LIVRE PREMIER
de ne pas déplaire à Henri VIII, en sauvant la tête du grand ministre.
Le père d'Elisabeth, le roi schismatique , avait des retours d'affection et des caprices de clémence, qui ne duraient pas, il est vrai. Thomas Cromwell donc, tout en défendant Wolsey, s'insinua dans les bonnes grâces du redoutable Tudor. C'est que ce Cromwell devait être un bon outil contre Rome.
u II était né {Histoire dt Jane Orey) pour fouler la tunique de cachemire de la papauté, comme son père, le foulon, foidait le drap grossier du matelot anglais.
« Thomas Cromwell était par-dessus tout un aventurier : — un aventurier de guerre, il avait été un de ces soldats du connétable de Bourbon qui mirent Rome à sac et qui battirent en brèche le château Saint- Ange; — un aventurier de loi, il remplacera dans les îles Britanniques par le roi Henri VIII le successeur de saint Pierre. Il ajusta deux fois de son arquebuse et de sa politique la papauté, et il renversa dans les décombres des monastères la dictature romaine.
« Il avait le crâne dur, le front hardi, le nez acéré, les yeux impudents, la bouche déterminée, la physionomie opiniâtre, l'attitude populaire, la tête penchée du taureau lorsqu'il va donner un coup de corne. 11 entama sans préambule avec le roi la question du divorce. Il avait l'élan d'un reitre et les ressources d'un légiste. Ce n'était, certes, pas trop pour défaire un pape sacré et pour faire un pape profane... »
Tel était Thomas Cromwell, le plus illustre ancêtre du lord protecteur et son arrière-grand-oncle. Il était fils d'un foulon, quelques-uns disent à tort d'un forgeron. Ce qui est indubitable, c'est que les grands seigneurs ses contemporains le tenaient pour un très-petit compagnon, quoiqu'il eût été nommé comte d'Essex , et qu'en qualité de vicaire général il eût le pas sur eux tous.
La lumière généalogique s'efface à Thomas Cromwell. Au delà, il n'y a plus que la nuit et de vaines complaisances, qui font remonter le lord protecteur, tantôt aux barons de Cromwell du comté de Lincoln, tantôt aux Williams du pays de Galles. Écartons ces puérilités, et contentons-nous de l'homme
lui-même : il peut se passer d'aïeux et de descendants illustres. ,11 est à lui seul une dynastie; à lui seul, il vaut mieux que toute une race.
Il passait à peine pour gentilhomme à Huntingdon, et se rapprochait beaucoup plus des bourgeois, des francs-tenanciers, que des nobles. Son influence est marquée d'avance où sont ses principales relations, dans les couches moyennes et populaires de la société; elle pourra aussi s'étendre, cette influence, dans la noblesse. Car Olivier Cromwell est, en quelque sorte, sur la limite des diverses classes, contigu à chacune, compatible avec toutes, depuis la chaumière jusqu'au manoir, et même jusqu'au palais. 'Admirable situation d'un homme également sectaire et ambitieux, qui, pour le développement de sa fortune et pour ses aspirations croissantes vers le pouvoir suprême, a besoin de n'être exclu de personne, avant d'être adopté de tous !
La maison du père d'Olivier Cromwell était fréquentée par des laboureurs, des commerçants et des bourgeois, tandis que le demi-chàteau de son oncle, à Hinchinbrook, était visité de la petite noblesse du comté. Cette résidence d'Hinchinbrook fut même honorée deux fois de la présence du roi Jacques, au mois dé mars 1603 et au mois de juin 1617. Quoique les apparitions rapides de Jacques P^ ne fussent que des hasards de route et de chasse, elles laissent un prestige sur une demeure et sur un nom ; mais il ne faudrait pas trop y voir une déférence de parenté, qui inspirait probablement à l'orgueilleux monarque, s'il en était instruit, plus de dédain que d'affection. Cette parenté même, dont ne se doutait pas vraisemblablement le fils de Marie Stuart et que Charles 1^ n'avoua jamais, est pour nousmême assez problématique. Tous les blasons, en effet, sont obscurs, surtout les blasons écossais. Quoi qu'il en soit, le nom de Cromwell, qui est si éclatant, n'a pu devenir héraldique ni avant ni après le lord protecteur. Ce n'est pas un nom de patriciat, c'est un nom de gloire.
Olivier Cromwell étudia successivement à Huntingdon, à Cambridge et à Londres. Il apprit assez de mathématiques, de géogyaphie et de latin, quoique nonchalamment et bruyamment.