‹ Histoire d'Olivier Cromwell (volume 2)Chapitre 17 sur 56 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

contre cet homme puissant, ne s'attachait pas à sa personne, mais à son pouvoir, etqu'uh pouvoir semblable exciterait également la plainte et le murmure, tant qu'il résiderait dans une autre personne que le roi. Sur ce point, ses désirs étaient si parfaitement d'accord avec ceux de son mari, qu'elle souhaitait avec une égale ardeur, et de se voir en possession d'une autorité sans bornes, et d'être bien publiquement connue pour maîtresse absolue de tout.

« Ce fut là, au fond, quelles que soient d'ailleurs les autres circonstances qui concoururent aux désastres de ces temps, le principe des premières et funestes préventions qui s'élevèrent contre le roi et son gouvernement, et ne cessèrent de le poursuivre. Le malheur de la reine et de l'Etat voulut que cette princesse n'eût autour d'elle personne qui eût assez d'habileté ou de dévouement pour lui faire connaître les dispositions du royaume et le caractère de la nation. »•

Ce que ne dit pas Edouard Hyde, bien qu'il l'insinue souvent, et ce qui ressort de tous les documents sérieux, c'est que la reine était une princesse remuante, orgueilleuse, capricieuse, élevée à la française et à l'italienne, dans tous les préjugés du droit divin et du catholicisme. Toute la différence donc entre elle et Buckingham, c'est qu'il était arminien, un papiste de tendance, et qu'elle était une vraie papiste. Tous deux étaient également absolutistes, tous deux aspiraient également à cons-* tituer un budget tyrannique, sans le concours du parlement. La reine continua donc Buckingham plutôt qu'elle ne le remplaça. Cette ressemblance et presque cette identité ravit le roi. Il retrouvait son favori dans sa femme.

Charles Y^ n'était pas homme à comprendre les difficultés religieuses, politiques et financières qui devaient l'assaillir. Il s'imaginait, ce beau gentilhomme des toiles de Van Dyck n'avoir rien de tragique à craindi^e. N'interposerait-il pas sa prérogative royale ? Ne suffirait-elle pas à dénouer ou à trancher tous les nœuds î

La question était double. Il fallait régler le culte sans consulter les consciences et régler l'État sans assembler le parlement. Pour la solution de ces grands problèmes, le roi s'ad-

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joignit Laud, la créature et le casniste de Backingham, puis Thomas Wentworth, que Buckinghàm avait distingué et qu'il avait commencé à corrompre.

Laud, que l'on tenait pour le chef de l'arminianisme, c'està-dire de la secte la plus rapprochée du catholicisme , était en réalité un anglican despotique. Nommé successivement évêque de Londres et archevêque de Cantorbéry, il résolut de soumettre toutes les sectes dissidentes à une liturgie qu'il rédigea et ou il ne manqua pas de consacrer la hiérarchie épiscopale. Il était naturellement à la tête de cette hiérarchie en sa qualité de primat du royaume. L'archevêché de Cantorbéry était une sorte de vice-papauté ecclésiastique sous le pontificat royal.

Guillaume Laud était d'une naissance obscure. Son éducation avait été nulle. Ses manières étaient d'un rustre d'Église. Gauche et brutal, il oflFensait ceux qu'il cherchait à gagner. Son esprit par surcroît était si peu souple, que la sécheresse de sa parole trahissait ses intentions les plus bienveillantes. Il voulait ne pas froisser, plaire même, et il blessait. Désobliger n'était pas seulement son malheur, c'était sa faculté, presque son génie. Du reste, tellement religieux, tellement intègre, que la tentation n'approche que rarement de sa vertu. Il céda quelquefois à la cruauté, il fut souvent persécuteur. Il avait néanmoins de la droiture jusque dans le mal. Il était aussi impossible de l'aimer que de ne pas l'estimer. Quoique généralement irréprochable, il fut toujours odieux. Ses portraits confirment l'histoire. Le visage est large, plat et bourru. Le hérissement des sourcils annonce l'étonnement, et leur froncement l'opiniâtreté. La bouche maussade exige la soumission et persuade la révolte, accomplissant infailliblement par la brusquerie le contraire de ce qu'elle désire. Les yeux, doux et fixes cependant, expriment la piété et la résolution, une piété étroite, il est vrai, et une résolution de sectaire.

Tout autre est sir Thomas Wentworth. Il était allié aux Stuarts. Il possédait de vastes terres dans le comté d'York. Il y avait une irrésistible influence de grand propriétaire et de grand esprit. Ce qui ajoutait un charme à sa demeure, c'était

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sa jeune femme ^ que des estampes authentiques montrent encore la tète penchée, avec un cou de cygne, une perle à chaque oreille, une lueur aux yeux, un sourire aux lèvres» une candeur adorable dans toute la physionomie. Wentworth aimait cette femme, mais il aimait aussi les libertés de l'Angleterre . Nul ne les défendit d*abord mieux que lui. Il contesta toutes les prétentions iniques de la couronne avec un éclat incomparable. Impôt de tonnage et de pondage sur Timportation et l'exportation ; impôt de ship money pour la construction d'un certain nombre de navires; impôt déguisé sous le nom d'emprunts obligatoires; impôts de toute espèce inventés pour les desseins et les prodigalités de la cour, Wentworth rejetait tout, à moins que le parlement n'eût tout consacré par son intervention. Il poursuivit Buckingham comme une proie (1526), et il préféra la prison avec EUiot et Hampden à l'humiliation de contribuer au prêt forcé. Nul plus que lui ne marqua d'une empreinte virile la pétition des droits, et ne contraignit davantage (1528) l'assentiment de Charles P^ à cette seconde grande charte.

Wentworth était alors le plus illustre chef de l'opposition. Malheureusement la conscience ne fut pas assez riche pour le payer. Il lui fallait des récompenses vulgaires. II écouta la voix secrète de Buckingham, aussi persuasive que celle du ser-« peut. Il ât volte-face, et, sous les auspices de Richard Weston, il se dévoua tout entier à la cour. Ses rares partisans afirment qu'il voulut sauver la prérogative royale trop affaiblie. J'incline à croire qu'il y eut quelque sophisme de délicatesse dans la détermination de Wentworth. Il excellait à justifier ses moins nobles passions par de spécieuses théories. Certes l'indulgence . est un devoir et un plaisir, pourvu qu'on ne la pousse pas jusqu'à la trahison de la vérité. Jusqu'à de nouvelles preuves, je persisterai donc à penser que dans Tapostasie de Wentworth il y eut plus d'ambition que de vertu. Je me défie d'une vertu qui stipule si bien ses récompenses. La progression est rapide. Sir Thomas Wentworth, à peine reconcilié (1628), est nommé successivement baron, puis vicomte de Wentworth^ puis lord président du Nord.

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à son ami Laad. Wentworth s*entoura d*abord de toates les pompes de la royauté qu'il représentait. Il savait ce qu'il faisait M Les Irlandais, disait-il, doivent tout ce qu'ils possèdent à Tindulgence du vainqueur. Les concessions anciennes peuvent être retirées ou modifiées. L'Irlande est pays conquis. » Aussi Wentworth n'est pas un magistrat, mais un proconsul. H adjuge la quatrième partie des terres à la couronne ; il prononce des amendes arbitraires ; il viole la parole royale. Et pendant qu'il avait le bras» un bras impitoyable, dans l'oppression de l'Irlande, il avait l'esprit de direction dans l'oppression de l'Angleterre.

Ni les fureurs, ni les héroïsmes ne manquèrent contre la tyrannie. L'avocat Prynne fut condamné par la chambre étoilée pour un pamphlet intitulé : Ifistriomastix. C'était une instruction semée d'injures. Prynne y stigmatisait le théâtre, les acteurs, les mascarades; il y faisait des allusions au roi> à la reine, à toute la noblesse qui donnaient l'exemple du paganisme. La danse était maudite par le puritain, la danse dont chaque pas était un pas vers l'enfer. La chasse, les fêtes populaires, les chansons pour la plantation des arbres de mai, les repas de Noël n'étaient pas épargnés non plus. Le cachot où Prynne avait été jeté (1632), loin de le refroidir, l'échaufFa, l'exalta. Il accusa du fond de cette geôle humide, les évêques, il leur reprocha de substituer à la doctrine primitive l'arminianisme, ce vestibule du paganisme et de la corruption romaine. Il embaucha contre les prélats impies le médecin Bastwick et le théologien Burton. A eux trois, ils dénoncèrent les exactions du gouvernement, les simonies du haut clergé. Les évêques étaient tous des lords de Satan, des soldats de l'Antéchrist, des profanateurs d'àmes. Traduits par ordre de Laud • devant la chambre étoilée, les trois puritains, après des défenses violentes, furent frappés d'une sentence cruelle. L'amende fut pour chacun de cinq mille livres. La prison devait être perpétuelle et solitaire. Ils subirent de plus (30 juin 1637} deux heures de pilori et l'amputation des oreilles. Ces oreilles sanglantes tombées sur l'échafaud, les intrépides Ubellistesles ramassèrent et les montrèrent à la foule. L'émotion

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