‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 43 sur 177 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

inexprimable. Dès qu’il fut fini, les communes s’assemblèrent, et Pym leur révéla toute la conjuration. Un comité de poursuites fut à l'instant nommé. Waller et Tomkins furent arrêtés avec une demi-douzaine de complices. Une cour martiale les condamna sans délai à mort. Deux seulement, Cballoner et Tomkins, subirent leur sentence.

Waller, le chef du complot, dénonça ses amis, témoigna son repentir, s’humilia devant le comité des -communes, se prosterna sous l'éloquence et sous la doctrine des ministres puritains, supplia Pym et se sauva par tant de bassesses. Il était fort riche. La peine capitale fut commuée pour lui en une amende de dix mille livres sterling. Il en fut donc quitte pour un peu d’or et pour beaucoup de honte. Il passa sur le continent, se fixa d’abord à Rouen, puis à Paris, où il connut Saint- Evremond. Cromwell continua d’aller voir la mère de Waller. Elle, qui était bonne royaliste, l’accablait de reproches, et Crorawel prenait de là occasion de terminer plus vite le repas. Il jetait sa serviette au visage de mistriss Waller, et il ajoutait* en badinant, que le respect ne lui permettait pas de disputer avec sa tante. Le poète sut profiter do cette familiarité et de cette parenté pour faire cesser son exil. 11 vécut très-vieux, après Cromwell qu’il chanta, après Charles II qu’il flatta, méprisé de chacun jusqu’à sa mort et recherché de tous.

Telle fut la singulière destinée de Waller. C’était un de ces fats de la métaphysique et de la théologie qui, n’ayaut pas la foi dans lâ pensée, n’ont pas le courage dans l’action, et qui roulent des tâtonnements de l’intelligence jusqu’au fond des abjections de la peur. Nul homme ne fut plus indéchiffrable que Waller. On ne pouvait ni l’estimer ni s’empêcher de l’admirer, et, tout en détestant son caractère, on aimait son intimité. Sa conversation était incomparable, soit dans la gaieté, soit dans la profondeur. Ses discours parlementaires étaient des chefs-d’œuvre d’inspiration, d’esprit, de science même, où l’éclair toujours, souvent le rayon, traversaient les ténèbres des questions les plus difficiles et les illuminaient. Moins étonnant comme poète, il était là encore d'une distinction rare. Seulement, ce n'était pas un peëte de la famille du Dante, grand

HISTOIRE Il’oUVIER CROMWEIX

dans la fiction et dans la réalité, un héros de la patrie autant que des nuises; non, c'était un poëte de la famille de Lucain, un héros dans l'idéal, un lâche dans la vie. Tacite aurait pu dire de lui ainsi que de l'auteur de la Pliarsale : « Promissa impmitate corrvptus , non omiUehat passini conscios eilere. Corrompu par la promesse de l'impunité, il dénonçait complice sur complice. " Waller, comme Lucain, dénonça ses amis les plus intimes. Il n’atteignit pas néanmoins à l’infamie dénaturée du poëte latin ; il ne fut pa.s le délateur de sa propre mère.

Pour Pjm et pour son parti, une excellente conséquence de la coîijuration de Waller fut un rajeunissement d’enthousiasme dans la guerre civile. 11 y eut un redoublement de furie patriotique et militaire par tout le royaume. Ici les puritains étaient victimes, là les cavali(>rs.

Un trépas à jamais regrettable fut celui de Sidney Godolphin. C’était un cadet devenu millionnaire. Il était d’une taille lilliputienne. Lord Falkland l’en chérissait davantage, disait-il en plaisantant, car sans lui, ajoutait-il, il eût été le plus petit des rojnilistes. Sidney Godolphin avait toutes les puissances du sentiment et de l'imagination, toutes les impuissances d'une santé frêle et débile. La moindre humidité, le moindre froid l’incommodaient. Il vivait solitaire à la campagne dans l’étude de l’antiquité et dans des précautions infinies. Son manoir était un gv'mnase et une boite de coton. Telle était cependant en lui la prédominance de l'.âme que, s’étant fait volontaire des Stuarts, il renonça à toutes ses habitudes de mollesse et se montra un^ aventurier intrépide. Il lirava la pluie, la gelée, coucha sur la terre, dormit sous le ciel au bivac, enveloppé de son manteau pour toute couverture. Il tomba d’une balle dans la poitrine, au milieu d’un hameau du Devonshire, au premier rang des plus braves parmi les cavaliers. Ce fut une grande perte pour son parti,

Les puritains s’en réjouirent. Ils gagnaient peu à peu de la popularité sur les presbytériens. Le comte d'Essex leur paraissant trop temporisateur, ils lui opposèrent sir 'NA'illiam Waller. Ce géiléral réussit d’abord. Il triompha brillamment à

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