LIVRE NEIVIÈME
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de Westminster? Il contenait une déclaration, que tout député était tenu de signer avant de franchir le seuil du parlement. Cette déclaration était ainsi conçue : — « Je promets librement d’être fidèle envers le lord protecteur et la république d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. Conformément à mon mandat de député, je ne proposerai aucune altération du gouvernement tel qu’il existe en la personne d’un citoyen et d’un parlement. ”
Les principaux républicains se refusèrent à l’ignominie de cette formalité. Pour eux signer ei\t été forfaire. Mais Lenthal), qui était flexible, signa, et en quelques jours trois cents députés signèrent comme leur président. La cour du protecteur fut dès lors en majorité dans la chambre qui avait perdu, par ce manège de Cromwell , les cent membres les plus énergiques de l’opposition.
La mère du lord protecteur mourut quelque temps après cette victoire parlementaire de son fils. Les généalogistes la rattachaient de loin aux Stuarts. Elle ne croyait guère à ce blason. Malgré les flatteries héraldiques, elle était restée modeste. Elle y répondait volontiers en disant qu’elle n’avait pas eu plus de cent livres sterling de patrimoine. Elle n’avait qu’un orgueil : Cromwell. Elle était fière de son Olivier ainsi qu’elle l’appelait toujours; elle en eût été heureuse sans un effroi perpétuel. De son coté, avec lady Claypole et sa petite fille Ireton, ce que Cromwell aimait le plus, c’était sa mère. Il soutint son agonie et pleura son trépas. Elle méritait bien la tendresse du lord protecteur, elle qui, à chaque bruit de poudre, tressaillait et disait ; — Est-ce lui qu’ils ont tué? Elle ne respirait qu’en le revoyant. Lui, la reprenait de ses terreurs et lui reprochait doucement d’ètre une mère de la nature plutôt que de la bible. Il la fit inhumer dans l’abbaye de Westminster sous l’éclat d’autant de flambeaux que si elle eût été une reine. Il n’y eut peut-être dans cette pompe funéraire que de la vanité; mais dans les larmes de Cromwell, il y eut un cœur.
Le lord protecteur, qui avait échappé à tant de périls, manqua de succomber à un accident (5 octobre 1654). Il avait reçu du duc de Holstein le magnifique présent de six chevaux d’une
beauté admirable. Un jour, qu'il avait dîné à Ilyde-Park sous les cliéiies avec Thurloe, il fit venir son attelage danois et l’essaya. Cromwell fut ravi de la vitesse de ses chevaux. Les vo} ageurs qui auront éprouvé le plaisir que donne la rapidité de cette race dans les plaines du Ilolstein, de la Fionie ou de laSeeland, comprendront l’enivrement du lord protecteur. Ses chevaux d’un blanc de neige volaient à travers les allées, comme si chacun avait eu huit ailes aux quatre pieds. Ils ne touchaient pas la terre. Il prit à Cromwell la fantaisie de laisser Thurloe dans la voiture et de monter sur le siège du cocher. Exécuter ce caprice fut l'affaire d’un moment. Cromwell lança de nouveau son attelage dont il avait saisi les rênes, et lui, qui menait trois nations, fut renversé par six chevaux moins patients que les hommes. Il les avait fouettés témérairement : ils se vengèrent en jetant le protecteur, d'abord sur le timon, puis sous la voiture. Un pistolet de Cromwell qui partit anima encore l’ardeur de ces chevaux fougueux. Par un bonheur surprenant, Cromwell ne fut pas touché des roues. Les gardes accoururent. Ils relevèrent le protecteur presque évanoui, et Thurloe qui, ayant sauté de la voiture, avait été secoué plus violemment que Cromwell. Tous deux regagnèrent péniblement White-Hall, où. ils furent retenus assez longtemps. Les cavaliers ne manquèrent pas de dire que si Cromwell portait des armes, c’est qu’il avait peur. Ils ajoutèrent que la première fois ce ne serait pas d’un carrosse qu'il tomberait, mais d’une charrette. Le lord protecteur dédaignait ces sarcasmes et .s’affermissait de plus en plus. Seulement quand les royalistes dépassaient la mesure, il les envoyait en prison rejoindre Harrison et les séditieux de tous les partis.
Il vivait laborieusement à White-Hall. Ce palais, depuis que Cromwell s'y était installé, n’était plus un palais de fêtes, de comédies et de bals comme dans les belles années de Charles P*’ et de la reine Henriette. Non, à l’exception de quelques circonstances solennelles où l’étiquette reparaissait, par exemple pour la réception d’un ambassadeur ou pour un dîner polithiue, White-Hall ressemblait à une demeure de haute bourgeoisie où lady Cromwell et ses tilles faisaient un peu prétentieusement