais en même temps , favorisé par l'article de la trêve cfui stipulait le passage à Valence , il répandit avec un artifice admirable, qu'il voulait traverser le Pô dans cette ville, et demandait continuellemeht , à cet effet , des barques au gouvernement sarde. Là , il envoyait des chariots, ici de l'artillerie, plus loin des soldats;- c'était un mouvement , une agitation perpétuelle. Beau-^ lieu , ayant eu connaissance de la trêve , et après avoir tenté sur les forteresses d'Alexandrie et de Tortone un coup de main que la vigilance de* Piémontais rendit inutile, passa lui-même le Pô à
(17^6.) LIVRÉ àlXtÈMÉ. 4ii
Valeface, hrûla toutes les barquèà réutiieâ dans lès enVifons, et s^étâblît àvfec bôïi làrttiëfe eûlière , y COthpHs les ïîiàpolîtaîhs , sur la riVé gàlieli« du fiètiVe, peut* ôfesèrvei' attehtÎTtettteht lefe tttduve-^ niéhs dfe son adversaire. Mais Aalgrë son eièpé- TÎfencfe et Isott habileté , le viëUx BéàuHèû ste lâi^a* prendre afa^ pièges du jeiîttè BuOnàJJàrte j lèt se pSet^ùada que TinteMioft de te àtthier ëtait i^eelletttent dé passer lie fletivè à Vatencë. Poulr rèti etlipêehfer , il aVaît dispose son ariheé entl*e la Sêsia et le iTêsin, placé dseux grosses dîviàîôns Stir lès rives de FAgogtia et du Tei-dappio , et déà fotces consîdéi'aMes sur celles du ^sîn. lti<Jiu^< aussi pour la ville dePavîe, située sur le iTèsin, près de son embouchure dans le P6> où il exifete un pottt, il avait praHqué sur les rives du fleuve, des tranchées qu^il munit d'artillerie j oMîgé par cela même dé laisser peu de monde sur la riVè gauche dû PÔ , non seulement entre le Tesin et FAdda , mai* en-
coi'e entte la Sesia et le Tesîn. AssWré dcsôt'riiiî^ dfe
parvenir à ses fins , Buonapartiè envoya tetl toutfe hâte une divîsioii à Castel-Sangiovânttî , en lui ordonnant de faire deux, étapes par j^ijv. Il la suivit lui-ïi^me rapidement aVéc tbuté TatTiiée, pendaùt que son artillerie continuait à tiret sur lie rivage de Valence, pour prblorigei* Terreur de BeauH^u. Par le même motify le colonel Andreossi et Fàdjudant général Frontin , avec cent hommes de cavalerie , galoppaient sur la rive droite du Pô
4i2 HISTOIRE D'ITALIE.
jusqu'à Plaisance ^ s'emparant ^ cheimu faisant^ de plusieurs bateaux qui portaient sans méfiance , à rarmée autrichienne , du ri^, des officiers^ et des médicamens. Profitant donc avec célérité de l'artifice de son général, l'a vant-garde républicaine, composée de cinq mille grenadiers et de quinze cents hommes de cavalerie , passa le fleuve heureusement > le 7 mai , sur les bateaux dont nous venons de parler , et quelques autres qui se trouvèrent disponibles à Plaisance. Elle débarqua sur l'autre rive avec les transports d'une joie indicible. Buonaparte lui-même s'avançait à marches forcées, de sorte que le 8, l'armée presque tout entière se trouvait sur le territoire Milanais. On vit, dans ce passage des républicains par la ville de Plaisance , un exemple funeste de la rapacité de leurs chefe, et du peu de respect qu'ils portaient aux choses les plus sacrées; ils s'emparèrent violemment du Montde-Piété , des caisses du gouvernement , de celle de la ville , et même de divers établissemens de bienfaisance; Buonaparte, et Saliceti, commissaire du directoire, enlevèrent les objets précieux et l'argent qu'ils y trouvèrent.
A pçine Beaulieu eut-il appris que les Français se portaient avec précipitation vers le Pô inférieur, que, pour leur interdire le passage, s'il en était temps encore , il envoya un gros détachement à Fombîo , ville située sur la rive gauche du fleuve, vis-à-vis Plaisance. Cependant, il retira
(1796) LIVRE SIXIÈME. 4i3
son armée sur F Adda , dans le double but de se ménager une retraitç par le Tyrol, et de jeter une forte garnison dans Mantoue^ s'il arrivait que des revers le contraignissent de céder l'empire dé l'Italie aux Français. 11 réfléchissait, d'ailleurs, qu'aussi long-temps que le gros de son armée qui y malgré ses défaites et ses pertes , était toujours formidable , se maintiendrait sur les rives du fleuve , il serait dangereux pour les Français de se porter sur Milan , parce qu'il aurait pu tomber hj volonté sur l'aile droite de leur armée. Dans ce dessein, ils'achehfiina vers Lodi avec la plus grande partie de ses troupes, afin de garder le pont qui établit, en cet endroit , les communications entre les deux rives. Dé plus , pour servir d'arrière-garide à la division de Fombio et la secourir au besoin, il dirigea sur Casalpusterlengo par Codogno, un fort détachement composé principalement de cavalerie. Au milieu de tous ces mouvemens , la noble tille de Pavie, si fameuse par son université, se trouvait abandonnée de ses défenseurs, et, sans autre appui que sa garde urbaine , attendait qu'un J)remier coup de tambour sous ses murailles vint lui apprendre à quel maître elle devait obéir. Les dispositions de Beaulieu étaient bien calculées; mai% la vivacité française les déconcerta : malgré toute la diligence qu'il put fairç , le détachement de Fombio n'arriva point assez tôt pour empêcher l'ennemi de passer; il ne pouvait que le combattre
4l4 HISTOIRE D'ITALIE.
après son passage* ^ooqaparte prévoyait^ avec sa -^agjicité ordinaire, qpe ce corps d'^^utriphien^, au ippyeii d^ secours qu'il recevrait proliable* meut f pouvait ruiner ses projets. Son armée él^% pa^e, à la vérité; ipais il n avait pfis encc^TQ pns toutes s§s inesut^ : i) se résolut donc sans déUi k Vatta<iue. ]lies Autrichiens occupaient Faoolxio où il^ avouent fait k la bat^ quelques retranchepieps y défeiidiis par vingt pièces de canon. Lieuj cavalerie coxurait la c^inipagne, et se cpmposait pre^quQ tovite de NapoUt^ips qui montrèrent beaucoup d^ valeur dans ce(te action. Bnopapartei hieii supérieur ei| non^^re , avs^it la facilité dç «étendre ^t ^ battre }a place par plusiepTS enT droits à la £qis. C'était ipeixie 1^ seid mpjea qf^ iuî fiestat^ att^ndu les forti&catiops d^s Autrir cbiens , de rendre 1^^ hataille courte et be^retls^• Il fît loarchei* ses troupes sur trois cplcNftoçs : la première, avec le général Pallemagni^y t^raift 4 droite 9 devait a^^lîr Fanil>io par Is^ gauphe ; if secpnde^ amc prdrç^ di^ cpl^^e} Lannes, gij^errier d^s plus intrépides, s'avançait par la droite; enfîp^ le général Jl^anusse y avec la cplonne du centre y étaif chargé d'attaquer la place de front, sur la gran4f routp* ]L'assg]ift fut rude, et la défeqse opji;^jâi^« Foudroyés par rartillerie des Autrichiens , vi^nreusenieiiit chargés par la cavalerie napolitaine, les Français éprouvaient 4^ grandes difficultés 4 réussir. î^es Alleniafid$ combattaient avec ]b cou*
t,796.) LIVRE SIXIÈME. 4i5
rage 4pd leur e$t tiAtwel, et ce courage était sou« tenu par respéiranjce d'un prompt secours ; mais epfip^ «près beaucoup de sang r^piiudu^ il^ durmt céder au nombre et à l'audace des Finançais, ]Lie$ Autrichiens rompue y abandonnèrent Fombip à rpPQ^ipi^ et s'(çu6iirei]t en desordre k Gqdogno^
lai^wt au vainqueur nne bonne partie de leurs bagftgeft» trois ceptsiîhe vaux, et atfaibUs d'environ cimf qwts honimes mari» on pn^ooniers. La perte eùtétd plus GonsidénaUe , si la cavalerie napplitaine 9 tenant ferm^ à l'arrière-garde , ^ous h conduite du c^onel Fédérici y officier d'une grande valeur, n'eÀt fortement charge plusieurs fois les
Françaî^ ,. rallenti aixisi lenr ardeur, et protégé la
retraite des Autrichiens. ]V|ett.ant à profit leur victoire j les f çpnb^cains suivirent les confédérés p^s à pgs^. et entrèrent dans Codogno* I4 nuit tombai); e^ ce mojnent ; inforuaé d^ passage de^ Français et de la fipsitipn çritii|ue du détachen^ent
de Fombio, Beauliç4^ avaj.t ^ntoyié^ en teinte hâte, de Casalpasterleng)(^^ par la route 4^ Co^Pguo^ une division de i^inq njiille soldats d'élite 4U se-cours de pe déitachen^ept, persuadé qu'il tenait çncore k Fonibio. C'était un hardi dessein^ et qui pouvait ronof^e tous ceux de Buonaparte y s'il eut rém^i. {Eu eiSTet, ie^ Autrichiens arrivèrent ayec la nuit y et tonabèrent .à l'improviste $ur )es Français. ApffÀs #ivoir culbuté les pren^iens postes > ik mi^ rent le t^uble et Is^ terreur parmi les .troupes qui
4i6 HISTOIRE D'ITALIE.
occupaient Codogno y poursuiviFent leur airantâge^ tdt s'emparèrent d'«tne partie de la place. La ba*^ taille n'était plus égale. D'un côté, concert et unité dans l'action; de l'autre, confusion, épouvante et désordre. La Harpe accourut au premier bruit , et , se mettant à la tête de nouveaux bataillons, il allait rétablir le combat, lorsqu'au milieu de cette mêlée nocturne, il fut atteint d'une balle dans la poitrine, et tomba mort sur-le-<îiiai»p. Ainsi périt à la fleur de son âge, d^ns une rencontre inopinée , le général La Harpe , militaire d'une valeur accomplie , d'une vertu plus parfaite encore. Aimé de tous pendant sa vie, pleuré de tous après sa mort , il méritaf que ses contemporains accusassent de sa fin déplorable, quoique sans fondement, celui qu'ils supposaient jaloux de qualités qu'il n'avait pas lui-même. Heureux homme, tellement au-dessus des autres dans l'opinion publique , que son trépas ne fut point, attribué au hasard , mais à un for£sit médité*
Le malheur de La Harpe effraya tellement les républicains, qu'ils étaient vaincus sans ressource si le général Berthier ne se fut empressé d'accourir. Il fît si bien par sa présence et ses. discours^, qu'il ranima les esprits et rallia les bataillons rom? pus. Le jour parut, les Autrichiens redoublaient d'ardeur, et, se croyant certains de la victoire, s'étendaient sur les ailes pour envelopper leurs ennemis; mais les Français avaient repris courage.
(1^96.) LIVRE SIXIÈME/ ' 4i^
et les Antricfaicsas ^ se vojrf ht' sur le point d- être attaqaés par des forces supérieures^ pensèrent ênx* mêmes à se retirer. Ils le firent d'abord en lion ordre , et se débandèrent bientôt après , vivement pressés par les Français^ assurés alors de leur avan"" tajge. La division autrichienne était xtiéme entière^ ment perdue si y pour la seconde fois ^ la -cavalerie napolitaine n'eut couvert sa retraite. C'est ainsi qu'une victoire^ qui paraissait acquise^ se changea tout à coup en une déroute évidente. Les Autrichiens perdii^nt^'dans cette affaire , presque tous leurs bagages ^ beaucoup d'artillerie abandonnée dans les fossés de la place y et un grand nombre de prisonniers détachés ^ Le$ républicains suivaient à grands pas> et s'emparèrent de Casale pendant que les débris de la division impériale se mettaient à couvert dans Lodi^ où Beaulieu venait d'ar-^ river avec son armée. Ce général voulait éprouver, pour la dernière fois , si,' eii obligeant son heureux adversaire à un mouvement excentrique vers la droite , pour venir l'attaquer à Lodi , il ne parviendrait pas à lui enlever la supériorité , et à ramener à soi la fortune. C'était donc à Lodi qu'un dernier combat devait décider du salut de Milan ^ de la conservation de la Lombardie et du sort de l'année, encore puissante, des Autrïchiens.
Le passage du Pô effectué par les Français , celui du Tésin perdu pour Beaulieu , ce général savait très bien qu'il- ne lui restait plus' d'autre X. 57
4i8 HISTOIHÎE D'ITAIàlE,
po»tioii fe^vovahle^ à la rësiataqce^ que le ^ros. é% rapide fleuve de l'Adda^ doai la partie inféiieoM se trouvait assurée par la fiurtenosse de PizzighefH tone )y mnpie d'artillerie et d'une gamisoii. suffis saute. Ces moti&.le déeidèreat à dégannr Bavie^' et à réunir toute l'armée à Lodi, ^rèsai^QÛ) laissé dans le château de Milau deqiç mille hoi^unes^ choisis la plupart dans le corps franc de.Giulaj; et comme il ne doutait pas qu^api^ les ^yîob^re^ de Fombio.et de CSodogno^ le diligent Buotta-^ parte Tiendrait FattaqfQer ^ pour, fraackir le der^ uier obstacle qui l'empêchait d'arriycr à Milan^ il avait place son arriérer garde ^ sous le coisuanaude** meut, du colouel Mélcalm. son pareat., dans Iq ville de Lodi ^ avec ordre dci s'y mrâiteiûr le plus loBg-tomps possible^ et ^ en cas de revers y de se retirer par le pont , sur la rive gauche du fleuve^ Pour défendre en n^me temps le passage, de ce pont^ il plaçait à sou extrémité^ sur ia m^me rive, un grand nombre de canons qui renfilaient dans toute sa.lougueur, et /pouvaient le balajer au besoin. De plus,, et toujours du même c6té| attendu l'importance du. moment, il établissait vingt pièces de gros caKhre , dix auniessus, dix au^ dessous du pont. Lé feu croisé» de cette batterie semblait rendre k passage plutôt impossible que difficile. L'armée autrichienne, que de si grandes défaitei^ et ui^eretraite aussi longuq n'a vaientcepeu* dant point découragée, se tenais échelonnée sur la
(1796.) XIYKE SIXIÈMS; 419
rire gBrttdké> loute prête à tomber su? 4'ewtteBit> «Tant qu'il ait ^nse former a k^uité du pass&ige^ en •apposant^ confire toute prc^iabilité, qu'il parvktt à'I'effectuer. Quelque» écrivains ont blAme Be«tt« Ueu dé n'aVoii: paâ rompu le pont au hea, de le fortifier. Us pensent qu'à ce moyen les Français n'auraient ^ traverser > fleuve, pan:e: ^ l'armée impériale, forte d'artillerie, et de cavalerie ehooire plus, les aurait fecilement arrêtés au pas** tage^ ou èxtenkiinés à la Suite; mais il faut sa-^ V€Àr que l'intention de Betulieu était ;, non S6ù«% lenient d'interdire le passage du fleuve aux Fran^ çais , mais aussi de se le ménager à kunoiême > par^ è[u'il attendait des renforts, et voulait inspi*rer des craintes à l'ennemi dans ses pit>jéts d'aller à Milan. D'ailleurs, il est au^i facile de setrom^ pèr en préjugeant les résultats qu'en cherchant à deviner l'intention. Buonaparte, qui ne pouvait supporter les délais , arrive, voit les dispoôtions de l'ennemi, attaque l'arrière^arde de Lodi, la culbute , et s'apprête à engager la bataille- snr^ le pont , quoiqu'il attendit encore une partie de son armée. Les autres généraux ^ apercevant^ tout le danger de l'entreprise, essayèrent de l'en dé*^ tourner,* lui représentant la force de la posi-^ tion, la fatigue des soldats, les pertes éprou^ vées dans les dernières batailles , et l'éloignement de plusieurs braves divisions ; mais ^fioiOnapaitei^
4aô HISTOIRE D'ITALIE.
qui ne savait pas" douter ,' qui voulait ce qu'il voulait, et qui comptait pour rien le sang du soldat y pourvu qu'il obtint la victoire , Bitonaparte persista dans son dessein y et se mit en dévoir de l'exécuter ; c'était le lo mai. Ayant donc feit approcher un corps de quatre mille grenadiers et carabiniers, gens intrépides , accoutumés au carnage , et toujours prêts à se jeter à travers les plus grands périls , il leur dit avec cet accent mi* litaire qui plaisait tant à ses soldats : « La victoire « appelle la victoire. Vous êtes ces mêmes braves te qui avez gagné tant de batailles , défait tant i< d'armées , forcé tant de murailles. L'ennemi « vou&craint , puisqu'il se retire derrière les fleuves. i( Croit-il donc ce Beaulieu , tant de fois vaincu y « que le court trajet d'un pont puisse arrêter les « républicains français ? Vain calcul , inutile espèce rance. Vous avez franchi le Pô, roi dés fleuves, « vous arréterez-vous devant l'humble Adda ? Ce <c dernier péril surmonté, le riche Milan est- à « vous.* Chargez donc franchement, soutenez « votre nom de soldats invincibles. La république « Vous regarde , et récompensera vos fatigues ; le « mcmde entier vous observe , et 5' épouvante au «'bruit de vos victoires. C'est ici qu'est la conquête <( de l'Italie; c'est ici que vous allez imprimer « au nom français le sceau de l'immortalité, n Us forment leurs bataillons , se serrent les uns contre
(ï796.) LIVRE SIXIÈME. 4ai
les atftres 9 s'animent au combat , et s'avancent sur Le pont. A peine arrivés, ils sont assaillis par le tonnerre épouvantable dé Tartillerîe autri<* chienne 9 vomissant une grêle épaisse de boulets, de baHes et de mitraille. A ce terrible accueil, couverts de blessures, et marchant dqà.sur des monceaux dé cadavres, ils s'arrêtèrent incertains. Un moment de plus , ils allaient fîiir ; raffermis par la voix de leurs officiers , ils reprirent courage , et retournèrent une seconde foistà la charge. Four 'dro^és de nouveau^ ils cëdjèrent une seconde fois. Les. généraux républicains ^aperçurent le danger ; ils virent que ce n'étak ^^a& >rinstant de se .tenir derrière les files , coururent aux premiers rangs : Berthier d'abord, ensuite Ma^séna, puis^ Cervoni , Dallemagne, Lannes, Dupas, et bravèrent intrépidement la mort à la tête de leurs guei'f îers. Le feu de l'artillerie . autrichienne avait formé un gros nuage qui enveloppait tout le pont; les républicains: s'en prévalurent; et, traversant à la ^course, ils arrivèrent sur la rive opposée, couiverts de fumée , de poussive , de sueur et de sang. Alors Buonàparte fit aiHancer rapidement ses autres bataillons; mais les Français n'étaient point au terme de leurs fatigues, et ne tenaient pas encore la victoire. L'armée autrichienne , rangée sur la rive gauche^ opposait une résistance opiniâtre; son artillerie entretenait wx feu meurtrier ; sa cavalerie foulait aux pieds les colonnes répubU-
4aà HISTOllE' D'ITALIE.
ttànesy et lé saiig todilaît avac plus d'abondbaoe^ parce (pie la mort frappait db pliur pràs. Dé}à les Français ecmraieat le danger d'être repoussés daaf )e fleayé> ou de repasser > sous le feu terrible de rennemi^ le pont dont la conquête: leiur av^t comité tant d'efibrts y lorsque Augereau', mfimné de cette ëpouyantable mêlée y parut à propos à la tète de sa brave division y qu'il ameniait en: toute Mte de Borghetto y au secours des siens enr péril. Ce ren£6rt y au moment le plus critique de la faa^ taille y fit tout^à-^it pencher la balance du eàté des Français. BeauU^ abaudomiade pont si VttLlammient défendu -y et se retira sabkement^ d«is le dessein de se porter >sur le Mincio^ afin de se ^îonserver la route du Tyrol ^ et de pouvoir jeter une garnison dans Mantoue. Sa cavalerie^ et sui^ 'tout cette de Naples^ qui^ dans cette fnoîsiàme affaire , fut très utile aux Autrichiens y protégea 4'ttrmée dans sa retraite. A ce moyan^ lea Français firent peu de^prisoimiers, et d'autant moins ^ que letir Mvalerie n'ayant pu travecser le po&t^ presque rompu, ne paisait que lentement à gué. Les Autrichiens perdiretitdans cette journée deux wiHe cinq cents fantassins > morts ou Uesses y 'quatre eéuts homtnes^ie caval^ie y et une. grande partie de leur artillerie. La nuit qui survint, répuisement de6 troupes républicaines ^ accourues à xttarehea ferbées, etle^ volte^-fEiceadela puissante «avalerie des coufédércs, ne permirent pas aux
(1796) . XlVaE SIXIÈME. 4s>3
firnçai» 'àé pourwivre l'^ftemi ^ ni de retirer de hrof yietoÎK tout r^vaatage .qu'ils en ayaiftat
JLa perte des Français nt fut pas . moins consi* dotablfe; si elle ne s'éleya pas à quatto mille faoncunes tués^ blesses eu prig^ comme le publia Teimemi^ elle passa certainânent deux ihiUe^ qaiOH{Ue BuoBOpaarte^ avec son assurance, ordi* nâire.^ ait pretèttdii qu elle allait au plus à quatre cents. La retraite de l'arsaée confédérée livra auic voinqaeBrÈ Pavie^ Piisigbettone et Crémone.
La citer impériale de Milatii y privée désormais, de toute défense^ n'attendait plus pourc^éir à la république ><|iie l'arrivée des républicains . Ces glorîeuK fiiits d'amies furent souillés par le pillage et k dëvastalîo&«
' A la iiourvette dupassa^ du P6 par les Français « de la retraite de BeauUeu des rives du Tésifty un grand eflSroi s'éleva dans Milan ^ où l'on ^vait peu :d'eqion- de conswver la ville à FAtir- ^ehe*. L'o|»aion générale ét^it ce qu'elfe devait ^tre dans «ne ridie eité ^ à l'approche d'une. armée inconnue^ trop tomme peut-^être. L'archiduc arraat gouverné psa* la modération^ et la noblesse m'avait point use de tyrannie; sa domination^ an contraire^ pai^cîpait de la bonté du souve^ rai A et de la douceur du climat; ses goûts la portflieiit jdutèt à la mollesse xju'au despotisme^ et eUç avait* plm de partisans par amour ^ que de
4a4 HISTOIRE D'ITALIE.
|>i»ssance par la féodalité. On ne voyait dodc potnt dans le Milanais les germes dé'CenaëcoDtenteiaient né dans les autres contrées d'Italie, de la. dureté des gouvernemens et de l'arrogaince des nobles; il en résultait que , quoique les peuples soient natu^ rellement avides dé nouveauté , et n'âp^éciçut leur bonheur qu'alors qu'il ^t perdu pour eux, il tie se manifestait dans F heureuse JLombardîe aucun signe de révolution spontanée pour l'aveiiir; Loin de là, chacun tremblait pour soi, sa famille et ses biens . La défiance était dans tous les esprits ; les Lombards n'étaient pas non pliis de& hommes que l'on put séduire avec les abstractions d^une utopie géométrique ; ils craignaient qu en raison de l'opulence de leur ville et des ressouixesqu elle présentait , les républicains n'y fixasseut leur prior cîpale résidence; auquel cas ils auraieot eu chez eux l'oppression pour eux*mémes , efc le foyer des révolutions pour les autres. Comme ensuite les chances de la guerre sont variables^ ne pouvait^ il pas arriver que , dans ces marches et contre^ 3fnarches , ces revers et ces succès récipr€K|ues des deux puissans adversaires, l'infortuné Milan eut à porter la peine de sa richesse et de sa spjeii'^ deur? Il comptait dans son sein peuiiénovatejurs', et ces derniers encore, par l'effet du caractère national, n'avaient ni activité ni énergie* Mak; on<: appréhendait qu'à l'arrivée des repablil::ains'. Milan m devînt le rendez-vous, ou desl enn^nis
des ^ gbiivememéns monarchiques ^ ou des amis du gouvernement populaire. Qui répondait alors <[ue ces hommes, par des mesures imprudentes et inusitées, ne donneraient pas lieu à des événemens imprévus et terribles? En un* mot y la terreur était générale à Milan.
Bien certain qu'un peuple paisible et sans défense ne résisterait pas aux entreprises d'une troupe atidftcieuse , puisque l'armée impériale ellemême n'avait pu retarder seJs progrès , l'archiduc Ferdinand résolut d'abandonner Milan et d'aller chercher un abri dans Mantoue, se réservant, si la nécessité l'y contraignait, de se retirer ensuite en Allemagne. Voulant toutefois, avant de partir, assurer le repos de la ville, il ordonna, par un édit du 7 mai , que tous les citoyens en état de porter les armes se feraient inscrire, et s'organiseraient en garde urbaine. Le 9, l'approche des républicains rendant le péril* plus pressant, il créa une junte, composée des présîdens de la cour d'appel, du tribunal civil et de la chambre des ccmiptes, avec pouvoir de prescrire aux magistrats inférieurs toutes mesures nécessaires à la marche du gouvernement; l'ordre judiciaire devait exercer comme auparavant.
Ayant ainsi pourvu à l'administration de l'état, le duc partit le même jour pour Mantoue , où sa famille l'avait devancé. Plusieurs grands personpages l'accompagnaient , et entre autres le prince
4^6 HISTOIRE iriTALIE.
jAlfaani et le marquis Litta ; la dovlenr ët&it aussi du Tdyage ; Farchidoc y versant des larmes ^ acctitaait y non la fortune , mais Tincapacité de Bean«^ lien : le malheur rend ordinairement injuste. 11 |iassa sur le territoire de Venise , oflrant le spectacle d'un prince vertueux , déchu de sa grandeur sans Tavoir mérité. Ce qui rendait encore cette calamité plus sensible , c'était la foule innom*^ brable de personnes de tout rang^ de tout ftge et de tout sèxe^ qui, pour éviter la présence des répuUicains, abandonnaient à l'étranger leurs demeures, et allaient chercher un asile sur les ^tats vénitiens , destinés bientôt eux-mêmes à de semblables désastres. Ainsi la noble ville de Hfilan, jadis et depuis si long«*temps heureuse, prir vée aujourd'hui de ses défenseurs et de son prinee, attendait , incertaine , le sort qui lui était réservé. H y eut un interrègne de trois jours; pendant ce temps, point de menaces ni d'insultes, poioft de tentative de pillage ni de révolte : effet admirable du bon naturel des haUtans.
Après la victoire de Lodi , Buonaparle regardant avec raison Milan comme tombé en son pouvoir, envoya une partie de l'armée sous la conduite de Masséna, pour en prendre possession. De son coté, la municipalité de M9an chargea des députés d'aller au-devant de Buonaparte, à Ledi, et de lui offrir les clefs de la ville, le priant de traiter favorablement un peuple constamment
(1796.) . LIVRE SIXIÈME* . ' 4a^
Km du. repos 9 qui n'était Femieini de parscone, et qui s'en remettait à la générosité de& Français; Le vainqueur répondit avec bonté qu'il respecta r$it la religion 9 les propriétés et les personnes. Le j4 f^^9 Masséna fit son entrée k Milan ^ à la tête de dix mille . hommes des pins vaillans. Ses sol«dati campèrent^ poor la plus grande partie ^ hors la Tilk^ et prirent /des positions telles, que l'in-^ £mterxe occupait . toutes les avenues des glacis y pmdunt que la. ca:valerie gardait les portes. La mjumoipsdité .se rendit an^vant de Masséna jus*qu'à la porto Rooiaine, et recommanda la ville désarmée à sa. bienveillance. Masséna répondit comme Bnon^parte, que la religion, les propriétés et les personnes seraient respectées. Le lende- •maÎB, de. nouvelles troupes arrivèrent; la viQe ^fbunnillait de soldats. Alors commença le siège jd^ châtoan où s'étaient retirés les Autrichiens restés à Milan. Les républicains furent accueillis <par les Milanais y avec cette douceur qui leur était natureHe. Les Français eux<-mémes, du moins la •plupart , usant de bons procédés, et se montrant .sous. les dehors de lemr enjouement ordinaire^ -gagnèrent facilement le cœur des habitans. Ceux-ci, voyant que ces républicains n'étaient pas si terribles .qu'on les leur avait dépeints, se remirent de leur premier effroi et s'a ttachèreift aux nouveaux hôtes, ^qu'ik ne devaient qu'à un concours d' accident aussi étntfigesjipi'effirayans. Ainsi^les Français trou--
vèrent à Milan un peuple doux y affectueux ^ sans aversion comme sans désir pour la liberté tant vantée.
Cependant y au bruit de ces événemens y peutêtre auisaî y contraints de ftiir le courroux de leurs souverains^ leis républicains d'Italie, vrais ou sincères^ accouraient de toutes parts dans la ville conquise 9 qu'ils regardaient comme leur séjour naturel ou leur asile nécessaire. Réunis aux répubUcains milanais, ils se mirent en devoir d'exécuter leurs projets de réformes. Les bons utopistes surtout se réjouissaient^ p^suadés que le temps était venu où ils allaient voir se réaliser, cette liberté chimérique dont leur imagination caressait l'image.. Rien ne pouvait déchirer, le voile de leur illusion ; ni Tappareil terrible des armes étrangèi*es, ni le caractère léger des Français , ni le despotisme militaire qui embrassait tout, et qui aurait dû leur paraître d'un mauvais augure pour la liberté. Esclaves d'un espoir anticipé, dominés par une douce erreur, ils allaient rêvant un bonheur éternel , et ne s'apercevaient pas que la repu* blique française ne conobattait ni pour eux, ni pour la liberté , mais pour la grandeur et l'affermissement de son empire; et qu'elle aurait donné à l'Autriche, pour y parvenir. Milan, l'Italie, et les utopistes. Ils étaient l'objet dtô railleries de Buonaparte qui les estimait peu, les regardant cpmihè des hommes simples ,peut-iètre
même' commedes' fous. Parmi'les àutr^ patriotes, ou <|ui se disaieot tels, il y avait une .espèce d'hommes qui aimaient la liberté , non par intérêt, mais par ambition, trouvant qu'il était doux de commander, et que c'était le moment de monter , des plus bas emplois , au rang le plus élevé ; Buonaparte en faisait plus de cas. Us avaient selon lui de l'énergie; et, avec tant soit peu d'aide, ils auraient merveilleusemeat servi ses desseins. Enfia , il existait une troisième espèce de patriotes , amis des innovations, par avarice, et qui, dans l'espoir de s'enrichir par le déscwtire, criaient à haute voix et souvent , liberté ! Ceux -ci fréquentaient peu Buonaparte qui, à travers quelques caresses qu'il leur accordait , leur donnait souvent aussi, de. vigoùreusies rebuffades ; mais ils se plai-^ saient surtout avec les commissaires et les fournisseurs de l'armée. Us s'en faisaient les agens et les courtiers; et, pendant que les bons utopistes* se maintenaient, par un esprit de simplicité républicaine', dans une pauvreté volontaire , les £siux patriotes s'enrichissaient aux diépens*de ceux-là même qu'ils séduisaient par l'espoir de la liberté. Ces différentes classes de patriotes étaient nombreuses. Grandes réjouissances de leur part à l'entrée des Français. Des illuminations, des bals, des festins en abondance ; et , par uu esprit servile d'imitation envers les Fradcais , cause principale de r^asservissemi^nt de l'Italie, ils plantèrent aussi des
43o HISTOIRE D*ITALIE.
arbres de liberté^ lies saluèrent de leurs ehdnts; firent autour des danses, des discours , et inîllo autres folies semblables. Ils n'oubHërent point led assemblées populaires ; elles eurent lieu comniâ en France ; on y déclamait sur les af&rires à» Yétàti et les harangueurs y obtenaient plus d'applaudis*^ semens y à mesure que leurs (fiscours devenaietii plus véhémens et plus démagogiques. Uarrirëé des Français donna lieu à tous ces motivemens; le peuple^ hors de lui , s'émôreillait a ce spec*^ tacle.
Buonaparte vainqueur fit son entrée k Milan ^ non plus avec la simplicité républicaine ,' mais avec le faste de la royauté, comme s'il eût été roi lui-même. Les patriotes le reçurent avec des ac* clamations qui tenaient du délire , imités en cela par une partie du peuple y accoutumé à faire comme les autres font. D'innombrables écrits furent publiés , a la louange de Buonaparte bil^ii plus qu'à la louange de la liberté. Il faut le Aire y les Italiens se répandirent alors en adulations dé* goûtantes. Celui-ci l'appelait Scipion; cet autr^, Annibal; le républicain Ranxa le nommait Jupiter j et les bons utopistes ! ils pleuraient dé tendresse à son aspect. ' Buonaparte se rejouissait publique^ ment et' en secret dé ces démonstrations; toutefois ^ ce grand maître n'augurait pas bien des Italiens^ pensant avec raison que les Change^ mens dans les états s'obtiennent par des faits et
itoninir de vadm discours. Lorjquc ensmis certains homrae» et même des fenunes y il s'^n troùTa fae«u>* coap. pcrmi les «nâs sincères de la liberté ^ se jfté^ sentèrent à lui pour le supplier de lui être £iTCim^ ble y il leur répondit^ en fronçant le sourcil^ cfuHl fallait la conquérir y qa'il fallait se€OU4er le joug de ces habitudes molles et efieminees ; qu'il faU lait prendre et manier les firmes ; que la liberté n'hahttait que parmi les peuples forts et magnat nimes; qu'elle fuyait leJuxe^ la mollesse et l'oisif veté.
Toutefois^ le monde avait sous les yieux im s^ctacle prodigieux. A peine âgé de vingt^hùit ans^ mconnu. un mois auparavant^ à la tête d'une armée peu. nombreuse et dj^pouryue de tout^ un soldat avait traversé des roches réputés ioacces^ sibles y franchi des fleuves larges et profonds ^ gagné six batailles rangées ^ dispersé des armées plus puissantes que la sienne^ soumis un poî ^ chassé un jnrince ^ établi sa domination sur une partie de ^'Italie^ préparé les voies pour la conquèl^ du reste ^ et concentré sur luiseulles reg2u:*ds de l'uni* vers. Buonaparte le savait; il savourait les délices de l'ambition satisfaite ; mais, pour ne point laisser refroidir l'enthousiasme qu'il inspirait , voulant aussi marcher à de plus hautes entreprises , il publia^ le io mai ^ une proclamation où il enflain'* mait ainsi le courage de son armée : > '
43a HISTOIRE D'ITALIE.
(c Soldats 9 TOUS vous êtes précipités /comme uif « torrent du haut de l'Apennin ; vous avez cul- « buté y . dispersé tout ce qui s'opposait à votre (( marche.
« Le Piémont , délivré de la tyrannie autrî- <c chienne ^ s'est livré à ses sentimens natiu*els de « paix et d'amitié pour la France.
i( Milan est à vous^ et le pavillon républicain u flotte dans, toute la Lombardie. Les ducs de i( Parme et de Modène ne doivent leur existence « politique qu'à votre générosité. < i< L'armée qui vous menaçait avec tant d'orgueil « ne trouve plus de barrière qui la rassure contre u votre courage ; le Pô, le Tesin , l' Adda , n'ont pu i< vous arrêter un seul jour; ces boulevards si vaà- « tés de l'Italie ont été insuf&sans , vous les avez « franchis aussi rapi^dement que l'Apennin.
(( Tant de succès ont porté la joie dans le sein ce de la patrie; vos représent ans ont ordonné une « fêtei dédiée à vos victoires et qui doit être célébrée « dans toutes les communes de la république : là, ce vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, ic vos amantes, se réjouissent de vos Succès, et se ce vantent avec orgueil de vous appartenir.
(c Oui, soldats, vous avez beaucoup fait.... mais ce ne vous reste-t-il plus rien à faire? Dira-t-on de nous ce que nous avons su vaincre , mais que nous n'avons ce pas su profiter de la victoire? La postérité nous
(«796) LIVKÉ SIXIÈME. 433
t< r^recberih4^Ue. d'avoir tisouvë Capoue dans la <( LombaiVlie?.... Mais je vous voie déjàcdurir aux « armes; un lâche rèpos^voUsifiitigue; leà journées « perdues pour la gloire le sont pour votre bon-* «heur.... Eh bien! partons^ nous avons encore « des marches forcées à faire ^ des eCnemis à sou- « mettre y des lauriers à cueillir ^ des injures à « venger.
« Que ceux qui ont aiguisé les poignards de la « guerre civile en France , qui ont lâchement i( assassiné nos ministres^ incendié nos vaisseaux (( à Toulon 9 tremblent.... l'heure de la vengeance (( a sonné*
u Mais que les peuples soient sans inquiétude ; « nous sommes amis de tous les peuples y et plus i( particulièrement des descendans des Brutus y des (c Scipions y et des grands hommes que nous avons (c pris pour modèles.
« Rétablir le Capitole , y placer avec honneur ce les statues des héros qui le rendirent célèbre y « réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs « siècles d'esclavage ; tel sera le fruit de vos vici< toires : elles feront époque dans la postérité ; (( vous aurez la gloire immortelle de changer la « face de la plus belle partie de l'Europe.
u Le peuple français y libre y respecté du monde
(( entier^ donnera à l'Europe une paix glorieuse
« qui l'indemnisera des sacrifices de toute espèce
« qu'il a faits depuis six ans ; vous rentrerez alors
434 HISTOIHE D'ITALIE.
K dans vos foyers ^ et vos concitoyens diront en
a vous montrant : Il était de r armée d Italie »
A ce langage terrible ^ l'Italie firémit d'ëpou** vante; elle s'attendit aux ëvénemens les plus funestes.
Desseins de Buonaparte. «^ Intentions du directûîre sur Tltalie. ■ — Elle est dépouillée des chefs^*cettYre des heaox^arts ; on caresse ses sa-vans et ses hommes de lettres. — Trêve avec le dnc de Parme. — Taiteinent qu'on fait subir à- celui de Modène. — Éyénêmens du Milanais; impositions et rapines; mécontentement des peuples; mouyemens dangereux danç le Pavesan, surtout à Binasco et à Payie. — Cette dernière yille est livrée au pillage les a5 et i6 mai 1796. -^ Buonaparte se tourne contre Beaulieu, et, après de nouveaux combats , le force à se retirer dans le Tyrol. — Les Vénitiens nomment Nicolas Foscarini leur provéditeor-général dans la Terre-Ferme. — Terreur de ce fonctionnaire, et menaces de Buonaparte. — Ce qui restait à faire aux Vénitiens dans cette irttportante conjoncture. — Faiblesse de Foscarini. — Buonaparte à Vérone ; menaces qu'il fait à cette ville pour avoir donné asile au . comte de Lille. — Le château de Milan se rend aux Français. — Révolution de Bologne; serment prêté par les Bolonais en présence de Buonaparte. — Soulèvement de Lu go, et circonstance^qni l'accompagnent. — Épouvante de Rome ; trêve entre Buonaparte et le pape. — Exhortations du pontife à ses sujets et aux Français. *— Efforts et protestations solennelles du roi de Naples; il conclut une suspension d'armes avec Buonaparte. — 'Les Français occupent Livourne. — Intentions coupables de Buonaparte à l'égard du grand-duc de Toscane. — L'Autriche fait un nouvel eflbrt pour recouvrer ses possessions d'Italie; elle y envoie le maréchal Wurmser avec une forte armée; le maréchal met en déroute les troupes avancées de Buonaparte; fait lever le siège de J^antoue, entre dans cette place, renforce sa garnison, et l'approvisionne de munitions de guerre et de bouche. — Buonaparte rassemble ses troupes. — Description de plusieurs faits d'armes, entre les deux vaillans adversaires. — Bataille de Castiglione , livrée le 5 août. — Wurmser se retire dans le Tyrol; les Français le poursuivent, l'atteignent, et le battent, le 4 septembre, à Roveredo. — Les Autrichiens ée retirent dans les gorges les plus élevées du
Tyrol. — Desseins de Buonaparte sur TAlIemagne; Wurmter empêche leur exécution en descendant de nouveau en Italie par la Tallée de la Brenta. "— Buonaparte le suit ;,batailles de Primolano et de Bassano. — Le maréchal, après des prodiges de valeur, entre dans Mantoue , dont le siège est repris par les Français. — Description de Mantoue. — La Corse se soustrait à la domination des Anglais, et rentre sons cdle de la France.
MaItre du Piémont, vainqueur du roi de Sardaîgne, établi dans la capitale des états autrichiens en Italie , Buonaparte ^ méditait encore de plus vastes projets. Son premier désir était de passer le Mincioy de repousser les Allemands au-delà des gorges du Tyrol, et, par là, d'empêcher Fempereur d'envoyer de nouvelles troupes pour reprendre ses possessions envahies. Cependant, les victoires de Buonaparte fournissaient à son gouvernement le moyen de se déclarer à l'égard des puissances amies de la France , neutres ou ennemies. Le but principal était , en vendant le Milanais selon que les circonstances le demanderaient, ou au roi de Sardaigne, ou à l'empereur, de faire contribuer les états d'Italie, et d'en enlever le plus d'or et d'objets précieux qu'il se pourrait. En cela le directoire ne ménageait pas plus ses alliés que ses ennemis, prétextant, ou le souvenir de la guerre antérieure, ou l'hypocrisie, de l'amitié présente, ou enfin la nécessité de fournir aux besoins de son armée. Le directoire voulait avant tout 'que les restes de l'armée autrichienne fussent détruits , et en même temps
que rpn pressurât , que Ton épuisât le Milanais^ tfi^nt pour l'entretieu des troupes que pour diminuer les ressources du pays^ soit qu'on le livrât à la Sardaigne^ soit qu'on le restituât à l'empire : « C'est le Milanais surtout , écrivait le directoire à Buonaparte^ qu'il ne faut pas épargner; levez-y des contributions en numéraire sur-lechamp^ et pendant la première terreur qu'inspirera l'approche de nos armesi II faut que les canaux et les grands établissemens publics de ce pays que nous ne conserverons pas, se ressentent un peu de la guerre ; mais soyons prudens. »
Ce n'était pas là que se bornait ce langage cruel : « Allez , écrivait enco^'e le directoire , courez vers le grand-duc de Toscane, captif des Anglais à Livourne. Allez, emparez-vous de cette ville, n'attendez pas le consentement du grandduc ; l'occupation du port l'informera de votre arrivée. Confisquez les navires et les propriétés anglaises, napolitaines, portugaises, et celles des autres états ennemis de la république. Séquestrez les biens de leurs sujets ; si le grand-duc s'y oppose il devient perfide , traitez alors la Toscane comme alliée de l'Angleterre et de l'Autriche. Exigez de ce prince qu'il ordonne sans délai de f^ire remettre en notre pouvoir tout ce qui appartient à nos ennemis, et qu'il se porte garant du séquestre. Nourrissez les troupes de la république aux dépens de la Toscane , et donnez des bons , ou billets
d'état acquittables après ]a paix générale, en payement des denrées et autres objets quî seront fournis. Laissez entrevoir des desseins contre Rome et Naples afin d'effrayer le pape et le roi. Placez une forte garnison dans Lîvourne, et préparez ainsi les mouvemens de la Corse afin de l'arracher au joug de l'orgueilleuse maison de Brunswick- Lunebourg , et de la ramener enfin sous la domination de la république. »
Cette rapacité du directoire était vraiment excessive, insupportable et cruelle. Si l'Angleterre, ou des Anglais, ou d'autres ennemis de la république avaient des propriétés à Livourne, elles y reposaient sur la foi de la neutralité de la Toscane, neutralité reconnue par la France et librement accordée au grand-duc. Telle fut la récompense réservée à ce prince par les républicains de Paris , quî , cependant , vantaient toujours leur grandeur d'âme et leur sincérité. Telle fût sa récompense pour avoir, le premier de tous les potentats d'Italie, reconnu la république, fait la paix avec elle, et consenti au rappel de son ministre le comte Carletti , rappel que le directoire lui avait demandé^ parce que le comte avait témoigné le désir de rendre visite à la royale fille de Louis xvi, au moment où elle allait être conduite en Allemagne, après sa sortie du Temple. A la place de Carlettî, le grand-duc envoya le prince don Neri Corsini, jeune homme de beaucoup d'esprit , d'un bon na-
turel et de grande espérance. Maïs rien tie put soustraire la Toscane à la cupidité des républicains y ni le langage flatteur de Corsini au directoire assemblé , ni les phrases pompeuses du président qui lui répondit. J'éviterai à mes lecteurs l'ennui de pareils discours; ils ne trouveraient, d'une part, que des adulations inutiles, de l'autre, que les vaines promesses d'une trompeuse amitié. Après avoir été foulée par les arnrées françaises et par les armées autrichiennes , Gênes aurait dû jouir d'une existence plus tranquille, maintenant que la guerre ne se £siisait plus sur son territoire ; mais telle était la perversité des temps , qu'à défaut de motifs on inventait des prétextes, et bien loin de respecter la faiblesse des neutres, on ne voulait que les charger d'impôts et les dépouiller. Ainsi, pour satisfaire cette avidité dont les trésors de G^nes étaient le but, on reprocha d'abord à cette république, que les troubles excités contre les Français dans les fiefe inopériaux voisins de l'état de Gênes, et que les meurtres continuels, très fréquensen effet, dont ils étaient les victimes sur les frontières de Gènes et du Piémont, étaient, sinon l'ouvrage de la seigneurie elle-même, au moins l'objet trop évident d'une indifférence coupable; que les armes venaient de Gênes, que les appels à la révolte venaient de Novi. Aussi Buonaparte écrivait avec
44o HISTOIRE D'ITALIE.
une hauteur incroyable au sénat génois^ que la ville de Gênes était le foyer d'où partaient les scélérats qui infestaient les grandes routes^ assassinaient les Français et interceptaient les convois; qu'un nommé Girola qui demeurait dans cette ville, leur avait publiquement envofyé des munitions de guerre , et qu'il accueillait tous les jours les chefs des assassins, encore dégouttans du sang français; que c'était sur le territoire de la république de Gênes que se commettait une partie de ces horreurs, sans que le gouvernement prît aucune mesure pour les prévenir ; qu'il paraissait, au contraire, «encourager les assassins, et par son silence, et par l'asile qu'il. leur accordait; que le gouverneur de Novi les • protégeait ; qu'en conséquence , lui Bûonaparte ferait brûler les villes et villages sur le territoire desquels serait commis l'assassinat d'un seul Français; qu'il voulait que le gouverneur de Novi fiit destitué de ses fonctions, Girola chassé de Gênes; qu'enfin, il feraitbrûler les maisons qui donneraient refuge aux assassins , qu'il punirait les magistrats transgresseurs de la neutralité ; que la république française était inviolablement attachée aux principes de cette neutralité; mais que la république de Gênes ne devait pas êtjpe le refuge de tous les brigands. Il écrivait du même style au gouverneur de Novi, homme de bien et plein de modération. Il l'ac-
(1796.) LIVRE SEPTIÈME. 44i
cusaît de s'être fait le protecteur des assassins ; lui ordonnait impérieusement d'arrêter les habitâns des 'fiefs impériaux qui se trouveraient sur le territoire de Novi ; que s'il ne lé faisait pas ^ il aurait à faire à lui ; et s'emportant de plus en plù^ , il répétait dans son langage de soldat : Qu'il brûlerait les villes et les maisons qui auraient donne asile aux assassins. Le sénat et le gouverneur répondirent en termes généraux, car s'il était juste et convenable de méconnaître les actions criminelles dont on les accusait , il était dangereux de ne pas satisfaire un guerrier victorieux et irrité. Il est certain, toutefois, que ces lieux virent commettre contre les Français des actes d'une barbarie extrême. Il est certain aussi que Buonaparte devait, pfar tousles moyens possibles , protéger ses soldats et mettre leur vie en sûreté ; mais qu'il ait. fait de si terribles menacés au gouvernement de Gênes, qu'il lui ait intenté ces griefs ," moins pour obtenir ' le salut de son armée , que pour rançonner , et peut-être détruire cette république, c'est un fait clairement démontré.' Il suffira, pour s'en convaincre, de remarquer que ces meurtres, ces assassinats dont il avait tant de raison de ' se plaindre , s'exerçaient , non pas seulement sur le territoire de Gênes , mais encore et beaucoup plus fréquemment sur le territoire du Piémont. En eflfet, les paysans de la fjpontière entre Novi et Alexandrie , espèce de gens trop accoutumés alors
44a HISTOIRE D'ITALIE.
à vivre de rapine sur les grands chemins , se mettaient en embuscade , et tuaient les Français isolés^ avec le dësir de les piller sans doute ; mais bien plus encore d'éteindre dans leur sang la haine qu'ils avaient conçue pour cette nation. Eh bien ! Buonaparte ne s'emporta point contre le roi de Sardaigne ; il se contenta de lui en faire l'observation sans aucune menace. La vérité était que ni le gouvernement piémontais , ni celui de Gênes n'étaient coupables de ces excès , et qu'il fallait les attribuer à cet esprit de brigandage que la guerre détermine chez les vaincus comme chez les vainqueurs , et aux ressentimens que ces peuples nourrissaient contre la France. D'un autre côté, qu'un gouvernement tout entier, compose d'hommes vertueux, éprouvé par des siècles de modération, soit accusé d'entretenir, de soudoyer des voleurs et des assassins, c'est une insolence qui ne pouvait venir que d'un homme sans pudeur.
A ces emportemens du général se joignait le despotisme dii directoire ; il ordonna à Buonaparte de s'emparer, soit au moyen d'un accord, si les Génois y consentaient ; soit par la violence , en cas de refus, de la forteresse de Gavî, afin d'assurer les derrières de l'armée, et de se maintenir sur la route de la Bocchetta, qui conduisait de Gènes à Tortone. Dans ce même dessein, Buonaparte s'était déjà saisi de la forteresse génoise de
Vado, ce qui donne une idée de son respect pour la neutralité. Ce n'était pas tout ; le directoire voulait qu'aussitôt que l'armée républicaine aurait occupé le port de Livourne, elle s'emparât encore de là Spezia^ et de tous les bâtimens appartenant aux puissances ennemies de la France. Il n'oublia pas non plus ses intérêts pécuniaires, et sans considérer que les événemens de la Modeste étaient arrivés, non seulement à l'insu, mais encore contre la volonté du sénat génois; sans vouloir se souvenir que ce gouvernement avait déjà été imposé à quatre millions par celui de France ; oubliant la résistance vigoureuse que le sénat, pour le maintien de sa neutralité, avait opposé aux prétentions de l'Angleterre , résistance eiBcace , et reconnue avec éloge par la convention nationale de France ; sans avoir égard enfin aux pertes énormes que cette délicatesse des Génois leur avait occasionnées sur nier, de la part des Anglais, et leur oçcasioiinait encore de la part des Corses ; il ordonna à Buonaparte de demander satisfaction du malheureux événement de lu Modeste , d'exiger de nouveaux tnilliotis, et de faire en sorte que les individus compromis dans ces événemens fussent condamnés comme traîtres à la patrie. De plus, le directoire enjoignit à Buonaparte de confisquer, au profit de la république française , ' toutes les propriétés publiques des puissances^ ennemies, et de «équestrer, sous la responsabilité de Gênes, celles
des sujets dé ces puis^nces. Il voulait que Gênjes bannit de son territoire tout émigré français; qu elle fourûit à Farmée républicaine des bêtes de trait et de somfne^ des chariots et des vivres, et que l'on délivrât, en échange, des récépissés remboursables à la paix générale.
Ces ordres qu'un gouVfefnenient civilisé aurait eu honte d'adresser à un peuple esclave, le directoire avait osé les intimer à un état dcmt il protestait vouloir reconnaître et respecter l'indépendance et la neutralité.
Passons, de la république de Gênes, à son aînée, comme on l'appelait, la république de Venise. L'avarice et le despotisme s'accroissaient dans les vainqueurs, en raison même de leurs victoires. Ils commencèrent par dire qu'ils ne voulaient point traiter Venise en amie, mais seulement comme une puissance neutre ; reproduisant à cet effet des griefs surannés, puisque l'état des choses n'était point changé entre les deux gouvernemens , depuis les caresses sans nombre prodiguées au noble Querini dans la convention nationale. Entre tous ces prétextes, le premier et le principal était le passage donné aux troupes autrichiennes sur le territoire de Venise. Ensuite, la fortune secondant de plus en plus les armes françaises en Italie, le directoire prétendit que Vérone devait lui compter une grosse somme d'argent, attendu qu'elle avait donné asile à Louis xviii^ punissant ainsi, comme un
crime , les inspirations généreuses de l'humanité. Enfin BeauHeu ayant été tout-à-fait repoussé audelà du Mincio, le directoire ordonna impérieusement à Venise de lui fournir douze millions, et voulut que cette dette fût reportée à la république *batave, qui, au terme de traités récens, devait pareille somme à la France. C'était là, tout à la fois, un emprunt forcé et un remboursement arbitraire. Le directoire exigea en outre, pour la république française, la remise de tous capitaux déposés à Venise par les puissances ennemies, et personnellement par le roi d'Angleterre ; celle des vaisseaux, grands ou petits, et généralement de toutes les propriétés ennemies existant dans les ports de la république vénitienne. Le directoire ne désirait-il pas à cet égard un refus plutôt qu'un consentement? je le croirais volontiers, si je ne savais d'ailleurs que la docilité même de Venise n'eut pas assuré son salut.
Quant au pape, s'il voulait traiter à l'amiable, il fallait avant tout, prétendait le directoire, qu'il ordonnât sans délai des prières générales pour le succès et le bonheur de la république française; sur quoi le directoire fondait de grandes espérances, par l'autorité qu'avait le siège apostolique sur les peuples de France et d'Italie. Puis, selon sa* coutume, il parla d'argent et exigea du pape vingt-cinq millions. Il voulut en même temps que
le roi d,6 Napjes reçut l'ordi'e de chasser de ses
446 HISTOIRE D'tTALIE.
états, les Anglais et autres ennemis de la republique; qu'on remît au pouvoir de la France tous les navires de ces derniers qui seraient dans» les ports du royaume; qu'on en défendît l'eiltrëe aux autres , même sous pavillon neutre , et que le roi sût enfin y qu'à l'exécution des traités était attaché son salut.
Ces injonctions superbes , qui pouvaient déterminer les princes italiens à paraître leà amis de k France , mais non pas à la servir de ' bonne foi , puisqu'il y avait ici outrage et despotisme, exposaient ces princes au mépris public, et faisaifent craindre de plus grands excè$ de la part du directoire, lorsque après l'anéantissement des fore^ autrichiennes, les armées républicaines àiitaietit inondé l'Italie.
Parlons maintenant de quelques états n^pius cousidérablçs qui n'avaient fait avec la France , ni la guerre, faute d'armes et de Soldats, ni Ja^aix, parce qu'étant plus voisins d,^ l'Autriche ^ ils crai- ^ gnaient le ressentiment de cette puissance* MàisiU avaient une réputation d'opuletice , et ils aHirèrent les regards des républicains. I^ directoire ordonna de rançonner fortement les ducs de Pârûie et de Modène; en ménageant un peu plus'lerpremier,a cause du roi d'Espagne , son parent. Quant au duc de Modèoe, l'intention des républicains était de lui faire porter le plus grand poids de la contribution, parce qu'on le disait riche , et aussi parce qu'âya^**
marié sa fille unique à un prince autrichien y on le présumait 9 ou du moins on voulait le^supposer dans une plus grande dépendance de Tempire.
Lallemand , ministre de France à Venise , ( à quels actes le ciel avait-il réservé sa vieillesse?) Lallemand exhortait Buonaparte à presser le duc de Modène, à le harasser, à le tourmenter en tous sens,. afin de lui arracher des trésors dont il était avare , ajoutant que les produits se. multiplieraient en raison des vexations. Ainsi, les épargnes longuement amassées par un prince prudent et vertueux, qui n'était Vennemî de la France, ni de fait ni d'intention , allaient tomber aux mains de gens capables de les dissiper en quelques heures.
Le§ beaux-arts avaient fixé leur séjour principal en Italie ; il fallut ternir l'éclat qu'ils répandaient sur elle; il fallut compléter tout ce qu'avaient de barbare ces douces paroles d'humanité et de liberté, que lés républicains de cette époque prodiguaient jusqu'à satiété. Le directoire ordonna donc, à la demande de Buonapurte, qu'en traitant avec les princes vaincus, on exigeât d'eux la remise des tableaux , statues., manuscrits, et autres chefsd'œuvre sortis des mains des plus fameux artistes ^u monde. On voulait en enrichir le Muséum de Paris. Le temps était venu, disait-on, où les beaux-arts devaient passer d'Italie en France, et y servir de parure a la liberté. Dépouiller l'Italie de tant d'ornemens précieux, c'était certainement
commettre une action condamnable et odieuse; elle fut entreprise et consommée par le directoire . Peutêtre , en temps de guerre , un usage , si non tolérable, au moins nécessité parles besoins de Tarmée victorieuse, autorisait-il l'enlèvement de l'or, de l'argent et des récoltes ; mais comprendre dan$ la rapine , les statues et les tableaux , ce ne pouvait être qu'un acte d'orgueil excessif, qu'un dessein avoué d'avilir les vaincus. Dans les temps anciens, pendant leurs guerres en Italie, les Fmnçais respectèrent ces grandes productions du génie. François i**^, avec une munificence toute royale , accueillait les auteurs et ne ravissait point leurs ouvrages. Autrefois, et dans les temps mo-^ dénies, les Allemands imitèrent cette réserve. Ce que n'avaient point fait des hommes plus modestes, et moins prodigues de discours emmiellés, fut opéré par les républicains qui gouvernaient la France à cette époque , et qui ne parlaient que d'humanité, de civilisation, de respect pour, les propriétés, d'amitié pour le$ peuples, l^ais ces rapines leur plaisaient infiniment; aux uns, par amotir de la gloire nationale ; aux autres , parce qu'ils allaient avoir sous les yeux des modèles parfaits de la nature, embellie par la main des arts. A cette époque, en effet, s'élevaient en France des artistes, et surtout des peintres d'un rare mérite, admirateurs éclairés, ^t imitateurs savans des chefs-d'œuvrie d'Italie. D'ailleurs, au
tooyen de ces caresses envers la France , Buonaparte marchait encore à son but.
De leur côté, quelques républicains d'Italie, par esprit de nialveillance où de vertige , indiquaient aux Français les ouvrages précieux, objet de leurs recherches. Les plus modérés se rassuraient par l'espérance que l'Italie, toujours féconde, repro* duiraft des chefs-d'œuvre d'un mérite égal. Les plus .sévères, apportant dans- les républiques modemeè toute ' la rudesse des anciennes républi-»qnes,,^ se réjouissaient en disant que céa(n*nemen$ étaient inutiles à .la liberté , et qu'un véritable républicain n'avait besoin que de pain et de fer- Les bons utopistes eux-mêmes , irrévocsdjlement attachés à leur fantôme , malgré le luxe des ré-^ publicains de France, tout resplendissans d'cr et de pierreries, rêvaient encore Lacédémône^ et, parleur austérité inflexible, pnontraient ce que peut sur unq âme honnête et généreuse , une chimère qui ressemble à la vertu. T
Cependant le directoire, toujours à l'instigatiôii de Buônapartç qui ii'igncM'ait rien de ce qui se passait, voulait que les (iconm^es de talent célébrassent 'les louanges de la république, en xnême temps qucr les chefs *• d'oeuvre de l'art servaséal: d'ornement à son triomphe ; croyant éviter le re.procKe de barbarie, si lés hommes qui en. étaient le plus à l'abri) sous le rapporj dès mœurs, ^u géiiie etxle la science, se rendaient les panégyristes de ses I. 2q
45o HISTOIRE D'ITALIE.
dévastations en Italie. U ordonna donc au général français de rechercher, de combler de préve-? nances et de caresses lès savans et les littérateurs du pays. Il indiqua particulièrement l'astronome Oriani, homme que ses vertus et ses principes auraient dû garantir des flatteries d'un gouvernement et d'un capU^ine 5 spoliateurs barbares de sa patrie. Buonaparte remplit les désirs du directoire. Si la vanité l'y portait, la ruse lui en donnait le conseil y et il apercevait dans ces louan-* ges des auxiliaires futurs de son ambition. Quelques uns rendaient, à Buonaparte des adulations pour ses caresses, d'autres n'y répondaient que par le silence du mépris : celui qui montra le plu^ de courage fut l'eunuque Marchesi qui refusî^ de chanter. ... . , /
Le directoire avait manifesté ses. intentions et donné ses ordres; voyons quelle en fut l'exécution. Buonaparte n'eut pas plus tôt passé le Pô à ^Plaisance avec son armée,, que l'effroi se-répaur dit à la cour de Pal^me ; non seulement parce qu'une partie de ce duché était déjà so,us la< puissance des républicains, mais encore pa^cè que l'autre partie, privée de toute défense , était sur le pcànt d'y tomber : ils n! avaient qu'à le vouloir. Les inquiétudes étaient d'autant plus vives dans, cette coiir, qu'elle avait refusé l'accord que' le ministre d'Espagne, à Turin. ^ lui avait proposé de la part même du généralissime y au moment où les Frant-
çais avaient paru* dans' les plaines du Piémont. Le duc se trouvait entièrement à la discrétion des répul^licains ^ sans savoir à quelles conditionna il obtiendrait Tamitié : des vainqueurs. Il n'était ps^ santSt crainte de quelques troubles du. côte des par^f tisansde la France, ' non qu ils fussent ou nombreux ou puissans;\.niais parce que les esprits effrajés se reprësentaiei^t le danger beaucoup plus grand qu'il n'était en réalité. Dans, des/circonstances' si imprévues et si désastreuses, le duc s'airéta au seuL parti qui lui restait, et tenta de garantir ses états au moyen d'un traité. Quelque dures et onéreuses qu'en ditssent être les conditions, elles lui semblaient préférables à la pertf; entière de son duché. Le ipinistre d'Espagne essaya de modérer les prétentions du vainqueur; mais le ressentiment: de ce dernier était peu de chose *^près de son avidité. Il refusa d'écouter lesproppsi^ lions qui lui furent faites , soutint que ; le duc n'avait |ioint été compris dans le traité d'Espagne v et, tout en réclamant impérieusement la cessation des hostilités, il exigeait, encore de V^rgeqt, des viyres^ et des tableaux du plus grai^d prix. N'ayant donc plus la liberté du choix. Je duc adressa aux marquis Pallavicini et de la. Rosa, des instructions très étendues * avec l'ordre de traiter , et de se soumettre à toutes les conditions qu'on leur imposerait. En premier lieu , par la médiation du ministre d'Espagne, une trêve fut conclue à
45ix HISTOIRE D'ITALIE.
Plaisance 9 le 9 mai. Le duc n'avâît ni fusils, ni canons, ni armes d'aucune espèce, ni forteresses à livrer aux re'publicains ; mais îl se soumit à leur pîàyer en peu de jours six millions de t^arrne, c'èstà-tiif e environ un million et demi de franco ; dé plus,
des vivres et des effets d'habillement pour l'armée, en quantité considérable. Il s'obligea, en^ Outre, à établir dans Plaisance , pour l'armée républicaine, deux hôpitaux pourvus de tout point. Enfin, il devait livrer aux Français vingt 'tableaux des plus précieux, parmi lesquels on remarquait le Saint Jérôme du Corrège. Tel fiit l'accord passé , à Fintercession de l'Espagne, entre les républicains et le duc de Parme. On aperçoit, au premier coup d'œil, combien lesi conditions en étaient dures pour <:è prince. Cependant , je trouve écrit que le chevalier Azarà, ministre d'Espagne à Rome, y voyait beaucoup ^e modération. -Buonaparte envoya Cervoni à Parme , avec ordre de se faire livrer
l'argent et les tableaux , et de veiller à la stricte exécution de la trèvé. Réduit à eette nécessité, le duc fit remettre son argenterie à l'Hôtel des Monnaies*, 'afin de la convertir en espèces. L'évêque en fit autant. C'est ainsi qu'en épuisant jusqu!aux dernières ressources , Ferdinand parvint à rassembler la somme nécessaire , et satisfît aux conditions du traité. D'un autre côté , les émigrés de Parme et de Plaisance lançaient de Milan, leur refuge, des écrits sans nombre où le duc était déchiré;
c^était pour le prince un grand sujet de chagrin. Ces émigrés se présentaient souvent au quartiergénéral de Buonaparte a Milan. Il les accueillait avec bienveillance , les assurait de sa protection , et leur offrait des places. Les uns acceptaient et le payaient par des flatteries; d'autres le refusaient en républicains , protestant qu'ils ne voulaient rien que Ja liberté de leur pays. Ces derniers, Buonaparte les regardait comme des fous.
Eveillé par le bruit des armes républicaines, le duc de Modène s'e«fuit à Venise, emportant avec lui une partie de ses trésors. Les chefs de la république française en Italie s'en for^ malisèrent, comme si le duc eût été obligé de laisser ses richesses à Modène , pour leiu* usage. En partant , le duc créa un conseil de régence , qui dépécha aussitôt le comte de Saint-Roman vers Buonaparte pour lui demander la paix. Celui-ci répondit qu'il accorderait une trêve au duc de Modène, à condition qu'il verserait, dans huit jourï;, à la caisse de l'armée, six millions de livres tournois; qu'il fournirait en outre des vivres , des charrois, des bêtes de somme et de trait, pour une valeur de deux autres millions, et qu'il fallait donner une réponse définitive au bout de quarante heures. C'était là l'effet des instigations du vieux Lallemand. La trêve fut donc conclue : seulenâent, le gouvernement ducal obtint la remise d'un^niillion sur les fournitures, et dix jours pour
le payement des six millions. On offrit quinze * .tableaux des plus grands maîtres , au choix des républicains^ qui promirent de payer comptant, toutes les fournitures dont ils auraient besoin , à leur passage par le duché.
C'est ainsi que fut traité le duc de Modène , qui n'ayait jamais commis d'hostilités emrers la France; on n'eut d'autre motif à faire valoir, sinon qu'il était feudataire de l'Empire; titre fort insignifiant, qui ne le rendait nullement sujet du corps germanique, et quMui laissait toute liberté dans le choix de ses alliances. Jamais pareil reproche n'avait été adressé au duc de Modène, et . l'on ne s'avisa de* ce prétexte, qu'au moment où* l'on trouva convenable de dépouiller le prince.
Pour en revenir à Milan , siège principal des républicains, et d'où particulièrement devaient se répandre dans toute l'Italie des germes de trouble et de confusion , Buonaparte pritdeux résolutions importantes. La première fiit de congédier les magistrats créés par l'archiduc, avant son départ , et de leur substituer des hommes partisans ou dépendans de la France; la seconde,' de se procurer de l'argent et des fournitures qui Ëicilitassent à l'armée le cours de ses victoires. A cet effet, au lieu de la junte d'état, il institua* l'administration générale de Lonibardie; au lieu* du conseil des décurîons, un corps municipal, OÙ entrèrent volontiers quelques hommes re-' '
cobunàndables et très considérés, tels que Fraii*çois VîsGonti ^ Galée^o Serbelloni , Parini et Pierre Verri. Le général Despinoîs présidait ce nouveau conseil 5 qui lui sounotettait les affairés les plus délicates et les plus secrètes.
Cependant , pour combler le gouffre de la guerre , Buohaparte frappait la Lombardie, sa conquête, d'un inipot de 'vingt liiillions de francs. Il autorisait y en outre , les commissaires et les officiers de son armée à recouvrer, par la force , les denrées dont il avait besoin , en dosytiant toutefois un rc^ ' cépissé à l'acquit. Son intention était que la con* tribution portât de préférence sur les riches et sur les corps ecclésiastiques qui jouissaient depuis si long-temps de Fimmunité des taxes. L'exécution fut conforme à son désir ; mais les riches , soit qu'ils se sentissent chargés à 1! excès , soit qu'ils n'aimassent pas le nouvel ordre de choses, répandirent sourdement des alarmes , firent partar ger leur mécontentement à ceux qu'ils fréquentaient, et congédièrent leurs nombreux domestiques. Ceux-*ci, froissés dans leurs anciennes habitudes, aigris d'ailleurs par leur misère présente, semaient partout , et principalement piurnû le bas peuple 9 des étincelles capables d'allumer le. plus violent incendia. Pour prévenir ce danger , . et attendu .que les riches habitaient surtout Milaa, la municipalité OK^donha que les maîtres continueraient diB payer les gages de leurs dômes-
tiques ; mesure insuffisante ^ par la dii&cuhé d^aniener les domestiques à dénoncer leurs mai-* très. Elle ne s'en tint pas là : embarrassée' au dernier point y et ne sachant plus comment pour* voir à la fois au logement des troupes ^ aux fournitures obligées de toute espèce^ aux gratifications, à la table des généraux^ des commissaipes^ des commandans et des officiers y elle établit, ^ous le nom d'empruht, un impôt extraordinaire de quatorze deniers par écu, sur- la râleur des maisons et des biens ruraux dans le Milanais. Je passe sous silence renlèvement des chevaux et des voitures; ces objets appartenant, comme on disait, à des aristocrates, il paraissait tout simple à chacun de s'en emparer. Joignez à cela les excès habituels des gens de guerre , et plus fréquens dans cette armée que dans toute autre , parce qu'à Tôrgueil de victoires éclatantes et multipliées, se réunissait toute l'ardeur d'une opinion politique fortement opposée à celle des peuples^au milieu desquels elle se trouvait. Je parl^ ici^ en général, maïs surtout des chefs supérieurs ; beaucoup d'officiers subalternes , au contraire , sôit par l'effet d'une éducation distinguée, soit par bqnté natu*relie , sô comportèrent, eu public et en particulier , de manière à se concilier la bienveillance du peuple conquis ; et , grâce à cette hariiionie des caractères , les Milanais s'étaietit familiarisés avec eux, au point d*oubUer entièrement l'impression
(1796) LIVRE septième: 45^
née de la terreiul dès armes ^ et dés vexations éxer« cees par çeur4à même qui, au lieu de donner Torchée et l'exemple de k modëratic«i , ainsi que leur grade leur en imposait le deroir , encourageaient les désordres commis sôiis leurs yeux. Mais te qui contribuait lé plus à exaspérer les esprits , c'était les réquisitions arlntraires de déniées, que certains hommes faisaient dans les cam-^ pagnes', soit pour l'entretiêh de F armée, soit pour leur compte personnel. En effet , affranchis dé toute surveillailflce dans les villages, ils dépouillaient le riche et le paiivre, les partisans de hi France aussi bien que ses ennemis; multipliant en outre la menace et l'insolence ,. que Thomme |:^rdonne plus difficîl^neht qtfuri : tort matériel ; conduite d'autant plus imprudente, qu'en soulevant l'indignation des peuplés , on consumait sans 6niit , en peu de jours , ce qui' aurait pu suffire aux besoins de plusieurs mois , et que les contrées les plus riches inclinaient rapidement à une misère complète. Tout cela excitait la haine contre les Français, et plus encore contre les Italiens *qui secondaient leurs actes , ou partageaient leurs opinions» Le peuple rie séparait pas les bons des mé chans } il les enveloppait , au jcontraire , dans une réprobation commune , parce qu'il voyait que tous favorisaient l'entreprise d'une nation à qui la violence avait ouvert le diiemin du pays , d'une nation perturhiatriee, de rautique repos et du
bonheur de l'Italie. A la vérité^ les patriotes ita*' liens criaient bien haut a la liberté^ beaucoup plus haut même qu'il ne convenait; mais pou*vaient-ils espérer que^ dans l'esprit d'un peuple accablé d'impôts y et aigri par les excès du soldat y un mot vain et abstrait prévaudrait isur un mal réel et présent? Ce piouple détestait une. liberté qui se montrait à lui escortée de l'injustice et d^ la rapine. L'indignation était donc manifeste^ et la force seule l'empêchait d'éclater- Frappés dans leurs biens j blessés dans leurs opinions y les no*bles se prévalaient de ce mécontentement général y puissamment secondés par les amis de l'archiduc ^ et par les ecclésiastiques inquiets pour la religion et leurs propriétés. On répandait audacieùsement dans les campagnes le bruit de la fin pro-^ chaine . de la domination étrangère ; on répétait que l'Italie était le tombeau dés Français; que si leurs irruptions avaient toujours été rapides , leur fuite ou leur extermination l'avaient été davantage ; que «Dieu ne permettrait pas à un peuple ennemi de son nom un long séjour dans cette même Italie où siégeait son saint vicaire ; que déjà les enseignes de l'Autriche flottaient dQ nour veau entre le Tésin et F Adda ; que, des montagnes du Tyrol, descendaient de puissantes armées impériales ; que les armes vacillaient dans les mains du Français insolent ; que le moment était venu de s'unir , de s'armeir , de se le^er- pour la défense
(1796) LIVÎtE SEPTIÈME/ 459
de ce que Thomme a de plus cher , de plus respectable et de plus sacré ; que les faveurs et les récompenses du ciel attendent ceux qui préfèrent la patrie à l'existence ; que le succès était certain y et que déjà les enseignes de la république fuyaient au loin devant les aigles de l'Empire.
• Ainsi croissait un mécontentement dont on attendait les résultats les plus funestes. Le comte Gambaràna^ homme actif et grand ennemi du nom français, passait alors pour l'auteur princi-' pal de ces instigations. Il ajoutait que les Français avaient le projet d'enrôler de force la jeunesse de Lombardie,. de l'incorporer avec les sol" dats de la république , fet de la faire marcher contre l'empereur. Une fois alarmés, les esprits accueillent avidement to.us les' bruits qui circulent ; çt ,' malgré les efforts des magistrats choisis pai' les Français, quoi que pussent faire leurs partisans pour persuader le- contraire au peuple , celui-ci resta convaincu de l'exactitude des rapports, et s'en pénétra chaque jour davantage. Au milieu de ces ressentiment , une action vraiment hoi^ible fut commise à Milan . La haine rompit alors toutes ses digues , et déborda comme un fleuve.
11 y avait à Milan un nnîont-de-piété très riche, où se conservaient, soit gratuitement et à titre de dépôt, soit à intérêt comme nantissement, de fortes sommes d'or et d'argent, des bijoux de la
4ao HISTOIRE D'I11A%IE-
plus haute valeur^ et différons autres objets de moindre prix. Selon Tusage» en Italie, une grande partie de ces dépôts^ formait là dot de pauvres demoiselles, et s y tenait en réserve par lés parens jusqu'au moment du mariage de leurs ëhfans. Cet établissement était sacré pour tous, uon seulement parce que c'était un gage de foi publique, ipaais encore parce, que la meilleure partie des consignations appartenaient à des personnes peu favorisées de la fortune,. ou victimes d'événemens raalheureUi^c. Buonaparté et Salles tti avaient k peine mis le pied dans là cité impériale de Milaû, qu'ils s'emparèrent, malgré les représentations de plusieurs généraux , des objets les plus précieux du mont-de-piété, les dirigèrent sur Gênes, et donnèrent avis au directoire qu'ils y resteraient à sa disposition. Cette spoliation fut bientôt conane; on ajoutait, et c'était eu partie la yérité , que le bien des pauvres n'avait pas été plus respecté que celui des riches. Cette circonstance , l'incontinence des soldats, les dévastations des campagnes ^ les emp(;^emens des patriojes, dont les unis vantaient au peuple une liberté qu'il ne comprenait pas, dont les autres , par leur exemple , donnaient à penser que cette liberté n'était que l'oubli des moeurs, enfantèrent une indignation générale. Le peuple prêta l'oreille à des rapports sans fondement ; il ne vit plus ou méprisa les dangers, et résolut de se sou-
(.796) LIVRÉ SEPTIÈME. 46x
îéver Contre les Ftancaff, Milan luî-ittême tte fut pas exempt de troubles» Un jout que les républicaîas fafeaîeHt je ne sais quelle réjouissance dutour dé l^rbre de la liberté , le peuple ëil conçiit une telle 'îiiretir qu'il coutut contre eux et allait salis tloute lê^'nialtraîtér , si Despinois /à la tête d'«n escadron de cavalqrîe, n'eût i^éprîmé cette -imp^tuosîté, et dispersé aussitôt la multitude. Mais les choses ne. se passfèirent pas aussi tranquilletneilt aux environs dé la ville, surtout vers la porte du Tésin. Dans ces campagnes, les Français et lés patriotes italiens voyageaient seuls ou peu àctOnipagnës; la force armée n'était pas là, dôinme à Milan ^' toute prête à les défendre; 'ils forent assaillis et massacrés par les paysans. Ces meur- It&s en présageaient de plus nombreux, et laîssaîent entrevoir les plus terribles conséquence». Toutefois le fort dé la tempête était dans lé bis p^ys, vers le Pô et le Té^îtl^ à Binâscô, prîftcipaFement , la rafge- contre les Frànéais et ceux qu^ori appelait jacobins, était parvenue à l'extrême. Binasco était situé sur la grande routé, \ une égale distance entire Milari et Pavie. Persuadés que les traitemens lès plus cruels devaient être permis contre des hommes qui, selon eux, foulaient aux pieds la religion, et pillaient les montsde-piété; les habitans et ceux des pays voisins égorgeaient saris distinction les Français et les
Italiens partîi^ads de làlFrance. Ce sbulèvement n'ayant pas été prévu, un grand non)l>re de Français et même un détachement tout e&tier'dé soldats de cette nation furîent inhumainemeût as* sassinés par cette multitude, animée d'une furis^iir aveugle , Weii plus que du désiî^ légitime ;de dér fendre la patrie contre Tétranger et ses adhérens. Li&brùit de l'approche des Autrichiens, répandu à dessein par les <:hefs des mécontens, acquérait chaque jour plus de consistance. Les populations du Pavesan se soulevèrent a rexen;iple de Binjasco. Armés de fusils, de pistolets, de sabres, de haches, de bâtons , de tout ce que le hasard lem* ayait offert, de tout ce que la rage lelir: avait feiit saisir, leshabitans marchèrent sur la capitale de la province. Ceuxlà n^ême, et le nombre en était considérable , qui savaient que l'arrivée des Autrichiens n'était qu'un bruit chimérique , ceux-l» se réunissaient à 1^ foute tuiEhultueuse, peri^adés qu'ils étaient que les Français accouraient pour i^iettre le sac dans Paw. Les Pavesans eux-mêmes, déjà* irrités à. la vue 4' un arbre de liberté planté sur la place.publiqne par les amis, du uqm français, irrités encore par le brisement d'une statue éqpestre de bronze , réputée antique, et paraissant représenter un emper«eur romain,. s' étaient soulevés dans la matinée du 25 mai , et parcouraient la ville , armés et furieux. La fo^le se pressait sur la place. Déjà, a^
(1796) LlVRE^^SEPTtÈMË. 463
milieu des cris, du tumulte et des rires bruyans de cette multitude effrénée, de jeunes enfans se groupaient autour de Farbre, et se disposaient à l'abattre. Chaque heure, chaiqua instant voyait grossir le rassemblement. Le tocsin résonnait à coups précipités dans la ville ^ et se confondait ^ avec' un bruit tei^rible , au tocsin des campagnes. Le peuple lançait des cris de mort contre les patriotes , qui' se cachaient dans les retraites les plus secrètes de leurs habitations ; mairie peuple mon-* tra plus de modération dans ses actes que dans ses paroles, et se contè&ta d'emprisonner. :0^^?: qu'ilpàrvint à saisir. Les homnuesjpaîsibles s'étaient renfermés k la hâte dans feurs maisons, et atten-*
daient avec aniliété ce que la fortune , dans un danger si pressant , allait faire pour leur sabit ou leur perte. Les soldats français répandus dans: les environs avaient étéari^êtés. Ceux qui étaîent.restés dans la ville , au liombrè de quatre x^nts environ, la plupart mal équipa, malades ou convalescens, ne s'étaient réfugiés qu'avec p^ne dans. le château, où le défaut de* vivres rendait pour Qiix une longue défense- impossible.
Sur ces entrelaites , arrivèrent les habitans «des eampagnes , rivalisant de fureur avec cens: de la ville. Qttelques individus parmi \m f^uç opulens, soit qu'ils craignissent pour eux-mêmes, soit qu'ils se rappelassent que le peuple déchaîné s'en prend
464 HXSTOfRf DtTALII. .
également à ses aiHis et ks6s jennemis^ éjt |»lûtèt aitVLX richesrqu'aqx in4îgéas ^ soi! qu'ils .Youlussejiit favoriser le mouven^eiit ^ avaient fait apporter sur la pkce , des barriques, de vioy du • pain ^' de la viande, et- d'autres comc^ibles ea. adiondaËicei Au çiilieu d'une'telle çoid^^n.^ la voix des honnêtes gens ëtaht^ouffée , les méchans tri)omphàient^ les pa^isatis^dbuie': ignorante et foréence^ linrapaUe d^ sountaftreies éVéqeménsaux oaloulfr dç la m* son y 4ié 5M)ya(ii^^ucu9 secours se présenter eà ù^ veur de leurs ftdversaires^'s'aJiàndâniimietit d'avance à L'excès de lew^ib, aadéHre de: leurs espécanc^») et àéjk se- priiûlAmaieiit,^ en^idée , les. libérateurs de Milan « <le li I^nfa^die et deTlMi^ tout ea^ tière;- ..•.'./♦ -^ ■ . ,
- ^ Au: «néme momeni, arrivait i Pavie Haquifi) général feaimais^ qùi^ iL'ajatit rien appris de ce tumulte^ se rendait saas défiante an quartier^enér ralde Buonârparte. IJifsns'à peine ayaiili-il inisjléptôd dans ks^murS) qu'il |ut entralbé. h. llHo^iel-dë^viH* où dé}à beaucoup de sbljdats français ^ dssann^'^^ atvpouvoir de là multitudie fbrieuse, attepdaiônt, incertains^ ou la vie ou la jmidt, ApresjrvoirfcaclK Haquiu dans l'endroit Je plus rcîîulé de l'Hôtel, les magistrats mi^'ent tous leurs, soins à .eabner l'efferv^scenêe -«vêugle itpii s^agitait autom^ d'eux; efforts iniitilé»^ la rage avait pris, la. place de.b raison. Enfin, la populace effrénée force l'entrée
(179!$.} fJfVHË SS^t^'IÊMË. 4^
dis l'Hétél^ â*eni{Ài^ du géaëfisil français , pt «ilaît le iDa88ai:rtr> lor$q[ue Lçéig^flSciersifiiinîcipairc^ Im falisatit.iia rrâ>pstit de feiiisûprpsy le' ^aiwitieiit èfieore €11 ee tàùmeM. Cependant^ &appé ^^ini cmip dé tliïotinétte'aii.iittlieu dës^épanles'^ il lut tviââé pat! les^' Tues^aamiiieu d'une foale immemo qur^ comme une bète fsrdee acharnée' à sa prdie^ potiâsait d^borribfes burieéiens^ et ckeroUàk à dé*' cliîrier tdâi^ktime* Touièfois^ tant de &irie dut €e« der au «onÈtragé des clie& de la ydle, tpii ahnèrant mieux e'expOser eux-fmâmeâ a la meurt que de vc&it le ^«ïëral fraoçat^ égorgé à leurs jreujç : exemjkle méiDoraMe ^ 4^[^e des plus grai»la.éhy^s^.et:£ât pour honorer les aûiiales de T histoire I
En mèrhe^mps qm plnsiears des municipaux assuraient le salut de Haquin^ d'autres travaillaient k la déUvran^se ded; !Ërâliçàî$> arrâtés« Le soccès courotina leuf s ' efforts généreux, et beaucoup/^de Frandaisy arrachés < au ^Itis grand pérS, lurent redevables de- la yie à rfaumanité des magîstratiB italiens, -qui y sans arities, par leurs èxfaortâtiéns seules et| l'autorité dé leur nom, parvinrent enfin ii comprimer cette populace déchaînée.
Haquin eut bientôt l'occasion de manifester sa reconnaissance. Buonaparte , redevenu maître de Pavie^ voulait faire périr les magistrats comme «luteurB de la révolte. Haquin plaida leur cau^ avec ;sète , et supplia instamment Buonaparte d'épargner des vieillards, plus propres k ramena !• 36
le peuple à la sdumissiou qu'à Texcitér à la révolte; des hommes 9 étrangers aa soulèvement qui âyait eu lieu ^ et qui ^. par une éclatante géuéro^ sites ^u péril même de leur existenoe , Tayaient mis à même ^ lui et plus de cent cinquàate Fraa* çais qui leur devaient la vie y de solliciter pour eux le bien&ii qu'ils en avaient reçu. C'est une grande satisfaction pour nous de pouvoir signaler l'action piteuse de ce bon et valeureux Français^ de la saisir au milieu des destructions ^ des dévastations et des massacres ; au * milieu des accusations mu* tùelles y toujours condamnables parce qu'elles sont toujours exagérées^ de perfidie chez lès Italiens et de cruauté chez les Français.
Malgré tout , la consternation régnait dans Pa* vie, non que les Français inspirassent beaucoup d'épouvante, l'exaspération aveuglait les esprits; mais les gens de bien craignaient que cette rage ne cherchât un aliment dans le désordre et dans l'anéantissement de la malheureuse ville. Le jour n'était rien à l'effiroi, la nuit redoublait les alarmes; et cette noble cité se voyait réduite à périr, ou par la fureur intestine, on par la vengeance de l'étranger. Ainsi se passèrent les deux nuits du ^3 au 25. La garnison française réfugiée dans le château venait de capituler, le peuple se croyait plus que jamais certain de la victoire , et il touchait à la catastrophedéplorablé qui devait couronner son entreprisé insensée.
€ Qn. était au a5 niai^ lorsque taut-à-coup, d'abord dans le loiptaia .et^bieifLtôt de plus près ,- on enfieiidit retentir le bruif du canon; à chaque ins^gt les coups se n^i^^ipli^ient .plus rapides ; tout annonçait. un viol^^^t of^e du côté de Binasco. Les uns disaiçal^ ^i^e ^c'étaient les Autrichiens qui approchaient^ ][^'P^!^ grand nombre n'en croyait rien, tous commepcaieat à trembler sur l'ayenir; les citadins surtout demeuraient consternés. Les paysans , obscurs par le nom , inconnus par le domicile,- pouvaient fuir facilçment, à la vérité, au moment du plus:grand danger; mais la ville, objet certain des foreurs de l'ennemi, la ville restait exposée au choc de cette épouvantable tempête.
Buonaparte, après avoir laissé une garnison dans Milan, s'était dirigé sur Lodi, à l'effet de :poursuivre , avec sa célérité accoutumée , Tarmée vaineue de B^aulieu, lorsqu'il reçut la nouvelle du soulèvement de Bi):iasco et de Pavie. Appréciant l'importance de ces mouvemens, sachant qu'un incendie de cette nature est plus prompt à s'allumer . qu à s'éteindre,, il retourna subitement à Milan, emmenant avec lui un escadron de cavalerie d'élite et un bataillon des plus braves grenadiers. Considérant ensuite que la multitude, qui s'était révoltée avec fureur , pouvait persister avec obstination, peut-être aussi voulant épargner le sang, il résolut d'envoyer à Pavie monseigneur Vis-
468 HiStOlfefe D'i-TALIÈ.
ëbhiiy arche vécfue dé SCIân. H éspâ'aîf ' que ce personnage , par Tautori^é 4e son rang et de ses discours^ râhièherait à dè^ idées ^His satines les esprits envèniiliés ; mais , en iiiénié tetàpsi , voulant que la forcé âssiirât ce que lè§ exhôrtatiôtis pourraient bien, après tout , lië ]f)àéi6pëWt' ,'ll i*idsenlblà des trdùpes et les tîiit prêtes à itiairttier sur Pavie. Elles partirent sans délai, rencontrèrent, chemin faisant , les Blfaaschesiens , qif elles l'om-' pirènt îsans efforts, «t ddnt elles firent un graiid carnage. Arrivée^ à Bina^co , elles ntirêht \é feit à plusieurs quartiers et i^ui^rent le village en cendres. Le peuple apprit piar'ce funeste emblée-' ment que le carnage liait dû camàge^, que la fiiatnme appelle la flamme , que les fourches , les bâtons et rinipétuosité désordonnée de la multitude sont de faiblies armes contre lés baïonnettSôs , rârtlUèrie et la discipline d'une artnée. L'infortuné Bibasdo n'oâHt pendant léng-temps qu'un monceau de ruines amiantes et de cendres accutnulées, Éijqét VétHhU de méditation pour le moyageut qui is'irrêtait à les contempler.
tlepeildant Tardievèque arrivait à Pavie , ^t s'étânt placé au balconde FHôtel-de- Ville, adressait à la foule rassemblée pour l'entendre, les exhô][lations les plus vives. H rappelait la défaîte entière des Autrichiens, la victoire complète des Français , la soumission génélrale des peuples , l'incendie de Binasco, l'arrivée des phalanges
(i7ô6) LIVRE SEPTIÈME. 469
' rëpu|^|icaine$ ^iltir^es de yengeance y Tapprck^. de BQonapai;te luî^rmeme ^ yainqu/epr de * tant d'ar-*mées^ ^coutume à s^ laisser flécl^ir par la soumis* sum ''))ien ph» qu^à pardojFli^^r ^ U résistance : c(]^€ti|f^:4 pieii ^ y^criait-îl, qui* cpndanine toipjours Içs i^cès. P^o^ez à yos fen^mes bientôt ye^n^m ^ k vof isnfans bientôt orphelins; ^éprioiez u)^ fia^eur ^yeu^ qui Ypu^ entralne^au précipice. $99f «^ ? cette a^tiq^Q ^it^*, séjour desm^vqlij^ dff Fart ^ siège 4e tanjt 4^ inonmn^n$ ^agpi%i;i^ S#pjs ^tjifiefi^p^; qoi 1^ prot^gçnt,. sans .^m^éç qujbrl^ déf<¥i94l^ i^lM ^r^it s^udaiii l?i prpie:4'^ftç soldatesque étrangèref ^ paijni^e à li^ ^e^ge^i^pe) pa^r U9^p^tain^.^yi^P4Q^t>le« ]Sjii|^SGoefit.4éj|lt i;^4^^en cendr/e^^ fe H^fnm^ yfi 4éFprpr Payi^e .çlle-^L^fjoi^ I8Î i^PM Xîéd^ à TOe ilWpjQ ipanif^stç, ^glutôlqu a la ypit:4eve*Ii?i' q»i, d,ws ses. pripcipea, cjUn§.sp^ rlàig.et(4anpîî6ia yieil]lj^$9!&> prouve phis: d^.p^iJÉs ppur liate Ip^pa^nspngç ^is ppur qraiijLdre |a ipo^t;..» ;4iii>«î paiîlaîjt ri«*çbBy)êqti€ii, mspjré ftprjMWrrtiR^ h. 4é*îr 4^ >s|#v^r 1^ yi)j^..J^i$ l(çs fîipipuXi ,<mi l'ée&ttt^iânt p^. mpstrèr^t jdtfs ^cqf^^ib^jij ^ Fiepreur deJte^Mjr- espHt q»'k 1* p^sysuafsioa^ 4e. spç P»r xoteft^Jk s'écî^èçOTt ji^'il ^ £4bit poiinlt prêter lV»reîlb'aw 4i9^iy^ 4fe^'arpbey<êqus^ qu'il était :vendu: ^m FCTnçai?^i>|uft fi>'^»t un î^iG^feifl > et forodîgùpiPMit rnwJte ay^^^e?^ injsiresr w y^nérabïe piiâiLt; H »e ms^filt 4ia9frflJ»is d^sp^ra^çç;. Bésabii$ée 4MéDayânt $ur T^â^liv^e des Au1xiçhi«ns^
470 HISTOlfeE D'ITALIE.
certaine au contraire de l'approche triéhaçahte dès Français , là multitude ferma , barricada les portes, et distribua partout sur les mui^aîHès, des hommes armés pour les défendre. Maïs voila mie Buonaparte arrive comme la foudre, et eôfeiicè a coups de canon ces • portes mal assurées. Le peuple fait d'abord quelque résistance ; 'mais, cédant bientôt à des armes réelles et à des bataillons disciplinés, il abandonne les remparts et s'enfuit en désordre. Les paysans regagnent les campagnes y les habitans se cachent dan^ leurs maisons : que va résoudre le vainqueur? La ville s'attend au dernier désastre ! ' '
La cavalerie républicaine entra dans la Ville au galo'p-, massacirant tout ce qui se trouvait sur son passage. 'Une centaine de mécorltëns bérireht dâiis cette 'première charge. Buonàpârte lùï-tnême se présehte'à la porte de Milan, pointé son artîllerite contre 'la rue principale, et foudroie horriblenient ^intérieur de la ville. Scène de désolation erd'effroi, où se confondaient tout ensretnbl^ les éclats dfti-canbh-, les . gertiissémeris ' des' fuyards et des mburàns j le tréjpignement des chevaux^ et les cris dejftireur des soldats acharnés à la desiructîon de la cité ! La mort, qui planait dans les'rties;, poursuivait ses ^Victimes jusque dans les habitalions. Enfin le sac général est ordonné, Buonaparte livre Pavie à la rherci dû soldat. A peine cette résolution terrible fut -elle connue qui!
(.,98.) ^'IVIRÉ SEÎtl^MS. • 471
s^elôva de toutes parts un ^oulooreux concert â'è^tiltâêntalions capables' d'attendrir lesiccdurs les plits endurcis. Mais le soldat y farouche 'd& sa nature , ihrilé d-ailleups «par lé meurtre de ses comjpagnoiis y ^ Kâtà de ë<^ittWttrp des actes condam-> n^les, non pas seulement pëhd^nt la paix, mais cdndàmnaljles^ méilfié pendant la guerre. Si le péril jnéûaçait les fortunes, îl menaçait- aussi les pêrsônntôS.Là beauté la plus -ptfriTarte , la chasteté la plus pure n'étâîeftft qu'un aiguillon de plus à la brutalité i^ns frein des |rilWds; Ces demeures , naguèî*e heureul séjour de la félicité des fan>ilies , étaient devenues celui d'ui^e douleur et d'un efiroî sarïs ^xemple^. Les pères et le$ mères voyaient dittfager à lenirs yeux c^ vierges dont leur tendresse active' avait, jusqu'il ce jour, environné de tant' de 'soins la piideur et l'innocence ; et la perte la moins sensible était ceUe de la fortune. Lia rage de l'étranger laissait d'ai&eux vestiges dans les lieux les plus sacrés. G)mbien de nobles édifices mutilés, combien d'utiles et précieux ornemens dispersés et .détruits ! Le pauvre était plus à plain* dre encwe que le ric^ie : celui-ci ne perdait qu'uzk mobilier,, faible partie de ses richesses; celui-là perdait son unique ressource. Telles étaient liés prémiceS'de la liberté. Prétendra-t-'On , en faveiir de Bubnaparte , que le sang de ses soldats égorgés demandait vengeance , que la sûreté de son armée automiiit dé pareils excès ? D'accord ; mais était-il
47* HliiTOïRE D'ITAl/IÇ.
9ulter)^6 petsoniias etda 4^Vastjer..le$j6|iipp4§Eie92 Lf^ r£iisou VQut. dpçç. qu^e cfcs.acteç ,d^. bar>bari^ soieftt rjapportes à U^t véritaWeiftUfewj et.c'çfti là^ju'ea doutons pas» l^'j^g0|Ile$l; <fu'<ea pppbf l'Etre suprême , jtiât^ appréciateur 4?^ no? œuynoSf .La auit du a5 lAai de^ceiidil; ^ofiii » :et yiqtfisoii-y vrir, à la foi$L, .Ips :crmiujtfés. 4eii y^nqaeurg^ (B*4e8 sctu^raac^ de3 Yàiaous. X''^$(ÇW»^ redoublait encore la terreur. Au^ g^]t|is^eIl;le^ cg^i aoi?taîei|l de$ lieu¥ nombres et ^^{^és , op; devinait dcaii|3sçè9 dont l'humaaité a }@pl.iâsd'^i;i|$iu? ^t d'épouy^at^f C est ainsi . que s'écbiiU cetJie! nuit i ii^^^ems^ ^m milieu du. mëlang.e confus ;des ci^s. ptlii^aésr par. h diésespoir , des menaâ^s .de 09ux. qitt^.dajà.^^harg^ de idépouUles> en exigeaient en^Qi^. davantage r)
des^Uées et venuea.QOiitÎQii^llfsajd^^^^^^ ^^^^^ r^jQt à la rapine.èu reVemant du^llage^ Scèntf déplorable, éclairée de tenips êA t^^pipa^païf les lueiirs incertaines qui brillaieut çà c^bîà 4iins câ| horribles ténèbres. Le jour qui survint m^. lifit cesser ni les toumieiis.ni« ]es violenjôèd); B^ulement'i la soi^deTor qui ne $' éteint pas > caaliniiait9.plu$ àirdjentç qu^ lai»*utalîté dea.sens ({liLs'apatsé, et si le . soldat sa nribntrait toujoui^s iaitrid^^de hAi^ i ilneiongeait plus du tiioins à odtra^eil ja fninieur^ Toruteïbis:, le. retour de la! lunnièr^ ; orendaft 1^ spectacle plus douloureux ^^ eu eupoaanl; d^ugnand |0ur Teffet du.dtbas&dde la àuit» Lite^ fjiabiiims
(,796.) LIVRE SEJ^TlèïUR 478
{iPu^i^Rt mesïtrer par eux-mêmes toute détendue de )e«i^ 'pertes-; ik fondaient en laitee^i pendant §^U» soldats > i^éifnis ta' foule dans les maisobs raTUgées ou ^w les places pubH(|^es^ faisaient écl|»tl9i! :nn0 joie l>rajante et des iïs ikiimodérés , bfauftîispt^Venivi'sâeilt^ raeontàient avec jactance ^ à^ilf^ ;iM4ière.des'ci(qipiâ9 leuos ëi^lbîtd réeb ou (^plf/m-ii et se. iéli^dui^oi }i%i(teai^«ft :d!aiiroir (^jjBJé.jes atrocité d^ Tinjijire paît ki^tgtMcités de
;,v T^:S4v moa|rait're«sepdJi3 de U tif^upe ; knaîs à I^U4^pUisexpie l'iiidî^at^^n et h pi\iéi dont pf^ ont remplis d^ Mlions si^ :ci^tienef 1 nous JSpi|ss$«L| oid:il|er 1^ to4it0 d<& .bîeikl)kisan(^doi)ta'^ don^Qt heauooi^ 4i soldai -fiiançaîs ^u tiiilien de .i^ttc) époùt/^ntalAe: cwlîliaî^ ! JSop . naxfalK^ 4'e^^.<^t 9 détectant [la fdêulïé que leut donnait B^^qap^rte^ refiftè^ent de^ «ou^r leiihj^ina du pUla^ de U-vUlle : -d'antâ^es^ jpilus^ri^éreux eorcfiifp^ $e^ j^açaie^l i^':deT4ptMdes. malheufi^uic que i4;¥iA^Wl^ i^U^t; :ft»i^^y o«»' 'feisawit: m rempart 40* lewr$ :Cd^p^<4UK} ifrantm^s Jndbrtpin^ que't^ d^s)ÎA;i^9eur aUi^t^^^^ocf. Des rixes sanglantes #'jékv^refrt mém^ ^e»*!» Jes -Uiia et Iqs autres, 4ti;«iig^ <fu(h^llfr^tj^fela «|)œpaskion'et la brnt^ Uté<! «l'ià.^nteiidii l^oontêr! à de J^uiitt et chastes Mm(psateoraiEoebty}daJBidr QQt e^ .féiAy des 6$|ldat^ ^Ran^ia lesrityaAeéftttfTadhéfikàTô^^ |eJ'4à;faiteBdu > j^tidea;(larau^s îdlallendrvs^Buûâ:
'474 fttSTÔIREi D'îtALIË.
oiitcoiilfe de ihefi yeux. Chez <}uek[u«§f lâtl^iâe^^l soldats^ c'était 'jmpulsdon spontanée dë>I|L<niEtdi^ chez les aûff^, c'était la pitié qui lés^^sâift^il après coup. Entrés eux-mêmes dans les niaiâ^ns envahies; ils allaient prendre paH^u brigatlfihgiè^ lorsque^ frappés subitement de l'épôiivante <ôf t^td douleur des faabitans^ ils s'arrétaiiefit, et d'èé^etiiiÀ furieux deTenaient en un monieilf gàrdîen^^^S^ et défendeurs généreux- Quelques uns, VoyaiitU^ femmes s'évanouir à la vue des atrocités qiiî les environntnent,' oubliaient aussitôt leurs 'projeta de rapin^^ s,empressaient autour de ces femmes pour les rappeler à 4a vie et les rassurer. D'autre» enSi^y transportés, du délire général et déjà chargés ^iJe -dépouilles ^retouniaient tout à coup restittiër»lé^^uît de leur rapine-, parla seule idée qui se présentait à eux de la misère où allaient «e trouver leâ>pr6priétaires légitimes* Si donc, au nrilieu d'un tel dés^ ordre, quelquélS' Français d'un naturel dépravé^ ne 'se laissèreiit toucher ni aux prières ni àuxlaihen* tations de> leurs iviiitimes, d'autrefà firent preuve d'une bonté parfaite et d'tine compa$si<ki pliïs puis^ santé chez eux que la vengeance et 1- avarice : d'autant plus louables en cette circonstance , qu'ils avaient encore à résister 4 l'exemple ! N'ouMioas pas de dir4e>que^: parmi ces violations d« la propriété, ces insultes à la chasteté i le sang du moins ne roi^t apbint les mains du vainqueur , sujet bien digne, je ne dirai pas de surprise, mais de$
jpltis grands éloges , puisque lé soldat trouvait à lài foîi'', dans le meurtre, impunité et profit. Une partîciilarité très remarquable dans cet éve'nemènt, fut le privilégie accordé aux bâtimens de l'Université. Ils forent préservés encore bien qu'îFs' retffermassent y et surtout le Muséum d'Histoire naturelle , beaucoup d'objets de prix , même pour des soldats. Ces égards avaient été récommandés par les chefe militaires,' et c^est un des- titreis de Buonaparte à la reconnaissance de la postérité, qu'au milieu de pareilles foreurs, le soldat ait conservé pour les études, et les objets qui en sont les auxiliaire^ , le respect qtti leur est dû. Pins admirable encore fut lamodération des officiers subalternes et des soldats ^ui, remplis dé vénération pour le non» dé Spallànzani et d'autres savans professeurs , s'abstinreiit , à la plus légère invitation , ou sans en avoîi* été nullement priés , de portéi^ atteinte aux propriétés de c'és savans .* pouvoir suprême de la .scifetiéé et de la vertu, même sûr les hommes accoutumés a vivre au milieu du sang èf dés armés.- '" ' '- ''
EnHri le 26 , à niidi , se termina lé pillage ^ ainsi que Buonaparte l'avait ordonné. Satisfeil de la punition infligée >' lé Vainqueur ne cberehàf |^ht à se venger de ceux qui, prî^ les armes à k'inain , et encoretoutcbuveHsdti^àng des français-, avaient mérité^ selon les prétendues lois de la guerre , que les républicains les traitassent comme ils avaient
476 HISTOIRE B'WAhlE.
traité les répiiblicaiiis. Un seul, dans le preipiep desordre 9 âtf passé par les arme^; trois 4ùtr^> couverts -de blessur^\et^u danger de «uqçoi^ber^ fureot portée à TliÀpital. Le^ journaux et les écrite du; ten^ racontèrent fauçsèment'que les: WB^ff04 trats y qui tons ^appartenaient à Ja nqblea^^rav^^ea^ été punis ide mort; iJa, furent seujienient priyéi de Ieur$.cb^i^es.etç0nd9»ti à An|ibes^nqiml)^é4Jfi^^ ge$, a«rpc plijusiç;^, ^f^^i^ lat^taps d^.pjù^ ipi^t^^ ble€î, En <Hitre,;.lei| d^bes Jurent ^nj^p^'d^m^ tontesles jca^inpagni^ ^ e^e^ pii;>wla1^aQ^4és^rii|éa0;
ville. qfi^poqtt« j la pl^içc fiit mùua- k&tp. fi àt^fiqg; P{^«i«f<^r«Qlée parure «eçsMBEsesiyiçlfK»^
rf gi^liç^ ,f . g^âç# , aux ro^ô^F^ aSeolaçim^^ dés
ces soldats ,. if^n^\B&, par .Ijujç. rf 4gw|f^ W >■ ^V* ibffajbV»s,iflJçoçp j^ .^Mir^ actç^ï -^e ffjpeiniçsr, «$ le
l#^«OMf^n^ i«#»g^^«te;flç4oa^t(^fjff-e^e:rpBï^ jsfl$jp»l>«x, ftt 1«!S» piÇ<jiÇBs^|i^/fei;eqïf .pQ|^;>Jé%4e
ventement en Élisant l'accueil le plus flatteur 'à l^pallanzani^ Scarpa , Volta, Maschei^nî *, ftrescîani^ BrugnateBî, et les autres aatans , lumière et honneui*de l'Italie . Cest ainsr que parmi le fracas des armes, se relevait F université de Pavîe, et le plus bel ouvrage de l'eiriperéur Joiépb ii , trouvait des protecteurs et des appuis chez ceux-là même
trtii avaient enlevé ritàlîe à* ses successeurs. L'ëlee^
tion de Razori ^ à là place de professeur , trouva seule de l'opposition; jeune encore, il entrait avec une ardeur extrême dans les toies^ nouvelles qui sWvraiçnt , tandis que les autres professeurs , hommes graves, prudens et expérimentés, auraient voulu trouver dans leur collègue, le désir de conserver un état • de cKoses^ éprouvé, • plutôt que cet amour pour des innovations incertaines.
Le mouvement'de'Pavie avait un moment dé*tourné Buonaparte de Fexécution de ses desseins; Le tumulte apaisé, il s'appteta de nouveau- à mettre la dernière main à ses projets contre Beau^lieu. Ce général, ainsi que ilous l'avons rappoité, s'était établi avec les débris de son armée sur
la rive gauche du Mincio y de manière qu'au moyen des ponts de Rivalta , de Goîto et de Borghetto, dont il était maitre, il avait Ëicilement accès sur la rive droite. L'heure suprême de la république vénitienne s'approchait; la foudre , jusqu'alors éloignée de son territoire^ allait bieniôt éclater sur sa tête. Deux rivaux enflammés Tun
contre l'autre, se dkposaieat à ufie lutte aussi sanglante qu'elle deyait être acharnée. Instruit de la résolution prise par les Français d'attaquer l'ennemi partout où ils le rencontreraient, lèse* nat voyait que la Terre-Ferme serjait le premier théâtre de la guerre ; et quoiqu'il fut impossible d'apercevoir le résultat précis du choc terrible qui allait avoir lieu sur le domaine.de Venise, on prévoyait déjà qu'il' ne pouvait enfanter que les événemens les plus déplorables. Il ne s'agissait plus^ en efifet , du simple passage d'une armée qui se rend à sa destination, et que la crainte n'oblige point à laisser de garnisons dans les villes et dans les forteresses. L'état des choses était tel, au contraire, que les deux partis, sur le point d'en venir aux mains , devaient d'abord penser à saisir tous leurs avantages, même au préjudice de la neutralité de Venise , parce que la conservation personnelle et la nécessité de vaincre l'emportent sur le respect dû à la dignité et aux droits d'autrui. Les représeutans publics de Brescia et de Bergame , le dernier surtout , citoyen rempli de zèle , avaient eu grand soin d'informer le gouvernement de tout ce qui se passait aux frontières^ et du danger, qui, chaque jour, devenait plus pressant ; mais leurs instances étaient demeurées sans effet , parce que le temps manquait , et que les partisans de la neutralité désarmée prévalaient toujours dans les conseils de la républi-
(.796.) UVjftE SEPTIÈME.' 47^
que^ îBottfefois . le/ m<^ïneat était criti^e^.clt le sénat 9. <}a{i& ùaè circonstance ap^ei •gi'aY^^r ejt qid embrassait t<>u$tse$ intérêts^ désirant établir Ijipité daofi la condmte des affaires de la ^^Jperf^fm^, y avait enYoyé.ù^^me proy éditeur g^éral, Nicolas Foscarini^ d'abord son ai[nba^ad6<ii; à- Çon-* staotinaple. C'était un'hbname ami (J^.soq pays^ d'un esprit sage^ mais de peu dè-résoltitionj[ et trop faible assurément pour un fardefiu si pesaij^t ; il eii fournit bientôt la preuve. A peine, entré dans ses fonctions >' il se montra rempli; de terreurs pour l'avenir, he sénat espérait que Fqscarini trouveraitd'habilèstempéramensavecle$ ch^fs des deux arinées; et qu'en leqr démontrant la sincérité de la république ^ il les déciderait à causer le moins de domndag^ pos$il;4e à la nation. Il espérait aussi qu'en voyant réunies dans une Sjeule personne des fonctions si^éminentes.^ une autorité si étendue 9 les populations de la Terre-Ferme^ persévéreraient de plus en plus dans leur dévouement à la république^ et qu'elles verraient, daps la mission d'un provéditeur chargé spécialement de veiller à leur salut, un témoignage du souvenir, et de la protection du gouvernement. On adjoignit à Foscarinî, le comte Rocco San-Fermo : était-ce bien sage ? On ne le voit pas , puisque San-Fermo ne montrait pas d'éloignement pour les opinions nouvelles , et qu'il inspirait peu de confiance à l'Autriche. En effet, quand il remplissait à Bàle les fonctions de
499 HISTOIRE D'WALIE.
niinistve '4« -Venise , sa mûson avùt ébi le raade^-^oM cdnimttn<ies ministres de Pmsse^ d'E»- {Mi^pe éft de Fraiice , au moment où €es ptuiKânoes négocioiéiift k paiic eiitre eUes. Revêtu d'une mi^^ sion aussi im|K>rtante, le provéditeur gênerai éta- Mil; sa rësidétiice à Vérone , ville considérable , située sur TÀdige^ et voisine dès lieux où devait d'abord éclater la ténipéte. Il fat accueilli avec de grandes déiiionstrations de joie par les Verônais, persuadés que sa présence devait influer sm leur sàlut ; mais les -Véronais ne connaissaient pas les temps 9 et le sénat lui-même en avait mal jugé. Dans un tel dérèglement de principes politiques^ dans une affaire où^ des deux c6tés^ il y allait de la fortune tout entière de Tétat^ espérer qu'on écou« terait la voix de l'honneur et de la justice , espérer qu un magistrat désarmé put opérer quelque bien 9 c'était bâtir sur le sable. Le procurateur Pezare l'avait prédit ^ en demandant des armes et des soldats; mais il ne fut point écouté, et la république s'abandonna , sans défense , à la loyauté de ceux qui n'en avaient pas.