LIVRE PREMIER
Celui qui avait montré le plus d'activité dans ces discussions avec le saint siège, c'était Tanucci. Déjà, d'après son avis, on avait supprimé le tribunal de la nonciature, devant lequel étaient portées, pour être jugées par le nonce du pape, toutes les causes où un ecclésiastique se trouvait intéressé. Tout appel au pape fut également supprimé. A la vérité , c'était un abus énorme qu'un prince étranger exerçât une juridiction et rendit la justice dans les états d'un autre prince. Ce fut encore par les conseils de Tanucci que la cour de Naples, et non plus le saint siège , nomma aux bénéfices vacans les évêques, les abbés, et autres prétendans ; qu'à la présentation de la haquenée , au jour de Saiut-Pierre, fût substituée une offrande pécuniaire ; que le nouveau roi ne se fit point couronner , pour éluder certaines formalités en usage depuis les rois normands , et qui établissaient la souveraineté de Rome sur le royaume de Naples ; enfin, que le nombre des religieux mendians fut réduit , et les jésuites supprimés. On parla , en outre , de rendre les ordres religieux indépendans de leurs généraux résidans à Rome, et d'employer une partie des biens ecclésiastiques à l'équipement d'une flotte respectable.
Ces innovations ne pouvaient avoir lieu sans une vive résistance de la part du saint siège; c'est ce qui arriva. Mais un grand nombre d'écrivains se levèrent dans le royaume de Naples, pour
la défense de la liberté' et de l'indépendance de la couronne. Les frères Gestari brillaient au premier rang ; vint ensuite l'archevêque de Tarente. Les plus ardens néanmoins furent ceux qui désiraient un gouvernement plus libéral, se proposant ainsi tout ensemble de maintenir la dignité du trône , et de renverser les privilèges féodaux. Ces écrits plaisaient à Ferdinand, profondément irrité contre la cour de Rome; aussi se rapprochait-il tous les jours davantage de leurs auteurs, favorisés eux-mêmes dans leurs controverses avec le saint siège, par Charles de Marco, l'un des ministres du roi , et d'un savoir peu commun.
On faisait donc à Naples les mêmes efforts que dans la Lombardie autrichienne et la Toscane, pour obtenir la réforme de la discipline ecclésiastique ; mais ces efforts étaient plus ardens , en raison des discussions politiques avec la cour de Rome. Quant à la réforme des lois, on l'avait également entamée, mais avec moins de succès, parce que le ministre Acton, qui n'y entendait rien, s'y refusait ; que la reine , qui était bien capable de l'entreprendre, s'y refusait également; et que le roi , tout entier à ses goûts favoris , aimait mieux laisser faire que d'agir par lui-même. Ainsi se maintenait l'inquiétude dans les esprits,' et l'obstination de la résistance irritait encore l'avidité des désirs.