‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 165 sur 177 · I.IVRE DOrZiÈME · texte numérisé non relu

I.IVRE DOrZiÈME

maux ce que Guillaume averse en biens dans le monde. C'està l’histoire d'offrir à la postérité des balances équitables.

Avant de déposer la plume, je suis retenu par je ne sais quel charme sévère devant une estampe rare de Guillaume III. Il me semble qu’elle ajoute une lumière de plus :’i mes recherches. C’est Cromwell qui a rendu possible Guillaume. Cromwell avait été plus loin que Luther, plus loin que Calvin, plus loin que Henri VIII et que Knox ; il avait été jusqu’au socinianisme, jusqu’au théisme, puisqu’il avait laissé ses amis déraciner la liturgie, retrancher les prêtres du milieu d'eux, réduire le culte à la prière. Serait-on jamais arrivé à la tolérance, si la théologie n’eût été ainsi labourée, retournée et remuée en tous sens par les sectes? Cromwell, qui les favorisa, était fidèle en cela à sa mission la plus haute. Il eut par là surtout sa raison d’ètre, le grand protecteur, digne d’avoir pour symbole la liberté de conscience, pour propagande la victoire, digne aussi d’avoir pour secrétaire Milton et pour successeur vraiment sérieux Guillaume III.

Le portrait de Guillaume, c’est lui-même. Froide et austère est sa physionomie, mais imposante et profonde. Une énergie suprême pénètre les yeux réfléchis, la bouche forte, les plis des joues creux comme des sillons. Le travail, la politique ont dévasté ce visage protestant, orageux comme la lutte dans les traits inférieurs, calme comme le triomphe par tout le front, avec l’arrière-mélancolie d’un devoir accompli contre la nature. Cette figure songe certainement à Guillaume le Taciturne et à l’amiral de Coligny. Elle leur dit : - Êtes-vous contents? » Quelle que soit la réponse et quels qu’aient été les succès, la coupe de cette vie a été amère à Guillaume III; elle a communiqué à ses lèvres un frémissement et un dégoût. Il est triste, le roi Guillaume, sous sa couronne, sous son rêve. Le diamant lui-même n’est pas exempt d'ombre ; malgré son éclat incorruptible, il suffit d’une larme pour le ternir !

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