‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 117 sur 177 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Klôvation de Cromwell au retour d’Écosse. Acte de navigation. — Blakc. — Guerre avec la Hollande. — Mort d’Ireton. — Kntretien dcCromwell et Whiteluck. — Bataille des Dunes, 26 février 1653. — Coupd’État de Cromwell. — Dispersion du parlement, 10 avril 1653. — Cromwell au conseil d’État. — Fière rt'jwnse de Bradshaw. — Conseil militaire. — Parlement Barlebone, juillet 1653. — Ses travaux, sa démission. — Résistance do Harrison. — Cromwell nommé lord protecteur, 16 décembre 1653. — Victoire navale de Blake^ 30 juillet 1653. — Mort de Tromp.

Mais revenons à l’Angleterre. Il n’y a plus là de roi, ni de dy nastie, ni de Stuarts: il y avait encore un peuple cependant. Il y avait surtout un homme. Cromwell remplissait les trois royaumes, et l’Océan, qui borne sa patrie, ne limitait pas sa renommée. Il datait de loin. Ce propriétaire rustique de l’ile d’Ely, cet éleveur de bestiaux , nommé au parlement à cause de ses convictions religieuses et de sa parenté avec Hampden, a laissé peu à peu tomber les épiscopaux; il a trompé, puis battu dans les chambres et à la guerre les presbytériens. II s’est servi contre eux d’un des leurs, — de Fairfax. Il les a presque détruits, ainsi que les cavaliers. Il a chassé par l’épée Charles II, après avoir décapité par la hache Charles I®^ Il a fait de l’Irlande un désert, puis une colonie; il a soumis l’Ecosse, et il y a placé pour la gouverner le colonel Monk, dont il a fait un lieutenant général et dont il a compris l’habileté servile, tant que lui, Cromwell, vivrait. Il a achevé toutes choses par la victoire couronnante de Worcester. La gloire a sacré ce grand capitaine, ce grand politique; elle a même dé-

HISTOIRE n'oi.IVIER CROMWELL

robé son crime dans un éblouissement immoral. Cromwell est en situation de prétendre à tout maintenant, et, sous quelque nom que ce dictateur nécessaire, avant d’être un dictateur légal, désigne ou déguise sa puissance, cette puissance ne saurait être que souveraine.

Par un bonheur singulier , cet homme étonnant se faisait entendre d'une façon saisissante, et, malgré le préjugé contraire, sa parole n'était pas moins grandiose que son action.

Ce style de Cromwell, parfois opaque et diffus, avait des nuages ou des éclairs merveilleux, qui enténébraient ou illuminaient le point précis des difficultés, soit politiques, soit religieuses. Il était familier ce style, simple, ambigu, viril, jovial et sublime tour à tour. S’il s’adressait- aux soldats, c’était un clairon ; au peuple, c’était un tocsin. Il imposait aux assemblées ou il s’insinuait à leur oreille. Le style de Cromwell était Cromwell lui-même/ qui ensorcelait partout, quelquefois violemment haï, mais à l’épreuve du dédain comme certaines armures sont à l’épreuve des balles.

Olivier Cromwell avait tous les sentiments de la famille. Mais hors du foyer, il avait deux passions qui coexistaient, inséparables l’une de l’autre'. Ces passions étaient comme deux métaux fondus ensemble, que l’on ne reconnaît plus à leur état primitif et qui ne font plus qu’un, bien qu’ils soient deux. Cromwell était ù la fois passionné pour Dieu et passionné pour le pouvoir. Il avait une flamme de théologie et une flamme d'ambition, qui en se confondant brûlaient plus fort. Il en était dévoré également. Il aspirait à son salut et au salut de ses frères; il aspirait à la liberté de conscience, qui était la condition de ce salut, et à l’ordre civil, qui était la garantie de cette liberté de conscience. Voilà le programme de Cromwell. Pour être complet, ajoutons que, sous un triple voile de modestie, le vainqueur de tant de champs de bataille n'entendait pas que la grande régénération de l’Angleterre se fit sans lui ou même par un autre que lui. Quelle que fût sa diplomatie d’humilité, il ne se serait pas contenté d’être le troisième ou le second ; il ne lui était possible d’être que le premier.

Son bon sens si prodigieux qu’il était du génie , sa volonté si

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