LIVRE PREMIER
Naissance de CromweTl, 1599. •— Sa famille, son enfance, ses origines. — Son maliage, 1620. — Sa yie privée à Huntingdon, à Saint-Yves. — Sa nomination au parlement, 1628. — Sa situation en 1640. — Charles !«'. — Son mariage. -^ Buekingham en France. — Arrivée d'Henriette à Douvres. — Rencontre du roi et de la reine. — Voyage à Cantorbéiy. — • Arrivée à Londres. — Pierre de BéruUe.
— Instructions de Richelieu à la reine. — Opposition du parlement à Buckingham, 1625. — Couronnement du roi, 1626. — Dissolution du second parlement.
— Emprisonnement de John Elliot, Hampden, Thomas Wentworth. — Doctrine de rarminianisme. — > Parlement de 1628. — Pétition des droits. — Lutte de l'impôt. — • Remontrance au roi contre Laud et Buckingham. — Troubles à Londres et en province. — > Mort de Baokingham. — Ses funérailles.
Olivier Cromwell naquit (1599) à Huntingdon sur TOuse, pays crépusculaire et mélancolique, dont j'ai traversé les marécages en allant à Fotheringay» la dernière prison de Marie Stuart. Ce fut sous un ciel gris, au murmure lent des flots vaseux, dans une atmosphère de brouillards, mais parmi les saules argentés et les prairies vertes, que le jeune Olivier vécut ses premières années. Paysage du Nord bien fait pour refouler la pensée du dehors au dedans et pour créer dans' Tâme, en pesant sur elle, une concentration de poésie biblique et de sombre fanatisme ! Contrée de méditation néanmoins, plutôt que de spleen !
Par sa mère, Elisabeth Stuart, alliée à la famille royale d'Ecosse, Olivier Cromwell confinait de loin à un trône; par son père, Robert Cromwell, il touchait, quoi qu'en disent les généalogistes, plus au peuple qu'à l'aristocratie.
Robert Cromwell vécut à Huntingdon avec Elisabeth Stuart et leurs dix enfants, dont Olivier, qui fut depuis lord protecteur, était le cinquième. La dot de sa femme avait augmenté le petit bien de Robert, qui cultivait son domaine avec intelligence et activité. Son aisance se composait de trois produits principaux : le bétail qu'il engraissait, le blé qu'il vendait, l'orge qu'il brassait avec d'autres ingrédients et dont il composait une bière excellente.
Le frère aîné de Cromwell, qui s'appelait Olivier comme le futur protecteur, possédait le manoir de la famille, le manoir d'HinchinbrooJc. C'était un modeste château, avec une terre d'environ mille livres sterling de revenu, qu'Olivier avait hérités de son père Henri Cromwell. Henri Cromwell les avait reçus aussi de son père Richard. Lui, Richard Cromwell, avait créé ce fief d'Hinchinbrook d'une abbaye de religieuses confisquée à son profit, et complétée de beaucoup d'autres spoliations.
C'était le plaisir, et ce fut le métier de Richard Cromwell de chasser les moines, de piller et de dévaster les monastères. H est neveu de Thomas Cromwell , le ministre de Henri Vin, en même temps que bisaïeul du futur protecteur de l'Angleterre, lord Olivier Cromw^ell. Richard fut un terrible instrument de destruction dans la main de Thomas Cromwell, qui, luimême, dans la main de Henri VHI, est l'exterminateur des couvents, malleus monachorum.
Thomas Cromwell est le plus grand ancêtre de celui qui fut lord protecteur d'Angleterre. Quel était-il donc ce Thomas Cromwell que Henri VHI osa faire comte d'Essex, au scandale de toute l'aristocratie des trois royaumes?
J'ai rencontré déjà ce personnage dans mon Histoire de Jane Qrey, et je l'ai peint.
Il était secrétaire de Wolsey. Lorsqu'au mois de décembre 1529, un bill d'accusation menaçait la tète du cardinal, son bienfaiteur, Cromwell eut la hardiesse de parler et le bonheur