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Histoire d'Olivier Cromwell

Je ne puis m’arracher à l’Angleterre. Cette île tragique, moins battue des flots de l’Océan que des passions humaines et des tempêtes politiques, a de puissants charmes. Elle m’enserre et me retient dans les cercles magiques de ses drames et dans les brumes sinistres de ses horizons limoneux. Cette terre me

réclame, depuis que j’ai enseveli en elle, dans de secondes

funérailles, les os de Jane Grey, de Marie Stuart, d’Elisabeth, de Marie Tudor et de Henri VIII, avec les dépouilles de Raleigh, de Shakespeare et de Bacon. — D’autres figures m’appellent encore : Charles I®*", Milton, Cromwell surtout, oui, Olivier Cromwell, ce fermier anglo-saxon, qui, aux éclairs de sa Bible et de son épée, changea sa gaule de conducteur de bestiaux en un sceptre de pasteur d’hommes. Comment conjurer ces souvenirs merveilleux? Comment se distraire de ce roi, de ce poëte, de ce héros rustique et terrible? En les écrivant sous la dictée de la conscience. Je raconterai donc ces traditions et ces personnages ; car, si je ne les retraçais une fois, ils m’obséderaient toujours. Je me servirai de ma plume comme d’un soc, et je labourerai cette argile d’Albion toute pétrie de pleurs; je soulèverai hors des sillons de l’histoire, ainsi que l’agriculteur antique des sillons de son champ, des casques, des armures et de grandes charpentes humaines. Je ferai mieux, si Dieu le permet : j’évoquerai des tombes muettes du temps des âmes sonores, vivantes et formidables.

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