G HISTOIRE D^ITALIE
de Gènes ^ se présentèrent au sénat. L'Anglais enjoignit à la république de rompre toute cornmUfiâcation avec la France , de chasser ses agens et de n'en reconnaître aucun , tant que durerait la guerre. U ajoutait, dans son langage superbe, que les confédérés ne pouvaient tolérer une neutralité qui ajoutait aux violences de la guerre , et plus préjudiciable à leurs intérêts que la guerre même. Avec plus d'orgueil encore, l'Espagnol exigeait que la république lui livrât tous les batimens chargés de vivres qui se trouvaient dans le port , en destination pour Marseille ou appartenant à des Marseillais; déclarant l'un et l'autre, que si la république se refusait à leurs sommations, ils bloqueraient ses ports, ruineraient son commerce avec la France et avec tous les pays occupés par les Français.
Cette violence anglaise, je dis anglaise parce que sur les représentations du sénat l'Espagnol s'était désisté ; cette violence fit voir qu'un peuple libre chez lui peut être tyran chez l'étranger. 11 est certain que , parmi les actes d'insolence qui se multiplièrent à l'excès dans la suite , il n'en est point de plus extrême que celui-ci. Vit-on jamais un gouvernement interdire aux vaisseaux d'un autre , quel que fîit leur chargement , l'entrée de tous les ports d'un vaste royaume? Lés Génois portaient des vivres aux Français ; mais la
(1794) LIVRE QUATfllÈME. 257
république de Gènes était indépendante y ne relevait aucunement de TAngleterre.; et de quel droit cette puissance prétendait-elle s'y opposer? Les Anglais n'avaient-ils pour nuire à la France que des moyens condamn^ibles? Us.deyaieat alors se retirer de la Méditerranée , et laisser les Piémontais^ les Autrichiens^ les Français et les Géipiois convenir entre eux de laguerre^ de la paix, au de la neutralité , cqno^me ils l'auraient entendu et selon les droits des nations. Que venaient faire les flottes des Anglais dans la Méditerranée ? Dér clarer la guerre à qui n'était pas l«mr ennemi? Opprimer les faibles? Qu'est-K^e donc, que la force séparée de la justice? Mais reprenons notre discours au point où un mouvement ^'indignation trop légitime est venu l'interrompre. Ce^.abn$ de puiséaiice était d'autant plus odieux que Draine n'avait point de mission à cet égard , et obéissait aux inspirations de $a fureur personnelle plutôt qa'aux ordres de son gouvernement. Ce dernier, toutefoia, commit une faute en ne punissant pas son agent d'avoir pris une détermination si gi^^Y^ par elle-mêxpe, et si préjudiciable à rhoime\ir de l'Angleterre. Tout cela se passait avanf; que les Français eusseiit mis le pied sur le territoire. de Gênes ; c'était donc pdur eux. un aiguillpn beaucoup moins qu'ion frein; il y avait donc de la part des Anglais violence arbitraire , et npn re^ présailles légitimes.
a58 HISTOIRE D'ITALIE.
La seigneurie de Géaes fit observer avec dignité^ au ministre du roi Georges ^ toute l'injustice de pareilles préteatioDS^ et plaida de fioc^ veau la canse de sa liberté y de sen eommèrce et de «on indépendacice ; mais Drake , n'éooulMvt que l'intérêt et la colère ^ ne se readit point aux remontrances de là république^ quitta Génies pour se retirer à Livoume y déclara eu état de blocas les ports de la répubkque^ cdui de Gènes en particulier y et i^t savoir que tout navire qui voudrait en sortir ou y entrer^ serait capturé par les vais-seaux anglais y et confisqué.
L'événement de la Modeste, Tinsolence du blocus^ les violences exercées^ jusques sous l'artiUerte du mole contre les bàtimens génois^ avaient excité l'indignation de ce peuple vif et généretix*^ au point que le nom anglais était devenu l'objet de la hainjs la plus profonde. Des officiers de cette nation étaient^ls obligés de paraître dans la ville pour leurs propres affaires ; te peuple fiuieux les poursuivait de ses injures et 'dé menaces plus ter^ rîbles encore. Ge n'était pas tout y les Génois por*taient . à cette époque y plutèt par habitude cpie par esprit national y une cocarde noire à leur cba*peaïi;'et comme les Anglais en? pm^laient une semblable y lesr hommes de tout rang y de UMte condition^ les femmes elles- mêmes ^ ordinaire^ment indifférentes à ces vivacités politiques y mais animées de l'indignation générale, les femines ar^
(.794) LIVRE QUATRIÈME. a5$
racfaaient la coGdirde h eôuK q«ii la'porbieâ^i U decbtraieM aV^c tnépris , et la foulaieipil aux piecU ^ là co^vrâ»t d^impr^iâitiotts «^ d'outrager. .
Telle était alors là situation politique de Génes^ mai» les Français ayant envabi le territoire de la république^, ks vexaflionis se multiplièrent aait« mesure 9 grâce aux instigations de Tillj^ el en' liaison de l'exaspération des noya^^euirs . Dana ces^ circofistances difâciles > le sénat députa vers tou^ k4 princes d'Europe pour les informer que l'inva^îoii avait eu lieu^ non seulement saos aucune. parCki* pation de sa part , mais eiico^re contre sa voloatié expresse; qu^ils pouvaient êtte certains que la république ^ to«}ours>conséquenf é^veç eile*mei»e j invinciblement attachée au sentiment de kidéli^ catesae et dé Fho^neur ^ ne se départirai! JAiimis des pricieipes d'une stricte ^ et sinoère netiflraUtiéy En ménie temps le sénat pourvut à la traofuôttité. intëmiire et a h sûreté de la capitale. Il orga«fisa une garde urbaine y appela dans la ville un pbia grand MMafidbre die trôupea réglées- et augmentai les ÊnrtiifieaitioiiB de Safvone : il fît femoier aiissrlftDBbairf son du pharmacien Morando ^ point de réumenr des démocratesv
De nouveaux eittbanrasr ne tardèreul pas: à se jonràrer aux prenriers. Ainsi que noua l'avoir dit ^ kt Cwse était tombée an pouvoir des Anglaie.; l'amiral Hood 9 Elliot^ ministre plénipoteniftiairê
a6o HISTOIRE D'ITALIE.
anglais , Paolî , gênerai de Tannée corse , convinrent de tempérer par des lois la domination étrangère. Un projet de constitution fiit rédigé ; il n'y manquait plus que l'acceptation du peuple. Une diète ou congrès général fut convoqué à Corte, et la constitution acceptée. Elle portait :
Que la Corse était un état monarchique ;
Que le pouvoir législatif résidait dans le roi y et leâ représentans du peuple sous le nom de parlement;
Que les actes du parlement ne pourraient avoir force de loi , qu'après la sanction du roi ;
Qu'aucun impôt, taille, ou contribution, ne pourrait être établi que du consentement du parlement; ^
Qnç le parlement aurait le droit d'accuser, au nom de la nation, devant un tribunal o^/^ê^ tout agent ^quelconque du gouvernement dans4e cas de prévarication ,' et que ce cas serait déterminé par une loi ; *
Que le roi pourrait dissoudre le parlement y k la charge d'en convoquer .un autre dans les quarante jours ;
Qu'il y aurait en Corse un vice-^-roi ; v
Que la nation aurait le droit de pétition; : Que<:edroit pourrait être exercé collectivement par les^ magistrats, et individuellement par les citoyens ;
(1794) LIVRE QUATRIÈME. a6i
QuQ Fadministration militaire appartenait au roi lui seul ; que le souverain déclarait la guerre y signait la paix^ nommait à tous les emplois^ les magistrats municipaux exceptés 9 dont la nomina* tion appartenait au peuple ;
Que nul ne pourrait être frappé dans sa liberté , ou dàiis ses biens , qu'en vertu d'un jugement. Si l'arrestation n'avait pas eu lieu conformément à la loi , l'individu arrêté pouvait se pourvoir devant les tribunaux compétens pour obtenir des gommages-intérêts ; '
Que les délits emportaçit peine afflictive ou infamante^ seraient jugés parjurés;
Qu'il y aurait liberté de la presse , et répression de la licence par les lois ;
Que la bannière de Gorse porterait une tête de Maure avec les armes du roi :
Que le souverain de- la Corse était Georges m , roi de la Grande-Bretagne, et après lui ses successeurs, dans l'ordre d'hérédité au trône d'Angleterre.
Espérons, disait ensuite Elliot, dans un discours prononcé à cette occasion , espérons que l'union de la Corse *et de l'Angleterre sera heureuse et durable. Confiance mutuelle , conformité de caractères, communauté d'intérêts. Ne craignez rien de tyrannique d'un prince célèbre par ses vertus , célèbre par sa modération ; d'un prince qui a constamment gouverné par les lois, et qui
i62 Histoire d'italie.
ne veut pour appui de son tr6ae que la liberté et le bonheur àe ses sujel». Corses, vous voilà libres et heureux. Vous eonserveres vos antiques Vertus, le courage et l'amour sacré de la patiîe. Vous cultiverez et verrez fleurir à jamais parmi vous cette liberté qui garantit les droite du citoyen et la félicité des nations, réprime l'ambition et le vice, protège la religion et les lois, assure à chacun la ^jouissance de ses biens , et repousse avec horreur Faiintraire et la vî<rfence. L'organisation de la Ck)rse fut une calamité pour l'état de 'Gènes. A peine Hood et Draké se furent-ils assuré la possession de l'Ilé , que Paoli lança un manifeste de guerre^, au nom de la nation corse , contre la république. Après avoir rappelé les injures -faites aux Corses par les Génois, reproché à ces dei^niers leur tyrannie pendant leur domination, les secours d'armes et de munitions donnés aux Français assiégés dans Bastia etSan-Fiorenzo, leur incroyable partialité en faveur du gouvernement féroce et désordonné de la France, Paoli déclara les hostilités ouvertes contre la république. Il exhortait ensuite les Cofses à mettre leurs bàtitnens en- état de guerre , et à courir' sus aux navires de Gènes y abandonnant aux armateurs la propriété^ non seulement des bàtimens dont ils parviendraient à s'emparer, mais'encore, excès vraiment énornie, celle des marchandises génoises trouvées a bord
(.794) LIVRE QUATRIÈME. a63
des vaîaseaux neutres. Il orcbmna qae txmt siiitt àe la i^uUiqite , £aiH prisonmer y s^ait aosené dans nie , ti^té comme esclave , et cendaixiné à labourer 4es campagnes^ enfin cp'il serait aceeardé eent écus' de réccuEDpense pour c^qite esclave condint à Basiia.'
Que Paoli y ennemi déclaré des Génok^ > et excité par d'anciens ressentimens , se sait livré à de pareils excès , on le conçoit; mais que les Anglais > alws souverains de la Gctrse, et tout puissans sur l'esprit de Paoli ; que les Anglais qui vantaient leur civilisation et leur humanité ^ les aient tolérés^ provoqués peut-*étre; qu'ils aient permis qu'<m inscrivit sur un manifeste européen les mots, d'esdave et d'esclavage ; c'est une indignité que tous, les hommes frapperoirt d'ana-^ thème. L'Angleterre transportait-elle donc Alger dans la Corse? La Hier fut couverte de corsaires avides. Les armc8 d'Angleterre figuraient sur leur paviUon à coté de la tète de Maure ; Elliot signait les lettres de marque ; le préjudice qu'ihr causaient au commerce de Gènes était inexprimable et pire encore que ne le comportait le manifeste.
Enfin r An^eterre entendit les plaintes de l'innocente république; mais sa niodération ne fut ni sincère ni complète. Elle ordonna la levée du blocus de Gènes; mais elle déclara en même 'temps que les armateurs corses j autorisés par les ministres anglais^ pouvaient capturer les bàtimens
a64 HISTOIRE D'ITALIE.
génois et tous autres en destination pour la France^ ou venant des poirts de cette nation ; que leur chargement serait confisqué , et les hommes emmenés non plus comme esclaves , mais seulement comme prisonniers^ selon Tusage des pays civi* Usés. Drake revint à Gênes , croyant peut-être qu'une indulgence fallacieuse équivalait à la justice et à la bonne foi.
Si la condition de Gènes , par rapport à l'Angleterre, était devenue plus tolérable en apparence, les rapports de cette république avec la, France s'amélioraient en effet. Robespierre n'existait plus ; des hommes plus modérés se trouvaient à la tête des affaires, et Tilly avait été rappelé. Villard, son successeur, par l'aménité de ses procédés, faisait espérer à Gênes phis de repos pour elle-même , de sécurité pour ses voisins.
Mais l'état de guerre ne donnait point de relâche à cette malheureuse république. L'occupation d'une partie de la rivière du Ponent et les accidens qui en avaient été la suite , les progrès des Françaisjusqu'à Finale, faisaient craindre qu'ils ne débouchassent dans le Piémont, par la route du Dego et du Gairo , la plus courte de celles qui conduisent dans les états du roi par les hauteurs des Apennins. Les armées allemandes, promises par le traité de Valenciennes , n'étaient pas encore arrivées ; et il ne fallait pas espérer que' celles qui se trouvaient disponibles fussent en état.
même en les réunissant aux Sardes , de chasser du territoire de Grênes un ennemi ardent et puissant. Tout ce qu'on pouvait attendre de ces troupes, c'était quelles couvrissent le Piémont jusqu'à rentière exécution du traité de Valenciennes. Dans ce but, les troupes autrichiennes qui avaient été rappelées de la Basse-Italie , se concentraient dans les environs d'Alexandrie etd'Acqui; mais voyant que les Français se portaient. en forces, vers Loano' et Finale, elles se rapprochèrent elles-mêmes, et se répartirent dans les places de <]arcare,-Mallàre, Altare, Millesimo, Gosseria et Cairo; ces troupes montaient à douze mille hon^mes , infanteme et cavalerie. C'était l'avant-garde et le gros de l'armée ; l'arrière-garde se tenait à Dego, place située sur la. grande route entre .Gairo et Acqui. Là se trouvaient la grosse artillerie , le» magasins et les fours de l'armée. Les confédérés mettaient tous leurs soins à se fortifier dans ces positions, au moyen de tranchées et de redoutes, principalement sta mont de Sainte-Lucie à llest de Vermezzano, sur la route de Gairo, et enfin sur certaines éminences qui dominent la Bormida au-dessus de l'écluse du Moulin. Ges tranchées et redoutes de Sainte- Lucie et du Moulin présentaient une position des plus redoutables , et les Autrichiens y avaient placé, leurs plus grandes espérances pour la victoire. Ainsi fortifiés , soutenus par une bonne ar-.
266 HISTOIRE lyiTALIE.
tilleriei maîtres de k route de Bego , ils comp* taient pouvoir résister avec avantage à reuaemi. De plus, quelques bataillons piénontais campes a MorozEO , marchaient sur Millésime pour opérer leur jonction avec les Autrichiens qui défendaient le passage de Cairo.
De leur côté y les Français qui avaient eu avis de ce mouvement , prévoyant aussi , d'après qndques démonstrations de l'armée impériale , qu'dle voulait s'emparer à l'improviste de Savone y résolurent de prévenir Tune et l'autre opération en attaquant les Autrichiens dans leur camp de Dego. Forts de quinze mille hommes y ils t:Iiargèrent l'avant-garde autrichienne et la chassèrent de ses positions de Mallare y de Carcare , de MiUesimo, du col de Saint- Jacques de Mallare y et ties émi*^ nences de Saint-Jean de Murîaldo, la poursuivant jusques sur les hauteurs de Cairo y qu'ils occupé-» rent dans la nuit du ao septembre, notamment celle qui commande le château. Par suite de ces événemens, les généraux autrichiens Turckeim et 0)lloredo se retirèrent à la &veur de la nuit avec leurs troupes, au camp de Dego, firent rétrc^ader leur grosse artillerie jusqu'à Spigno, ne gardant avec eux que l'artillerie légère qui était nombreuse et dans le meilleur état. Pendant tous ces engagemens, les Autrichiens passèrent et repassèrent sur le territoire de Gènes; les magistrats protestèrent contre la violation de la neutralité;
mÙB aussi inutilement que ceux de Vintimille l'avaient fait à l'ëganl àes Français.
Le :2 1 septembre la bataille était imminente ; c}'uii:caté y. ardeur incrojaUe doublée par le souvenir récent des TÎdoires ; de l'autre ^ constance éprouvée, fermeté inébranlable dans les rangs, de fortes portions , des retrancbemens , une artillerie supérieure. Dès la pointe du jour, les gé^ uéraux autrichieivs avaient rangé leur armée en bataille. Ils l'avaient partagée en deux corps dont l'ua, qui formait l'avant^garde , occupait les bauteurs de GoUetto jusqu'à la Bormida , et s'étendait, en suivant le Pianale , jusqu'à Montebrile sur la vallée de Carpezzo^ En avant du passage de Colletto, qui mène k Rochetta de Càiro, se tenait, commie garde avancée , un détachement de hulans. Le passage lui-même était muni de deux boudbes à feu , servies par des volontaires ; dans laplaine, et vers le centre de l'avant-garde, il était défendu par trente^^ix pièces d'artillerie : six placées sur le mont Sainte-Lucie , les autres sur la rive du fleuve au-dessus du moulin. Le corps de bataille s'étendait depuis la montagne de Bosco jusqu'à PoUovero et les hauteurs de Brovida. Un bataillon de Croates échelonné sur le mont Cerretto appuyait l'aile gauche j un autre bataillon de chasseurs protégeait l'aile droite sur le mont Vallaro.
Le général autrichien Wallis, commandant su-
a68 HISTOIRE D'ITALIE.
prême de l'armée, arriva au camp peu de lûomens avant l'action , et après l'ordre de bataille établi. Persuadé que les Français , dont l'artillerie était presque nulle et la cavalerie peu nombreuse , tenteraient ^ au moyen d'engagemens partiels sur les hauteurs et dans les défilés, de prendre son armée à dos en tournant ses deux ailes y il détacha de l'avant -garde quelques bataillons qu'il réunit au. corps de bataille dont dépendait le succès de la jour née •
Les Français montèrent à l'assaut, conduits par le général en chef Dumorbion , par les généraux Masséna et La' Harpe, et le général d'artillerie Buonaparte. Ils étaient accompagnés des représentans du peuple Albite et Salicetti , et de l'agent national Buonaroti. Leur armée était divisée en trois corps : le premier , soutenu par cinq cents hommes de cavalerie , prit la route qui conduit à Rochetta de Cairo, pour attaquer la position de CoUetto; le second , passant par le couvent de Saint-François de Gairo, chargea les chasseurs qui défendaient le mont Vallaro ; un détachement de ce même corps , formé des plus v^illans soldats , fiit dirigé sur le col de Vignarolo, dont l'occupation devait faciliter la prise du mont Vallaro ; le troisième, côtoyant les hauteurs qui dominent la route de Cairo et de Rochetta , devait déboucher à Textréme gauche de CoUetto., Déjà le premier corps, c'est-à-dire celui du centre, qui était
arrivé par Rochetta , ayant repoussé la garde avancée , attaquait avec fiireur la position de Colletto. Ébranlés par tin assaut si terrible^ les Impériaux cédaient de temps en temps ; mais se ralliaient aussitôt ^ soutenus par les deux pièces de . canon qui faisaient un grand carnage parmi les Français. La seconde colonne ^ après avoir forcé le passage de Vignarolo , vigoureusement défendu par les Autrichiens, chargea ces derniers sur le mont Vallaro et sur les hauteurs de laBormida. Les Allemands plièrent au premier choc; mais Wallis les ayant fait appuyer par deux escadrons nouveaux y ils retournèrent au combat avec plus de valeur et repoussèrent les Français au-delà de Vignarolo, La troisième colonne, qui côtoyait les montagnes à gauche, ayant rencontré un corps d'Autrichiens placé en embuscade dans les ruines du château de Rochetta , et qui recevait en ce moment un renfort de troupes fraîches, fut également forcée de se replier ; de sorte que sur les deux ailes , la fortune paraissait favoriser les Impériaux. Mais toute l'importance de Faction était dans la position de Colletto , attaquée et défendue avec une constance admirable. L'infanterie française n'ayant pu forcer le passage, la cavalerie se porta en avant et chargea si vigoureusement la cavalerie autrichienne, que celle-ci, après une courte résistance , se retira, quoique en bon ordre, au-delà de Colletto, protégeant aussi
a7o HISTOIRE D'ITALIK
la retraite de riofanterie ^ et emâaefBint avec ^e les detnt pièces de canoo. L'intentioa des Impé-^ riaux, gupérieisps em caviderie et en artitterie, était probaUement 9 afrhs avoir &it un grand carnage dans l'année Êrançaise, d'attirer la cavalerie républicaine dans la Vallée de Polovero^ oà eUe eût été Êicilement foudroyée , en tête et sor ses* flancs^ par les batteries de Sainte-^Liicie et de Pianale. Les Français virent le ]nége, et aperce^ vant laS'deux cotés de la vallée couverts de troupes enâoeraies qui seraient pu les cerner de tovtes paris , ils se gâurdèreort; Inen de s y aventurer. Les Autncbiens aya»% donc abandonné ^ soit par force , slHt pstf artifice y les retrsuac^m^Eis de CoUetto^ se retirèrent^ toujours menaçans, dans leur positions formidables, du «mont Sainte-Lucie et du moidiai Les Français descendirent dans la plaine , et swr la. fin du jour se trouvaient ééj^ pires de Zîagam> à l'entrée daPolovcrO,. lorsque les batteries de Sainte-Lucie et de Pianale se mirent à jouer contre eux avec wift hc^rrible fracas. De leur coté ils basaient tous k^urs efforts pour emporta le défilé^ pendant que Fan «se battait encore aux deux estrémifiés de^ h. ligne; la nint seule put mettre un terme au combat et au carnage« Les Français se virent forcés de retourner an point d'oà ib étaient partis aut-dèlà de GcdleMo^ poiu* échapper ^h feu» non interrompu de l'artillerie- ennemie. Ha p^r^rMi daoa cette journée plus de six cents bon^
soldats, les Autrichiens au-delà de sept cents, paitni lescpn^ ptusieurs officiers de itearque.
Les deux partis firent preuve de valeor et de sciettoe militaire à la bataille de Dego. Les ex^ pressions manquent pour rendre l'ardeur, si l'on ttf veut pas dire la rage arec laquelle les Fraur Gais montèreot à l'assasik. Il n'en fallait pas moins pour tenir la balance égale. Point d'artillerie , peu de cavalerie, et en tète une artillerie puissante , une cavalerie nomlNreuse , une armée fortement retrandiée. On ne saurait trop louir aussirkdbtleté des généraux autrichiens , la constance et la fincnde intrépidité de leurs soldats.
Leadeux armées s'attribuèrent tayictOH^e ; mais il est (iertain^ à toiiÉt prendre, que4ea Impériaux /eurent l'ayantage , puisqu'ils obligèrent lea JWaffiT çaîs à se retirer., qu'ils oonservèrenit euxrwemes toutes levrs positions^ at qu'aucun accident, déteitminé par rennemi, ne les contraignit à la rer traite* Le résultat définitif parut cependant don^ nw ràvwtage aux Français. Les Autrichiens «n effet, so&t qu'ils ^craignissent que la B^rmîda, grossie, par les crues d'automne, n'interroinfdl; ieurs conuKiuniciktion6 atec Àcqvà où étaient les magasins de l'année , soit^ c&mme. l'ont dit ji^ geurs écrivains f qu'ils e«mei4 reçu avis qn'tni corps français , parti , de SaiTQne ^ se dkigeait piu^ la Yrallée d'JËrro pour les prendre à dos et leur oour per la retraite ^ abandonniètwt leurs fortes, poii*-
lions dans la nuit du ^2 y et conduisirent leurs bagages avec leur artillerie dans les murs d'Acqui. Remarquons ici qu'un ùlux avis avait été donné aux Autrichiens. Aucunes troupes françaises ne se trouvaient alors à Savone : elles s'étaient toutes concentrées pour faire un grand effort contre Dego^ et nid autre corps notable ne se trouvait depuis Nice jusqu'à Savone. Que ces faux rapports fussent l'effet de la parcimonie ordinaire aux Autrichiens^ ou de la malveillance des peuples , ils influèrent puissamment sur tous les événemens de cette guerre , et firent souvent échouer les entreprises des Impériaux.
De leur • côté y les Français craignant i{uelque piège , ne pouvant croire à l'éloignement de leurs ennemis , s' étant même attendus à être attaqués au point du jour, n'entrèrent à Pego qu'avec les plus grandes précautions ; mais une fois cértains-de la réalité des faits ^ ils bannirent toute inquiétude , et se hâtèrent de transporter en lieux «surs, dans la Ligurie, les provisions considérables de farine, d'avoine , de pain et de fourrage , abandonnées à Dego par les Autrichiens. Non -contens d'envahir les propriétés de l'état, les républicains, par une conduite bien différente de celle qu'ils avaient tenue ht Oneglia , s'emparèrent aussi des propriétés particulières, saccagèrent les maisons que la frayeur avait Mt déserter , omsommèrent pour leurs besoins , ou anéantirent par le gsis^pillage toute espèce
de vivre qui leur tomba sous la main y mirent le feu à la maison du seigneur , dévastèrent les vi* gnes encore chargées des raisins les plus délicats ^ détruisirent une quantité considérable de gros et menu bétail, et montrèrent enfin en cette circonstance^ combien leurs actions étaient peu conformies.à leurs promesses : présage funeste des calamités plus terribles réservées à la malheureuse Italie.
Trois jours après 1 craignant d'être. surprise par les troupes accourues du camp de Morozzo , arrêtée aussi par les approches de l'hiver,, l'armée française évacua le territoire de Dego, et se retira dans le Génovésat où elle se fortifia, principalement à Vado, attendant que la saison nouvelle lui permit de tenter de plus.graij^des entreprises.
.^i»»%^^^^ii%^^L>%»%«^%^%^^ ^ ^%<m»» ^»^^^^^^<%^^»/^»*^^>%fc%/fc^^m»^^%^^ %<v»»
Le roi de Sardaigne persiste dans son alliance arec 1* Autriche. — Préparatifs militaires de ces deox puissances da côté àe l'ItaKe.
— Le grAndodoc de Toscane fut un accord avec la répulilicpie Crançaise. — EUscours de son ministre Carl^ à la conyentîon nationale, et réponse du président. — Discours du noble Queriiii^ envoyé de Venise , à la même convention , et réponse du président.
— Bataille navale du cap de NoU , cntve les F|Wiç»s et ^es Anglais , livrée les i3 et i4 mfurs ly^S. — Pa^x 4e l?i Pi^se avec la répiir bli<][ue rfrancaîse. — Guerre sur la rivière de Gènes; succès de9 alliés. — Conspirations et rigueurs dans le royaume de Naples. -:- Troid>left sérieux en Corse contre les Anglais; Paoli rappelé à Londre^ comme suspect; cai;9ctèr^ de .ce Cçr^e. — Mcmiieiiiens insurrectionnels à Sassari^ en Sard^igi^e. — Paix de l'Espagne avec la France , signée à Bâle le lo juillçt. — Le roi d'Espace élire sa médiation, au roi de Sardaigne., et' comment ie roi Vicvbt reçoit cette ofire. — Conseil convoqué à Turin pour dâibéner sur la proposition de la paix. — Discours du marquis Silva pour la paix ; discours du marquis d' Albarey pour la continuation de la guerre. — La guerre est résolue. — Bataille de Loano le a3 novembre 179$ ; ses résidtats importans.^
OUR la fin de l'année précédente y la fortune s'était montrée favorable aux armes républicaines y non seulement du côté de l'Italie ^ mais surtout vers l'Espagne , les Pays-Bas , et les possessions de T Autriche sur la rive gauche du Rhin. Tels avaient été les progrès de la France sur ces diflférens points, qu'après avoir chassé les armées anglaise, hollandaise, prussienne et impériale, elle s'était em-
parée du Brabant, de la Hollande^ et de toute la partie allemande en deçà du Rhin. Déjà mêâië ses soldats menaçaient de passer ce fleuve , et d'enyahir la rive droite. L'éclat et la rapidité de ceis victoires faisaient craindre une rupture de la confaderationw U pouvait se faire que quelqu'un des -alliés^ désespérant du résultat de la guerre^ préférât une paix, peu s&re peut^tre, mais en effet aaoins périlleuse y à une lutte dont le Succès était devenu y sinpn impossible y au moins fort incer-^ tain. D'un autre côté^ ie nouveau gouvernement établi en France après la mort d^ Robespierre^ montrait beaucoup plus de modération envers le^ citoyens , et* de ménaîgetnens à l'égard des puis^ sances étrangères. Il condamnait hautement les perfidies et les hauteui« dont on uvait usé envers les gouveroémens et leurs sujets; protestait de ses intentions amicales, et de son respect pour la tranipEillîtédes autres , tant que les autres respec<^ teraiisnt sa propre tranquillité. Tout inclinait au repos et a l'ordre, fl n'y avait plus que ce nom de république qui frappât désagréal>lement l'oreille des souveraine de l'Europe. Ils prévoyaient que ce nom seul , et cet appât dé liberté que les Français présentaient sans cesse dans leurs écrits et dans leurs paroles, liberté d'autant plus puissanté sur l'esprit des hommes , qu'elle se montre à eux soùs des traits ' plus vagues et moins déterminés, amèneraient avec le temps, sans le
secours d'aucuae force étrangère , d'importans changemens dans le système antique. Cependant la modéi^tion s' étant introduite dans ^ le régime intérieur de là France , le danger /de nouveaux troubles se trouvant : ainsi éloigné , il était probable que quelque inecnbrg de la coalition , voyant les arme^ .françai^çs plus redoutables^ les maxitnes désoi^anisatrices moixts à craindre, chercherait à s'^&urer. des avantages au détriment de tous les autres, ou de quoiqu'un des confédérés. On se^doutail.surtout que là Prusse nourrissait quelque arrière-pensée, soit.par, lé désir constant d'abaisser laimàisori d'Autriche,' soit par l'efiFet de âes anciennes liaisons'avec. la, France, soit' enfin par crainte de lajlussie.qùi excitait toujours les autres puiss^nç^ , et ne iaisait rien pour les aider. En plus d'une oçjfcai^ion déjà , le roi Frédéric Guillaume, ayait donné matière à ces souprçons, tantôt en retirçint ses^ trQ^pes. du théâtee ;de la guerre ,. ta,ntôt en nièttaïUt k prix leur cj^opération, et tantôt eh hl^a^t Ips levées eoi; masse qui s'effectuaient en Allemagne^ De tout cela^ il résultait clairen^pait pour dés regards exercés , que ce membre de la çonfédératign était sui: le point d'abandonner la cause comniune, et qûi-^ conque connaît les ressources de cette puissance et la situation de ces états, appréciera .facile-», ment l'influence que devait avoir un pareil événement sur les affaires de l'Europe. On.crJaigiiait
donc que l'hiver , saison de repos pour les armes, mais d'activité pour' les conseils , ne conduisit à quelque négociation capable de diviser les alliés , et que les Français n'ouvrissent la campagne prochaine , en pénétrant au cœur des états dé l'un ou dé plusieurs des confédérés restans. Du côté de r Allemagne, les Français avaient acquis tout ce qu'ils pouvaient désirer. Maîtres de la Hollande et des provinces allemandes en deçà du Rhin , le seul motif qui leur restât de porter la guerre sur la rive droite du fleuve , était l'espé-» • rance de forcer, par de nouvelles victoires , l'empereur d'Allemagne à reconnaître leur république, et à conclure la paix avec elle. 'L'entreprise eût été longue, peut-être difficile ; car l'Autriche , quoique maltraitée par la fortune , restait encore formidable, surtout si l'on s'en prenait aux états héréditaires. La France, d'ailleurs, savait qu'elle pouvait attaquer l'empereur d'un autre côté, avec moins de péril et autant de succès.
Quant à l'Espagne , quoique les Français s'en fussent ouvert la route par la prise des forteresses de Fontarabie et de Figuières , ils n'y projetaient pas une invasion bien sérieuse. Le pays était pauvre, les opinions contraires, et la distance telle, qu'ils n'auraient pu ni agir de concert, ni profiter de leurs victoires , ni réparer leurs désastres. Ils ne croyaient pas non plus qu'un dé-
bordement des armées républicaines f&t BOGes* saire pour contraindre le roi d'Espagne à Ift paix , persuadés y au contrsôre , que le bruit de leurs armes sur les frontières de ce royaume amène-, rait seul . ce r^ltat. H leur paraissait encore qu'une invasion de l'Espagne était une eptrcprise extraordinaire qu'il -ne allait pas tenter légère-*^ meut y réfléchissant que si leurs aacêtres s'en étaient constamment abstenus^ ils n'avaient sans doute agi que par de graves et pmssans motife} çnfîn une considérationr particulière les déterminait en cette occasion. Le duc d' Acudâe était devenu tout puissant en Espagne par la faveur de la reine; très habiles à juger de. la situation intérieure des cours étrangères , les. Français pensèrent que le duc aimerait -mieux consolider son pouvoir > au moyen d'un traité qui éloignerait un péril imminent y que de conserver intacts l'hon-^ neur y la réputation et la dignité de la couronne d'Espagne.
Restait l'Italie y contre laquelle visiblement devait éclater 9 plu&que tout autre part,, l'impétuosité guerrière des Français. C'était dans ce but qu'ils avaient employé tant d'efforts à s'emparer* des sommets des Apennins et des Alpes ; qu'ils avaient fait accourir l'armée victorieuse de Tou»* Ion à la garde de tous les passages, prodigué les^ promesses et les flatteries au roi de Sardaigap et à Gênes; dans ce but, qu'ils avaient endormi
(1795.) LIVltÊ CINQUIÈME. a79
Vefoise y séduit liar l^é^cstne , ttùùhié le rbyafunie dé Nâples ; dand Cé but ^ ^ik re<!réaiéht dansr lepoPtde Toulon une mariû^ j^uissatite^ et ca-^ pable d'agît* fdrtei^^^eht d^us Kâd eauiè de la Médî«éi*M(ee ; dans ce but , eiifin^ qu*îts se met--^ talent skâfS'pelârcbe Tés^t à Ik torffuré y peur cbii^ venir défi lAoyéns ^ de l'époque et dé là voie \k jAv^ ùw>fSLh\ék¥ envahissement de l'Italie. Tous lettre projets se rëùnisëaielït sut* ceVte ôohtree ^ parée qu-ils apercevaiéntV détis là faiMesise et là déstmioti de ses priAces^ les nlOyensr de là parcourir à volonté ^ Ainsi ^ nlàlgré Texpéri'eûce de totfe Ites temps, une invasion dfe là péninsule était encore rébjet de prédilection dès l^rançais. Ils espéraient aussi qu'après la défeite de ses arihées d^Mlils , et à là nôttVelle de la coût^uétë dé cette nbfcle contrée , r Autriche épouvantée côUSentiraît bientôt à' traiter avec eus.
Ces dééséîtisr, que Fon ne prenait pa^ là peine de dissiniUtei* comme on le pratique ordiôlSî^^ ment , mais qUe Ton jiUblîait au contraîre 4l^ soiti, afitt'd^nSpiirer jilus dé terreur, pttodiïisaîent mt l'esprit des princes d'Kalîe dfes* effiétS différens; Le-rèi de' Sardaignë se ti-ouvaît' dans là posîlSon là plus crîtî^e. Lé puissant bbtilevarrf des Alpes lui é«ait éillWé , la guerrt av^it épuifeé ses fihaucesy et 41 lui' étlait aussi difficile dé se déclarer pouf la' paik que pour la guerre, s'irn^'est pas plus vrai de dire qu'une fetàle nécessité ,
58o HISTOIRE D'ITALIE.
une destiaée inévitable ne lui laissaient plus qu^à éprouver si les armes y toujours assujetties à la fortune, ne lui seraient pas plus favorables Tannée prochaine. D'un côté, en efifet, il avait en tète un ennemi dont il redoutait Tinfidâité p^idant la paix y dont il avait éprouvé la valeur terrible dans les combats. De l'autre^ son pays était couvert de grosses armées autrichiennes; il eut été bien difficile de s'en débarrasser ; la tentative n'eut pas même été sans danger. Ainsi , que ^e fut prudence ou nécessité , il se roidit contre la fortune , et persista dans lalliance éprouvée de l'Autriche , dont les principes politiques étaient en harmonie avec les siens, plutôt que de ^ jeter dans les bras d'un ami incertain qui faisait profession de haïr la monarchie. Il lui paraissait odieux, d'ailleurs, et indigne de lui, de rompre le traité récent de Valenciennes, avant de savoir ce qu'il devait en espérer pour son salut. A la vçri^çs, l'Autriche , craignant par--dessus tout que le^^rançais , après avoir dépassé les Alpes et renversé la puissance du roi , ne se débordasseïit sur l'Italie, l'Autriche mettait la plus grande activité a exécuter le traité de Valenciennes. En effet, il ne s'agissait plus seulement pour elle de sauver un fidèle allié , il fallait qu'elle songeât à se .sauver elle - même , et ce que la loyauté n'eut pas fait peut-être, la nécessité l'opéra. Les troupes autrichieanes grossissaient
cbacpie jûur dans le Piémont ; elles composaient déjà une armée respectable et en état de tenter j conjointement avec les Sardes , des entreprises importantes ; de sorte que , malgré les changemens posisibles , que l'on prévoyait du côté de F Allemagne , par suite des déterminations ultérieures de quelqu'un des confédérés , on espéra , pour peu que la fortune se montrât moins contraire , arrêter enfin dans sa course cette impétueux et formidable torrent. Ayant donc rejeté toute idée d'alliance avec un ennemi qui lui inspirait plus de haine encore que de craiiite j le roi rassemUa en diligence des armes ^ des soldats et des munitions; mais comme l'état ^ resserré dans ses limites et ruiné par la guerre, ne pouvait subvenir par les moyens accoutumés à ces < dépenses extraordinaires, on vendit, en vertu d'une bulle pontificale, pour trente millions de biens du dergé ; on vendit aussi les biens des hospices à qui l'on donna des rentes en échange ; un emprunt forcé fut établi sur les professions libérales ; les droits sur le sel y le tabac et la poudre furent augmentés , et chaque individu soumis à une capitation. Tous ces impôts démontraient l'extrémité des circonstances^ et faisaient de nombreux mécontens ; mais ils remplissaient le trésor, et permettaient du moins de payer les soldats, les agens sea^ets et les Autrichiens. C'est ainsi
28a HISTOIRE D'ITAMH
qu'au milieu^ de conrti^ibutfoiils obëiretises^^ d^apjm^ vrsiéaïi^meiis émyrnœs^ d'eniH^encens'. forcés et du Induit contiiia des armbs niftkidales et étrangèresy les peuples, suspendus eàtpe Fespërance et la cràmte, attendaient dans la plus vivep. aiùéëte les erénemeus de l'avenir.
Si les succès des repubiioaîiis sur. les Alpes aidaient confirmé le conseil des sages à Venise dans^ la résolution de s'en tenk* à' là neufbralitë y pour aillai dire désaapmée , ils engagèrent alcMstsi le grand-<luc de Toiscane à traiter de nouveau aveo la ' r^ûblkfue française , et à rentrer dans la neu^ tralité dont, il ne s'était forcément: écarté qu'en donnant congé à l'ambassadeur de cette puissance. Malgré ces troubles , le grand-duc ' s'était constamment montré impassible , et avadt sa se garantir dé . de» fureurs que les évéae9E!aen8' de Finance avaient inspirées aux> autres, som^lràlins. Ce n^est pas qu'il approuvât les excès commis- en ce pays, il en avait hornemi au confi^aire; xnaÎB il réfléelûssait^ qu'aussi long-temps que les Frànçâk se déchireraient entre eux, ils neseraîientpasen état de nuire au repos des autres, et que leur déclara la guerre, c'était le moyen de lés rapprocher et de les réunir contre celui qui voudrait commander chez eux plus qu'eux-mêmes. Mais puisque lis Français, grâce à l'imprudence d'autrui,* bien loin d'être vaincus, avaient triomphé de leqrs on-
(1795) LIVRE CINQUIÈME. i83
iiemiâj.piiisapie Fltalie^ exem^ depms sir lông-^ temps^des seOHHses de la guerre ^ était sur le point d'e» ^fMTOuVer ks dcsastres^; il paraissait raismi-^ nable que le grand-duc s'arrêtât aux délibérations comnandées par les< ctrconstances , en rapport ^vec ' son naturel doux et pacifique ^ et les plus cmifermes . aux. intérêts de la Toscane. Il résolut en conséquence ^ de maintenir pai^ ses actes uxtétafcdedioses garanti^ jasqu'àcrniattient^ par le caractère et Fantique douceur de ses peuples. Le souvenir du bon Léopold entrait anssi pour Beaucoup dans ces déterminations. IVuint < a«itre coté^ les popts de France y de Gêne» et de Napled se trouvant fermés par l'état de guerre y cehn de LiiT<€iiurne était devenu le* principal' entrepâl; du commerce dans la Méditerranée. C'était Ve rendervous des vaisseaux^ anglais y tant de guerre que marahands^ des badmens frMçais et génois qui sous leur * propre pavillon ou sous le pavillon' neutre venaient y faire des achats^ surtout eu froment qu'ils transportaient dans* lés province» méridionales de Franœ. Les Anglais se plaignirent vivement des facilités que trouvaient lêç Frauoaiff daiK la neutralité du^ port db Livoume ; msÈB le- grandi-duc 9 plus touché^ avec raiscm^ de ses intérêts que de ceuX' d' autrui y persi&rta m^^ gré tout à ne point fermer ses ports à la France. C'était peu; il voulut ^ dans sa modération^ que^ les tribunaux fussent' ouverts aux Français, et
284 HISTOIRE D'iTALIEi
qu ils y trouvassent bonne et loyale justice. .Ayant ensuite appris qu'il existait dés contre-fâçom du papier-monnâle de France , il prit des mesures contre cette fraude infâme^ et détermina des peines pour les coupables. Ici ^ l'indignation qm m'anime est égale au plaisir que j'éprouve. D'uu côté , je vois un prince italien , souverain d'un petit état , et exposé aux. outragés de tant de princes plus puissans que lui ^ mais plein de respect pour l'équité et pour les droits les plus sacrés parmi les hommes^ s'opposer courageusement au crime, et le vouer à la honte qui lui est due ; de l'autre , chez des états riches et redoutables , des hommes pervers y cédant à la soif abo^ minable de l'or ^ ou peut-être à un sentiment plus condamnable y commettre ce crime non pas dans l'obscurité , mais à découvert^ et sinon d'après l'ordre exprès dé leur gouvernement^ sans doute par l'effet de sa permission scandaleuse ou du moins de sa connivence criminelle. Ainsi le sang coulait en France par torrens; la guerre désolait le Piémont; le royaume de Naples exerçait des rigueurs excessives ; des faussaires déshonoraient le nom de l'Angleterre :* pendant que l'innocente Toscane, impartiale pour toutes les bannières y ' indifférente à tous les idiomes y rendait également la justice et ne laissait point fléchir sa balance. Heureux état , exempt de la crainte qui avilit, de l'orgueil qui conduit
(1795.) LIVRE CINQUIÈME. aSS
h la tyrannie , et de l'avidité du bien d'autrui qui; entraîne à des résolutions iniques et péril- Jeuses.
r Cependant l'Italie se voyait menacée chaque jour davantage. Le grand-duc pensa tjue le moment c était venu d'avouer hautement la con-
duite modérée qu'il avait jusqu'alors tacitement suivie , espérant ainsi fonder sur des bases pins solides le repos et la sûreté de la Toscane. U se détermina à envoyer à Paris un. ambassa-* deury afin de *Fehouvelèr entre lés deux états uiie paix interrompue par force ^plutôt qu'à: dessein.' Réfléchissant aussi ^ et avec raison y qu'il devait choisir un homme agréable à la France- j il confia ceiterhission au comte Garletti^ 'qui aVait totijotti^s •'insisté. pour qiiie les Français^ianLivasBent en Toscabe justice et prQtection^ soit dànsleui^l biens, soit^dsins/iei}rs:-persannes. Le»comte.fiit donC' envoyé' à Paris,' et chargé' de condore. la paix avec la république. Cette mesure , et le cboiï de Cartetti'ftit' alors l'objet deniombreusesTëclamations. Ceirt' qui préféraient, la guerre à la paix 'appelaient le comte jacobin. ')Peu s'en fallait même qu'ils n'appelassent aussi- jacd^ te grandducV li était '.'digne • dé - remarqué ', sans doute , qu'au moment où l'on ne voyait;' en Europe que des souverains détrônés par les républicains de France ,- bu ne résistant * qu^à peine à leurs ïiïtnas , un prince autiichîên fût >le premier k
a86 HISTOIRE D^ITAIilB.
traiter avec cette répubUcpe toute nouvelle et Teimeniie du titre de roi. Mais ce qi»e le ^aad<> duc ne faisait que par amour pour ses siigeÉs, d'autres souverain» ne tardèiieiit pas à le faire eux:- uémas par le conseil de leurs favoris ^ odl par l'effet de leur ;^lousie contre les autres puisr sauces. Toutefois il était dans les décrets du destin^ qu'au milieu d^ mujt«tions rapides du goûvw^ nement en France y cette mesure du griaud-Hioc ne piieaervàt pas U Toscane de la ealismûté ùm*» verselle; des temps arrivèrent où ia force et la meaif vaise foi eiodreèrent sans freûpi leur empire ; l'in-fnoqence devint un objet de tentation,* loiti d'être un motif de respect.
Les i|*épublieaîh$: firent au comte Qarletti Facr cueiile pltis gracieux > dsaaa le double but de* réba^ l)iliter leur réputati<Hï, et d'engager les autres priacnsi à négocier avec ce gouveràenibeat extra* ordinaire et terrible» Copaparée . à ceHe de. lia France 9 U puissance du grand -due était petu de chose; mais il in^portâit bei^ieoup auK Fran^ çais'^ qu!un prince d'Ëuirope recomi&tleuc gXMir^ vemement et conclût un traité avec eux. Gett^ première répugnance une fois vaincue > il était k croire que d'autres états, à l'exemple de là Tas* cane y consen^tiraient eux-mêmes plus facilement à entrer en explications. Le comte Carletli 1^ donc favorablement écouté à Paris y et, dès*leé premières couférences y il fut. consenti ei^tre.la Franee
(.795) tlYJIE CINQUIÈME. ^87
«t la Txiscatie un traité de paix et d'amitié ^ par lequel le^randrr duc révoquait toutaote d'adhésîoa , de GCffisontement oa îd'accessioa qu'il aurait fait eu faveur dis Ja çcNditiidiï ^rmé^ contre b Francis ; ei la nieutraltté df la TiOiscaiiè îxA rétablie ftelb qtt'eHe ptaitle ■6,oet0brfi'i.793, >
£etite, nûuvalle produisit une grande joie aa Toscane , let siurtoùt à liyour^e xlont elle fsivoriaait sij3gulièreixi6at le cùmmerqe. Le peuple chantait les louanges , câibcait la isagirsâe àxxé ga?aiid-^uc ^ cpi;^ Sfiai se : laîisser ikotminer aux regsentitmeiis des autres souverains ^ A touché seulement du bonfieui;: de «es 6i»jet8>, le^r^ avait essoré :lç repos ^t le bonheur. La paix fîit sdlennellen^ent proclaroÂ^y seli^u les formes accoutumées ^ mais de plus ^ au son'dziiCfnôn à Livouiine) à la vue de la flotte anglaise mouillée;^ns la rad^. Ferdinand publia: que la Toscane; n'avait pas du prendre part aïo: troubles: de l'Europe;, qu'elle n'avait dit s'en reposer., pour Fititsgrâté de son territoire et sdn existeooe' politique^ sur cfucune des puissances belligéraules y maïs sur >le. dfôit des natioxis ot Ja foi .des traijbés ; que/la \i|L'ûscûie a^ait été impars tiale; qu elle avait été neutre, conformémenit à la loi fondamentaLedu gran4<b^é, rendue. en 1778 par le. sage Léop61d;.que l'Europe ^avai^à quelle époque y et par quels moyens y la violence ^avait: détourna le prince de sa volonté; que malgré tput^iil n'^avait confiepti. qu'à l'eloignement du
ministre de France; que cette nation avait ap*^ précié ces motifs y en rendant à }a Toscane , par le nouveau traité de paix ^ tous les avantages qui lui avaient été ravis ; que le grand--duc y en conséquence, voulait et ^ordonnait l'exécution du traité, et le maintien de l'édit de i77&* Ensuite, pour confier à l'habileté le soin de conserver l'ouvrage de la sagesse, Ferdinand nonuna .le comte Carletii son ministre plénipotentiaire en France. Introduit-devant la convention nationale;^ le comte s'exprima en ces tecmes : Chargé par le grandduc de rétaMir une neutralité» précieuse à la Toscane, j'ai accepté avec joie^cétte mission ,;Ja plus honorable pour un homine ami de l'hùmamtéy de son pays et délarFrance. Le plus heureux jour de ma.vieest celui ou j'ai conclu. la: paix ayec la répuMîque. française , et la ' Toscane tout 'entière en a manifesté son allégresse. La Toscane veut la paix ; elle prétend à l'an^iitié 4^ tous les peuples. Malgré les événemens^ qui^se soiit sucoéd^s , elle a toujours honoré la puissante nâtièn française. Là Toscabesxïettra tous ;ses' soins à rendre perpétuelle l'alliance des deux gauvernemens. Elle dé*^ sire que • la paix qui vient d'être conclue soit d'uni heureux présage pour d'autres traita de même nature, et si nécessaires à l'Europe. Persévérez* donc, ajouta-t-il^ dans la > modération dont vous venez de donner l'exemple; et, parmi les brsuiches.de laurier qui vous couroiment>
(1795.) LIVRE (JÏI^QUÏÈMè; â89
lious aimerons à décoiivrir encore les palmes de l'olite.
Le président répotidit avec emphase : Le peuple ft'siDçais attaqué par une coalition redou-^ table 9 s'est vu forcé de prendre les armes. Ses triomphes ont été glorieux; mais la plus précieuse de ses conquêtes est celle de son indépendance. Il veut être libre; mais il veut respecter lès gbuvernemens étrangers. Terrible dans les batailles^ il sera modéré dans la victoire. La pru-dence de la Toscane lui est agréable; il apprécie la protection accordée aux Français persécutés^ les démonstrations amicales du grand<duc^ et n'a point hésité , par ces motifs , à écouter les propositions de son altesse. Il accepte avec plaisir l'augure de nouveaux traités. Les peuples ne sont point faits pour se haïr y mais pour s'aimer y pour travailler cordialement à leur félicité réciproque. Tek sont ses vœux , tel est l'objet le plus cher des travaux du peuple français au milieu des victoires les plus éclatantes. Tout prêt à la guerre, il est plus disposé à la paix. La convention nationale verra toujours avec plaisir un homme connu par sa philosophie;^ son humanité , et ses services envers la France. La présence du comte Carletti est pour elle le gage d'une amitié sincère et durable.
Pour qu'il ne manquât rien à ce magnifique langage , on demanda à grands cris l'embrassade fraternelle, assaisonnement obligé de ces discours*
2çp HISTOIRE P'ITAUE.
L*aa:ola4fi eut liev ao hnût d^ ^^pp^^odisscimms de rassemblée y et Carletti se retira comb^ de louanges et de caressas* Nai^v^l exemfile du cacact^re de cetl;^ <^p^q\ie : joie courir et iUospire , dottlçurs loôgues e% relies*
Puisque j^ suis enjkré daw ce wéàt ùstidieivc de douces pai:oles et de froils aj»ei|s.i je rapporterai l'accueiL pareil fiiit au noble Queiini^ chargé par la république yéuitienjie cL» la représenter deiraut la cpnyeatioa nationale de Tracice.. Çemç dont l'opinion prévalait dan» les conseik> espéraient beaucoup^ pour la sûreté de l'état , de la {Hrésence à Paris d'un personnage émioeot qui aurait nà& tous ses soins à faire ressortir la loyauté du séfsaty et la sincérité de sa détermioatioa à rovifm obserrée la neutralité. Le sénat s'était donc assemblé au commeucement de n^ars, il députa, ea qualité d'ambassadeur- extraojr^inaire en France»* Alvise Qu^ecini^ ausai distingué par ses taleoa et sa connaissance du cœur humain^ que par son dévouement à s^ patrie*
Arrivé à Paris , Querini se présenta à la convention > et ayaokt pris place à côté du p^ésident^ prononça te discoucs suivant avec la plus grandq dignité : Citoyen d'une répuhUqueanjtique^ fondée par la nécessité dd repousser les barbarçs.^ et par le désir du. repos , j'éprouve plus que ji|.maîs. au-joiud'hui le besoin de la reconnaissance envers im. patrie^ puisqjui'eUe m'eavoie pour la irej^oér
sénter 9 aoprès d'une autre république qùî^ née à peine 9 remplit déjà le monde du bruit de ses ex-* ploits. Quoi de {dus honorable^ en effets quoi âe ]^os flatteur pour moi que de comparaître d^yant la convention nationale de France ^ avec la mission dé lui confirmer l'amitié du sénat de Venise ! J'espère maintenir cette vieille amitié , je Tespère^ je le désire^ c'est l'objet de tous mes vteux y le but de tous mes efforts y et ma plus douce récompense sera d'y être parvenu. Je sersd surtout heureux , si ^ eh m' acquittant de mes de^ voirs envers mon pays y j'acquiers des droits à la confiance de la convention nationale; s'il m'est accordé de voir cette assemblée généreuse , se surpassant elle-même , regarder avec compassion les malheurs de l'humanité ^ prouver qu'elle recherche la paix phis que la guerre y et ne faire servir tant de victoires' qu'à ramener le repos parmi les hoinmes*
Le président répoiidit : C'est un heureux jour pour la république française y que celui où elle reçoit l'ambassadeur de l'illustre république de Venise. Le noble Querini lui-même peut remar^ quer dans tous les yeux les signes de l'allégresse universelle • Une antique amitié unit la France et Venise ; mais la France a vécu d'abord sous la tyrannie des rois. Libre enfin de leur joug y elle contracte aujourd'hui une plus douce alliance. Les deux républiques ont eu les mêmes commencé*
^ga HISTOIRE D'ITALIE.
mens. Venise s'est élevée du sein des flots orageux et au milieu des persécutions des barbares. Environnée de tant de périls y elle est devenue fameuse par sa sagesse et par ses exploits. Souvent elle s'>est vue appelée à décider entre les souverains. Plus d'une fois elle a, préservé l'occident des barbares. La républiquc.française 9 par un sort semblable f est sortie des tempêtes politiques. Des nations plus barbares que les Goths ont voulu la détruire. Elles ont employé contre elle, les «rmes au dehors , les pièges à l'intérieur ; elles ont appelé k leur aide la discorde civile : vains efforts. La liberté à remporté la victoire ; et puisque les commencemens sont lesnièmes, puisse les résultats sont égaux, l'ahiitié aussi sera pareille. Venise généreuse , aii moment où le grand procès était encore indécis, a reçu avec honneur l'ambassadeur de la république française. La France reconnaissante veut rendre générosité pour générosité. Son alliée n'a point balancé à embrasser sa fortune incertaine , elle goûtera en paix les fruits de sa fortune consolidée. Sous le joug du despotisme, la France a pu se montrer ingrate et perfide ; sous le règne de la liberté , la France républicaine va se montrer rémunératrice et loyale, et la gratitude sei'a d'autant plus vive que le bienfait n était pas sans danger. Que Venise bannisse donc toute crainte ; qu'elle se persuade bien que la nation française veut être son alliée la
(.795.) LIVRE CINQUIÈME. %ç^3
plus sincère et la plus zélée» Quant à vous, noble Querini , soyez content ; la France s'estime heu- , reuse de vous avoir pour ambassadeur d'une république amie ^ et la considération qu'elle vous réservé sera égale à celle dont vous jouissez à Venise. Les vœux des deux républiques pour la paix sont les mêmes ; espérons que le bonheur de l'Europe viendra bientôt les combler.
Il résulte du témoignage du président Laréveillère-Lepeaux qui portait la parole , que Venise était généreuse, libre, et l'amie de la France. Peu de temps après, néanmoins , le gouvernement français , aidé d'un soldat à qui toutes les violences étaient familières , détruisit Venise en l'appelant lâche, esclave et perfide.
•La nouvelle de l'accueil favorable fait à Querini parvint à Venise, et remplit de joie ceux qui avaient voulu qu'on s'appuyât sur la foi des Français plutôt que sur les »méés vénitiennes. Ils crurent dès lors l'empire de leur patrie assuré pour jamais.
Du côté de l'Italie, où la guerre était le plus alluifnée , la France commençait à manifester ses projets. Elle voyait avec peine la G)rse occupée par l'Angleterre, et désirait la reconquérir. En outre , les troupes stationnées dans la rivière du Ponent soufi'raient beaucoup de la disette des vivres ; enfin il importait à la république que sa réputation et sa bannière se maintinssent dans la Méditerranée. La France équipa donc avec une
â94 HISTOIRE D'ITALIE.
câéritë inoroyable , dans le port de Tonton , nne flotte de quinze gros Taisseanx de ligne ^ avec un nombre proportionné de firégates et de bàtim^is pins légers. Chargée de troupes de débarquement et de yiyres en abondance , elle appareilla dans les premiers jours de mars et se porta à la hauteur des lies d'Hières^ n'attendant plus qu'un yent £siYorable.
Le contre^^uniral d'Angleterre Hotham , qui se tenait en observaticm à Livourne^ avec une escadre composée de quatorze gros vaisseaux de ligne anglais y d'un napolitain , et de cinq frégates dont trois anglaises et deux napolitaines ^ iiat aussitôt informé de la sortie de la flotte française y soit par un message venu de €^nes, soit par ses frégates légères qui louvoyaient dans ce but entre la France et la Corse. Il mit en mer sans dâai pour joindre l'ennemi et l'attaquer partout ou il le rencontrerait. Il fut servi à souhait. JL'amiral français Martin ayant appris que les Au" glais le cherchaient pour le combattre , fit débarquer dans les ^es d'Hières ce qui aurait pu gêner ses manœuvres ^ leva l'ancre avec courage , et résolut de commettre an sort des batailles Tem* pire, de la Méditerranée. * Il était accompagné du représentant du peuple Letourneur y assez habile dans les expéditions maritimes, mais des-^ tkié en cette occasion à soutenir le courage des sc^dats plutôt qu'à diriger l'entreprise. La for^*
(t795.) LÏVRË CiN3Qtr!PÈMÊ. a^S
tttne se montra &Votab)e aiiic {Ht^iters cÉbm dets Français. A peine informé de leur so^rtie , Hôlliam bvait envoyé au '^i^^au tèBer^wk^ ehisfatîoh devant Sâin-Fioi*eiiM de 0)i*se> Tordre de remt ^ joindre en totite hâte vers le €to|) G^se^ G&'MkA' Inént donna ^ en chénHn > à travers Té^adrë française. Poursuivi ^ar trois frégateè et |iar le vaiisseau amiral le Sahs - Culotte ( les ^publî* eains de cette évoqué dônnaileht à leut^ vais<«seaux ces noms ridicules )9 il f\it Contraint aprèfs un combat opiniâtre de se rendre à la vue de toute la flotte française qui arrivait à plèiii^ voiles. Mais telle avait été la résistance vigétireuse du Berwickj que le Saiïs^ Culotte fut forèë de se retirer , très maltraité , dans le port de Gênes, et ensuite dans le port de Toulon. Cependant les dexix escadres se trouvèrent en présence le ^3 mars. Dès lors la fortune se tourtia centre les Français. Séparé de la division par une rafele, son gratid mftt abattu, le navire le Mer-cure alla échouer dans le golfe dé Juan. Àinâ> au moment où ils auraient eu besoin de toutes leurs fbrces , les Français se, virent privés de deux vaisseàut , sur l'un desquels , fe Sans-Cidotte, qUi était à trois ponts, ils avaient placé leurs {dus grandes espérances pour la victoire. Les Anglais avaient l'avantage du vent; la flotte républicaine, poussée vers le cap de Nolî, fut poursuivie pâi^ celle des( Anglais en forme de ekasse géùéi^ale. La
meriétait houleuse y l'artillerie anglaise avait com*^ mefiicé d'asfiez près un feu très yif ^ le y$iÎ6seau le Ç^a-ira venait de perdre son hunier, se trouvait ainsi paralysé dans ses manœuvres et se voyait en dfl4|^er d'être pris. Hotham s'étant aperçu de l'embarras du Ça - ira j le fit attaquer , par la frégate F Inconstante et le vaisi^eau de haut bord Vjigamemnon. Le Ça-ira se défendit long-temps avec courage , rendit fureur pour fureur et donna aux secours le temps d'arriver. Martin lui envoya la frégate la P^estale pour le remorquer, et le vaisseau le Censeur pour le soutenir. Toute la division elle-même arrivait au-devant de l'ennemi afin de l'arrêter dans sa course et sauver le bâtiment en péril. Ces mouvemens réussirent, les Anglais furent contraints de se retirer aux approches de la nuit. Le Ça^ira^ quoique délivré par la valeur des siens , avait reçu des avaries telles qu'il ne put rejoindre la division et se trouvait toujours dans le voisinage des Anglais. Le Censeur lui - même , qui n'avait point obéi à l'ordre itératif de rejoindre la flotte après avoir dégagé le Ça-ira^ se -maintenait dans les environs de l'escadre ennemie. Il résulta de ces accidens, inévitables ou fortuits, que le i4 au matin, les deux vaisseaux le Ça-ira et le Censeur étaient plus rapprochés des Anglais que des Français. Hotham envoya sans délai contre eux le Bedford et le Capitaine^ espérant s'en emparer, ou, si l'escadre
«nueinie '. voulait leur porter secours y la forcer à une bataille générale. Les deux vaisseaux français se défendirent avec tant de valeur que les Anglais ne purent sitôt exécuter leur projet. Us appelèrent à leur aide F Illustre et le Coura" geux; mais ils furent eux-mêmes tellement maltraites par le canon des républicains , que le premier ne pouvant plus manœuvrer fut brisé y et que le second se vit contraint de se retirer dans le port de Livoume. Cependant le Sedford et le Capitaine canonnèrent toujours les deux vaisseaux de la république^ qui, fortement endommagés dans leurs mâts 9 leurs haubans et leurs voiles^ et ne pouvant plus être secourus par le gros de l'escadre que le calme forçait à l'immobilité^ amenèrent pavillon et se rendirent. Mais une légère brise s' étant élevée aussi pour les Français , ils en profitèrent^ non dans le dessein de reprendre les vaisseaux perdus ; ils étaient entièrement séparés de la flotte^ et l'escadre anglaise qui s'était placée au milieu rendait l'entreprise impossible; mais pour se retirer avec le moins de perte qu'il se pourrait d'un champ de bataille où ils voyaient désormais plus de dangers à courir que de gloire a mériter. Il y eut de la confusion dans cette manœuvre, et les ordres de l'amiral furent mal exécutés. LeDuquesne^ qui était le chef de file et auquel tous les autres devaient se rallier pour opposer à l'ennemi un front sans lacune , le Du-
jgS HISTOIRE D'ITAttE.
quemcy àis^jeiy eu n'ayant pas eompris on né^ gligeanl les ordres du capitaine général, prit la route au vent des Anglais et fiit suivi de kt Vie-tùire et du Tonnant, de sorte que la divisioil républicaine 9 séparée en deux par la flotte an^ glaise y ne pouvait plus ni communiquer^ ni s'entendre» Toutefois > cette faussiâ manœuvre fiit compensée par urie valeur inestimable. Le Duqueme, la Victoire et le Tonnant foudroyèrent si horriblement la ligne anglaise en la traversant^ qu'elle en fut à moitié rompue; et les Angla& eux-mêmes qui , à cette époque^ ne rendaient pas une entière justice à la bravoure française, fen restèrent frappés d'admiràtiôn. Il résulta encore de cet événement , que l'amiral Hotham songeant plutôt à réparer les avaries de ses vaisseaux qu'à poursuivre l'ennemi, entra dans le port de la Spezia. Bientôt après , prenant sa route par la ttier Tj^rrhénîenne , il se rendit à San-Fiorerl«(J de Corse, pour surveiller de plus près le port de Toulon.
Après la bataille , les républicains se i*etirèrent dans le golfe de Juan , ensuite aux îles d'Hîères , «t enfin dans le port dé Toulon. Tel fût le combat du cap de Noli. La valeur jr fut égale des deux côtés } mais les Anglais y montrèrent plus de discipline et d'habileté. Ainsi fat déconcertée l'entreprise des Français sur la Corse. Leurs enpemis eonservèrent l'empire de la Méditerranée; la
(1795.) LIVRE CINQUIÈME. iè^
disette se fit- sentir avec plus de force dans les provinces méridionales de France , et l'armée répu*^ blicaine de la rivière du Ponent fut réduite à la plus affreuse misère ; mais , admirables dans lenr ardeur à surmonter les dangers de la guerre , les Français se montrèrent plus admirables encore à lutter contre la faim , qui détourne si facilement de (aire le bien > qui eitcite si puissamment à faire le mal.
Sur ces entrefaites , arrivèrent les nouvelles de la paix conclue entre la France et la Prusse ; évé^ nement très grave, et par l'influence qu'il devait exercer sur les esprits y et par la diminution de forces qui en résultait pour la coalition. lia fermeté de l'empereur d'Allemagne et du roi de Sardaigne n'en fut cependant point ébranlée. Loin * de là , le traité de Valenciennes s'accomplissait. De nombreux corps autrichiens étaient arrivés dans le Piémont , et les deux alliés élevant leurs pen** sées à de plus hautes entreprises , espéraient chasser entièrement les républicains du littoral de Gènes.. C'est dans ce but qu'ils dirigèrent leurs troupes vers Giiro, d'où les Français s'étaient retirés, et déjà ils se disposaient à quelque action d'éclat , du haut des monts où ils s'étaient établis. L'ordonnance de l'armée combinée était celle-<îi : L'aile gauche, conduite par le général Wallis, et qui se trouvait jJius près de Savone , paraissait vouloir s'emparer de cette ville , et attaquer les
3oo HISTOIRE D'ITALIE.
Français retranchés au pont de Varlo. Le centre, commandé par le général en chef Devins , et qui formait le gros de l'armée , menaçait les positions importantes de Samt- Jacques et de.Mélogno. La droite, sous les ordres du général Argénteau, manœuvrant dans les environs de Ce va, donnait à penser qu'elle voulait se porter brusquement sur Finale. Un gros détachement de cavalerie piémontaise , placé non loin de Coni , se tenait prêt à passer les Apennins ou les Alpes , par le premier chemin que lui ouvrirait la victoire. Les vallées de Stura, de Suse et d'Aoste étaient gardées par des troupes suffisantes , la jdupart piémontaises , sous le commandement des ducs d'Aoste et de Montferrat. Ces troupes avaient de.puissans auxiliaires dans les barbets, brigands vagabonds plutôt que soldats disciplinés. Légers' et alertes, ils se cachaient dans les endroits les plus retirés et les plus escarpés des montagnes du comté de Nice , voyaient d'un coup d'œil tous les mouvemens de l'ennemi, surprenaient les convois, et massacraient souvent avec cruauté les militaires isolés. Ils apportaient une barbarie sans exemple dans la défense de la cause royale. Le roi aurait voulu les soumettre à des règles, et leur inspirer plus de modération ; mais les ordres du prince ne pouvaient rien contre tant de fureur et d'inhumanité. Si l'on peut louer les barbets , je ne dirai pas de l'intention qui était évidemment cou.-
(1795) LIVRE CINQUIÈME. 3oi
pable^ mais du motif dont ils s'autorisaient^ il faut aussi les blâmer des moyens dont ils se servirent, puisqu'ils firent dégénérer la guerre en guet-àpens de grande route.
Les Français , de leur côté , sous les ordres de Kellermann, se préparaient avec ordre à la défense , encore bien que leur armée ne fût pas égale en noml)re à celle des confédérés. Leur aile droite , conimandée par Masséna, touchait par l'une de ses extrémités à Vado, et s'étendait jusqu'à la vallée de Tanaro, pat lès hauteurs de' Saint- Jacques > de San-Pantaleone 9 de Mélogoo, de Bardinetto, de Saint-Bernard et de la Pianetâ. Là commençait le centre, qui, par le col dé Tende , se réunissait sur le Sabbione à l'aile gauche répartie sur les sommets de Raiis et des Fenêtres , et dans les vallées de la Vesubia et de la Tinea.
Savone était une ville de grande importance, soit par les facilités que présentait son port , soit par la force de sa citadelle. L'un et l'autre parti , au itiéprisde la neutralité de Gênes, ^y ait- le pré-' jet (je s en emparer , ou par ruse , on pàt un coup de ïnain. Il y eut même un engagement sOus ses" murs, entre lès républicains qui s'y trouvaient, et les allies qù^ voulaient les surprendre ; maisla feir-meté du gouverneur Spinôla éclata' en cette occasion '■; il sut à la fois conserver la neutralité et la place.
' A cette mêlée sans ordre, succédèrent bientôt
3o2 HISTOIRE D'ITALIE.
des batailles générales. Il était dà plus haut intérêt pour les confédérés de chasset les Frauçaîs du littoral de Géaes, sans quoi la Lombardie autrichienne restait grarement compromise y et la défense du Piémont devenait presque impossible. Ils ne délibérèrent pas long-temp& sur le genre d^attaqug. Le front de l'armée fran* çaise était fort étendu , puisqu'il se prolon-^ geait, sur les monts Liguriens ^ depuis Vado jusqu'au col de Tende. Rompre cette armée par son centre , c'était la vaincre sur tous les pcunts ; et comme les Anglais ^ maitres de la Mé«diterranée y pouvaient à tout moment approvisionner les alliés de vivres et de munitio»$ , il était nécessaire de porter les premiers coups à l'armée française y non loin du rivage , pour que les forces de terre e^ de mer pussent agu* d'in* teUigence dans un but commua. Les confédérés se décidèrent en conséqueaee à diriger leurs plus graiids efforts contre les monts de Saint-Jacques et de Mélogno y afin de séparar l'armée française de son aile droite. Ils résolurent aussi d'attaquer vigoureusement la position de Vado. Leur but était d'empêcher ee poste d^envoyer des secours du côté de Saint- Jacques et de Mélogno ; peut-être espéraient-ils encore qite la fcnrtune les seconderait égaWne^t à Vado j ce qui aurait mvàr tiplié les points de débarquement pour les Anglais; jg^ùk ks jM^ineipales attaques devaient avoir Keu
(,795.) LIVRE CINQUIÈME. 3o3
à Samt-JaOfu^ qui commande la c^mpagqe dq SavoP)^) ^t à Mélogno qui domine Yado^ et s'élen* dait à travers Ta^rmée française. Ce fut vers la un d? juia que les Autrichiens assaillirent avec la plua ^ande valeuir le poste d^ Vado. Les Français^ aux ordjres dte La Harpe > se défendirent ^vec une é^e hraroqre. Ils firent oiême si bie<^^ que mal-giçé plusieurs assauts furieux^ teatés par des troupes supérieures eu iitombire , non seulen^i4 ik tinreat ferme, mais repoussèrent l'ennemily qui déjà, après des efforts increiyal4ea , s'était emparé du poat sous iea mufs de Vado. Pavnû toiij^es h& actions de cette campagne, ce fut celte où les Français ngiontrèrent le plus de couri^, et d'habir }^té à saisir l'aYantage du lieu et dea circowtançes* Ils joe furent pas^ à beaucoup près si beure^jut aui combat de Seint* Jacques et de MélognQ ; DeTÎna, à la tête d'une., grosse divisik»i autnclûenne, doimoi iiDupétueu^ement contre tou$ les postes qui gar-< daient la première de ce& montagnes* Les suQcè% se balancèrent d'aboird.; le utombre des morts efe des.blessés f ut considér^le de part et d'autre* Left cadavres, esicombraîent, les sentiers . du roc , 1q sang y coulait à grandst flots; on se battait depuis siçpt heures , et il était impossible de prév^dr qui devait l'empœ^ter oni de ku constance des Autrir chiens ou d« L'ardeur des. Français» Ëafia, la for-* tune républicaiae dut céder. Les Impériaux qui sayaient que de cette actioa dépendait, le auccè^dt
3o4 HISTOIRE D'ITALIE:
la guerre en Lîgurie, firent un dernier effort, chassèrent l'ennemi , et s'emparèrent du sommet de la montagne. Moins longue et moins disputée y la bataille de Mélogno eut le même résultat. Par un oubli inconcevable du général français, il ne se trouva à la garde de cette position essentielle que deux bataillons, trop faibles de beaucoup contre le grand nombre qu'ils avaient en tête. Argenteau s'y porta avec cinq mille soldats d'élite, et s'en rendit maître sans beaucoup de difficulté. Cet accident donnait victoire complète aux troupes de l'empereur, et contraignait les Français d'abandonner toutes leurs positions. Aussi Kellermann , informé de la perte de Mélogno, envoya quatre de ses pl^s braves bataillons , commandés par Masséna , pour reprendre la montagne, qu'il importait si fort de conserver.' Masséna profita très habilement d'un épais brouil* lard pour s'approcher , sans être vu, jusqu'aux avant-postes. Ceux-ci furent frappés d'une telle épouvante que, sans opposer d'autre résistance, ils prirent aussitôt la fuite , et peu s'en fallut qu'ils ne missent la confusion parmi ceux qui gardaient les fortifications établies sur le sommet du rocher.. Mais les officiers raffermirent si bien le courage des soldats , que l'ennemi , qui déjà s'apprêtait à' franchir, les retranchemens , fut contraint de reculer devant les baïonnettes et le feu de l'artillerie. Les Français se retirèrent avec perte d'un boa
:(i795) LIVRE CINQUIÈME. 3o5
nombre dé vaillants sdidats. Cet échec né les découragea cependant pas tellement qu'ils ne voulussent tenter > par un second assaut^ de réparer l'inutilité du premier. Masséiîa lui-même ^ accoutumé aux entreprises les plus difficiles et les plus périlleuses 9 Masséna était à leur tête. H les divisa en trois corps ; les deux colonnes des extrémités devaient prendre l'ennemi en flanc j pendant que celle du milieu attaquerait de front le redoutable sommet. Us marchaient, pleins d'espérance pour la victoire ; mais le brouillard qui avait assujré leurs premiers succès y ne tarda pas à déjouer leurs seconds efforts. En effet, les deux colonnes latérales, se méprenant sur la route qu'elles avaient à suivre pour agir séparément de celle du centre , se réunirent au contraire à celle-ci , de sorte qu'au lieu de trois assauts qui auraient inquiét&4es Impériaux sur trois points différens, principalement sur les côtés qui étaient les plus faibles , il n'y en eut qu'un, et de front, contre les redoutes du centre qui étaient les plus fortes. Lies chances du combat n'étaient plus les mêmes, et les Autrichiens, protégés par leurs fortifications, faisant jouer directement, et sur u^n seul point, toute leur artillerie , obligèrent les républicains k ' se retirer promptement*, et avec perte, aux lieux d'où ils étaient partis. Les Allemands s'emparèrent encore du passage de Spinardo, autre position considérable, qui leur facilitait les moyens de I. ao
3a6 HISTOIRE D'ITALIE.
couper en deus: l'affinée firançaise. L'occapation de Samt-Jacqnes et de Melogoo permit anx Impériaux d'atteindre les hauteurs qui dominent y ado 9 et de foudroyer encore les Français de ce côte. Par suite de ces revers y les républicains ne devaient plus songer à se maintenir en cet endroit. Us Févacuèrent donc^ après avoir endoué vingt-deux canons et deux obusiars qu'ils ne pouvaient emporter. Les Autridiiens y entrèrent aussitôt y et y laissèrent en garnison le régiment d'Alvinzi.
Pendant que ces événemens se passaient sur la frontière de Fétat de Giénes^ plusieurs autres batailles se livraient avec des succès divers sur la crête des Apennins et des Alpes. Les Français s'emparèrent du col du Mont qui leur ouvrit la route à l'intérieur de la vallée d'Aoste. On se battit avec une égale valeur des deux côtés , au montGenèvre, au col de Tende ^ à Saint-Martin de Lantosca. Ces engagemens lointains entre les Français et les Piémontais^ avaient pour but de favoriser les batailles plus sérieuses du Génovésat , d'où dépendaient , pour les premiers, la conquête , pour les seconds , la conservation de l'Italie.
L'occupation des positions les plus importantes du côté de Savone , par les Autrichiens , com»promettait l'armée française , dont l'aile droite pouvait ètte coupée. Kellermann le vît, jugea nécessaire de faire rétrograder cette aile , et de
(1795.) LIVRE cinquième; 3o7
rapprocher par ce mouvement tout le front de sa ligue qui^ trop dtendue depuis le Petît-Saint- Bèrnai-d jusqu'aux limites de Vadô, se trouvait moins en ctat de résister à un ennemi supérieur en nombre. Le dessein était prudent, la manœuvre fut habile. L'aile droite se retira d'abord à Borghetto; prenant ensuite sa route par Cériale, Balestrîno, Zuccarello , et tirant parles montagnes où le Tanaro prend sa source , elle se réunit au corps qui gardait le col de Tende , et se replaça ainsi sur le front de l'armée. Finale et Loaqo abandonnés par les républicains, tombèrent au pouvoir des Impériaux.
La retraite de Vado avait été indispensable pour les Français, elle leur devint funeste par la disette de vivres qui en résulta. Des corsaires de cette ville et de Savone couraient continuellement la mer sous pavillon autrichien , et l'infest&ient jusqu'à Nice , de sorte que les bâtimens génois n'y pouvaient plus porter de blé. A peine quelques légères barques hydriotes, se glissant à la faveur de la nuit et du vent, réussissaient-elles à débarquer; secours insuffisant dahs une nécessité si priessante. Pour entraver par plus d'obstacles encore la marche des vaisseaux neutres vers la France , et la partie du Génovésat occupée par les républicains , le général autrichien avait armé, k Savone, de grosses flûtes portant vingt canons. D y avait aussi à .Vado deux moyennes galères
3o8 HISTOIRE D'ITALIE.
et quatre flûtes napolitaines qui veillaient assidûment sur ces parages. Ces bàtimens légers allaient à la découverte, sous la protection des frégates anglaises, qui s'emparaient avec des forces supérieures de tout ce qui leur était signalé. De ces mesures, il résulta pour les Français une disette extraordinaire ; et déjà les confédérés se persuadaient que les républicains , affaiblis par la famine , abandonneraient d'eux-mêmes tout le littoral ; mais la constance des Français , dans cette extrémité de vivres, égala leur bravoure dans les batailles ; ils conservèrent , à Borghetto et à Cériale, leur attitude fière et menaçante. Les généraux confédérés pensèrent ' alors que, puisque la faim ne sujffisait pas, il fallait appeler la force à son secours. Us attaquèrent, avec de nombreuses troupes et une grande ardeur , les nouvelles positions des Français. De sanglantes batailles se succédèrent ; la victoire passait et repassait de l'une à l'autre armée; mais enfin les alliés, n'ayant pu parvenir à déloger les Français , perdirent le fruit de leurs tentatives. En effet, ne pas s'emparer de ces postes, c'était renoncer à tous les bienfaits du traité de Valenciennes ; c'était prouver que lés armes de l'empereur et celles du roi réunies ne pouvaient rien contre la France; c'était laisser indécise la question de la conquête ou de la conservation de l'Italie ; c'était enfin donner le temps aux Français de se prévaloir avec avantage de là
paix qu'ils étaient sur le point de conclure avec l'Espagne. Ainsi s'arrêtèrent et vinrent échouer les destins de l'Italie contre l'humble rocher de Borghetto.
Dans ce temps on oubliait de plus en plus à Naples les leçons de la modération. Le bruit de la révolution française qui retentissait dans tout l'univers^ les instigations sécrètes dé quelques agens de la France, l'exemple et les exhortations des marins de l'escadre de l'amiral Truguet , qui avait mouillé dans le port de Naples en 179^9 et enfin l'influence de l'époque, avaient propagé dans le royaume des opinions favorables au système républicain. De jeunes étourdis les professaient ouvertement ; d'autres moins imprudens , mais plus inexcusables, s'assemblaient en secret dans le dessein de renverser le gouvernement. Les discours furent remarqués , les trames secrètes découvertes ; le gouvernement prit des mesures contre les novateurs. La reine Caroline , qui avait placé toute sa confiance dans le ministre Acton , exerçait une grande influence dans l'administration du royaume. I)es revers publics et privés avaient allumé s4hi courroux , et lui faisaient voir plus de malveillans qu'il n'y en avait en effet. Peut-^tre aussi troiivait-elle quelque consolation h venger la fin déplorable de ses parens en France, sur lés Napolitains imbus en apparence des opinions qui avaient amené ces douloureuses cata-^
3fo histoire D'ITALIE.
strophes. Le ministre Actoa y qui connaissait le caractère de la princesse^ s'étudiait, suivant l'usage des fayoris, à flatter ses penchans, et montrait continuellenient à son imagination déjà si en* flammée , des conjurations y des tentatives de rébellion et des périls. On créa une junte ooiitre les conspirateurs : le -prince de Cartelcicala, le marquis Vanni et .un certain Guidobaldi y ancien procureur de Teran)o ^ en furent nommée mfitar fares. Cette junte était disposée non seulement à faire justice , mais encore à user de riguem*. Emmanuel de Deo, jeune homme épris des opî*nions nouvelles^ et mêlé dans lessociétés secrètes qijd menaçaient la sûreté de l'état , fut puni du derpier supplice y et mourut avec une rare fermeté; D'autres fîiï^ent emprisonnés, d'autres relégués sur plusieurs points du royaume. Jusque là le gouvernement exerçait un droit y et remplis* sait même un devoir; mais malheureusement on <iréa les suspects, quelquefois sur des indices plus ou moins, fondés y quelquefois même sans aucun indice y parce que les rivalités et les haines par^ ticûlières agissaient là où il n'y av^ût ni culpa^ bilité , ni apparence de culpabilita^. Les (MrisonB dn royaume $e remplirent; la terreul* était dahs tous les esprits. Lesjugemens traînaient en longueur ; on repoussait les ànapirations les phis légitimes de la nature ; les parens qui ' priaient pour leurs enfans tombés en disgrâce y devenaient
(1795.) UVREiCIBfQUIÈME. 3i i
suspecta 9 9U$^«bieQ iqué Içs avocats qui les défepdai^iMt» L^.cramtfj'de Tespionna^ troublait les ^panchet^eiis de L'amitié.' AjMràs avoir entassé dam les îpi^oiis mi grand jQomlM*e de malhen^ irenxy Vanni disait que les jacobins pullulaient encore dans le royaume , et qu'il faudrait en ^rèiet vingt mille. Ses actions répondirent à ses paroles ; le9 arrestations se multiplierait. Médici iut dltargé de fers^ parce qu'Acton étjEiii jaloux de sonasçendlWkt , et craignait qu'il ne l»i enlevât la faveur de la .reine y au moyen d'u«e SQçur qui était fort avant dans l'intimité d0 la princeç^. Telle fut même la trame ourdie ptftjir le perdra 9 que, sans l'intégrité du juge Chinigo, la. victime serait tombée lians le précipice, et le royaume eè* été privé .d'un homme d'état d'une grande habileté. Indépendamment des. opinicms qu'on lui attribuait y Médici était accusé de cor.^ respondance avec les Français; les lettres fiirént produites au tribui^l, comme si en effet eUes fussent venues de France, lorsque Qiinigè, en leis examinant attentivement, fit voir que l&pa^ pier était de fabrique napdiitaâne. Lés peines inusitées duraient déjà depuis long-temps , et là ri-* gueur ne s'a|Kiisait pas. Lea peuples , qui d'abord avaient été saisis d'épouvante et de compassion ^ coniueDicènat . à s'indigner, et à donner qiiel*« qnei^. signes de mécontentement. Le go«ivemerà«nt voultit y reniédier. G>mme Vanni était sur-
3ia HISTOIRE D'ITALIE.
tout devenu l'objet de la haine universelle , et qu'on lui imputait plus qu'à ses collègues les faits dont on se plaignait, il fut destitué et envoyé en exil, récompense digne du bienfait. Malgré tout , la modération qu'on espérait ne fut point complète, et les rigueurs ne cessèrent entièrement que lorsque Naples signa la paix avec la France. Le royaume était plein de ces ressentimens terribles, et il ne faut plus s'étonner s'ils ont éclaté avec tant de violence qusnd les événemiènS leur en fournirent l'occasion.
D'un autre côté , la domination anglaise ne s^aflfermissait pas en Corse, soit par l'inquiétude naturelle à ces insulaires , soit ^ cau]se du^ grand nombre des partisans français , soit enfin, parce que le peuple, demandant a la liberté, corti me c'est l'ordinaire , plus de faveurs qu'elle n'en peut accorder, s'était faussement imaginé qu'il allait lui devoir l'immunité des taxes ; mais, quand il se vit déchu de ses espérances , il se ihûtina , s' écriant que le joug était. le même, et que le maître seul était changé. En outre, le nom de Paoli était encore tout puissant en Corse. Ceux qui préféraient l'indép^idance de l'ile à sa réunion à l'Angleterre , tournaient volontiers les yeux vers lui, espérant que l'homme qui avsât disputé l'empire de la Corse à la France y pourrait bien aussi le disputer aux Anglais* Toutes'^cep causes, agissant sur les esprits, ensemble ou se«*
(1795.) LIVRE CINQUIÈME. 3i3
parement, avaient donné lieu à quelques mouyemens dans plusieurs villages en deçà des mont$, et principalement dans les environs d'Ajaccio. Des ^ bandes armées couraient la campagne , et , non contentes de ne pas acquitter les contributions y elles s'opposaient encore à ce que d'autres les payassent. Elles entraient à force ouverte chez les partisans des Français y comme chez les partisans de l'Angleterre. La violence et la rapine signalaient partout leur passage. Le mal était grand, et le devenait chaque jour davantage.
Déjà le nom de France se mêlait aux cris des mé« contens j le revers essuyé par la flotte républi* caine dans la Méditerranée n'avait apporté aucun changement à la disposition antérieure des e&l^ts. L'opiniâtreté voulait achever l'ouvrage de • la haine , et la promptitude de mesures ré^pressîves, pouvait seuk prévenir un soulèvement universel. A cet effet, après avoir informé son gouvernement de ce qui se passait , le vîce^roi EUiot publia une proclamation, où il rappelait tous les bienfaits de l'Angleterre. C'est elle • di-* sait-^il, qui a délivré la G>rse de l'anarchie et d'une domination despotique ; qui , an prix de son sang, lui a donné* le repos et la liberté; qui acquitte de ses propres deniers les charges les plus pesantes ; fournit à la paie des sdUlàts corses ; entretient les arsenaux d'Ajaccio. Elle a maintenu dans l'Ile la liberté individuelle , l'invidbibilité des
3i4 HJISTOIRE iyiTALIE.
propriétés , h ves:pect pour TaoUque religion de l'état 9 et les vaiâSQaux conses yoguisnt librement sous la prç^ection de la pui^ant^ marine des Anglais. Des trai^ se négocient avec le,ponti£$ pour obtenir des règlem^ns du plus bau| inl^rét sous le rappcHTt de l'utilité générale* Tout présage^ tout promet un gouvernement sage ^t pa* ter nel : que signifient donc ces mouvement et cette turbulence nouvelle ? Souyenez*vous bien que k trouble amène toujours la violence ; que ^ quand ta licence a. renversé les loi^^ il n'y a plus de sûreté ^ ni pour les propriétés , ni pour les personnes ; <|u^ ces soulèv^mens peuvent frayer la route à l'en-î. nemi furieux qui est à vos portes. Il est âbsui'dQ de vouloir un gouvernement sans impôts y et h Corse a moins sujet de se plaindre que tant autre y puisque ses impôts sont cons^ati$ par ses repré? sentans y et que l'Angleterre supplée à lenr insuf* fisance. Sôuvenez'-vous de la foi jujrée > da vos ser^ mens solenneis. Votre erreur m'iqspire p)u^ de compassion que de courroux ^ et je pr^Ëïi^ la dou» ceur des remontrances à la sévérité des Ohàtir* mens; JéccMiterai toute [dainié fondée .sûr la jfustice, je ferai droit à toute demande raiâon** nable ; mais je ne sou£Brirai jamais que ia' violence l'emporte i^ur la loi> et je saurai maintenir en G^rse^ la dignité de l' Angleterre ^ et les droits acquis à - mon souverain.
Ces exhortations produisirent assez d'effet 5 non
(1,95.) LIVRE CINQUIÈME, 3i5
sur fes .populations rebelles; elles ne ge rendent point aulx parc^ea^ et c'est avec hi'fopQe qu'on l69 réduit ; mais sur «ell6s d'au-delà des monts y qui é^ent plus affectionnées à l'Angleterre. Quelqu4$ bataillons provinciaux furent donc orgaitiîsés et en* yoyés dans lés villages révoltés y pour soutenir la procbmation du vice^PÎ- En outr^^ $oîtqu'il fut l'auteur^ pu seulemcnit le prétexte de ces insuirree* lion&9 Paoli fiit- appelé en Anglet^re par le roi. Pour couvrir cettetitiesure d'un voile honorable, le souverain angliàis écrivit à= Faoli que . siai pré*sence en Corse inspirait ^trop d'ardeur à ses amis ; qu'il l'invitait à yefoir respirer à Londres «n air phi^ douTc ; que sa fidélité j trouverait ^ réccmi-»- . p€ins§^ et qu'il le traiterait comme un membre de »' famille* Paoli obéit , vint en Angleterre , y re^ ÇUt ui^e pension anauefie ded&ux mille livresr sterling ^ et y passa la l'ente de ses joum^ entouré de p]n^ de caressies que 4'bonneurs. Ainsi finit Padii, bomnie recommandable dms l'bistoire ^ et qui le serait encore dav^tage^ si la révolution feimoaise n'eut pas eu lieu. Il dut sa glonre à ses malheurs plus qu'à sa prospérité. La première atteinte portée à son nom^ vint 4e sonconaeiMement à rev€$Dj;r d4ai$ sa -patrie quand la France l'y autorisa , et surtout de seùs e0brts à ranger son pays sous la donùnation de FAngleterre. Puisqu'il était arrilté par la Providence que la G^rse ne devait point se gpuverner par ellé-Aiéme y pui9que sa destinée
3i6 HISTOIRE D'ITALIE,
était d'obéir à la France ou à F Angleterre^ c'était un devoir pour Paoli de n'accepter ni les bienfaits de Tune, ni les propositions de l'autre. Tant il est vrai qu'il est des circonstances où l'homme ne doit plus chercher la gloire que dans l'inaction ; mais le ciel voulut que ce Corse célèbre servît encore d'exemple à ceux qui , par ambition , ou par un esprit de parti coupable , appellent le joug de l'étranger sur leur patrie ; le moindre malheur qui les attend est la défiance de ceux-làmême dont ils se sont rendus les dociles instrumens.
Les exhortations du vice-i-oi , la présence des soldats corses à la solde de l'Angleterre , le départ de Paoli , et aussi lés instructions modérées qui arrivèrent de Londres , eurent le succès le plus complet. Les communes insurgées^ et parmii toutes les autres, celles d'Ajaccîo et de Mezzana, qui s'étaient montrées les plus opiniâtres, déposèrent les armes et rentrèrent sous l'obéissance. Ainsi fut rétablie , sinon la concorde , au moins la paix dans rile de Corse. Les haines n'y étaient cependant point éteintes , et le moment approchait où elles devaient amener des résultats funestes à la puissance anglaise dans File.
Quelques mouvemens eurent aussi lieu à cette époque en Sardaigne , principalement à Sassari , ville voisine de la Corse, Le peuple soulevé demandait les stamenti^ qui ne sont autre chose que les état&^énéraux de Sardaigne j il réclamait les
privilèges accordés par les rois d'Ardgon^ et l'exécution des traités de 1720. A la tête de ce mouvement étaient Gîoveano Fadda y Joachim Mundula^ et surtout le chevalier Angioi^ modèle d'autant plus parfait de la vertu modeste des anciens y qu'il connaissait moins cette vertu fanfaronne des modernes.
La ville de Sassari envoya ses députés à Turin pour représenter respectueusement au roi le désir que le peuple avait de rentrer dans ses droits* On donna bon espoir aux députés ^ peut-être même quelque chose de plus que de l'espoir ^ et ils re-^ vinrent de Turin sans avoir rien conclu. D'ailleurs les soulèvemens furent promptement apaisés ^ et le calme reparut à la grande satifaction du roi y qui avait Vu avec chagrin la révolte de Sassari, après la belle défense de Cagliari contre Truguet. Fadda^ Mundula et Angioi cherchèrent leur salut dans la fuite.
Sur ces entrefaites arriva de Bâle l'importante nouvelle que, le 22 juillet , un traité de paix avait été signé entre la république française et l'Espagne ; événement qui. devait exercer en Italie , et particulièrement dans les états du roi de Sardaigne, autant d'influence qu'en avait exercé sur les affaires d'Allemagne y et surtout en Autriche , la paix conclue entre la France et la Prusse. L'armée victorieuse des Pyrénées pouvait facilement se diriger
3i8 HISTOIRE D'IïALÏE;
sur les Apennins^ où la France aurait eu, à <ré moyen, des forces supérîeureé^ D*un autre côté, toujours séduits par l'espoir d'envahir Fltalie , per* suadés qu'ils pouvaient acquérir le Piémotit par la paix , comme le Milâtnais par la guerre , les républicains de Paris avaient eu soin de faire iùsérer dans le traité d'Espagne, cette clause : qù'eri témoignage de l'amitié que la république pointait au roi catholique, elle accepterait sa médiâtioii en faveur du royaume de Portugal , du roi dé Naples, du roi de Satdaigne, de l'infant duc de Parme et des autres états d'Italie ^ afin de rétablir la bonne intelligence entre ces différens princes et la république ; d'où l'on pouvait conclure que, si les princes refusaient la paix , on les accuserait de la continuation des hostilités , et , dans le csA contraire , la France devenait maîtresse de l'Italie après y avoir aboli là puissance autrichienne. UUoa, ambassadeur espagnol à Turin, s'interposa donc médiateur, au ïiom de son souverain, entré le roi Victor et la république. Il offrit au prince la garantie et l'intégrité de ses états , s'il consentait à se déclarer neutre et k donner passage aux Français; la possession du Milanais, s'il voulait faire cause commune avec la France , et des accroissemens de territoire plus à sa portée en échange de la Sardaigne. Le roi Victor entendit avec indignation les propositions de ITEspagne, et
(1795.) LIVRE CINQUIÈME, Sig
déclara y tout d'abord ^ quil persista dàfis^ son alliance avec F Autriche. Gepeiidatft , pour décider l'affaire avec plus de calme , soit que Ton fût disposé à traiter, soit qu'on voulût seulement le pa-^ raltre, un grand conseil fîit convoqué. Plusieurs personnages y furent appelés , les uns connus par leur jïrudence, les autres par leur habileté militaire. L'objet en délibération était des plus graves, ptdsqu'il s'agissait de satoir si le Piémont conserverait son indépendahee , ou s'il tomberait sous une domination étrangère. Le marquis Silva assise tait au conseil. C'était le fils d'un Espagïiol, coki-^* sul de cette nation à Livoume. Le marquis avait appris à connaître les hommes dans de fréquens voyages en Europe , et surtout en Russie , où il avait été accueilli avec bienveillance par l'impératrice Elisabeth. De longues études, et sa propre expérience, en avaient fait un militaire distingué; il avait même publié des traités sur l'art de la guerre. Enfin, étant entré au service du roi de Sardaigne, il s'était acquis Testime et la considération générale. Invité à donner son avis dans une circonstance aussi critique, il s'exprima avec la plus grande énergie^ dans les termes suîvans : « Chaque fois que j'ai été appelé à émettre mon opi- « nion sur cette malheureuse guerre , j'ai trouvé « partout des contradictions , beaucoup de médi- (c sance, et quelques accusations odieuses. Il semi< blait que j'eusse hérité du sort de Cassandre , pré-
3ao HISTOIRE D'ITALIE.
ir disant toajours de terribles yérités, et ne reacon- (c trant jamais que des inareduies. Quelle qne soit ce donc la gravité des éyénemens , je ne me serais i< point attendu à la nécessité de donner encore en i< ce moment mon avis ; mais y quelque opposition (c que je doive rencontrer , quelque calomnie que «je doive subir, mon devoir m'impose l'obliga- « tton de répondre à Fappel qui m'est 6adt. Je ne ce manquerai point à un souverain que j'adore , à une « patrie que je me suis volontairement choisie , et « dont je me regarde conmie le fils et l'élève. Avant ((d'entrer plus avant dans la question , j'insiste ce sur cette vérité, qu'une nation est libre quand (c elle veut l'être , malgré tous les obstacles qu'on « peut lui opposer ; qu'ensuite cette nation de- « vienne grande, généreuse et guerrière, elle de- (c vra bientôt à cette même liberté tant de force, ce de grandeur et de puissance , que tous les pays ce voisins seront bientôt réunis à son domaine, ou ce se régiront du moins par ses lois. Maintenant ce dites-moi 9 je vous supplie, s'agit-il d'autre chose ce que d'accepter ces lois avec honneur, ou de les ce subir avec ignominie? Le choix peut-il être un ce instant douteux entre un ami , insolent peutce être , et un ennemi assurément plein de ressence timent et d'orgueil ? Quel homme prudent bace lancera, surtout s'il considère la foi douteuse ce d'un allié, le conquérant plutôt que le défence seur de notre pays y la cause prochaine de notre
(1795.) LIVRE CINQUIÈME. 3^f
(f rmi^ plufr <^ l'auteur po^ible de notre salut? a et si tûiit auteur de nous les remparts, de ce H Ttxyaxanej autrefois heureux et inacces^Ue^ nous ir ont eSÈr^yés du bruit de kur chute ; si la tempête «manaoe ies plainds fertiles de notre beau Pie-** er mooÉ; si nos forteresses sont ébranlées; si Tin-^ a quiétude règne dans tons, les esprits; si la ter- (preur générale est le pronostic d^une destruction ir unirerselle; si l'Italie entière s'épouvante à l'as^^ u pect d'uâ avenir funeste; qui faut^^â accuser de « ces calamités ? qui devons^nous en remercier j u sinon ce même allié dbnt j'aperçois bien Tam- « l»tion.^ mais en qui je cherche la fidélité? Il vous ce excite par de perfide» insinuations; il vous abuse « ipar des secours* insuffisans. Souvenez - tous y (Y messieurs^ de tout ce que je vous ai déjà dit « et démontré jusqu'à Févidence. Du jour où les ce Français sont parvenus à établir la ligne de leoi^ <c opérations y dû flamc oriental des Alpes jusqu'à (^ traversées Apennins ; nos barrières les plus sùre»^ u celks de^ monts et des forteresses ont été ren^ (c versées , et le Piémont dépossédé de ses reni>* cr parts ) privé de toute^ses défenses et miné de tous i< côtés> est menacé d'une Tuine prochaine et iné^ « vitable.
ce Chargé de l'inspection des lieux par le roi, « j'ai démontré à sa majesté que cette ligne est ce impénétrable, depuis la Viosène jusqu'à Toi^ le rano, parce que les scmimets des monts , par
(c Termini et Gallëtto , jusqu'à Balestiino y sont « absolument inaccessibles ; que si Farmëe voulait « déboucher par le Carlino , elle se trouverait pré- (( cisément entre cette montâigne et le comté de « Nice, dans une gorge profonde dùcinqâa&te miUe « hommes né poùrriaient rien contre l'edoemi , où M le nombre imême deviendrait funeste; quHl ne (c fallait pas espérer davantage rompre cette ligne « par la droite^ du côté de Ceriale^ parce que les « Français ^ se retirant dans une seconde position , « et nous savons que jusqu'à Yintimille ils en (c ont quatre plus fortes les unes que les autres^ « pourront toujours à Içur gré descendre des hau- (( teurs dont ils sont maîtres y et pénétrer sans « le moindre obstacle dans le cœur même du « Piémont. Peut-être comptez-vous sur votre arec mée; mais l'armée, encore bien qu'elle ne le (C cède à nulle autre en valeur , faible par elle- « même , l'est devenue davantage par lés pertes «qu'elle a éprouvées, et suffira tout au plus à « la défense de Turin : que si elle tarde à s'y mettre « à couvert , tournée sur ses flancs , cernée et couce pée par les colonnes françaises parties de tous « les points des frontière» de Gênes et de la vallée (C du Tanaro, jusqu'à celle de la Stura, il ue lui (( restera aucune voie de salut. Ces vérités ne peu- (( vent être l'objet d'aucun doute , excepté pour « ceux qui ignorent la situation des lieux , Tim- « puissance dé l'armée, l'épuisement des finaoce^s^
« et la force de l'esprit de rébellion. Quelques « hommes , plus aveugles que prudens, voyent con- (( tinuellement descendre du Tyrol, au secours du « Piémont, tantôt quarante mille, tantôt soixante « mille Autrichiens. Plut à Dieu que ces armées u fussent des réalités visibles plutôt que des chî- « mères nées dans l'esprit fantastique de certains « conseillers ardens. Le secours est annoncé dece puis trop long-temps pour qu'il y ait sincérité M dans la promesse. Fiez -vous maintenant aux « vaines espérances, aux exagérations fallacieuses, « aux offres perfides de la cour de Vienne. Mais « que dîs-je ? quand les faits parlent qu'est-il be- <c soin de discours ? n'est-il pas stipulé dans le « traité de Valenciennes, que les Allemands ne cornet battront qu'en plaine? Ignorez-vous les ordres (( donnés aux généraux allemands, d'éviter les ac- « tiens périlleuses, de se tenir serrés, de ménager « leurs soldats , de les réserver pour la défense u de la Lombardie? Devins lui-même ne me Ta-t-îl c( pas dit clairement? ne l'a-t-il pas déclaré à qui « a voulu l'entendre ? Vous pouviez dire , il y a « deux ans , que le Piémont était le rempart de « la Lombardie ; cela était vrai alors ; ce ne l'est « plus aujourd'hui que les Alpes sont perdues, les a Apennins envahis , nos plaines ouvertes ; au- «c jourd'hui que vous délibérez avec effroi sur la « possibilité douteuse de préserver la royale ville c< de Turin, séjour antique de nos augustes princes.
3^4 HISTOIRE D'ITAHR.
« Persisterez-vous à. prétendre que le Piémpnt ç^t u le boulevard de la Lombardie ? mais alors les (( ge'néraujc autrichiens auraient le droit de vous « répondre que y le Piémont se trouva,nt désormais (f sans défense, ^î leur armée s'obstine à en dis«- (c puter la conquête pour retarder d'uti mom,6nt (c l'invasion de la Lombdi^die, cçtte arwiée va se (c trouver elle-même çn danger d'être séparée du <c Milanais , et qu'ainsi la Lombardie ^ l'armée desw tinée à la co.uvrir, et le Piémont avec elles, « seraient perdus tous^nsençible, au même instant^ (csans espoir de rçtour, et Tltalie çUe-même, (( placée sous le jp.ug de la servitude. L'homme « ne combat point pour les intéç^ts d'autrui avec ce la même valeur que pour ses intérêts particu- « liers. Lçs Autrichiens vous eh ont déjà fourni la M preuve , en combattant si moUen^ent en votre «faveur^ dans le temps même où ils espéraifiLt <c des conquêtes , et quajad il s'agissait de leur su- *f reté personnelle; et cependant, vous étiez re- (( doutables alors: vous ayez cessé de l'êitre au-
ccjourd'hui. Ou je me trompe fort, où, dès^que (C les Français se seront ébrahlés du côté de Gênés > w vous les verrez , ces i;ûén;ies Autrichiens , coûte rir précipitamment vers la Lombardie^ et vous « abandonner en proie au vainqueur , emmenant (C avec eu3f jusqu'au dernier soldat de cette armée u auxiliaire^ si peu nombreuse, et déjà exténuée, w que l'empereur avait pris l'engagement de vous
(.795.) LlVHE CINQUIÈME. 325
« feûvoyer . Ainsi donc , voyant les boulevardé de « l'état au pouvoir de F ennemi, ou en danger (f d'y tdthber; là force numérique et morale de «notre ârttiée aiSaiblîe; tin allié Jieu fidèle, qui « travaille à sdii salut plus qu'au ïiôtre ; je pense H que la paix est préférable k la guerre ; je vous t< exhorte à la paix ; je rappelle dé tous mes voeux, « pendant que les fdrces qui riouis restent encore, « peuvent lious la* faire obtenir honorable et ayan- « tageUse. Si vbiis attendez là dernière extrémité, « on vous l'imposera Honteuse , insupportable , et (( vous aurez signé votre èàblavage éterùel. Si l'on n: a de meillisùrs conseils à vous donner , je les « écouterai avec plaisir; mais, quels qu'ils sdient, «hâtez -vous, le temps presse, l' Occasion fuit, (( et lé péril ndus environne* Maintenant, que le « ciel favorable vous éclaire, qu'il vous inspire de « sages mesures poiir le salut du généreux Kéi( thont et de la noble Italie ! »
Ce discours d'un homme ëohnu par son habileté militaire , sa franchise et ses liaisdns étroites avec le général autrichien Strasoldo , produisit beaucoup d'èfièt sur lès àssistans, dont plusieurs îhclînaient à la paix , qtioic^e tous* ftissient opposés à la France. Cependant le marquis d'Albarèy se leva {Jour combattre cette tendance des esprits. Le marquis d'Albarèy était pacifique et modéré de sa nature; mais il avait pris part au traité de Valenciennes , et s'appuy anf sur les consîdéra-
tions politiques y il opina pour la guerre et le maintien de l'alliance avec l'Autriche.
u Les chances de la guerre ^ dit-il ^ plus que toute « autre entreprise humaine y sont soumises au cai( price de la fortune. Les ëvénemens purement « politiques^ au contraire y ne varient qu'en raison (( de la supériorité éventuelle des armes. La raii< son de cette différence est que les succès de la « guerre dépendent du hasard et du courage de « l'homme qu'un accident imprévu peut abattre^ i< tandis que la politique a pour base nos pasce sions^ qui sont toujours les mêmes dans tous « les temps et dans tous les lieux. En effet ^ nous (( voyons les empires les plus puissans et les plus « glorieux renversés par la force des armes^ pence dant que ceux qui se renferment prudemment (c dans le cercle dé la politique proprement dite , « se maintiennent aussi long -temps qu'il est « donné aux institutions humaines de se maince tenir. La force a je ne sais quoi d'aveugle et de cf téméraire qui la fait donner contre les écueils « et dans les abîmes; la prudence^ au contraire, ce qui naît de la connaissance approfondie des pasce sions de l'homme , possède je ne sais quelle ce presse qui la fait glisser entre les obstacles et ce surmonter les périls. Le marquis Silva vous ce propose de faire la paix , parce qu'il pe croit ce pas que vous puissiez continuer la guerre. Il f< appelle l'Autriche infidèle ; il insiste pour que
u le roi se confie à la république française , encore « bien que les démonstrations actuelles de cette « république ne soient pas propres à l'y engager, « république, d'ailleurs, ennemie naturelle et ter- « rible de tous les rois. Mais pour traiter dès à ce présent la question de la guerre , et ici je rends « hommage aux connaissances de mon adversaire, « je lui demande quelle est l'armée la plus conte sidérable , ou la- nôtre réunie à celle de l' Au- « triche , ou celle de l'ennemi exposée seule aux « efforts réunis des alliés ? Il va certainement ré- « pondre, avec la franchise dont il fait profession , « que c'est la nôtre. Je lui demande en outre « s'il croit qu'après la jonction de Tarmée des « Pyrénées , les Français seront plus nombreux « que les confédérés renforcés par les nouvelles « troupes autrichiennes que nous attendons ; il « va encore répondre qu'il ne le croit pas , parce ce qu'il faudra , malgré tout , garder les Pyré- « nées, et que la paix avec l'Espagne laissera sub- « sister les défiances. Si ^je lui demande enfin s'il (( accorde plus de valeur aux Français qu'aux ce Piémontais, ou qu'aux Autrichiens, je suis cerc< tain (ju'il me répondra toujours par la négative, (c Quel est donc le but de ces doléances ? que veuce lent dire ces prédictions sinistres ? Les Français ce sont maîtres des hauteurs? qu'ils les gardent, ce et qu'ils périssent de fain>, de misère et de rc froid, sur ces sommets escarpés et sauvages. Us
3a« HISTOIRE D*ITAIIB.
u occupeÂ} les hauteiii:s ? mais ils a'ont prnot les uàèËXé^. Quant à «os fortereases, je a'ea vois i< point quî^cb^Bcelle ou<]ui soit en leur pouvoir. a Pénétrer dan^ le Piémont ^ en laiss«iit derrière (( eux des forteresses ennemies^ serait de la part « des Fa^ançais folie plutôt que braipoute^ et ooiis « devons le désirer plus qu^ le craindre» Déjà u la valeur piémontaise et autrichienne n'a-t-elle i( pas alETronté les républicains ?. Et les champs de u bataille y encore jonchés de leurs cadavres y n'ain testentrils pas la puissance de ces bras^ de ces ti armes qui protègent encore en ce moment Flta*ii lie contre la rage et l'avidité des Français ? Je (( ne comprends pas davantage que Ton puisse u.accuser la loyauté ou la valeur de l'Autriche. (( Interrogez* Savohe et Saint-Jacques , Vado et c( Mélogno encore teints du sang de l'ennemi y ik « vous diront la pesanteur de l'épée allemande et « la portée des canons autrichiens. Que les généraux « allemands veillent sur la Lombardie ^ je le croîs i( sans peine et c'est leur devoir ; mais qu'ils ne « veillent pas sur le Piémont^ qui peut les en ac- « cuser y lorsque tant de sang répandu y tant de i< trépas reçus y non seulement sur les cimes ligu- (( riennes.^ mais encore dans les défilés des Alpes y i< sont le témoignage éclatant du contraire? Ad- « mettons que les chances de la guerre soient aussi c< périlleuses que mon adversaire le prétend y )e (c.ne croirai jamais qu'elles soient désespérées.
(1795.) mvrt; cinquième 32^
<r Ncms 6YOiii( éocôrè des bras «t du courage ; <r noits aymis des forteresses à l'entrée des Alpes^ (( et je trouve un sujet d'espérance dans rincon*ccstanœ même de la fisrtuiie des combats. - Mais ((^puisqu'on invoque la pàix^ voyons ce qu'elle u serait , voyons quels fruits sentiraient du parti (t qu'on vous propose. La paix avec la France én- « trakie la guerre avec l'Autridie. On vons' con- « seiUe de céder la Savoie et le comté de Nice « aux Français ; c'est comme si Ton vous propo-* (€ sait de recevoir en échange quelque misérable (( débris du Milanais y froit de leur rapacité ; de «leur donner le passage dans le PiémeUt^ de «diriger leurs épées dans le cœur de ceux qui « jusqu'à ce moment nous out fait un rempart de « leurs corps. Je vois l'infamie dès le début même « d'un traité qui stipule des donations à notre « enhotni^ et le partage des dépouilles de notre te allié«' Mais rbonneta* est encore de quelque ^ prix en ce monde { l'incertitude des événétnens «doit vous avertir aussi que tôt ou tard vous « aurez besoin d'alliés ; et quel allié trouverez*- « vous après tant d'ignominie ? Quant à moi , je w l'ignore. Plus j'approfondis la matière , plus je « vois qu'un accord avec la France serait l'asser- « vissement du Piémont , son bouleversement , « sa ruine totale. Il n'est pas au pouvoir des Aucf trichiens y quoique présens > de nous obliger à w courber la tête sous leur joug. Le siège de leur
33o HISTOIRE D'ITALIE.
(( gonver Dûment est trop éloigaé du nètre. Les « Français^ au contraire^ le petivent sans peine ^ « puisque nous nous trouvons, pour ainsi dire, « sur le passage du torrent; Je ne sais pas non u plus si vous fondez beaucoup d'espoir sur leur irmodëration , qui ne s'est encore signalée dans « le monde que par l'épouvante et la destruction. H Voulez-vous connaître les Français « et savoir <( de quoi ils sont capables chez l'étranger ? De- (( mandez-le aux Flamand», aux Hollandais ; s'ils (( sont contens de le& avoir pour hôtes et pour <c alliés, imitez-les , j'y consens. On dit qu'il existe (( en Piémont :dés germes d'insubordination et de « révolte ! Sans doute, il en existe. Croyez-vous « donc , mon cher marquis Silva , que la préce sence des Français en arrêtera le développe- « ment ? Je ne le pense pas , quant a moi ; loin <r de là , je pense que les jacobins vont se mul- « tiplier , lever hautement la tête , et menacer « cette heureuse monarchie jusques dans ses fonce démens. Les Français les condamneront peut- (( être en public ; mais soyez certains qu'ils les ce favoriseront en secret. Vous marcherez sur des « cendres trompeuses , et lorsque vous voudrez ((mettre le pied sur les premières étincelles, (( elles jailliront de toutes parts , et allumeront (( partout l'incendie. Viendra ensuite un bon « manifeste ; on sait que les Français n'en sont (c point avares; un bon manifeste qui couronnera
(1795) LIVRE CINQUIÈME. 33i
a l'œuvre en yOu$ chargeant du nom' de traîtres^ (c \ouSy qui ne serez coupables que de trop de pa* «tience à supporter leur orgueil. La Prusse et a l'Espagne ont .traité avec la république y parce (( que les Français n'ont pas besoin de traverser ces (( états pour aller à leur but ; mais ils ne vous u proposent aujourd'hui la paix que pour obtenir « le passage du Piémont y afin d'envahir la Lom- « bardie y et il me semble y à moi y que la guerreest « préférable y puisque l'arrivée de ces républicains i< immodérés serait le signal inévitable des troubles, « des séditions et de notre perte. N'oubtiez pas que
' « la France ne vous recherche que pour s'accom- « moder ensuite avec l'Autriche plus puissante que « vous. Soy^z bien certains qu'elle fera la paix avec « elle aussitôt que l'occasion s'en présentera, qu'elle ¥ vous laissera dans l'embarras , ne se souviendra «plus de vous, encore moins de votre amitié» « Heureux alors^ si les traités qui suivront ne vienc( nent pas vous révéler la fautet que vous auriez « commise , en abandonnant un ami fidèle et
' « sur , pour vous jetev dans les bras d'un ami dé- « loyal ou douteux ! c'est la récompense ordinaire « des. faibles qui manquent de parole aux puissans. tf J'entends parler de l'épuisement des finanœs ; « qu'est-ce que l'épuisement des finances quand «il s'agit du salut de l'état? J'ai honte en vérité « de parler d'argent , lorsqu'il y va pour la patrie « d'être ou de n'être pas. Croyez-vous aussi, mon
«cher nkar^ais^ que là FVàûcé ê(Àt plus en état H que TAiigleterre de remplir notre trésor ; le «croyez -vous? j^admîre alors votrfe simplicité. a Pour moi ^ je suis persuadé que l'argeiit s'ôbtieut ic plus facilement^de ceux qui en ont trop et qtii fr en offirent, que de ceuic qui n'en ont pas àsses (cet qui en dérobent. Eh me résumant donc, je a pense que l'amitié de l'Autriche est plus sûre et a moins périUeuse que l'amitié de la France ; je (r vous exhorte à faire tête à la fortune ; je vous (( supplie de persister dans cette constance qin c< vous a toujours distingués ^ et de montrer ^ à là « face du monde y que le Piémont menacé à notre <t époque 9 n'a pas déployé moins tie fermeté que u le Piémont envahi du temps de nOs ancêtres. »
Ces raisonnemens , fondés en principe , ne restèrent pas sans effet ; moins toutefois parce qu'ils étaient fondés^ que parce qu'ils se trouvaient d'ac* cord avec une résolution prise d'avance. La médiation de l'Espagne fut donc rejetée, et l'on résolut sur-le-champ de continuer la. guerre avec là France, en persistant dans l'alliance de l'Autriche. Cette résolution néanmoins ne présentait qu'incertitude dans ses résultats , parce que les sourdes pratiques des républicains n'étaient pas moins à craindre que leurs armes; et l'on redoutait avec raison les effets qui devaient naître de la présence dès Français en Piémont. Quoi qu'il en soit, on ne peut que louer la détermination qui Ait prise >
(,,95.) L|y RE CINQUIÈME. 333
non qj^'çlk fùH la f>li)S sùré^ mais parce qu'elle étsàt }a plus honorable entre deux p^ik égaux.
L'éveçe.maat devait luentôt décider si les cou- ^dévésy qiû Wayaieat résdsté qu'avec beaucoup de p«ine à l'armée firançatise divisée entre l'Espagne et V Italie f pôui^iraient repousser cette même armée réunie et lôarduant à la conquête die la peniosiule« Dèa le, osonmencemeELt de cette annéê^ le cabinet d^i France avaiit résolu de s'ouvrir un passage en Italie par. U fiMroe dea armes. L'un des pkis zâés partisansr cbe ceA|fe.ent|repfise.était le général Sche^ rer , qui avait rééemnietit dopué des preuves de sa. bravoure et de sob habileta di^ns la guerre d^ Allemagne et des Pyrénées* La paix avec l'Espagne était venue favoriser ce dessein; et comme celui qui l'avait conçu paraissait le plus pro^ire à en assurer l'exécution^ Sèberer fut nommé général de l'armée d'Italie. ]i.elièrmann ne garda que le commandement des. troupes chargées de la dé^ £énsé-des Alpes supérieùcés» L'armée répHJblicaine des Pyrénées se joigiiit donc à cdle des. Apen-^ nins ;. plnsieurs. loiSciers de marque s'y rendirent de. leur côté. ''.:.:,
L'ixiver approchait alors. ïletranchéç dans des positions fortifiées par l'art, et par la n^ture^ les alUés pensaieuft à toute autre chose qu'à être attaquas parles Erazicais privés de cavalerie ^ presque sans artillerie, et réduits à la plus affir^use disette. Mais y accoutumés à surmoaiter le% obstacles répu^
tes les plus insurmontables ^ contraints d'ailleîirs par la faim qui les pressait de s^ouvrir la route jèè (jrénes^ seule ville qui put les alimenter, les soldats républicains 9 s'armant d'un courage indomptable contre les rigueurs de la saison y le défaut de munitions y la disette des vivras y contre ' la supériorité numérique d'un ennemi abondam^ ment fourni d'armes et de munitions, retranché en outre sur des lieux escarpés et difficiles, les soldats républicains, disons-nous, résolurent de tenter si en effet la valeur est plus puissante que la force, si l'audace peut triompher de la fortune! Ainsi se préparait la bataille de Loano , actioit fameuse par la bravoure des Français et l'habileté de leurs généraux ^ de Masséna surtout, qui eqt la plus grande part à la gloire de cette journée. L'armée française avait son ailé droite sur les hauteurs du Borghetto, qui est baigné par la mer. Le corps de bataille occupait Zuccarello et Castel Vecchio^ L'aile gauche couronnait les montagnes vis-à-vis celles de la Kaneta et du Saint-Bernard, sur la route de Garessio. L'aile droite était commandée par Scherer , qui avait sous lui les troupes venues des Pyrénées , et par Augereau qui les ? avait amenées; le centre par Masséna; l'ailé gauche par Serrurier. L'aile gauche des cotefédérés, sous les ordres de Wallis , occupait Loano. Le centre, commandé par Argenteàu , était à Roccabarbena. La droite, composée «n grande partie des troupes
pîëmontaises, et conduite par CoUi^ s'étendait sur tte hauteurs de la Pianeta et du Saint«*Bemard. Quoique ces positions fussent fortifiées par la natxu>e et de la main des hommes ^ elles ne parurent pas suffisantes au général, en chef Devins y pour la sùtfslé de son arméie. Il établit : donc ^ comme gardés avancées ^ trois camps retranchés; deuxeji avant de Loano^ sur la cime de trois monticules garnis de. tranchées et d'artillerie, et dans le village de Toirano ; la troisième , destinée à couvrir le ceutre, jJus haut,. à Campd dePietra. De plus, prévoyant en prudent capitaine les revers qu'il pourrait essuyer , il munit de troupes et d'artillexie , derrière le centre , non seulement Bardinetto et Monte Calvo , mais encore , plus en arrière , comme dernier retranchement et corps de réserve^ les moqtagnes de IVljélogno et de Sette Pani. Devins, comme chx le voit, se montrait aussi habile à pré*voir le danger qu'à le prévenir ; mais Tévénenaent démontra cette vérité , que le génie seul ne peut rien contre le génie soutenu par une bravoure ^périeure. fl reste donc établi que la perte de la bataille deLoano ne doit en aucune manière s'imputer au général en chef autrichien , et la postérité verra si elle ne doit pas. en accuser Argenteau, qui , négligeant les précautions nécessaires avant l'action, ou perdant la tête au moment du danger^ montra aussi peu de valeur que Devins avait déployé de prudence. Les deux armées étaient séparées par une vallée profonde, baignée par la
336 HISTOIRE UlTALIE.
petite rmère qui coule entre Loaao et AUM»ga. Le ij novembre, pour reconiialtre les Kenx iA tâlerF^uiemi, Massëna donna l'ordre au général Charlet d'attaquer le poste eu avant ds Campo de Pietra. Après une vigoureuse pesisftance, Iq poste se rendit; tevrihle pi?éluige de batailles *plus sanglantes ; indice visible de tout ce qœ les Fraun çais avaient dessein d'êntveprendire. Ce oombat n^ëveilla point Fattention d^Argenfleau. La nuit du 22 novembre y Masséna rassembla ses troupes : (T Soldats, leur dit-il , vous exciter à la li^aleur-se-* ce rait une défiance injuste plutôt qu'un encpupa-ce gement nécessaire. Vous montrer l'^inemi^ Vmisi (c comme on vous anime toujours à la victoire. Pin» tf nombreux que vous^ il se retranche néanmoins ce sur des rochers , confessant ainsi par ses actes j a mieux que je ne pourrais le &ire par mesparoles, c( qu'il ne peut tenir devant vous. Mais oà soutien ce rochers , où sont les précipices capables d^arrè^ (t ter les soldats de la république ! Phis d'une fois» le vou&avex franchi les Alpes et les Apennins, et cr vos nouveaux camarades ont franchi les Pyrécc nées. 11$ ont vaincu les troupes espagnoles; vous i< avez vaincu celles de la Sardaigne et de rËm*^ ce pire. Mais la Sardaigne et 4' Empire vous bra-^ u vent encore. Triompheas d'eux une seconde « fois; que vos ennemis s'enfuient dispqitsés de-^ K vaut vous y et que votre victoire donne la paix te avec r Italie, comme les succès de vos frères cr d'arnies ont donné la paix avec l'Espagne. Aveu*
(( glés sur leurs défaites , ces rois osent encore , « les armes à la main , affronter la république ; (c' prouvez-leur qu'il n'est point de rois dont les (c armes ne fléchissent devant les nôtres; et puis- « qu'ils en viennent aux extrémités , faites que a cette épreuve soit pour eux la dernière. »
Masséna était petit de corps ; mais sa valeur se lisait dans ses traits^ et le rendait habile à doubler l'impétuosité du soldat français^ déjà si impétueux de sa nature. Ses paroles furent accueillies parles acclamations lés plus vives. Lés troupes traversèrent audacieusement , et dans un ordre admirable, des sentiers escarpés , au milieu de l'obscurité de la nuit qu'un temps orageux rendait encore plus épaisse. D'après le plan arrêté avec Scherer, Masséna devait attaquer le centre des confédérés, le rompre s'il était possible, séparer les Impériaux des Piémontais, s'emparer des hauteurs par Bardinetto, Monte Calvo etMélogno, et s'en aller ainsi prendre à dos l'aile gauche des alliés , qui alors eut été obligée de se rendre ou de fiiir en désordre. Ce mouvement devait être favorisé, à droite, par un violent assaut que Scherer donnerait à Loano; à gatiche, par un assaut moins vif que Serrurier donnerait au Saint- Bernard. Le 23 novembre, à la pointe du jour, le camp de Roccabarbena fut assailli par Masséna, de deux côtés, avec une ardeur incroyable. A la nouvelle de ce choc imprévu y les officiers autrichiens accoururent à la tête de leurs soldats , qui TOME I. 22
déjà commençaient à plier. Il faut ici blâmer Argenteau , qui , n'ayant pas prévu une attaque si facile à prévoir, avait permis aux officiers sous ses ordres de s'éloigner de leurs postes. Le malheur voulut encore que Devins> affligé d'une grave maladie^ et hors d'état de commander, eut été transporté, au moment de la bataille, de Finale à Novi, laissant la direction suprèEne de l'armée à Wallis. Cependant le combat s'échauffait à Roccabarbena. Après de valeureux elBfortSj La Harpe et Gharlet triomphèrent de toiaie résistance , et chassèrent l'ennemi , qui courut ae retrajMdier à Bardioietto. Là recommença une bataille terrible. Revenus de leur première terreur, les confédérés se défendirent vigoureusement. Masséna, de son côté , faisait charger à la fois toutes ses troupes , persuadé que de la rapidité de l'action dépendait le succès du combat. Enfin, après beaucoup de sang répandu de part et d'autre, beaucoup de morts données et reçues, la valeur des républicains prévalut; Bardinetto fut emporté. Tout ce qui s'y trouva de soldats fut pris ou tué. L'artiUerie entière tomba aux mains du vainqueur. Les restes de la division autrichienne se retirèrent par. des chemins escarpés, et plutôt en soldats qui fuient qu'en armée qui se replie, du côté de Bagnasco , sur la rive gauche du Tanaro. Non content de s'être rendu maître de Bardinetto, avec une impétuosité sans exemple , MJatâsésia ordonna
au général Cervoni de s'emparer de MJelâgno , et au colonel Suchet de prendre Monte Cal vo^ moar tagne aride et presque inaccessible. Cetter ;doubla attaque eut le succès que Masséna en avait esfétéi A ce moyen, tout le centre des confédérés fiit écrasé « les/ Français eurent la facilité de descendre vers la mer , et de prendre à do6 l'ailé gauche de l'ennemi. Tous ces éyéneœens donnèrent victoire complète aux républicains. Il est évident qu'Argenteau manqua de prévoyance avant l'action y de constance et d'habileté pendant le-combat. Sa division n'opposa pas non plus la résistance que Devins en avait attendue, en raison de l'avantage des lieux , de la supériorité du nombre et de l'artillerie. Pour que l'aile gau-* che des confédérés ne reprît pas ce que le centre avait perdu , Scherer, secondé par le feu de quel« ques vaisseaux français qui s'étaient approchés du rivage , attaqua brusquement et emporta les trois mamelons fortifiés en avant de Loano et de la farte^ resse de Toirano. Les généraux Victor et Augereau se distinguèrent dans ces différentes actions^ Sur ces entrefaites , Suchet à qui Scherer venait d'envoyer un secours de trois bataillons, arrivait au pas de course sur les derrières de l'ennemi; ce qui contraignit les confédérés à se retirer vers Finale, poursmvis l'épée dans les reins par les Français. Voyant la victoire du centre et de l'aile droite, Serrurier pressa aussi l'attaque de son
34o HISTOIRE D'ITALIE.
GÔté, chassa Vennemide ses positions/ et le repoussa jusques dàlis le camp retranché de Ceva , où se ralliaient aussi les débris épars de la division d'Argentëau. Ainsi l'aile gauche de Tarmée confédérée se retirait, non sans désordre, devant les républicains, sur le littoral du côté de Savone; le centre entièrement rompu fuyait dans toutes 1^ directions ; l'aile droite moins entamée se mettait à l'abri dans le fort de Ceva. La nuit vint couvrir les désastres des coalisés. La pluie tombait par torrens , la grêle frappait avec violence ; ce qui n'empêcha pas les Français de bivouaquer sur le champ de bataille , au milieu de toutes les horreurs de la tempête. Mais à la première aube du jour , ils se remirent à la poursuite de cette partie des alliés qui se retiraient par le littoral ; ils étaient sur le point de les atteindre , et leur avaient déjà fait beaucoup de prisoniliers, lorsque, pour comble de malheur, cet infatigable Masséna, à qui rien n'échappait, ayant justement prévu que l'ennemi, après avoir passé à Finale, voudrait continuer sa route par Saint- Jacques , parut subitement à Gora, sur la crête de la vallée de Finale» Il envoya aussitôt un détachement contre cet ennemi déjà rompu, et un autre avec Tordre d'occuper rapidement Saint- Jacques; de sorte que l'aile gauche des alliés, pressée de ft*ont, par ses flancs et sur ses derrières, n'avait plus de salut que dans une fuite précipitée, qui lui devenait
(1795.) LIVRE CINQUIÈME. 34i
facile dans ces montagnes, traversées en tous. sens par une infinité de sentiers inconnus. Tout ce qui put échapper se réfugia dans • Acquî ; le i^este tomba au pouvoir des vainqueurs. L'artillerie en* tière, une grande partie des bagages ^ des ; munitions et des équipages ajoutèrent encore à leurs succès. Maîtres de toute la rivière du Ponant, ils établirent leurs quartiers d'hiver à Vado et a Savone, menaçant ainsi d'envahir bientôt l'Italie. Les républicains ternirent l'éclat de leur victoire par la rapine , le pîUage , le viol et tous les excès qu'ils commirent sur le territoire de Gènes. Un cri général retentit dans l'Italie, épouvantée à l'aspect des désastres qui allaient fondre sur elle. Scherer voulut mettre un frein à la fureur du soldat , publia qu'il ferait mettre à mort quiconque désobéirait à ses ordres ; fit même exécuter quelques uns des plus coupables; mais cette rage criminelle ne s'arrêta ni devant les menaces ni devant les supplices. Les républicains étaient inexcusables sans doute , parce que rien ne peut excuser de semblables énormités. Toutefois, ils manquaient de vivres et d'habits; la faim et la nudité n'entraînent que trop souvent aux actions les plus condamnables ; mais les Allemands, à leur entrée sur le territoire du Piémont leur allié, surtout dans les environs de Cairo et de Dégo , et dans leur retraite après la déroute de Loano , les Allemands , malgré l'abondance où ils
34a HISTOIRE D'ITALIE.
se trouvaient de tout ce qui est nécessaire aux besoins de la yie^ commirent des excès pareils et peut-être plus criminels encore* Ainsi la malheureuse Italie, déchirée à la fois par ses amis et par ses ennemis y en proie tout ensemble à la rage des Autrichiens et à la fureur des Français y montrait quel est le sort d'une province qui a des charmes pour séduire, et qui manque de force pour se défendre.
Négociations pour la paix entamées à Bftle ; et pourquoi elles ont été infructueuses. — On se prépare des deux côtés pour la gueri:e d'Italie. — Beauli^u remplace Devins dans le commandement des armées alliées , et pour quel motif. — Caractère de ce général. — Situation de Tannée alliée. — Le directoire de France demande aux Vénitiens le renvoi du comte de Lille ; faiblesse du sénat de Venise. — Noble conduite du comte dans une circonstance si dou* lourettsci — Buonaparte remplace Schuerer dans le commandement de l'armée républicaine , et pourquoi. — Caractère de ce jeune général. — Situation de son armée. — L'époque fatale pour Pltalie est arrivée ; on commence les hostilités. — Bataille de Montenotte le&io,iietia avril 1796. — Buonaparte sépare les A4itrichiens des Piémontais. -^ Fait d'armes de Cosseria. — Bataille acharnée de Magliani, que les Français appellent de Milleslmo, et qui eut lieu le i3 aYril. — Beau fait d'armes du colonel autrichien Wukessowich au Dégo. — Plaintes généreuses de plusieurs généraux et autres chefs de l'armée française sur les excès commis par leurs soldats. — Buonaparte se tourne contre les Piémontnis. — Divers faits d'armes , particulièrement celui de MondovL — Le général républicain encourage les novateurs du Piémont. — Soulèvement d'Alfae. — Buonaparte arrive à Cherasco; Colli, géuéMl du roi , se retire à Carignan. — > Disc|i8sionâ dans- le conseil du roi. — Suspension d'armes de Cherasco. — Proclamation énergique de Buonaparte k ses soldats. — Paix conclue à Paris, le 1$ mfti >796» entre le roi de Sardaigne et la république française. , **- Buonaparte poursuit Beaulieu , lui donne le change, et passe le Pô à Plaisance. — Batailles de Fombio et de Codogno. — Bataille très meurtrière du pont de Lodi. '->> Beaulieu se retire au Miacio» -^ L'archiduc quitte Milan; Buonaparte y entre peu de temps aprè>; dispositions qu'il y trouve. — Discours de Buouaparte. — Seconde proclamation emphatique à ses soldats. — Terreur de l'Italie.
Instruits à leurs dépens du danger qu'il y avait à se mesurer avec ces audacieux républicains de
France, les confédérés jugèrent pfudentde mettre en avant quelques propositions , soit pour légitimer davantage leurs armemens > si les Français refusaient; soit pour respirer du moins et profiter des délais y dans le cas où ils consentiraient à traiter, voulant éprouver d'ailleurs si la paix ne leur offrirait pas plus de garanties qu'une guerre devenue pour eux si périlleuse. Ils pensèrent donc à entamer quelques négociations à Baie , ville neutre , déjà fameuse par les deux traités de paix avec la Prusse et l'Espagne ; et comme l'Angleterre était l'âme de la coalition , les ofires furent faites par cette puissance au nom de toutes les autres. Le 8 mars, Wickam, ministre d'Angleterre près les cantons Suisses , écrivit à Barthélémy, ministre de France, que sa cour désirait savoir si la France était dans l'intention d'entrer en négociatioii avec Sa Majesté Britannique et ses alliés, afin d'arriver à une paix générale, fondée sur la justice et les intérêts réciproques.; que dans ce cas la France enverrait des représentans à un congrès qui serait convoqué dans une ville au choix des deux parties ; qu'il désirait connaître aussi les bases générales qu'il plairait à la France de proposer , afin que Sa Majesté et ses alliés pussent les examiner et se prononcer à cet égard ; qu'enfin si ces premières bases n'étaient pas acceptées , quelles autres la France voudrait leur substituer pour arriver au même but. Cette proposition, confornie aux usages
observes entre les princes^ et qui n'avait rieu en soi d'oflfensif, excita la colère du directoire de France. Ce fut alors que commença ce langage doctoral , légué par la république à l'empire ; comme si tout gouvernement n'était pas le meilleur juge dans ses propres affaires- De là naquit cet usage tout-à-fait insolite de donner des conseils à son allié ou à son ennemi , et de leur faire un crime du refus de s'y conformer; usage vraiment intolérable , qui laisse la cause à l'arbitraire de l'une des parties, rend la justice douteuse, place l'adversaire dans la nécessité de vaincre ou de périr, et fait dépendre les hostilités du caprice et 4e l'ambition d'un seul. Le directoire chargea Barthélémy de répondre qu'il consentirait volontiers à la paix, mais à une paix juste, honorable et assurée ; qu'il en aurait écouté la proposition avec plaisir , si Wiclam , en déclarant qu'il n'avait point mission de traiter , n'eût fait concevoir des doutes sur la sincérité de l'Angleterre. En eflfet, si l'Angleterre commençait à connaître ses vrais intérêts, tel était le ton magistral du directoire, si elle désirait rentrer dans la route de l'abondance et de la prospérité , si elle demandait loyalement la paix, pourquoi, dans quel but proposer un congrès, source intarissable de discussions inutiles? Pourquoi proposer à la France, dans des termes si peu précis , d'indiquer une autre voie d'accommodement? Le gouvernement anglais ne
prouve-t-îl pas , de cette matiière, qu'il ne veut, au moyen de ces ouvertures, que se ménager la faveur acquise par avance à celui qui , le premier, parle le langage séduisant de la paix? N'apercevait-on pas d'ailleurs , à travers ce langage même, l'espoir qu'on avait de son inutilité? Quoiqu'il en fut, le directoire voulait dans sa sincérité annoncer franchement les conditions auxquelles il consentirait à traiter ; disant : Que la constitution de la république s'opposait au démembrement d'aucun pays incorporé à son territoire , et que les autres concpiêtes seules, seraient l'objet des négociations. Ce fut encore une prétention insoutenable de cette époque , prétention manifestée depuis par les gouvernemens qui se succédèrent en France, pendant une période de vingt années , de vouloir soumettre les états étrangers aux dispositions d'une loi politique particulière^ à un seul.
Si le directoire s'était montré hautain dans ses réponses, l'Angleterre se montra énergique dans la sienne. Elle répliqua, toujours au nom des confédérés, qu'elle ne pouvait accepter une condition si peu usitée , «t qu'il ne lui restait plus qu'une voie, celle d'une guerre commandée par la justice et la nécessité. Ainsi s'évanouirent les espérances de paix que les ouvertures de Baie avaient fait concevoir. L'Angleterre en informa les puissances alliées , leur promit de nouveaux subsides, leur démontra que la paix étant impossible ,
la guerre devenait indispensable ^ et qu'il fallait y employer les plus grands efforts ^^ C'était sur le roi de Sardaigne que se portaient tous les regards. La moitié de ses états envahis, les défenses de l'autre moitié renversées, ce prince pouvait voir sa puissance entièrement anéantie, avant que la guerre eût seulement grondé sur les frontières de ses alliés. Ceux-ci connaissaient la constance du roi ; mais ils craignaient , en. supposant un résultat funeste aux batailles qui allaient se livrer , et dans le cas où les républicains s'ouvriraient un chemin dans le cœur du Piémont , ils craignaient que le roi n'abandonnât leur cause , par l'espoir de compenser j avec le secours des Français et au préjudice de quelqu'un des confédérés , les pertes dont leurs propres secours . n'auraient pu le garantir. Us pressèrent en conséquence le roi de déclarer d'avance son intention , en admettant que les malheurs de la guerï>e amenassent les Français dans les plaines du Piémont. Ce futdans ce péril extrême que Victor répondit avec magnanimité qu'il tiendrait alors à la foi jurée. Des circulaires furent aussitôt adressées à cet effet à tous les princes de la confédération.
L'Autriche sentit que le moment décisif était arrivé pour ses possessions d'Italie. Il y avait chez Devins plus de prudence que de vigueur ; la réputation de ce général était d'ailleurs compromise par les derniers revers ; l'empereur lui
substitua le général Beaulieu y qui y malgré son grand âge, était encore vif, ardent,* et en état par cela même d'affronter cette impétuosité française qu'il ne faut pas attendre , mais prévenir si l'on veut en triompher. Beaulieu était capitaine expérimenté ; il avait fait ses preuves avec assez de gloire dans la guerre de Flandre ; mais s'il possédait les qualités d'un bon général , il lui manquait la connaissance des lieux , n'ayant jamais fait la guerre en Italie. Il n'amenait pas non plus autant de troupes qu'on lui en avait promis. Si l'armée autrichienne en Piémont s'élevait au commencement de la campagne à trente mille hommes, bien certainement elle n en comptait pas quarante mille , nombre insuffisant , je ne dis pas pour l'attaque, mais encore pour la résistance. Que ce fut lenteur ou impuissance d'agir autrement, les secours ne furent point en raison du danger. De plus, encore bien qu'on eût promis à Beaulieu , en le nommant général en chef de l'armée autrichienne en Italie, de révoquer Argénteau , dont la faiblesse ou l'imprudence avaient causé les dernières défaites sur la frontière du Génovésat, il le vit encore avec indignation, non seulement présent à l'armée, mais à la tête d'une forte division. Sinistre présage aux yeux de Beaulieu , qui pensait que pour animer les soldats a la victoire, il importait de leur donner des capitaines victorieux. Beaulieu lui-niême n'avait peut-
être pas totit ce qu'il fallait pour commander à des officiers et à des soldats de pays et de langage différens. Ses qualités étaient celles d'un guerrier plutôt que celles d'un courtisan ; les troupes étrangères avaient pour lui plus de crainte que d'attachement ; l'obéissance qu'on lui rendait venait de la contrainte , plutôt que de la bonne volonté y et la noblesse piémontaise y très jalouse de ses privilèges , rie le voyait pas non plus d'un œil favorable. D'un autre côté, quoiqu'il eût été convenu que les Piémontais et les Autrichiens agiraient en tout de concert , l'armée royale ne recevait point les ordres de Beaulieu ; elle ne reconnaissait de chef que Colli, militaire brave et habile, mais qui s'entendait mal avec Beaulieu; et quoique les deux généraux opérassent d'intelligence y dans les cas difficiles , comme l'un et l'autre tenait fortement à son opinion particulière, cette intelligence n'était pas aussi parfaite que l'aurait voulu la gravité des circonstances. C'est au milieu de ces défectuosités, de ces sentimens opposés , de ces germes de discorde, que les confédérés commencèrent une guerre importante en Italie ; guerre qui n'avait plus pour objet de faire des conquêtes en France , mais de préserver la péninsule de l'invasion des Français. L'ordonnance de
l'armée alliée était la suivante : l'aile gauche s'étendait depuis la Scrivia , dans le voisinage de Serra- Valle, jusqu'à la rive droite de la Bormida. Là,
35o HISTOIRE D'ITALIE.
commençait Faile gauche de l'armée piémontaise , qui se prolongeait à travers ces montagnes jus-r^ qu'à la Stura, protégeant Ceva et Mondoyi au moyen de fortes garnisons , et s' appuyant , à l'extrémité de l'aile droite , sur G^ni. Les troupes légères garnissaient le sommet des monts ; pour la sûreté du fort de Ceva , un camp retranché avait été établi sur une éminencç du côté de Lesegno. Mais comme ^ Lombardie était surtout l'objet de l'inquiétude des Autrichiens, ils avaient placé des masses considérables de leurs, propres troupes dans les environs d'Alexandrie , de Tortone , et à l'extrémité de leur ligne ; occupant ainsi avec des forces imposantes les 'deux routes qui conduisent de Gènes au Milanais y l'une par Novi, l'autre par Bobbio. Us auraient désiré, pour plus de garantie , avoir à leur disposition la forteresse de Tortone, et ils en firent la demande; mais malgré tous les embarras du moment, le roi, voulant autant que possible rester maître chez lui , les refusa avec sa fermeté ordinaire. Telle était donc la situation des choses , que le roi de Sardaigne combattait pour le salut de son royaume tout entier ; l'empereur pour ses possessions du Milanais et du Mantouan ; le roftjde Naples pour l'intérêt général de l'Italie; le pape, dans celui du saint siège et de la religion. Venise espérait dans la neutralité sans armes ; Gênes , dans la neutralité armée ; le grand-duc de Toscane j
(1796.) UVRE SIXIÈME. 35i
dans sa parenté avec la maison d' Autricbe et l'amitië de la France. Quant à Parme et à Modène, dles n'étaient ni en paix ni en guerre ^ et leur sort dépendait absolument des éyénemens ultérieurs. Le principal projet du directoire était d'envahir l'Italie ; toutes ses pensées se dirigeaient vers ce but. Il y était porté, non seulement par le désir de faire subsister l'armée française dans un pajs riche et encore vierge, mais surtout par l'espoir qu'au bruit d'un événement de cette importance, et par la confusion qui devait en résulter dans l'Italie et en Allemagne, de grands changemens se mani* festeraient en sa faveur dans toutes les cours , ou du moins dans quelques unes des cours de l'Europe. Mais l'objet spécial de ses desseins était de contraindre l'empereur à la paix. Il espérait y par- VQliTr en faisant en Italie des conquêtes, qu'il pourrait offrir à ce prince en échange des Pays- Bas , dont le directoire voulait , malgré tout , maint^r la réunion au territoke français* Les républicains pensaient avec raison, que du jour où l'illustre et puissante maison d'Autriche aurait fait la paix avec eux , les états secondaires , et même les plus considérables y ne tarderaient pas à l'imiter. Toutes leurs pM||sée&, toutes leurs résolutions étaient ambordonnées à ce projet capital , qu'ils étaient décidés à exécuter à tout [»*ix , même au mépris de la foi publique et de l'honneur. Avec plus de réflexion , les républiques de Gênes et de Venise
35a HISTOIRE D'ITALIE.
n'eussent pas attendu le dernier moment pour adopter des mesures vigoureuses. Plus voisine de l'empereur , Venise était aussi plus exposée ; et si Ton voulait donner le Milanais au roi de Sardaigne pour le faire marcher contre T Autriche , on voulait encore donnner les États vénitiens en tout ou en partie a l'empereur, pour le décider à la paix. Long -temps avant la catastrophe, des signes évidens l'avaient annoncée aux ministres de Venise à Baie , k Vienne et à Paris ; ils en informèrent le gouvernement. A la vérité, le directoire cachait ses désirs ; ses agens les dissimulaient également ; leur langage était obscur et mystérieux; mais non pas au point qu'on n'aperçut clairement, à travers, tout ce qu'avaient d'hostile des projets bien plus clairement expliqués encore dans les journaux de Paris, publiés sous l'influence du gouvernement. Et comme l'on commence ordinairement par faire des propositions déshonorantes à celui qu'on veut perdre , dans l'espoir d'un refus qui devient ensuite un prétexte d'hostilité, le directoire pressa Venise de renvoyer le comte de Lille qui , sous la sauve-garde du droit des gens , sous la sauve-garde plus sacrée du malheur, vivait tranquille et solitaire kjjj^rone. Peu importait à la république française que le prince demeurât dans les états vénitiens; son intérêt, au contraire, voulait qu'il y restât plutôt qu'ailleurs; car s'il était dangereux pour le direc-
totre que le coonté de; Lille se trouvât dans un pays > je ne dis pas neutre ^ mais très éloigné de rien tenter en faveur 'du prince , il eÀt été bien plus dangéreint 9 sans dàute, que le prince se fut rendu à l'armée de Coudé , ou chez Tune des puissances en guerre avec les Français. Mais cette demande n'était qu'un vain.prétexte ; on cherchait un sujet . de- querelle avec Venise. Quoique le comte de Lille ^ après la mort de Louis xvii^ eût revêtu la dignité royale^ et fut honoré comme souverain par les émigrés français y par le ministre d'Espagne Las^Oisas^ le ministre de Russie Mar-« dinof et le ministre d'Angleterre M acartuey qui se tenait près du comte ^ par ordre exprès du roi George ;>le sénat de Venise ne l'avait jamais re*^ connu publiquement 3 ni traité comme roi. Loin de là 9' il mit tous ses soins à empêcher que le prince^ pendant son séjour dans les états véni-^ tiens^ ne publiât des actes d'autorité souveraine. Le comte répondit à ce désir avec une noble coudes^ cendance^ en vivant fort retiré dans une maison de campagne du comte de Gazola. Il poussa même $i loin la réserve à cet égard ^ qu'il ne fît point imprimer dans, les états de Venise , et ne data point de Vérom y le manifeste qu'il adressa aux Français à l'époque de son avènement. Qu'il ait ensuite^ dans le secret de son intérieur , entretenu quelques, pratiques pour remonter sur le trône antique de
ses ancêtres y cela est rrai ; mais, nous ne royooB pas qu'an puisse en accuser Venise. Du reste ^ on aurait droit de s'étonner> si l'on n'en içû|maiasait les motifs 9 du courroux du directoire dans cette circonstance. S'il ordonnait en matlne.au sénat d'éloigner le comte, da Lille ^ il supportait tbès patiemment d'un autre coté ^e l'ambassadeur d'Espagne Las-Casas reconnut le corafte conmie roi de France, et traitât pi:diliquement avec lui en cette qualité, ce qui était bien autreoatent important que de donner asile à ua prince malheureux. C'est que l'Espagne était plus redoutable que Venise, et qu'on ne pouvait l'offirir en échange d'états envahis. Charles de La Croix, ministiedes relations extérieures, écrivit le i^' marft,.ai^ aom et par. ordre du directoire,, au ndble Querini, ambassadeur de Venise à Paris, que Loui^tanislas-Xavier n'ayant pas craint d'agir en qt^^tité de roi de France sur le territoire de la république vénitienne, il s'était rendu indigne de l'humanité du sénat; que le directoire, en conséqu^ence , demandait expressément que le comte iîiit banni des états vénitiens ; Ce n'est pas là, ajoutait-fil, un cas de neutralité* La neutralité peut exister entre des puissances réelles et armées , non entfe. un roi iimaginaire et une république heureusement établie>; une république qui peut et qui sait , pour me servir du style de cette époque , déployer une
(1796.) . irVS¥ çi:Î^IÈWE. 355
ÇX|{[r£fi^c4M^:&r^i'P^P^^$*^& ta faire Fespectér, QçrjiiVWftat k'-ùi^^M y^nwgièSet la force ?.^n: ne
Beyenons à notre sujet. Le sénat se réunit pour 4^tibéi^ pur la dcxnpilde du ^uvernement fran- ^f^^hfi {ff^oivat^^fj^zarb la .combattit fràuche- B^^^^ea^^la^i^t jPLTee force à. la r^ubliqu^la hdnfe^;4'uitiè>ctiop^i€<Mltriiire à l'antique généro^ ^<#id<$ V^i^0. AW^wtdfû Marcel, Nicolas Fo^a^ ^\j» 41 J^iûrreZétiii^ Hiambres du conseil des sagJMi' aoiutinreiit .l'o^ân^ . oppcisée , représ^ti*tli'l^V<)ii0 la compas^CMA envers; un prince étranger, rie devait pas l'emporter^ > danà l'esprit des j||^)fiteiin,tsm'raniQtor de la patrie : enfin , lapt^^ pp^itiPiM Ûfi f ^r^ ^t écartée par une majorité de^ceu^cii^q^ante-^sil^voix ccmtre qiw*anté-siQpt; d^ibétfn^cm /tjb¥(t-«Mkii ii^gne et d'autant n^oiilf 4:}i€iMafei|l^ (Cfu^la foi^les$e n'était point un principe 40:si^lut» XiOuis'Xv, il est vrai, sans y être cob^ pt^i^ paç: kb néce^té, ne balança pas, siir la dispi^nde de TAngleterre, à bannir de France le ib^tends^M ËdQuai<d'; 4ia»s k faute de Loliis %y fi'èt« rito( à^^lla hpnte de Vemae; et s'il qst donné «ux roib. d'^tebelli^ encore la. vertu, Us n'ont pas )e. privilège 4- enniE^f* le viee. Si les hoaifi^s ne GpQf pas des bétes férùCejs , il doit exister entre htb^ une loi de justice et d'hionneur, antérieure et ^Vîne! ^ liQpattre la^ueUe viennent échouer la fo^e .«y œ se^ aixis , la pi|i^s»iice avec ses caprices : câ-
356 HISTOIRE D'ITAtlE.
priées et abus qui peuvent êtl-e teuës parle siède^ mais que la postéfité notera d^iâ&mié ;'4:ant éettet loi divine est profondément gravée dans lé coéui* de rhpmme. ^
Le sénat confia l'exécution' «dfe son déinret'aux, inquisiteurs d'état, qui déléguèrent 'k^iiet elTet le secrétaire Joseph Graderiigo, et le marquis Carlotto. Introduits devaût le prince, dqà informe de la délibération par un courrier que lé cdmte d'Entraigues lui avait expédié de- Venise , ils remplirent l'objet de leur mîssimi'. Après cette communication , le prince répondit avec gravité qu^il partirait, puisqu'il y était contraint p2â* laforcej qu'en attendant on lui apportât le livre d'oi* , afin qu'il y rayât de sa main le noni des Bourbons, et qu'on lui restituât l^armure de Henri iv, son glorieux aïeul, donnée en présent à la république.. Cependant , persuadé qu'il y allait de sa dignité à demeurer plus long-tem^iis chez ceux qui obéissaient lâchement au3C meurtriers de son firère, le prince partit sans délai, et se rendit, soi:» lô nom de Comte de Gwsbois , à Farmée des émigré$ français , à Fribourg en Brisgau. Avaùt de partir il chargea Mardinof , ministre de Russie ^ de Irayer à sa pfa(ïe le nom des 'Bourbons sur le livre d'pr, et de recevoir en dépôt l'armure de Henri iv. Il ajouta que , pafr'un etfèt de l'atfadiemeht qu'iritii p<!a*tait, il confiait à sa foi ce qu'il al^it de plus t:h^r et def plus pi^écieiix du monde y le ^rtrait de
(i7«6 ) LIVRE SIXIÈME. 357
son frère. Eafin il lui recommanda ceiix de ses jBdèles sujets qui se tro^utâieut- sur le territpire.de Venise^ et particidîèreiipâi^tle comte d'Eatraigues. Xje prmce quitta Vérone avec autant dé dignité qu'i} y avait montré de retenue pendant son séjour^ et son dépai^t fut encore marqué par une actidn pieuse envers son frère et ceux qui^ par aSection à sa personne royale ^ avaient voulu parrtager sodoi e:dl*
Néanmoins > grâces aux démarches que le sénat de Venise fit faire auprès des cours d'Europe , smtout auprès de l'impératrice de Russie ^ qui •embrassait les intérêts du prince avec le plus de chaleur^ l'affaire du livre d'or et de l'armure de Henri iv n'eut pas d'autre suite.
Cependant les jours de malheur s'approchaient pour l'Italie. Le despotisme sous le nom de liberté ; la rapine sous celui de désintéressement; la révolte inspirée aux pauvres ; la spoliation ordonnée contre les riches; la noblesse oI]jet de calomnies pubUques et d'adulatipns secrètesj; les amis de la liberté récompensés de leurs services par le mépris ; les exciter contre les souverains ^ et les persécuter pour plaire aux rois; la liberté devenue .un instrument de puissance, quand elle devait être une source de bonheur ; cette liberté vantée dans les discours ^ et déshonorée par les actes; tout ce que l'antiquité a de plus respectable^ voué à la dérision et au brigandage; ce
3Ï» HISTOIRE ï)?tIÀLfE.
qu'il y a de p!us saa«ë purmi les modernes, s^tiR par un mélange d'hoirribtes actions ; k fiilhige dtes Ments-dé*Piëté ; la spèliMion dè$ égiiâés; la àéyastation des palais { l'embrasement défi; cfaau*^ mières ; ee qtoe la licence militdire a dé plû5 abcnminable^' la perfidie de plus odieux y la tyrannie àt plus insolent; les Allemands et les f*rançais rivalisant tour à tour de rage et de foreur; telles sfoiyt lefe causes qui ont enfanté l,a ruine et la dëséiafion de l'Italie. Qu'elle ne vante plus sa beauté^ quelle cesse de se dire le jardin de l'Europe, qu'on ne l'appelle plus la terre classique des beaux artg, puisque ceis avantages trop réels, au lieu de lui mériter le respect defe hommes, n'attirèrent sur elle que leur dérision et leur rapacité. Mais cfe qui doit surtout laisser une douleur et des regrets éternels , c'est que lés esprits élevés et généreux dont là France et l'Italie abondaient, attachant au.bieftfait inestimable de la liberté tout le prix qu'il comporte, séduits d'ailleurs continuellement psA» les douceurs d'une illusion chimérique, secon^ dërént par leur éloquence, leurs -écrits ef leur conduite, ce système de déception^ ourdi à dessein pour assouvir une cupidité sans exemple. C'es^ ainsi que la liberté, qui n*est que l'exécution ponctuelle de la loi civile , juste et égale pour tous ; devint odieuse aux Italiens, en raison de la per*versité de ceux qui se vantaient de la donner. C'esft ainsi que les discours prononcés en sa faveur par
(1796.) LIVRE SIXIÈME. SSg
iès* honnêtes g»ns- de France et d'Italie perdirent terni leur crédit sur les peuples y parce que ceuxci i^ griè^mment t)ifeDsés daBS leurs biens et danis leurs personnes-, et victimes de l'insolence^ mili^ taiire, ne saVËiient poîAJt séparer la liberté' des excès <]ue l'on coolinettait en smi nom. Les gou-^ irernemens italiens de cette époque n'étaient point ^arfiits y sans doute y mais ils étaient du moins supportables par l'effet d'une longue habitude y et le dtvenaieBt chatte jour davantage par les réfomies et les conces^ons nécessaires que les pipnces faisaient à l'esprit du siècle. Qui soutiendra /d'uiiauDre côté> que le despotisme mili*taire leur soit préférable? Certaines gens disaient , et disent emxMre^ ji^u'avec le temps ce mal devait produire le bien ^ mai& la patience des hommes a son terme ; et toutefois la patience de l'Italie fbt extrême. La liberté périt donc^ son prestige même disparut ; et si la Providence ne laisse tomber sur nous un regard fsivorable y je crains bien que les malheurs de l'Italie^ et le souvenir des excès qi|i s'y commirent au nom de la liberté, ne sœent un obstacle insurmontable à son établissement en Europe. Le gouverneçient français était bien décidé à forcer^ cette année ^ les passages de l'Italie^ et à répandre dans la péninsule ses armées victorieuses. Les projets étaient mûrs^ les voies aplanies^ les armes prêtes, l'esprit des: soldats enflammé* La faim même qui les tourmentait^ sur les stériles
3Ço HISTOIRE D'ITALIE.
Apennins 9 les excitait à se jeter sur une contrée -dont la réputation de fertilité surpassait encore la fertilité réelle. De l'issue de la guerre d'Italie dépendait^ aux yeux du directoires^ le sort de la guerre dans toute l'Europe. H manquait à cette entreprise colossale un chef de vaste génie, de courage invincible, et d'une audace qui ne reculât point devant les difficultés qu'on prévoyait. Scherer, malgré la réputation qu'il- venait de s'acquérir par la victoire de Loano , encore bien qu'on lui dût le premier projet d'invasion en Italie 9 Scherer ne paraissait pas de force à supporter un fardeau si pesant. Le • directcnre résolut donc de confier l'immense entreprise au général Buonaparte, jeune homme cpii s'était déjà distingué au siège de Toulon , et dans le Génovésat. La grandeur de ses conceptions , la fprte trempe de son âme montraient assez * ce qu'il était capable d'exécuter. Quoique rempli d'orgueil et d'impatience , il s'épuisait en prières et en sollicitations opiniâtres , afin d'obtenir du directoire la conduite de la guerre d'Italie. Il était servi par certaines considérations secrètes que je développerai plus tard : considérations qui n'auraient pas été approuvées de Carnot ni de la Ré veillère-Lepaux , tous deux directeurs, à qui on en fît un mystère ;. mais qui souriaient à Barras, autre directeur, qui, sous le manteau d'un répu^ bUcanisme prononcé, cachait peût-^tre des idées
(,79«.) UVÏIE' SIXIÈME- 3®!
tout-à-fait différentes. Buonapartè, d'âillears^ i en épousant Joséphine y plus âgée que lui et anciaiae *mme de Beauhamais, ayait fait un mariage -agréable à Barras.
Buonaparte possédait un génie sans bornes ; son ambition était pius vaste encore que son génie. Ce fut à lui 9 en remplacement de Scherer^ que le gouvernement confia le soin de conquérir 4'Italie. A peine parvenu a la direction suprême 'dé l'armée y 41 montra combien il étaitffait pour commander. Dumorbion^ Kellermann et Sebcrrer avaient vécu sa&s étiquette* et à. la républicaine avec les généraux en 80us-^>rdre ; ^ mais Buonaparte, quoique le plus jeune de tous^ obsî»*va plus de dignité y ne se fatmiliarisa avec personne , «t parut, non plus le premier entre ses égaux, mais. le chef au milieu de ses subordonnés. Masséna, Augereau et les autres officiers supérieurs s'y habituèrent sans difficulté. Il en résulta plus de liaison dans les mouvemens, d'exactitude dans l'obéissance , de régularité dans le service , d'unité dans le conseil. Des pensées grandes et énergiques devaient enfanter des effets extraordinaires. Les moyens d'exécution ne manquaient pas non plus : l'armée se composait de cinquante mille hommes au moins , mal équipés et manquant de vivres à la vérité ; mais riches de courage et forts de volonté. L'idée séduisante de parcourir l'Italie en maîtres , les rendait supérieurs à eux-mêmes.
36si HISTOIKE DITALIE.
Le directoire laissa le nouveau ^jénend midtt'e i^ sùlxi de ses mouvemens^ pourvu cpxil cliamld les AntrichietiB^ et les séparât des Piémoi&taîs^ lui ordonnant en outre de contraindre Gênes à fournir de l'argent , et à livrer la forteresse de Gavi ; de prendre cette forteresse d'assaut en cas de refos de la ptft de Grènes; de soulever en masse- ou individuellement^ par la force ou par la ruse^ contre l'autorité du roi ^ les maécontens jttémmi«tais; enfin, d'effirayer l'Italie par une incursion contre Notre-Dame-de->Lorette dont il enlèverait les richesses et les présens offerts depuis tant de siècles par la piété des fidèles. Que l'on juge après Cela de la rapacité et du vandalisme de ce gouvernement!
La Harpe et Gervoni guidaient l'aile drbite, qui s'étendait jusqu'à Voltri* Buonaparte était au centre y appuyé des deux c6tés par Masséna et Augereau ; la gauche, qui avait les Piémontais en £sice, était commandée par Serrurier, et Busca , hcmmie d'une valeur extraordinaire , et cpii avait renoncé à l'exercice paisible de la médecine, pour se jeter au milieu du tumulte des armes. Le pro^ jet du général républicain était de charger vigou-reusemeut le centre des confédérés , de le rompre et de se placer au milieu, entre les Autrichiens et les Piémontais. Ce résultat obtenu, les premiers, ainsi le pensait Buonaparte , se seraient retirés au-delà du Pè, et les seconds, resserrés dans leur
(1796.) LIVRE SiriÊME. 36S
jlL^àixè étn^key atiraient prête facilement roreîUe attx nëgociatrons* Baiis ce but ^ sachant aussi que les Atitrichiehs portaient la plus grande attention à leur aile gaucbe, parce que la route large et ocmïmôde de ia Bocchetta condtdt à Milan , Buo^ naparte aTânt ordonnée à Cervoni d'occuper Voltri, avec un gros détachement» Il fit en outre marcher, de Savone, une forte division vers k montagne de Notre-bame-de-l'Aqua-Santa, route qni mène droit à* la Bocchetta. Beaucoup d'artillerie de tout calibre suivait cette division. C'était là une disposition très bien calculée; car il était aisé de prévoir que Beaulîeu, craignant pour là Ijombardie , aiurait affaibli son centre pour renforcer son aile gauche , afin de couvrir plus efficacement les possessions particulières de l'empereur j et les républicains devaient alors rencontrer moins de résistance au centre des confédérés. Buonaparté avait certainement l'intention d'inquiéter la gauche de Beaulieu ; autrement il aurait mérité des reproches, puisqu'il dégarnissait ainsi son corpi de bataille , précisément ^r les routes qui conduisent le plus facilement à Savone ; Voltri n'était pas non plus un poste que l'on pût garder longtemps; l'ennemi pouvait l'attaquer à la fois, et par le rivage, et par la montagne. D'un autre côté, on ne saurait louer Buonaparte d'avoir tant différé à occuper et à fortifier Mon tenotte, qui regarde la route de Dego, et domine la position de Notre-