LIVRE QUATRIÈME
Dv, roi à la reine.
« Cher cœur,
«A Oxford, le. 9 avril 1645.
• ... Songe, je te prie, puisque je t’aime plus que toutes ^ choses au monde et que ma satisfaction est inséparablement «'é'^'^îilBili^'avec la tienne, si toutes mes actions ne doivent pas avoir *-^our but de te servir et de te plaire. Si tu savais quelle vie je mène (sans parler des troubles publics) par rapport même à la conversation, qui est, à mon avis, ce qui donne le plus de joie ou de chagrin en cette vie, j’ose dire que tu aurais pitié de moi. Car les uns sont trop sages, les autres trop fous ; les uns se mêlent trop, les autres sont trop réservés, et beaucoup sont tout à fait dans les rêveries... Le but de tout ceci est de te prier de me consoler par tes lettres le plus souvent qu’il te sera possible. Et ne crois -tu. pas que' les détails de ta santé et la manière dont tu passes le temps soient des sujets agréables pour moi, quand même tu n’aurais pas autre chose à m’écrire? N’en doute 'pas, lùa chère âme, ta tendresse est atussi nécessaire à mon cœur que ton secours à mes affaires. »
, Z« reine roi (Charles 1").
f' Do Paris, janvier 1641.
« ... Pour riionneur de Dieu, ne vous mettez pas entre les mains de ces gens-là (du parlement); si vous allez jamais à Londres avant que le parlement soit fini ou sans une bonne armée, vous êtes perdu. La première chose que l’on doit pro- > poser est, à ce que j'apprends, le licenciement de vos troupes; mais, si vous y donnez- les mains, votre ruine est inévitable. ' Ayant toute la milice en leur pouvoir,' ils ont fait et feront tout ce qu’il leur plaira. < . •
« Souvenez-vous surtout de ne. pas abandonner ceux qui vous
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ont servi, aussi bien les évôques que les pauvres catlioliques. >•
La reine est vraiment le mauvais génie de Charles L' et l’instrument de sa chute. Elle lui recommande avec enthousi,asme, avec ferveur tout ce que les Anglais haussent le plus.
Et comment agit-elle sur le pauvre roi consumé d'amour? Par des mots comme celui-ci, que je recueille dans une lettre du 13 mars 1644. A cette date , la reine écrit de Paris à Charles l" ;
« Cher cœur, soyez bon pogr moi, ou vous me ferez mourir. » .
« Aussi, dit Henri Ilallam (depuis la bataille de Naseby), le' roi montra pour les maux du royaume et de ses j)artisans cette indifférence qu’on lui a quelquefois imputée. Après celte bataille, il ne restait plus qu’une voie sûre et honorable. Charles avait justement horreur de régner, si c’était là régner, en esclave du parlement et de sacrifier sa conscience et ses amis; mais il n’était nullement nécessaire de régner. Durant plusieurs mois, la mer lui fut ouverte. En France, ou mieux encore en Hollande, il «ût trouvé du respect pour ses infor^ tunes, et un asile ihins cette vie imposante encore qui convient à un souverain exilé.
« Quelles ([ue fussent les dispositions du roi, il n’osa pas sortir d’Angleterre. Cette funeste puissance domestique, à laquelle il avait si longtemps obéi, contrôlait toutes ses actions. Indifférente au bonheur de son mari, et déjà sans doute attachée à l’homme qu’elle lui donna pour successeur (Jormyn), Henriette n'aspirait qu’à le voir entrer en posse.ssion d’un pouvoir qui deviendrait le sien. " {Ilisl. const. d'Angîet., t. III, p. 48-49.)
Charles ne refusait rien, excepté de se faire catholique. Sa conscience personnelle était sa seule forteresse contre la reine. Sur^ tout ce qui n’était pas ce dernier, retranchement, il se désavouait sans honte. Ainsi, avait-^il traité la veille avec les lords et les députés de Westminster, le lendemain il sollicitadt son pardon de la reine, disant • que ce n’était pas la même chose de les appeler parlement ou de les reconnaître pour tels ». Tous ces subterfuges furent dévoilés. •
LIVUK OrATRiÈME
Cronnvell, le soir de la bataille de Naseby, avait écrit son bulletin à l’orateur du parlement, William Lenthall: <* Cette journée est un coup de main de Dieu, disait-il... Le plus grand éloge qu’on puisse donner au général (à Fairfax), c’est qu'il aimerait mieux périr que de rien s’attribuer lui-même, et cependant, pour la valeur, on peut lui accorder, en cette conjoncture, tout ce qu’il est possible d’accorder à un homme. »
Cromwell ajoutait : “ Les hommes bien pensants (les indépendants) vous ont loyalement servi ; ils sont remplis de confiance ; je vous supplie, au nom de Dieu, de ne pas les décourager... Je désire que celui qui hasarde sa vie pour la liberté de son pays compte sur le Seigneur pour la liberté de sa conscience et compte sur vous pour la liberté civile dont il est le soldat. »
Ainsi quitte envers son général en chef, son parti et ses troupes, Cromwell se taisait sur lui-même, entraînant tout dans le torrent de son action. Fairfax lui obéissait le premier, au milieu des déférences de Cromwell.
Or, pendant que Charles déplorait amèrement le scandale de ses lettres et luttait avec des circonstamces terribles, d’itinéraire en itinéraire de vaincu, Fairfax et Cromwell, sans négliger la géographie des évasions plutôt que des retraites royales, soumettaient les villes et les citadelles où la bannière des Stuarts flottait encore. Fairfax seconrut^Taunton, reçut à composition les cités de Bridgewater et de Ëath, conquit par escalade Sherborne. Cromwell réduisit le château de Winchester, Bri.stol, Langford-Hou.se, Falston-House et Basin-House. Les généraux-parlementaires trouvaient de temps en temps des rassemblemeirts de paysans armés de bàtonS , des clubmen organisés pour se garantir du pillage. Ces hordes se réunissaient parfois au nombre de dix mille. Fairfax et Cromwell employaient tour à tour la persuasion et la force pour les disperser, et pour enlever cette chance de recrutement au parti royaliste.
Cromwell rapportait tonte louange à Dieu. Ses bulletins à Lenthall, président de la chambre des communes, sont d’un intérêt vraiment historique; ’
HISTOIKIi d’oUVIKU CUOMWKU,
À l'honorable William Letithall, jtrésident de la chambre des communes, ceci :
t Winchester, septembre 1645.
- Monsieur, je suis venu devant Winchester le jour du Seigneur 8 septembre, avec le colonel Pickering ayant sous ses ordres son propre régiment et ceux du colonel Montagne et de sir Hardness Waller. Après quehjue opposition de la'part du gouverneur, nous sommes entrés dans la ville. J’ai sommé le cluiteau de se rendre ; sur son refus, nous avons dressé nos batteries... Après environ deux cents coups de canon, nous jugeâmes la brèche praticable, et nous proposâmes de commencer l’assaut le lundi au matin. Dimanche, vers dix heures du soir, le gouverneur ilemanda à parlementer et à traiter. J’y consentis, et je lui envoyai le colonel Hammond et le major Harrisson, qui convinrent avec lui de la capitulation.
» Cette affaire, monsieur,' est une nouvelle grâce divine. Vous voyez que le Seigneur ne se lasse pas de vous protéger. J’avance que sa faveur envers vous est aussi évidente, quand il s'empare des cœurs de vos ennemis et les contraint à vous céder des places fortes, que lorsqu’il donne à vos soldats le courage de surmonter de terribles difficultés. Il faut ici grandement reconnaître la bonté de Dieu, car le château avait une bonne garnison de six cent quatre-vingts hommes de cavalerie et d’infanterie; il renfermait près de deux cents gentilshommes... bien pourvus, avec quinze mille livres de fromage, une grande quantité de blé et de bière, vingt barils de poudre et sept bouches à feu. Les ouvrages étaient.en excellentes construction et disposition, de sorte que probablement noqs n'aurions pu les prendre d’assaut qu’au prix de beaucoup de sang. Nous n’avons perdu que douze homiaes. Je vous le répète, que Je Seigneur seul en soit béni, car le tout est son éeuvre.
- Olivier Cromwell. »
S’agit-il de la redtlition de Uristol, attaquée aux cris de