LIVRE TROISIÈME
qaer les volontaires sur tous les chemins. Il chassait les uns, emprisonnait ou enrôlait les autres. Il accoutumait sa petite troupe à Tactivité sans oahlier la discipline. Il avait la sagesse autant que Taudace. L*éclat sinistre de son imagination hébraïque, de son éloquence puritaine, était le rideau de pourpre sous lequel il voilait ses plans d*hommes d*État. Tout en formant des soldats, il ne mécontentait pas les paysans, les tenanciers, les boargeois, le peuple. Il défendait toute maraude et punissait avec rigueur toute infraction. Il mesurait lui-même ! ^ ! les sacrifices des villes, des hameaux, des particuliers. Hors de - / ces contributions indispensables, il enjoignait de respecter le bœuf et la vache si nécessaires au labourage, le cheval aussi utile à la paix qu*à la guerre, les poules, ces pourvoyeuses du ménage, et le coq, ce sonneur matinal des travaux champêtres. Cromwell mêlait tous ses ordres de versets prophétiques. Il n'en était pas moins bien compris, il en paraissait plus vénérable. C'était un homme biblique, fort à la base, religieux au sommet, semblable à ces chênes des environs d*Ely, chênes robustes par leurs racines qu'ils plongent dans la terre, sacrés par les cimes qui portent le gui jusqu'au ciel.
Un des traits caractéristiques de la diplomatie de Cromwell et qui prouve combien en lui le politique primait le sectaire, c'est sa tolérance d esprit envers les soldats et les officiers. S'ils sont seulement braves et honnêtes, que lui Importe leur foi! Il faut l'entendre lui-même. Le major Crawford avait non pas destitué, mais suspendu^ pour opinion religieuse, son lieutenant-colonel, un hardi compagnon qui* alla se plaindre à Cromwell. Cromwell se hâta d'écrire au major : « ... J'ai conseillé à cet officier de se rendre promptement auprès de vous. Vous êtes certainement mal conseillé... « Quoi ! me direz-vous, « et cet homme est un anabaptiste! *» Êtes-vous bien sûr de cela? Admettons qu'il le soit, cela le rendra-t-il incapable de servir? « Il est indiscret. » C'est possible en certaines choses : nous avons tous des infirmités humaines. Je vous déclare que, si vous n'aviez pas de tels « hommes indiscrets » autour de vous et qu'il vous plût de les traiter avec égards, ils vous serviraient de rempart aussi solide que ce que vous avez eu jusqu'à présent.
« L'Etat, monsieur, en choisissant des serviteurs, ne s'occupe pas de leurs opinions ; s'ils consentent à servir avec fidélité, cela suffit. Je vous ai conseillé précédemment d'user d'indulgence envers ceux qui pensent autrement que vous : si vous l'aviez fait quand je vous en ai donné l'avis, j'estime que vous n'auriez pas tant trouvé de difficultés sur votre chemin... *>
Voilà Gromwell ! Il commandait en priant. Il réussit en cette petite circonstance; il réussira toujours. Dès ses premiers pas dans l'action, il a la fortune, parce qu'il a la volonté et le génie, toutes les énergies de la volonté, toutes les souplesses du génie.
Tandis que Cromwell suscitait la révolution dans les comtés de Test et que le comte d'Ëssex rassemblait l'arâiée du parlement, le roi leva son étendard à Nottingham (24 août 1642). Cet étendard, sur lequel était brodée la couronne des Stuarts, avec cette devise : « Rendez à César ce qui est à César, » fut déployé dans une prairie, en présence d'une multitude curieuse. Charles P' était là, entouré de seigneurs, de ministres et d'officiers. Son armée était peu nombreuse encore. Un héraut d'armes lut une proclamation contre le comte d'Ëssex et ceux qui lui viendraient en aide, — tous séditieux, déclarés traîtres, à moins que, dans les six jours, ils ne reconnussent leur devoir, qui était l'obéissance. Après cette proclamation, la foule se dispersa, le roi rentra dans la ville, et l'étendard fut arboré sur le château de Nottingham. Les chambres répondirent à la proclamation de Charles et renvoyèrent le crime de trahison aux conseillers du roi. .
Une espérance consolait le parlement de la guerre : il se flattait d'arriver par elle à des résultats. Les concessions de Charles n'avaient jamais été définitives; elles n'avaient jamais été sincères, et le peuple croyait avec raison à la duplicité du roi. Lucy Hutchinson, la véridique et charmante contemporaine de Charles, a dit de lui ce qui se dégage avec évidence de l'ensemble de sa conduite et de la comparaison de tous les documents authentiques. «« Il ne se faisait pas scrupule, écri1>-elle, lorsqull accordait quelque chose à la nation, de ne se tenir pour engagé qu'autant que cela lui était utile ; car ce prince