‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 108 sur 217 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

plus pathétique de la vieille Angleterre. On le lisait, et on pleurait, on sanglotait. Ce livre, par Téraotion immense, était le plus dangereux des conspirateurs. Les cavaliers étaient heureux de ce réveil de la sensibilité publique, les patriotes .en furent un instant consternés.

Cromwell, qui, pendant le procès et l’exécution du roi, avait été dans un état violent et qui avait affecté tantôt la modération, tantôt le respect, tantôt les larmes, n’avait pas cessé une minute d’être implacable. Il put aller à Windsor se faire ouvrir, sous les auspices de Whitchcott, le cercueil ; il put considérer le cadavre, s’assurer même que la tête et le corps ne faisaient plus un; c’était bien là son ouvrage! Ce prince, qu’il aspirait à remplacer, était moins la victime de tous que sa propre victime. Malgré ses compassions menteuses, c’était lui, Cromwell, plus que les autres ensemble , qui avait tué Charles I®’*. Il s’était moqué des épiscopaux, il avait désarmé les presbytériens, il s’était servi de l’armée. Les temps l’avaient enivré, et il enivra de textes bibliques, de promesses mondaines Harrison , Whalley , Hammond , Pride , Ewers ; il fascina par l’amitié Ireton et Flectwood ; il tenta par la république Ludlow et Hutchinson, qui conservèrent toujours une méfiance néanmoins et qui cédèrent principalement à leur conviction. Par-dessus tout, Cromwell avait flatté, enveloppé, trompé Fairfax. Le pauvre général ne s’était dégagé qu’au dernier moment. A ce moment décisif, Cromwell, ne pouvant l’entraîner au régicide, le lui déguisa, le lui déroba, jusqu’à ce que l’attentat fût consommé, de telle sorte que, si Fairfax s’en abstint, il ne l’empêcha pas du moins. Cet illustre général en chef, qui abhorrait la hache et qui tenait mieux une épée qu’une plume, accuse ses détresses dans des Mémoires d’une faible éloquence, mais d’un accent honnête et d’un regret profond.

“ Le cornette Joyce, un archiagitateur, dit-il, enleva le roi de Holmsby. Les funestes conséquences de cet événement remplissent mon cœur d’un souvenir douloureux, de même qu’alors le désir d’y mettre obstacle me remplit de soucis.

- Tout allant de pis en pis, le roi essaya de s’échapper ; il y

parvint; mais ce fut pour passer d’une prison plus vaste, à Hampton-Court, dans une plus étroite, à l’île de Wight.

« Le procès commença bientôt après.

« Pour préparer une pareille œuvre, le conseil des agitateurs pensa qu’il fallait d’abord expulser du parlement tous ceux dont ils avaient à craindre l’opposition. Ils conduisirent cette entreprise avec un tel secret que je n’en eus pas la moindre connaissance... L’affliction, le trouble d’esprit que m’a causé ce procès du roi, les efforts que j’ai faits pour m’y opposer, suffiront, je l’espère, pour attester l’aversion et l’horreur que j’en ai ressenties. Que ne feront-ils pas aux broussailles, quand ils ont abattu le cèdre? »*

Fairfax ne dit pas comme sa femme : « Cromwell est un scélérat; »* mais il le pensait. Ce Cromwell lui avait enlevé la direction de l’armée. Par Cromwell, l’armée était une terreur, un parlement, un gouvernement, et Cromwell était tout aussi « par l’armée. Tandis que Fairfax avait dans sa main le bâton du commandement, Cromwell en avait le génie sous son front. C’était l’armée de Cromwell. Levée par les chambres, payée par elles, cette armée était un ordre, le seul ordre de l’État.

Elle insinuait ou elle imposait les déterminations de Cromwell, et la volonté de cet homme extraordinaire devenait loi. Cromwell était le dictateur militaire de la révolution, bien avant d’être le lord protecteur de l’Angleterre.

Charles lui avait fait la partie belle, en abusant des restrictions mentales. Cromwell, de son côté, avait triché avec Dieu, avec le peuple, avec l’armée, avec le roi. Il avait combattu aussi glorieusement, et il avait vaincu.

Le roi avait multiplié les fautes. Comment ne pas les rappeler? Et cependant c’est une tâche pénible, poignante même, de juger ceux qui ont tant souffert. Ce n’est qu’à ce prix néanmoins que l’histoire est sérieuse. Je songeais à Charles I®** lorsque, dans mon Voyage en Danemark, j’écrivais : « L’histoire embrasse la nature humaine. Elle est mêlée de crime et de vertu, de poésie, de philosophie, de politique et môme de prophétie.

Son âme, si on sait l’éveiller, est vibrante. Elle communique la vie à la mort; elle ressuscite. L’histoire fait pleurer et penser.

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