‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 21 sur 177 · LIVRE DErXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DErXIÈME

les autres par Durham sur York. Le comte de Strafford ne chercha pas, comme l’ont affirmé plusieurs historiens, à prolonger et à passionner la guerre. Les délibérations du conseil, le témoignage de lord Conway, lés Mémoires de Hardwick ne laissent pas de doute à cet égard. Les motifs de Strafford pour dissuader, au contraire, son maître des hostilités ne se devinent que trop. L'année anglaise était brave, mais elle n’était pas sûre. Le vent du siècle soufflait sur elle. Dans le cœur, elle était corenantaire. De son coup d’œil d’homme d’État, Strafford pénétra la situation à laquelle, du reste, il avait tant contribué. Son courage fut vaincu par son intelligence. 11 ne s’opposa pas à une suspension d’armes ni au dessein suggéré au roi d’assembler 'à York une élite de noblesse. Le roi fut.entraîné par les pairs (septembre) à convoquer un parlement, afin de régler, de concert avec la nation, toutes les affaires. L’armée écossaise devait recevoir jusqu’à cette convocation vingt mille livres sterling par mois.

Charles lit enfin ce grand pas sous l’aiguillon de la nécessité. ’îlepuis 1628, il hésitait/ An 'commencement de cette année (1640), le roi avait tenté un parlement et l’avait brisé. Ce parlement n’avait pas duré un printemps. Au bout de quelques semaines, Charles avait reculé avec angoisse. Il ne se résigna pas sans horreur, après le court parlevient, au nouveau parlement, qu'il ouvrit le 3 novembre 1640 et qui fut le long ‘parlement, le plus illustre de tous les parlements de l’Angleterre.

Ce parlement, dont Lenthall, un avocat, fut l’orateur (le président), absorba tout. L’opinion lui communiqua sa force invincible. La reine, Laud, Strafford, le roi et la cour furent annulés. La majorité était des deux tiers contre les abus. Les chefs du parlement eurent une popularité soudaine qui centupla leur influehce.

.. C’était d’abord IJampden, un patriote intrépide, dont la t beauté relevait encore le courage et qui avait bravé en face îf la tyrannie. A côté de lui, on distinguait Saint-John, son défenseur dans le retentissant procès du ship money. Saint-John jji restait l’ombre sinistre de Hampden; il apparaissait , cet avocat

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

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subtil, avare et dissimulé, dans un contraste singulier avec le héros de la résistance légale, ce généreux Ilanipden, à qui il devait toute sa célébrité.

Denzil Ilollis, le second fils du comte Clare, avait le cœur d’un chevalier et la bouche d'un orateur. .Aristocrate hautain, ami chaud, ennemi im[dacable, il voudra toujours une liberté modérée; jiresbytérien humoriste et immuable au début de la révolution, wigh superbe à la fin.

M. Pym était un tacticien d'assemblée, un grand capitaine de parlement. Il logeait chez sir Kichard Manley, dans une ruelle ilerriére Westminster. C'est là qu'il donnait des dîners aux collègues qu'il désirait gagner. Comme il n'était pas riche, Hampden et d'autres patriotes se cotisaient pour lui venir en aide. Ils contribuaient avec lui aux frais de ces conciliabules gastronomiques où beaucoup de mesures importantes étaient prises d'avance. Les délibérations de ce club amical et diplomatique précédaient les délibérations du parlement. l,a grande supériorité de AT. Pym, c'était l'équilibre. Il ne se troublait ni ne se déconcertait ; mais moins il .s'étonnait lui-mème, plus il étonnait les autres. Ses paroles étaient sim [îles, son geste rare, sa dialectique serrée, ses conclusions mortelles, semblable à cet ange infernal de la persuasion (jue Milton introduit dans l'Éden, et qui, de replis en replis savants, vous étouffe discrètement.par un redoublement soudain de ses étreintes de serpent. Tel était Pym comme logicien. Il semblait d'abord peu redoutable; mais quand il vous avait saisi, vous ne sortiez pas vivant de sa prise. Il y a de lui des estampes fidèles. Son front est très-élevé. Les tempes se creusent profondément. Les yeux regardent de côté, et soupçonnent ou combinent un piège. La bouche entr'ouverte retient plus de plans qu'elle n'en confie. Toute cette figure puissante est celle d'un chef de parlement; elle pourrait être celle d'un chef de guerre. Le mot de ce visage énigmatique est stratégie. Il y a du calcul, un calcul immense dans ces traits, mais un calcul si facile, si détendu, qu'il ne voile pas la gaieté, une gaieté visible, bien que contenue, la gaieté de la force.

Sir Henri Vane se fit le disciple de Pym, mais un disciple

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