‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 144 sur 177 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

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comme IretQn et Fleetwood qu’elle épousa successivement. La fille qu'elle avait eue d’Ireton et qui fut mistriss Bendysh, cette enfant spirituelle tantôt turbulente et tantôt pensive, reverdissait la vieillesse de Cromwell. Mais celle qu’il préférait à tous et à toutes, même à sa mère, même à miss Ireton, était sa fille Élisabeth, lady Claypole. Elle avait, en 1658, une maladie interne fort douloureuse, redoublée par la perte d’un enfant qu’elle adorait. On a beaucoup dit, sur la foi des cavaliers, qu’elle exhortait son père à rendre la couronne aux Stuarts; on a répété qù'elle lui reprochait le régicide, et que, dans des accès fréquents, elle lui prophétisait la vengeance. Nul témoignage de quelque valeur ne confirme ces calomnies. Qui avait entendu le père et la fille dans l’intimUé? Y a-t-il une indiscrétion un peu imposante de cette intimité orageuse ? Aucune. Toutes les révélations par les lettres, tous les documents authentiques prouvent la tendresse mutuelle entre le père et la fille. Il y avait même dans leurs conversations une onction de théologie mystique dont le lord protecteur était heureux, et qui consolait lady Claypole dans ses souffrances. - Elle cherche, disait Cromwell; après ceux qui trouvent, c'est elle qui a la meilleure part. ••

A cette heure de sa vie, lady Claypole, qui n’eut, je l’ai démontré, ni amour pour le docteur Hewet, ni impatience dénaturée contre son père, le consultait, au contraire, sur Dieu et sur l’immortalité. Elle était au hord de l'éternité et elle la sondait timidement. Elle inclinait vers les épiscopaux. Cromwell ne la contraignit pas sur le culte. Il croyait que le meilleur est celui qui germe, qui naît en nous, celui que nous créons, que nous fécondons, celui qui étant plus nôtre est plus vif eu nous et nous est plus cher. Le lord protecteur donc, sans attaquer le culte de lady Claypole, inondait le cœur de sa fille de sévères délices en lui ouvrant des perspectives d'immortalité. Il lui prêchait le Christ et il dut lui promettre qu’elle reverrait son enfant et son père dans une existence future. Si l'on ne sait pas les paroles textuelles de cet homme biblique, on sait qu’elles furent non moins suaves que celles d’une mère, car lady Claypole en vivait. La maladie cependant.

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malgré les médecins, malgré les prêtres, malgré Cromwell lui-même, empirait de crise en crise. Le lord protecteur souffrait de ces crises de lady Claypole plus que de tout; il souffrait aussi de l’exaltation de lad}' Fleetwood, de l’apathie de Richard, du bon sens un peu étroit de sa femme; il souffrait de l’orgueil de lady Marie, sa troisième fille, qui avait épousé lord Falconbridge, et des vanités de lady Francis, qui s’était alliée à la haute aristocratie par son union avec Robert Rich, petit-fils du comte de Warwick; Cromwell souffrait des afflictions et des défauts de tous les siens, mais il jouissait encore • plus de leurs qualités et de leur dévouement.

Telle était la situation de Cromwell dans le monde, dans sa patrie et dans sa famille en 1658. Son immense prestige s'accroissait toujours. Au milieu de tant de bruit de complots, pas un n’avait reçu un commencement d’exécution sur sa personne. Aussi sa sécurité était plus grande que ne le racontent des écrivains crédules d’après des anecdotes satiriques. Qu’il portât des armes sur lui, selon la coutume des guerres civiles, cela est certain; mais qu’il ne couchât pas deux nuits de suite dans la même chambre, qu’il redoutât ses amis et ses gendres, qu'il se privât de sortir, qu'il variât et mêlât sans cesse les heures et les routes de ses promenades, qu'il tremblât dans ses palais comme la feuille sur les arbres de ses parcs, ce sont là des fables que de frivoles cavaliers inventèrent dans les orgies de tavernes et que de graves historiens ont répétées dans leurs récits. Après avoir prouvé le néant de l’amour attribué mensongèrement à lady Claypole pour le docteur Hewet, l’invraisemblance et même l’impossibilité des reproches de régicide adressés par une fille si tendre et si respectueuse à un père si bon et si grand, je n’aurai pas beaucoup de difficulté à dissiper les tressaillements de femme nerveuse imputés à ce terrible soldat, dont le danger, depuis trente ans, était l’habitude et la fête. Vraiment, pour s’être copiés les uns les autres, les annalistes les plus distingués, du reste, ont fait de Cromwell, ce héros d’histoire, un héros de roman et de mélodrame. Restituons-le à la lumière des sources, des événements et de la nature. Puisque, parmi les meurtres médités, nul ne fut tenté

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sur lui, qu’avait-il besoin de s’épouvanter, cet homme intrépide qui respirait si à l’aise au milieu des embûches et des armes? Dans les occasions, il n'était jamais effrayé, et c’est toujours lui. qui rassurait les autres. Justement en cette année 1658, un étranger venu d’Italie lui apportait une lettre de la reine Christine. Tout le conseil s’émut. Rome était le centre des poisons subtils et soudains. Le lord protecteur n'avait qu’une manière prudente d’agir : c’était de désigner un de ses colonels aides de camp pour recevoir l’envoyé énigmatique et suspect de la reine. Cromwell {Mèm. de Whitelocke, p. 047) rit dans sa barbe de son rire héroïque et familier. Il répondit à ces belles peurs en affrontant lui-même avec sérénité le messager inconnu de Christine. Ce messager n’avait aucun dessein sinistre, et sa mission se bornait à justifier la reine de Suède de son attentat sur Monaldeschi.

Je voudrais bien avoir déchiré les nuages de la légende accumulés sur lady Claypole et dissipé ce conte des effrois puérils de Cromwell. Il prenait ses précautions contre ses ennemis; mais des précautions d’homme, et il vivait ensuite insouciant du poignard, confiant dans le Seigneur, à White-Uall, comme autrefois sous la tente. Je rougirais d’insister, et je passe. Il est une chose seulement qu’il éprouva sans doute. Quand il eut vidé toute la coupe des grandeurs humaines, la lie était au fond, et l%nertume lui resta. J’ai souvent songé pour Cromwell à ce siège de Tredagh, oü il entra par la brèche et qu’il nnj'a dans le sang. Ses soldats, après avoir tué le gouverneur de la place, le brave Ashton, coururent, je l’ai raconté, à sa jambe artificielle. Ils la croyaient d'or, elle était de bois. Cromwell eut un mécompte analogue, et il en fut de même de son sceptre. Ce sceptre, au faite de sa fortune, ne fut pas le souverain Bien. 11 avait néanmoins, par intervalles, d’intenses moments de bonheur, comme lorsqu’il reçut, par exemple, la première dépêche de Lockart datée de Dunkerque.

William Temple, l’un des gentilshommes les plus littéraires et des diplomates les plus habiles de la restauration, assure que Cromwell, après avoir pris par les Français Dunkerque aux Espagnols, aurait changé d’alliance, afin de prendre par

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les Espagnols Calais aux Français. Le lord protecteur était bien capable de cette tactique, mais la mort ne lui mesurait plus aucune conquête; elle planait déjà sur White-Hall et sur Hampton-Court.

Dans ces demeures splendides, Cromwell se montrait plus que majestueux avec les ambassadeurs étrangers, et simple avec les sectaires. Les sectaires l'attiraient, et s'il avait de l'astuce, il n'avait pas moins de bonhomie avec eux. Il avait soin de les rencontrer et de les faire venir près de lui. Alors il affectait l'humilité au milieu du luxe de ses palais. Il priait ces petits de s'asseoir et de garder leur chapeau sur leur tète. Il leur disait : « Voilà l'égalité fraternelle qui me plaît. Ah! quelle consolation ce sera pour moi de substituer > la gaule du « berger, » à l'épée du lord protecteur! Je le ferai, vous en serez témoins, lorsque l'anarchie du pays me permettra de dé* poser le pesant fardeau du pouvoir, « trop lourd pour un • homme. » Beaucoup s’en allaient touchés, et proclamaient l'ingénuité de Cromwell avec les saints.

George Fox, le père démocratique des Quakers, le précurseur de Barclay et de Penn, était l'un de ces sectaires qui se présentaient quelquefois aux résidences royales de Cromwell pour lui recommander •• les amis. •• Cromwell causait avec le pauvre vagabond, réparait des injustices, et prescrivait, en retour de sa bienveillance, le respect des lois. Par iastants,>il raillait; mais le plus souvent il était attentif et miséricordieux.

Vers le temps où nous sommes, quelques semaines après la soumission de Dunkerque, « les frères » étant persécutés. Fox s'adressa an lord protecteur. Il l’aborda pendant qu'il faisait sa pronunade, le soir, dans son grand carrosse à Hyde-Park. Les gardes repoussèrent d’abord cette sorte de mendiant, mais Cromwell, reconnaissant Fox, le lit approcher et l'ajourna cordialement au lendemain.

Ce n'était pas la première fois que le protecteur était doux au candide sectaire. Dans les oppressions précédentes contre les quakers, Fox avait obtenu une audience de Cromwell. •• La paix soit dans cette maison, » dit Fox en passant le seuil de la

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