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Charles (5 mai 1642). Tous deux, l'un après l'autre, rejoignirent le roi à York, Le parlement, privé du grand sceau, en fit faire un autre pour marquer l'empreinte de sa souveraineté. Il permit que le comte de Warwick fût amiral de la flotte, et il créa le comte d'Essex capitaine général de l'armée (12 juillet 1642). Essex fut l'homme de ce grand moment. Les acclamations le suivaient en tous lieux. Il était très-populaire parmi les chambres. Les lords et les députés jurèrent de combattre et de mourir avec lui dans cette grande lutte de la patrie.
Au delà de ces deux partis : les anglicans dévoués au roi, et les presbytériens dévoués au comte d'Essex, il y avait un troisième parti, celui des puritains, qu'un homme encore obscur travaillait en secret et qu'il exaltait pour la révolution, en attendant qu'il essayât de le dresser à un g'ouvernement. Cet homme qui se flattait de dompter plus tard l'anarchie, la soulevait d'abord sans repos ni trêve. Il avait pris une part véhémente, quoique le plus souvent muette, à tous les empiétements du parlement. Il avait soutenu les prédicateurs indépendants, anabaptistes, niveleurs ; il avait réclamé le redressement de toutes les iniquités, la réhabilitation de Prynne et de ses compagnons pamphlétaires, la mort du comte de Strafford, l'attribution aux communes de la guerre d'Irlande, l'organisation d'une garde parlementaire ; il avait protesté contre la vengeance du roi sur lord Kimbolton et les cinq autres membres patriotes poursuivis jusque dans la cité. Il s'était adjoint des puritaius, ses coopérateurs, des presbytériens, ses précurseurs, et il les avait électrisés. Il n'était pas orateur et il saisissait plus par certains mots incorrects que les orateurs par des discours étudiés. Comment il fut député des communes et de quelle manière il se conduisait au parlement, deux petits faits l'indiqueront. En 1640, le secrétaire de Prynne, un puritain bien autrement redoutable que Prynne lui-même, fut incarcéré comme rédacteur et colporteur de libelles. Il avait été déposé presque mourant à la prison. Brisé, saignant des deux cents coups de fouet dont le bourreau l'avait frappé, Lilburn adressa une pétition à la chambre, et ce fut Cromwell qui la présenta. « J'entrai au Parlement un matin, en novembre 1640, dit un témoin (sir
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Philippe Warwick). Je yIs un gentilhomme qui parlait; je ne le connaissais pas. Il était vulgairement vôtu, en habit de drap tout uni et qui semblait avoir été fait par quelque méchant tailleur de village; son linge était grossier et n'était pas excès* sivement frais; je me rappelle quil y avait une tache ou deux de sang sur son col de chemise, qui n'était pas beaucoup plus grand que son collet. Son chapeau était sans ganse. Ce gentilhomme était d'une assez belle stature, avait Tépée collée sur la cuisse, le visage roage et boursouflé, la voix stridente» implacable, et il s'exprimait avec une éloquence farouche... L'assemblée écoutait avec une profonde attention. »
Une autre circonstance de la vie politique de Cromwell nous a été retracée par un écrivain plus grave que sir Philippe Warwick. Cette fois, c'est Edward Hyde, depuis lord Clarendon, qui nous raconte une scène où il ne fut pas seulement témoin, mais acteur.
« Je me trouvai, dit-il, président d'un comité particulier convoqué à propos de grandes étendues de terres incultes qui appartenaient aux manoirs de la reine, et que l'on avait encloses sans le consentement des fermiers ; ces enclos avaient été donnés par la reine à un serviteur très-intime, et celui-ci avait aussitôt vendu les terrains au comte de Manchester, lord du sceau privé, lequel, ainsi que son âls Mandeville, faisait en ce moment tous ses efforts pour maintenir les clôtures ; contre eux s'élevaient les habitants des autres ipanoirs, lesquels réclamaient les droits de pacage sur ces communes, et les fermiers de la reine sur les mêmes terrains ; tous se plaignant hautement d'avoir été soumis de vive force à une grande oppressioa que la couronne autorisait.
« Le comité siégeait à la cour de la reine, et Olivier Cromwell, qui en faisait partie, semblait s'intéresser beaucoup aux réclamants, qui étaient nombreux ainsi que Iqs témoins. Lord Mandeville, comme partie, était présent, et, par l'ordre du comité, assis et couvert.
« CromwelU que je n'avais jamais entendu parler dans la chambre des communes, dirigeait leâ témoins et les plaignants dans la conduite de leur afiaire; il appuyait et développait
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ayec beaucoup de chaleur ce qu'ils avaient dit; les ténoioins et autres personnes engagées dans le débat, étant rustres et gros^ siers, interrompaient avec clameurs Tavocat et les témoins de • la partie adverse, lorsqu'on disait quelque chose qui ne leur convenait pas, de sorte que moi, dont c'était le devoir de main* tenir dans l'ordre les personnes de tous rangs, j'étais obligé d'adresser de vi£s reproches et de faire des menaces pour que l'affaire pût être entendue tranquillement. Cromwell me reprocha avec beaucoup de véhémence d'user de partialité et d'intimider les témoins. J'en appelai au comité, qui m'approuva^ et déclara que j'agissais comme je devais le faire; cela enflamma encore Gromwell, déjà trop irrité.
« Quand lord Mandeville voulait être entendu sur quelque^ point de fait ou de formalité ou sur le moment de la clôture, et qu'il racontait avec beaucoup de modération ce qui avait été fait, ou expliquait ce qui avait été dit, M. Gromwell répliquait avec tant d'indécence et se servait d'un langage si insultant, que tout le monde reconnaissait que leurs natures et leurs manières étaient aussi opposées que leurs intérêts. A la fin, les procédés de M. Gromwell furent si durs et sa conduite si insoleute, que je me vis obligé de le reprendre, et de lui dire que s'il se comportait de cette sorte j'ajournerais immédiatement le comité, et porterais plainte à la chambre le lendemain. Gromwell ne me pardonna jamais. »
M. Hyde ne fut pas moins inexorable que Gromwell; il le fût peut-être plus. Tous deux étaient de ces caractères entiers chez qui la haine ne s'efface pas. Gromwell la comprimait davantage, il la subordonnait à ses desseins. Son suprême bon sens dominait déjà ses âpres instincts de sectaire. Violent avec les puritains, il était logique avec Saint-John, enthousiaste avec Hampden ; il s'assouplissait dans des conversations avec lord Falkland, qui lui plaisait et auquel il plaisait par suite, peutêtre, de cette admiration que lord Glarendon reproche à son ami pour les grands talents même pervers. Gromwell, que lord Falkland devinait déjà, eut peu d'assiduité avec Pym, un tacticien comme lui cependant. Il avait une antipathie contre Denzil HoUis*, qui la lui rendit au centuple.
Tel était Cromwell au commencement de la guerre. Hostile aux anglicans, il attisait les presbytériens , et il ménageait les ' puritains pour l'avenir. 11 prévoyait un grand rôle. Il n'aurait jamais été le premier par le parlement; il lui fallait l'armée. Aussi avec quelle ardeur, en 1642, au mois de février il leva une compagnie, et, au mois de juillet un régiment de cavalerie! A cette seconde date, qui est l'aurore de sa fortune, Cromwell était colonel.
Rien n'est plus intéressant que de le voir à l'œuvre. Il quitta
les souliers rustiques des marécages pour chausser les bottes
aux lonçs éperons, l'habit provincial dont s'est moqué sir Philippe Warwick pour endosser la cuirasse de fer, pour ceindre la grande épée de combat, le baudrier et l'écharpe. Il remplaçait de temps en temps le chapeau par le casque. Il n'était plus un patriote parlementaire, mais équestre. Il équipait ses soldats et ses officiers. Il les mettait à de rudes épreuves, renvoyait les lâches, les faibles, et ne gardait que les braves des braves. Ceux-là il les honorait de son estime. Il les prêchait et le résumé de tous ses sermons était : « Ne buvez jamais, ne jurez, ne blasphémez jamais ; chantez intérieurement les psaumes et faites-vous tuer comme il convient à des saints. Heureux ceux qui meurent pour le Seigneur. »» C'est ainsi que,. leur parlant et les exerçant, il ébaucha dans sa compagnie et dans son régiment l'idéal de la future armée révolutionnaire.
Cromwell payait de sa bourse et de sa personne. Il donna huit cents livres sterling pour l'organisation des milices du royaume, bien qu'il s'occupât spécialement des comtés de Lincoln, d'Essex, de Cambridge de Hertz et de Norfolk. Il visitait les centres royalistes, les châteaux des nobles, les presbytères des ministres suspects. Il recommandait la patrie, les Écritures, s'emparait des vivres et des armes. Il suscitait la révolution partout, intimidant les royalistes, protégeant, enflammant les puritains. Il interceptait avec une vigilance infatigable les migrations des gentilshommes qui s'efforçaient de rejoindre le drapeau des Stuarts. Ces migrations se dirigeaient du Midi, sur lequel dominaient les chambres, vers le Nord, où le roi prévalait. L'une des tâches que s'était imposées Cromwell était de tro-