‹ Histoire d'Olivier Cromwell (volume 2)Chapitre 37 sur 56 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

fut formidable. Elles ne se contentèrent pas d'ordonner aux cinq députés incriminés de rester où ils étaient, dans la cité de Londres, elles nommèrent un comité qui alla s'installer et résider à Guidhall, afin de veiller solennellement au salut de leurs collègues suspects. Le roi se rendit à Guidhall comme il s'était rendu à Westminster. Il espérait que le comité et la cité de Londres lui livreraient plusTacilement que les communes les accusés. Vaine tentative! Charles échoua de nouveau, et le parlement protesta contre une telle violation de ses privilèges. Malgré une proclamation du roi, il persista et rappela les proscrits de la cour, les favoris de la nation, les députés patriotes. Le comité des communes les ramena de Guidhall à Westminster au milieu des acclamations de la cité et du peuple. Le roi avait menacé sans frapper. Désobéi, moqué, bravé, il n'osa pas agir. Le retour triomphal des cinq députés et de lord Kimbolton fut une déroute pour le roi, et même pour la royauté (9 janvier 1642).

Le roi se retira précipitamment à Hampton- Court avec la reine et ses enfants. Son coup de tête avait été un coup de surprise. Il avait cédé, en franchissant le seuil du parlement, à une puérile ostentation de force. Il ne pouvait plaire par là qu'à la reine et à quelques aventuriers. Il n'avait consulté aucun homme sérieux sur une démarche aussi décisive.

Il avait alors cependant trois conseillers d'une haute distinction d'âme et d'intelligence. Ces conseillers étaient lord Falkland, Edward Hyde, depuis lord Clarendon, et sir John Colepepper. Ce triumvirat occulte se réunissait chaque nuit dans l'appartement que M. Hyde avait aux environs de Westminster. Là, les trois amis discutaient, et lorsqu'ils étaient d'accord ou à peu près, ils tâchaient de convaincre le roi. Les lumières, la délicatesse, le talent et la vigueur de ces éminents personnages retardèrent un peu et honorèrent infiniment la chute de la monardhie. Mais leur vaisseau était trop faible et la tempête trop forte.

Lord Falkland était tempéré en tout, excepté en courage. Il s'appliquait à maintenir l'équilibre entre sei^ sentiments qui étaient royalistes et ses idées qui étaient libérales. C'était le

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plus accompli des gentilshommes de l'Angleterre. H était trop chevalier pour être assez politique. Lui qui était fait pour vivre en sage, ne pensait qu à mourir en héros. Il avait plus qu'aucun autre ce spleen moral qui suit les malheurs publiiis et qui précède l'immolation personnelle.

M. Hyde adorait lord Falkland sans lui ressembler. Ses discours et sa conduite dans la chambre des communes l'avaient désigné vite à Charles I*^. Ce prince se le fit amener mystérieusement par le frère du comte de Northumberland et lui donna toute sa confiance, copiant ses lettres avant de les brûler, pour les méditer sans le compromettre, adoptant ses proclamations et disant toujours en son absence, soit à lord Falkland, soit à sir John Colepepper : — « Que pense Edward Hyde? » Et en cela le roi avait raison. Car Edward Hyde avait plus que la Science d'un jurisconsulte, il avait une portée d'homme d'État. Il était probe, austère, délicat sur l'honneur, inaccessible à la cupidité, infatigable au travail, à la franchise, au dévouement, quelquefois, seulement, un peu étroit et opiniâtre dans ses déterminations.

Sir John Colepepper ne ressemblait à aucun de ses amis, plus liés entre eux du reste qu'avec lui. Il avait été militaire et graod duelliste. C'était un homme d'un courage résolu et d'un esprit incertain. Il discutait à merveille, et l'escrime de sa dialectique n'était pas moins redoutable que celle de sa bravoure. Mais sa conclusion était molle, et, quand il eût fallu se déterminer, il continuait de discuter avec lui-même, toujours vaillant, jamais fixé, un flot au lieu d'un rocher.

Tels étaient les trois meilleurs conseillers du roi après l'exécution de Strafford. S'ils eussent été auprès de Charles I*', dès le commencement de son règne, à la place de Buckin^am, de Wentworth et de Laud, ils auraient peut-être sauvé la monarchie. C'étaient au fond des constitutionnels. Ils désiraient une église nationale et une prérogative limitée par^s lois et par une liberté sage. Ils n'auraient pas abusé de l'emprunt forcé, des gamisaires, de la prison, de l'impôt sans parlement et sans contrôle. Anglicans sans fanatisme et royalistes sans tyrannie, leur étude était de maintenir la prérogative des

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