LIVRE DOUZIÈME
L’armée cependant était jalouse du parlement. Elle avait trois réunions d'officiers généraux : la première è White-Hall, le palais de Richard; la seconde à Wallingford-House, la résidence de Fleetwood; la troisième à Saint-James, sous la présidence de Desborouph et sous l’influence secrète de Lambert. Cromwell mort, il y eut soudain trois anarchies : celle de la nation, celle de l’armée et celle de la famille du lord protecteur.
Desborough, l’oncle de Richard, et Fleetwood, son beaufrère, deux brouillons intimes poussés par Lambert, un intrigant en épaulettes de général, forcèrent le pauvre protecteur inexpérimenté à dissoudre le parlement. Thurloe, par prudence personnelle, laissa faire, et Richard accomplit son conp d’État contre la représentation nationale (22 avril IG.ôi)), à l’exemple de son père et de Charles I®''.
C’en était fait de Richard. Il ne pouvait gouverner seul t Lambert, Desborough, Fleetwood ne le pouvant pas «lavantage s’abouchèrent avec les républicains du parlement dissous, et ils consentirent, eux les chefs de l’armée qui leur échappait, à restituer le long parlement. Le long parlement, si grossièrement appelé croupion, cet illustre parlement où brillèrent tant de grandes âmes et tant de grands talents, cette assemblée de tant de souvenirs, ressaisit le pouvoir d'une prise hardie. D’abord, le 6 mai, quarante-deux députés étaient à Westminster. Lenthall en tète, ils passèrent de la chambre peinte dans la chambre des séances et s’y établirent. Les anciens pres-^ bytériens exclus et presque tous devenus royalistes ne furent pas admis. Bientôt les députés, n’étant pas moins de soixante- « dix, s’affermirent et s’organisèrent. Ils créèi^ent un conseil d’État et une forme de gouvernement sans roi, sans protecteur et sans chambre des pairs.
Le général Monk s’inclina devant le long parlement. L'ambassadeur Lockart et l’amiral Montague lui envoyèrent leurs hommages. Henri Cromwell, après beaucoup d’hésitations et même un peu d’hostilité, vint rendre compte à ce parlement de l’état de l’Irlande, et obtint de lui (4 juillet) la permission de se retirer dans sa terre de Swinney-Abbey, près de Soham, Cette
HISTOIRE d'olivier CROMWELL
terre do comté de Cambridge pouvait valoir cinq cents livres de revenu. Henri Cromwell s’y fixa en lOôü et y mourut en 1674.
Les officiers de Wallingford-House demandèrent, le 12juillet, que la chambre pourvut à la fortune » de Son Altesse douairière " et de Richard Cromwell. Le parlement garda le silence sur la veuve d'Olivier et assigna un revenu annuel de dix mille livres sterling à Richard. Les dettes de ce protecteur éphémère furent aussi déclarées dettes nationales. Sur tant de bienveillance de la part du parlement, Richard promit de quitter White-Hall qu’il habitait encore.
Fleetwood avait été salué par les officiers commandant en chef de l’armée eu .Angleterre. Le parlement consentit à lui conférer aussi ce grade, mais par l’ascendant d’Algernon Sidney et d’Haslerigh, Fleetwood fut déclaré révocable, et tous les officiers furent obligés de tenir leurs brevets du parlement. Le colonel Hacker, le colonel Ludlow se soumirent à recevoir leurs brevets de la main du président, et tous les autres successivement se résignèrent à cette formalité. C’était une victoire pour les ré|)ublicains, mais elle fut courte. Les officiers de M'allingford-House s’érigèrent eu parlement. Lambert, qui avait apaisé une petite insurrection de cavaliers à Namptwich, marcha sur la chambre et obtint que le long parlement cesserait de s’assembler. Le conseil des officiers se chargea de maintenir la tranquillité publique et de convoquer un parlement avec l’aide de Lambert, major général des armées et de Fleetwood leur commandant en chef.
Ce fut le comble de l’anarchie militaire, et ce dernier attentat fut le plus insupportable de tous. La nation était-elle assez humiliée? Une caserne avait remplacé un parlement, et cette soldatesque de Wallingford-House se substituait impudemment aux députés de Westminster. Les cavaliers donnaient la main aux presbytériens, ces révolutionnaires de la première heure, et les deux partis, autrefois si hostiles^ dé.siraient presque également le retour des Stuarts. Charles II était l’espérance de tout ce qui avait lu YJtiiknn Basilihê , de tout ce qui désirait l'ordre, de tout ce qui abhorrait l'épée, ce qui