‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 107 sur 217 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

lenr confère le droit de juger sans moi» encore moins contre moi !

Dieu ne soufirira pas que ces rebelles triomphent longtemps dans la construction de cette Babel quMls bâtissent avec les os et qu’ils cimentent avec le sang de leur roi.

« La volonté de Dieu a borné et déterminé la mienne. J’aurai la joie de mourir sans que le désir de la vengeance élève aucune joie en mon âme. C’est là ce qui convient à un chrétien envers ses ennemis, à un roi envers ses sujets.

*» Lorsqu’une fois ils m’auront jeté à la mer, tout ce que je demande, c’est que le vaisseau arrive sain et sauf au rivage. Il est cependant étrange que, pour apaiser la tempête qu’euxmèmes ont déchaînée, les matelots n’essayent rien de meilleur que de noyer leur pilote.

• O Dieu ! c’est toi , dont la justice nous inflige la mort et dont la miséricorde nous en sauve, ou nous sauve dans la mort!'

« Si tu veux être avec moi , Seigneur, je ne craindrai ni ne sentirai aucun mal, même dans mon passage à travers la sombre vallée de la mort.

« Lorsque je meurs, je sais que toi , mon Rédempteur, tu vis à jamais ; bien que tu me donnes la mort, tu m’as encouragé à espérer en toi une vie étemelle.

« Tu m’as permis, comme homme, de te prier que ce calice s’éloignât de moi, mais tu m’as enseigné, comme chrétien, par l’exemple du Christ , cette conclusion : Que ta volonté soit faite, et non pus la mienne.

« Oh ! que la voix de ton sang se fasse entendre, en faveur de mes meurtriers, plus haut que la voix du mien contre eux !

« Seigneur, laisse aller en paix ton seniteur, car mes yeux ont vu ton salut I »» (Eikôn Basiîike, ch. xxviii, p. 431 et suiv.)

\^Eikôn Basilikè ne fut pas un livre, mais un cri du roimartyr. Ce qui donna tant de puissance à ce cri et en quelque sorte une puissance surnaturelle, c’est qu’il sortit du sépulcre quelques jours après que Charles I"y fut entré.

Le roi, du fond de sa tombe, pardonnait à ses ennemis,' am^ nistiait son peuple, bénissait ses enfants et leur prescrivait

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

l'oubli de toute injure. Il restait fidèle à son dogme du droit divin des rois avec une dignité princière, avec l’accent intérieur d’un monarque. Il s’accusait douloureusement de la mort du comte de Strafford, un grand ministre et un ami qu'il avait sacrifié. Il confessait les prérogatives des évêques et mêlait les repentirs touchants au sentiment de tant de principes violés, de tant d’espérances déçues, de tant de bonnes intentions déjouées. Une mansuétude pénétrante répandait son onction sur toute l'œuvre, qui en exhalant la clémence éveillait la pitié et l'attendrissement dans tous les cœurs.

L’Angleterre, l’Europe entière y furent trompées. VBikôn Basilikè fut attribué à Charles P*". On y reconnut plus que son style, on y célébra son àme. On y admira sa double personnalité empreinte à chaque page, sa personnalité royale et sa •personnalité religieuse. C’était, bien lui. Ce majestueux Stuart était un roi et un anglican. Il disait : *• C’est de Dieu que je tiens ma couronne. »» Il disait encore, en s’adressant au prince de Galles : « La profession de foi de l’Église d’Angleterre, dans laquelle vous avez été élevé, m’a toujours paru la meilleure de toutes. C’est dans cette religion que je vous enjoins de persévérer, comme en celle qui approche le plus, pour la doctrine, de la parole de Dieu, et, pour le gouvernement, du modèle primitif. »* Voilà ce que disait Charles I®*’ dans VFikôn Basilikè. Dans sa controverse avec le docteur Henderson, il avait dit

déjà : « Ce qui m’inspire le plus de respect pour la réforme de »

l’Eglise d’Angleterre, c’est qu’elle a été opérée., non par la multitude, niais par l’autorité monarchique. »•

N’est- ce pas tout Charles I®^? Un roi et un anglican. Ces deux traces étaient marquées en lettres d’or et de feu dans V£ikÔn Basilikè , Aussi ce livre, que les envieux ont contesté à Gauden et que j’espère lui avoir restitué, est-il un livre de génie. C’est le plus prodigieux des pamphlets, le pamphlet non de la haine, mais de l’amour, — le pamphlet du cœur. Par là, Gauden fut un Monk moral et religieux delà Restauration, et son talent fut plus utile à la dynastie des Stuarts que tous les mensonges du machiavélique général qui ramena Charles II. "L'Elkên Basilikèt je ne le redirai jamais assez, fut le livre le

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