LH-RE QUATRIÈME
Westminster. Cette victoire de Naseby fut la plus éclatante victoire qui eût encore été remportée ; elle fut la plus complète aussi et la plus décisive, car le parti du roi ne s’en releva pas. Elle obscurcit de sa splendeur Edge-Hill et Newbury. Cromwell en sortit avec un éclat de foudre, et le comte d’Essex disparut à demi dans l’ombre. Le parlement vota un joyau officiel de sept cents livres sterling pour sir Thomas Fairfax. Ce joyau officiel représentait d’un côté la chambre des communes, de l’autre la bataille de Naseby ; mais tandis que Fairfax possédait cette médaille magnifique, la gloire et le pouvoir, des joyaux plus précieux, comblaient Olivier Cromwell. On parlait fort de plusieurs généraux, on ne pensait qu’à lui.
La cassette du roi fut répandue de toutes parts, feuille à feuille. On les lut ces feuilles, et on les commenta. La passion contre Charles s’accrut. On détestait tout haut ses parjures, sa déloyauté. C’était toujours le même homme, qui promettait autrefois des parlements, et qui ne les convoquait pas. Et maintenant, tandis qu'il déclamait contre le papisme, il entretenait des négociations avec les révoltés d’Irlande, soit par Ormond, soit par Digby, soit par Glamorgan; tandis qu’il abhorrait, disait-il, l’idée d’introduire en Angleterre des bataillons étrangers, il poussait la reine sa femme d’obtenir du roi de France et du duc de Lorraine des secours armés. Tout cela était accablant pour Charles, et tout cela était manifeste par ses lettres. Ce qui ne l’était pas moins, c’était sa soumission à la reine ; même de loin, elle le gouvernait.
Je les ai consultés avec soin les papiers trouvés dans la cassette du roi, après la bataille de Naseby, et j’en ai extrait quelques fragments des lettres échangées entre le roi et la reine. Ces fragments , malgré leur brièveté, jetteront , ce me semble, une lueur vive sur ces physionomies, d’autant plus pathétiques dans leur affliction, dans leur détresse.
HISTOIRE d’olivier CROMUT.LL
Lettre de Charles à la reine sa femme.
I 9 jsnTier 1M4.
« Cher cœur,
• ... L’établissement de la religion et de la milice sont les premiers articles dont on doit traiter ; sois bien persuadée que je n’abandonnerai ni l’épiscopat, ni l’épée que Dieu a mise entre mes mains. »
Du roi à la reine.
t 2 janvier 1S45.
« ... Ne m’estime qu'autant que tu me verras suivre les principes où tu m’as laissé. Adieu, cher cœur. »
Du roi à la reine.
« A Oxford, le 29 février 1645.
« ... Ne crains pas que je me fie assez aux rebelles pour me rendre en personne à Londres ou congédier mon armée avant que la paix soit conclue; je ne me hasarderai pas si sottement, ni à si bon marché. Je prise trop haut ce qui t’appartient en moi... pour m’aller mettre à la discrétion de ces perfides rebelles. J’attends avec impatience l'exprès que tu m’as promis et suis éternellement à toi. »
Du roi à la reine.
• Février 1645.
«... Assure-toi que, si nous avons un traité, il sera fait en sorte de t’inviter au retour, car sans ta compagnie je ne saurais avoir en moi ni paix ni joie. »