‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814 (volume 2)Chapitre 17 sur 38 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ouvrages philosophiques, où la force du génie le dispute à l'amour de l'humanité , et l'on mettait autant d'avidité à les lire que d'ardeur à les louer. De toutes parts, alors, naquit un désir plus vif de réformes dans l'état. On voulait une liberté civile plus certaine , une liberté politique plus étendue, une tolérance religieuse mieux garantie. De son côté, le gouvernement, que la révolution française n'avait pas encore rendu soupçonneux , ne répugnait point à ces réformes. On les appelait surtout dans le royaume de Naples, parce qu'elles y étaient plus urgentes , et que les généreuses doctrines avaient poussé des racines plus profondes , particulièrement chez les jurisconsultes. Une grande confusion régnait encore dans les lois ; celles des anciens Normands et des Lombards étaient toujours en vigueur; celles des deux Frédéric, les aragonaises, les angevines, les espagnoles et les autrichiennes n'étaient pas entièrement abrogées. De là, point de limites précises dans les droits, aucun terme possible aux procès. La gravité du mal faisait désirer le remède avec plus d'impatience , principalement dans la législation civile et criminelle , très imparfaite par les raisons qu'on vient d'exposer. Toutefois , l'expérience n'avait point encore justifié la théorie, et l'on désirait un essai pratique des nouveaux principes. Dans son voyage en Lombardie, le roi avait visité les célèbres fromageries des plaines i. 3

de Parme et du Lodésan. Ces établissemens lui plurent, et il en fonda de semblables à San- Leuce, à peu de distance de Caserte. La colonie grandit ; les partisans des réformes représentèrent adroitement à Ferdinand que la société nouvelle attendait des lois de son fondateur. Ils n'eurent pas de peine à décider le roi. Ce prince fit des lois, au moyen desquelles s'éleva dans le royaume un état libre , qui ne reconnaissait de chef que le roi lui-même. Il déclara la colonie indépendante de la juridiction ordinaire, et soumise uniquement aux chefs de famille et aux anciens. Les actes civils, notamment le mariage, avaient leurs formes et leurs règles particulières ; le tout suivant la doctrine de Filangieri . La colonie prospérait à l'abri de ces lois privées ; le roi s'applaudissait de son ouvrage; et , instruit par l'expé-» rience, se montrait chaque jour plus favorable aux idées qu'on voulait lui faire adopter. Ces idées se répandirent parmi le peuple , le désir des réformes allait croissant , tout le monde pensait que les institutions qui avaient fait le bonheur d'un petit établissement, pouvaient s'étendre au royaume tout entier , en les lui appliquant avec les ménagemens nécessaires.

Ferdinand prêtait d'autant plus volontiers l'oreille à ces conseils , qu'ils venaient précisément des plus zélés défenseurs de son pouvoir et de sa dignité , contre les prétentions de la cour de Rome.

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