LIVRE QUATRlÈBiB
sir ; il dépensait aussi et beaucoup plus pour la politique. Les dettes qu*il laissa témoignent de ces deux générosités. Le parlement Yota dix mille livres sterling pour Tacquittement du grand citoyen, et il lui vota un monument dans un monument, un tombeau sous les voûtes de Tabbaye de Westminster.
A quelques jours de cette mort glorieuse , les deux Hotham furent décapités à Tower-Hill (l^ et 2 janvier 1644). Us étaient détenus depuis le mois de juillet 1643. Séduits par les artifices de la reine à son retour de Hollande , ils avaient consenti à livrer au roi la place de Hall, que sir John Hotham avait si solennellement gardée au peuple.
Cette fidélité du père lui pesa; elle ne pesa pas moins à son fils, et ils résolurent d'abandonner le parlement, en ouvrant devant le roi les portes de Hull, qu'ils avaient si bien tenues fermées au début de la guerre. Us payèrent cette versatilité de leur mort, et cette mort fut horrible. Sir John demanda plusieurs sursis. Son fils, le capitaine Hotham, sollicita sa propre grâce. 11 n'obtint rien et fut exécuté un jour avant son père, qui, après l'exécution de son fils, implora encore la vie avec acharnement. Selon Whitelocke, il avait un peu peur de la hache ; selon Philippe de Warw^ick, il se crut sauvé par le supplice de son fils, car on lui avait persuadé qu'il n'y aurait que l'un des deux de sacrifié. Ce qu'il y eut de triste surtout dans l'immolation du père et du fils, c'est que la rage de vivre leur ôta tout dévouement. Le survivant était décidé à se réjouir. Il n'y eut pas heureusement de survivant. La mort est moins sinistre à voir et consterne moins le cœur qu'un crime de sentimeixt, et il vaut mieux cesser d'exister par un coup du destin que d'être, par une lâche allégresse de respirer, un parricide au foa<<l de l'à/ne.
Charles 1^^ convoqua le parlement à Oxford (25 février 1644). Plusieurs lords et quelques membres des communes répondirent à cet appel. 11 y eut ainsi un simulacre de parlement à Oxford, près de Charles, et loin de lui, à Londres, le vrai parlement de Westminster. Ce qui est remarquable, c'est que le parlement d'Oxford ne fut pris au sérieux par personne, ni par le roi, ni par le peuple. Le roi écrivait à la reine : « Mon parlement
métis; » et le peuple disait : « Le parlement Mtard, »» Les Écossais, qui avaient conclu entre eux le premier covenant contre le roi et pour le presbytérianisme, venaient de signer, de concert avec le parlement, un second covenant, une ligue formidable pour le presbytérianisme et contre le roi. Ils étaient conséquents et opiniâtres. Lesley, leur général de l'ancien covenant, était le général du nouveau, sous le titre de comte de Leven. Il entra en Angleterre et se mit en communication avec le comte de Manchester et sir Thomas Fairfax, deux des généraux du parlement. Ces trois hommes combinèrent le siège d'York, dont lord Newcastle était gouverneur et qu'il occupait avec une garnison considérable de cavaliers et de fantassins. Ce qu'il y avait de touchant dans l'armée parlementaire, c'était la subordination généreuse de lord Ferdinand Fairfax à son flls et la tendre déférence de sir Thomas Fairfax, qui était plus respectueux envers son père dans le commandement qu'il ne l'avait été autrefois dans l'obéissance. Ce qu'il y avait de pathétique dans cette môme armée, c'était le mystérieux ascendant de Cromwell, depuis peu lieutenant général et l'un des officiers du comte de Manchester. Derrière les chefs officiels, qui paradaient sous de brillants uniformes, l'intense génie de la révolution, — guerre et paix, anarchie et gouvernement, — éclatait par moments en lueurs terribles sur le visage sombre de ce Cromwell, énigmatique comme un sphinx, profond comme un théologien, rusé comme un diplomate, pieux comme un pasteur, soudain, hardi, inspiré comme un grand capitaine, tout .en paraissant aveugle et violent comme un sectaire. Il- favorisait les indépendants, inquiétait les Écossais, gourmandait parfois le comte de Manchester, conseillait sir Thomas Fairfax et haranguait ses propres soldats, qui pouvaient compter sur lui et sur lesquels il pouvait compter.
C'est lui qui les avait faits, qui les avait dressés à^l'héroïsme, à la sainteté avec une profondeur merveilleuse et des ressources d'organisation incomparables. Un récit contemporain retrace cette conception nouvelle de l'armée, racontée par Cromwell lui-même dans une congrégation puritaine. Son discours, qui est textuel, a toute l'intimité d'une confidence. « J'avais alors,