‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 162 sur 177 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

succomber martyr pour elle, si par elle il ne réussissait pas à convertir ses royaumes. En attendant, le père Peters était <• son supérieur v et son premier ministre. Le roi en arriva, sous cette direction, à se dispenser des parlements et à dispenser des lois, des tests, du serment. Il fit une déclaration en ce sens et ordonna aux évêques de la lire en chaire. L’archevêque de Cantorbery, Sancroft, dix-huit évêques et tout le clergé inférieur résolurent de ne pas obéir. C’était le sentiment de toute l’Angleterre. Une remontrance au roi fut rédigée. L’archevêque, étant malade, l’expédia par six évêques. Le roi les fit enfermer à la Tour. Les acclamations, les larmes du peuple, des soldats, des femmes, quand ces évêques passèrent prisonniers sur la Tamise, annonçaient une révolution.

Certes, je n’approuve pas Jacques II. Sa conduite est d’un insensé. Il n’est ni un homme d’État ni un homme de raison ; il est un homme de parti et un homme de foi. .Sa logique est absurde, aveugle, mais sa conviction est profonde, invincible. Les tests, qu’il s’efforce de révoquer en 1088, ne seront abolis qu’en 1828, et cette abolition lointaine était dans l’esprit, soit de Cromwell, soit de Guillaume d’Orange, qui voulaient à mesure toute la tolérance compatible avec l’Angleterre protestante. Pour Jacques II, qui voulait une .\ngleterre catholique, il joua dans un noUe élan de cœur, quoique sans portée d’intelligence» sa destinée sur une carte impossible. Cela est fou, mais cela est beau. Moralement, sur cet acte contradictoire de leur vie, j’estime moins notre Henri IV qui gagna un royaume pour une messe, qu’il ne croyait pas, que son petit-fils Jacques II qui perdit trois royaumes pour une messe , qu’il croyait. Les hommes peuvent blâmer ou se moquer, — Dieu, lui, le Dieu de toutes les religions, tiendra compte à Jacques de son sacrifice, plus grand que son ineptie, et le dévouement de ce prince le rachètera, car ce dévouement pèsera plus que toutes ses fautes dans les bassins de Injustice éternelle.

Les deux torts de la vertu de Jacques II, c’est qu’elle était idiote et qu’elle s’arrogeait le privilège d’être machiavélique. Elle aspirait par tous les moyens an catholicisme et à l’arbitraire. Ces dogmes du moyen i\ge précipitèrent les Stuarts.

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HISTOIRE D’OLTVIER CROilNVF.RL

L'Angleterre démêla l’intention de Jacques II, qui, afin de remplacer le protestantisme par le papisme, offrait la liberté religieuse. C’était une perfidie de Jacques, des jésuites et des nonces. Elle s’insurgea, l’Angleterre, contre les intrigues et les tyrannies du Vatican et de White-Hall. Pour y échapper, elle accueillit Guillaume d’Orange comme un libérateur. C'est lui qui apportait en effet la liberté religieuse et la liberté politique. C’était l’équilibre que la nation anglaise avait cherché vainement dans l’intervalle sombre et grandiose qui sépare Charlês !"■ de Charles II. Cet intervalle, que je voudrais avoir ressuscité en le racontant, cet intervalle tout rempli du nom et du génie de Cromwell, prépara l’ordre que la restauration faussa et que la révolution de 1688 réalisa.

La révolution de 1688, qui substitua Guillaume d’Orange à Jacques II sur le trône d’Angleterre, a été tracée familièrement, jour par jour, et c’est le lord Henri Clarendon qui a tenu le crayon rapide. Il est d’accord avec sir John Revesby et Burnet, deux historiens de mémoires, deux autres témoins.

L’opinion est irrésistible. Cette révolution est mûre. Elle tombe de l’arbre de la nécessité comme un fruit. Le prince d’Orange débarque à Torbey, le 5 novembre 1688; personne ne lui résiste et tout le monde l’acclame, le peuple, l’armée, les évêques, les lords. Le fils du lord Henri Clarendon, le petit-fils du grand chancelier, passe au prince avec son régiment. Lord Churchill, le major général du roi, qui s’était installé à Salisbury comme le centre vivant de l’armée, lord Churchill, suivi de toute une escorte de grands personnages, va trouver tout à coup Guillaume d’Orange. Le roi consterné se replie sur Andower, où il soupe, le 21, avec deux hommes du moins qui ne le trahiront pas : c’est le prince de Danemark, son gendre, et c’est le duc d'Orraond, son ami. Mais, o fatalité! ils n’eurent pas plutôt quitté la table du roi qu’ils se dirigèrent avec de nombreux partisans vers le prince d’Orange. Le 25, le lendemain, la princesse Anne de Danemark, la propre tille du roi, partit pour Nottingham. Jacques fut si troublé de cette désertion, qu’il perdit un instant l’esprit. Il ne se remit que peu à peu Jacques II se sentit vaincu par l'opinion, qu’il avait blessée. Il

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