‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 163 sur 177 · LIVRE DORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DORZIÈME

dit, avant de fuir vers la Franee ; « Vous aurez dans le prince d’Orange un homme pire que Cromwell. ■

^'oilà le mot du roi. Voici la prière de la multitude qui entourait le prince d’Orange son aiTivée : » Dieu protège Votre Altesse! » Le prince, qui avait passé d'un vaisseau sur un cheval, ôtait son chapeau de moment en moment et disait ; « Je vous remercie, bonnes gens; je suis venu pour affermir la religion protestante et pour vous affranchir du papisme. »

Les régicides s’attendaient à tout de Charles II et de Jacques IL Leur cruelle déception, fut à la chute des Stuarts, en I(i88. Ludlow, à l’avènement de Guillaume d’Orange, courut en Angleterre. Il ’crov'ait que les mnreaux allaient le porter en triomphe dans les rues de Londres. Il ne rencontra que froideur et hostilité. Le régicide n’était pas amnistié par les patriotes de ICSS. L’un d’eux, sir Edward Serinour, au nom de la chambre des communes, sollicita du roi Guillaume l'arrestation de Ludlow.

Le vieux proscrit, indigné, se déroba clandestinement la révolution, comfna il s’était caché de la restauration trente ans auparavant. 11 retourna en Suisse, où il mourut en 1(19.3, dans sa ville adoptive de Veve}'. J’ai visité avec intérêt la maison transformée en citadelle où sa femme lui ferma les yeux et l'église où le régicide repose enfin.

11 subit l’arrêt moral pi'ononcé contre lui par l’Angleterre de KiSS; mais cet arrêt, il ne le comprit pas plus que Jacques II ne comprit le sien.

J’ai regretté que le portrait de Ludlow, coulé en bronze, ne fût pas incrusté sur sa tombe. Tel qu'il subsiste en estampe, ce portrait ne saurait être oublié. La tète est attentive; les Oreilles écoutent, les yeux épient, la bouche retient une imprécation le front pense, et toute la physionomie est calme dans la guerre ou dans l’exil, ù deux pas d’un ennemi ou d’un assassin. Le danger et la conscience sont l’état naturel de cet homme, qui puise sa force dans l’immutabilité de ses principes.

L’Angleterre de Guillaume ne se rouvrit pas k Ludlow. Elle repoussait tous les excès, même ceux qui avaient été commis par le peuple. Rien n’est plus indiqué par le cours des événe-

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msTOIKE d’oLIVIKR CROMWELL

ments et par la destinée des hommes, que le triomphe de la modération, au commencement et à la fin de la révolution anglaise.

Eu 1640, les presbytériens réclamèrent une liberté sage que fondèrent, en 168S, les whigs, ces presbytériens de la dernière heure, ces presbytériens habiles, aristocrates de sentiments et de manières, patriotes de principes.

Les représentants absolus du droit divin des rois, Charles et ses fils, et les représentants absolus du droit divin des peuples, Ludlow et ses amis, furent exclus par le bon sens anglais. Il n’y eut de définitivement national pour r.\ngleierre que la souveraineté de la raison publique et pratique. Catte raison, qui maudissait les violences, les conspirations soit monarchiques, soit républicaines, inscrivit dans la constitution la liberté politique, inévitable conséquence de l’affranchisseraent religieux.

Ce fut un beau spectacle, et cela suffisait aux âmes, et les choses s’acheminèrent sans effort, sans charlatanisme, sur le courant vaste et pur de l’opinion.

Le parlement fut convoqué par le stathouder, et le parlement, s’intitulant convention; déclara le trdiie vacant, •< attendu que Jacques II avait violé le pacte primitif entre le souverain et son peuple, attendu qu’il avait attaqué les lois et déserté le royaume. »

Le prince d’Ürange, toujours stathouder et rien que stathouder, se logea modestement à Saint-James, dans 1e palais le moins somptueux des résidences de la couronne. Pendant les débats qui précédèrent son élection, il ne voyait presque personne et ne se mêlait d’aucune intrigue. Il écoutait beaucoup et parlait peu, selon son habitude. Il ne jouait pas à la popularité, s’abstenait de toute brigue, de toute démonstration. Seulement il avait un air de grandeur, de prédestination et d’avenir qui frappa tout le monde. Il était marqué du signe de ceux qui ont quelque chose de providentiel à faire, de ceux qui ont une étoile an ciel et une mission sur la terre.

Quand on eut bien discuté et qu’on s'égara dans les systèmes et les arguties, le prince réunit les orateurs et les grands sei-

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