‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 147 sur 177 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

des bourgeois de Londres et des officiers de l’armée. Richard Cromwell fut installé solennellement comme l’avait été son père, dont l’ancien gouvernement continua, avec cette différence qu’il était dominé par Cromwell et qu’il dominait Richard. Des adresses arrivèrent de partout, de la flotte, des régiments, des villes et des villages pour féliciter le nouveau lord protecteur. Ce fut une émulation de .servitude qui cachait deux sentiments profonds : la crainte vive de l’anarchie et le désir prompt d’un gouvernement régulier.

Ce gouvernement s’empressa de nommer un comité pour ' présider aux funérailles de celui qui fut Cromwell. Le comité, • tenant à être magnifique, eut l’étrange idée de s’adresser à M. Kinnersly, grand maître de la garde-robe de Charles R'', et que nous avons vu défendre obstinément autour du roi l’étiquette 'jusqu’à l’échafaud. Or c’est ce serviteur de l’ancienne monarchie, cet officier de blason très-royaliste et presque papiste qu’on pria de régler le cérémonial funèbre de Cromwell. M. Kinnersly s’exécuta en conscience et se conduisit en artiste héraldique. Il appliqua au défenseur des libertés religieuses le même programme qui avait été inventé pour l’oppresseur de ces libertés, pour Philippe IL Le monarque espagnol avait été pendant des mois exposé dans une chambre obscure tendue de velours noir qui figurait le purgatoire, le lieu de l’expiation; puis il avait été transporté dans une autre salle tapissée de velours cramoisi qui représentait le paradis et qui était illuminée de cinq cents cierges. Telle est la parade méridionale qui, sous les auspices de M. Kinnersly, fut imitée pour Cromwell au palais Somerset. Le protecteur fut couché là en effigie, la couronne sur la tète, le sceptre dans la main gauche. Le corps, malgré l’embaumement, n’avait pu attendre. On avait été obligé de le transférer de nuit à Westminster, dans le caveau de son cénotaphe. Lors des obsèques, les restes de Cromwell étaient donc déjà ensevelis, et le 23 novembre, on n’iiihuma en grande pompe que son effigie. Le cortège n’en était pas moins immense. Les soldats et les matelots agitaient symétriquement des branches de cyprès. Les généraux, les amiraux, les officiers, les juges, les aldermen, le lord maire.

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les députés et les pairs du parlement convoqué par Richard, le» ambassadeurs, les conseillers d^État marchaient en grand costume dans un océan de peuple. Aux degrés de Westminster, dix gentilshommes du palais portèrent le cercueil dans la chapelle de Henri VII où était déjà le corps. Ce qui frappa, ce qui émut le plus la foule, ce- fut le cheval de guerre de Cromwell tout caparaçonné de noir, ce cheval qui rappelait vingt hatailles et que menait au pas Glaypole, un des gendres du ])rotecteur. La légende se mêlant’ ici à Thistoire, et l’imagination colorant la sensibilité des masses, — au retôur inème de cette procession lugubre,, des hommes affirmaient avoir ouï sangloter devant rabbare le coursier qui- hennissait si bien à Dunbar et Worcester; des femmes attestaient qu'elles l’avaient entendu aussi se lamenter et qu’elles avaient vu de grosses larmes tomber de- ses veux.

Les cours étrangères avaient toutes accepté* Richard ; toutes s’étaient mi.ses en deuil du protecteur. Il n-y eut que la grande Mademoiselle q^Ii refusa cette déférence au meurtrier de Charles R** et qui affecta de paraître en habits- de fête dans les salons du château de Saint-Germain, au scandale et à la consternation du cardinal» de'Mazarin, qui tremblait encore devant une ombre.

Le 13 janvier Ifi.oO, Richard, pour conjurer le danger de l'armée qui, par les officiers, menaçait de le tenir en tuijelie, convoqua un parlement, un autre danger, mais un danger nécessaire. Le protecteur ouvrit le parlement le 27 janvier 1659; Le - parti de Ricliaj'd composait la moitié- de la chambre- des communes et défendait le gouvernement avec le concours des deux chambres. Le* parti républicain ne voulait ni- protecteur ni chambre des lords et comptait une cinquantaine de membres redoutables* par leur éloquence ou leur caractère', tels que Lambert, Ludlow, et surtout Haslèrigh', Vane, Bradsliaw et Scott. Fairfax avait reparu, et, quoique royaliste dans- le cœur, il votait avec Haslèrigh. Ce parti peu' nombreux était soutenu d'ailleurs à l’occasion par les neutreSj.dont beaucoup étaient des cavaliers. Malgré d’incroyables manèges, la chambre des communes reconnut le protecteur et provisoirement V autre chambre sur le- pied» de l’égalité.

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