LIVRE SIXIÈME
assura le duc qu’il en aurait soin et l’escorta au château de Windsor. Sir Marmaduke Langdale tomba aussi entre les mains d’un capitaine parlementaire. Les drapeaux enlevés à Preston furent suspendus aux voûtes de Westminster, et le parlement s’acquitta de solennelles actions de grâces envers le Dieu des armées.
Cromwell acheva la guerre par la politique. Il marcha vite à Edimbourg, et il investit de l’autorité le parti presbytérien avancé, très-mécontent que le roi n’eût pas accepté le Cotenant sans conditions. La colère de ce parti contre les restrictions du roi et sa jalousie contre les Hamilton le disposèrent favorablement envers les indépendants et envers Cromwell, tandis que les presbytériens modérés et monarchiques étaient désespérés et ulcérés.
Les nouvelles de Preston décidèrent la reddition de Colchester. La garnison était réduite aux dernières extrémités de la famine. Les lords Goring, Capell et Hastings furent envoyés â la Tour, par ordre du parlement. Le conseil de guerre ne condamna à mort et ne fit exécuter que deux brillants officiers ; sir Charles Lucas et sir George Lisle. Ils s'étaient fort distingués pendant le siège : ils ne se distinguèrent pas moins sur le champ de leur supplice. Lucas voulut commander ses vainqueurs afin de les insulter une dernière fois. « — Feu, rebelles! » s’écria-t-il. Et il fut frappé mortellement. Lisle courut à lui, l’embrassa, et, se relevant, il somma les soldats de s’approcher un peu. <• Soyez tranquille, répliqua l’un d’eux, d’ici nous vous toucherons. — Camarade, repartit sir George, j'ai été ‘plus près de vous et vous m’avez manqué. » Ce furent ses paroles suprêmes. Il s’affaissa, percé de balles, sur le corps de son ami. Lucas et Lisle furent les seules victimes du conseil de guerre. N’était-ce pas trop de sévérité, néanmoins? Fairfax ne lutta pas assez contre cette violence. Il eût été noble au général de disputer ces têtes hardies au conseil de guerre et de sauver ces deux officiers qui étaient deux héros.
Le presbytérien Hollis, en apprenant à Londres la victoire de Preston, dit tristement et amèrement : « — Le roi Charles, que nous avons attaqué justement, n’était qu’un monarque ab-
HISTOIRE n’oLrV’IER CROMWELL
aolu; Cromwell est un diabolique tjran contre lequel doivent «'insurger les Trois-Royaumes. »
Le roi fut consterné dans l’ile de Wight. Ce fut le gouverneur, le colonel Hammond, qui informa Charles P"" de la déroute du duc de Hamilton. <* — Jamais, répondit le roi, plus grand désastre que celui-là ne désolera l'Angleterre. " L'émotion de Charles P'' ne le trompait pas. La défaite de Naseby avait été pour lui la prison ; la défaite de Preston pouvait devenir l'échafaud. ^«aseby et Preston, dans la première et dans la seconde guerre civile, furent des batailles souveraines, et c’est Cromwell qui eut l'honneur de ces deux victoires. Il termina héroïquement à Preston ce qu’il avait préparé diplomatiquement à la chambre des communes, ce qu’il avait presque accompli stratégiquement à Naseby : l’abaissement de l’anglicanisme et du Covenant, soit écossais, soit parlementaire, l’humiliation des royalistes moqueurs et des presbytériens implacables, le triomphe des puritains, des indépendants. Cromwell, avec le vigoureux parti des Saints, se fera dictateur, et il consacrera à toujours la liberté de conscience. Cromwell, on le sent, méditait profondément, à cette époque, ces deux programmes dont l’un était égoïste, dont l’autre était généreux et supérieur à tous les desseins de ses adversaires. Seulement, le Jieutenant général avait arrêté en lui-mème la mort du roi, soit pour supprimer la cause des insurrections, soit pour satisfaire les indépendants, soit pour se conformer aux textes bibliques, soit pour se frayer sur le cadavre d’un Stuart une route prompte au pouvoir suprême, soit pour mieux réussir par l’accumulation de tous ces motifs et de toutes ces combinaisons résumés dans un meurtre solennel. Le procès du roi et sa décapitation consommés, que resterait-il? Un parlement docile, une armée prétorienne dont lui, Cromwell, serait l’àme, le génie, l'inspirateur, et qui prononcerait sous sa fascination le mot du Seigneur : république d’abord , et peut-être plus tard monarchie. Le lieutenant général se confiait au Destin, mais il l’aidait.
La question était toujours la même. Le roi avait autrefois abusé de l’armée pour soutenir l’anglicanisme comme religion