‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 132 sur 177 · UVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

UVRE NEUVIÈME

garda pas, elle le surprit étrangement, et elle eut son jour. Comment ne l’aurait-elle pas eu? Cromwell, sans cesse plongé dans la guerre, dans le gouvernement ou dans la Bible , n’avait jamais vu une telle femme. C’était un esprit étincelant. Sa conversation était un miracle et un mirage. Cromwell eut un éblouissement. Cette femme très-décevante, versée dans les mathématiques, la théologie et la poésie autant que dans la coquetterie la plus raffinée, attira le vainqueur de Worcester par des gerbes de lumière comme un feu d’airtifice (Burnet, I/ist. de mon temps, passim). Cependant la politique ne cessait pas de dominer l’homme en Cromwell, et une ivresse chez lui n’était pas longue. Dès qu’il s’aperçut que lady Dysert le compromettait, il la congédia sans hésitation.

Il en fut quitte pour redoubler ses distractions, soit avec les siens, soit avec de bons compagnons comme lord Broghill, Pierrepoint, Worsley, Thurloe et Whitelocke lui-mème. Alors, dans les salons du lord protecteur, les rangs disparaissaient. Le lord protecteur n’était plus qu’Olivier Cromwell. Il disait des histoires de sa jeunesse, riait, et par manière d’amusement provoquait chacun à faire des vers; il en faisait lui -môme. Ces vers devaient être bien mauvais, et Milton s’en fût moqué. Mais les heures coulaient au milieu de propos interrompus, à la lueur des chandelles, à travers les tourbillons de fumée des pipes, que Cromwell ordonnait de placer toujours sur une table, près d’un immense pot de tabac où il était le premier à puiser. Il avait des gaietés d’enfant; il inventait des niches de soldat, et il déposait le fardeau du pouvoir à son grand divertissement. Ces détentes le délassaient singulièrement, et il retournait ensuite tout rajeuni aux affaires.

C’est ainsi qu’il revint au parlement. Modifié par l’engagement que le protecteur lui avait infligé, le parlement avait tenté beaucoup de petites oppositions sans se permettre un acte décisif. Il avait môme reconnu et consacré l’autorité et le titre de Cromwell. 11 lui avait accordé une liste civile de deux cent mille livres sterling. C’était quelque chose, mais le dictateur y était moins sensible qu’il n’était irrité des hostilités secrètes de l’assemblée. Le refus qu’elle fit de limiter l’emploi de protec-

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teur à la fille de Cronnvell et son obstination à écarter l’hérédité proposée par Lambert avaient surtout blessé, le dictateur. Il rendit au parlement colère pour malveillance. Il l'appela dans la chambre peinte, et il se complut à le dissoudre domie jours avant l'expiration du mandat des députés. C'était une insulte, et il l'accomplit d’un air irréprochable, en supputant dérisoirement la durée législative par les mois lunaires et non par les mois du calendrier.

“ Messieurs, dit-il aux représentants dans la chambre peinte , le 22 janvier 1G55, voilà presque la moitié d’une année que VOU.S siégez comme parlement. Or, qu’avez-vous fait? Vous n'avez rien fait du tout, ni bill, ni adresse; vous n’avez rien fait pour le peuple, rien pour l’armée, rien pour Dieu. Je me trompe, vous avez fait quelque chose. Vous avez encouragé deux conspirations, l’une de niveleurs. l’autre de cavaliers. J’ai les yeux sur eux tous.

• Vous avez cru peut-être que je désirais l’hérédité du protectorat dans ma famille. C’est une erreur. Si vous eussiez inséré cela dans la constitution, je n'aurais pas accepté. Quand le gouvernement m’a été proposé, ce fut toujours mon principe d’en exclure l’hérédité. Je dis qu’il faut des hommes choisis par leur amour du Seigneur, de Injustice et de la vérité, et non par succession; car, ainsi que le déclare l’Ecclésiaste : “ Quel homme sait s’il engendrera un insensé ou un sage? *

« Je vous parle dans la crainte de celui qui donne la puissance. Vous avez pensé que le parlement m’était nécessaire pour avoir de l’argent. Il n’y a que Dieu qui soit nécessaire. J’ai été endurci aux difficultés, et je n’ai jamais éprouvé que Dieu m’ait manqué, lorsque je me suis lié à lui. Je puis au fond du coeur rire ou chanter, quand je vous entretiens de mes embarras, et quoiqu’il ne soit pas facile de lever de l’argent sur la nation sans le parlement, j’ai en réserve un argument pour le bon peuple d'Angleterre : c’est de savoir s’il aime mieux .se perdre eu commandant pour son mal que de se sauver en obéissant pour son bien. Ce serait faire tort à ma patrie que de douter d’elle.

« Oui, Dieu seul est nécessaire, et c'est un crime de le mé-

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