LIVRE SEPTlèlIB
4ur, Sa physionomie était celle d’un aventupier, « M. de Montrose; dit le cardinal de' Retz, fut l’un de ces hommes que le monde ne possède plus et que l’on ne rencontre que dans Plutarque. «* Le défaut, le crime, selon moi, de ce grand serviteur des Stuarts fut let mépris du sang. Il n’était pas exempt de cruauté. C’était un marquis de Charette écossais comme* Gha* rette fut un marquis die Montrose vendéen;
David' Lesley, si fatal à* Montrose, était parent de cet autre Lesley que Charles fit comte dé Leven. Le comte* de Leven* qui était vieux, avait le titre de général en chef de l’armée écos.saise; David Lesley en eut les fonctions activesi C’était un homme de guerre fort remarquable. Il avait été rapide, soudain avec Montrose, mais il était capable* d’être* temporisateur aven Cromwell.
Les barbaries exercées sur son général auraient exaspéré tout autre que Charles II. Ce prince, qui avait signé- et scellé le brevet de Montrose, et qui avait envoyé ce héros à la mort; se contenta d’écrire* au parlement d’Écosse, avec lequel il était en négociation et dont il désirait la bienveillance, que Montrose avait agi malgré le roi et contre le roi. U ne pouvait donc le regretter, et il renia ce martyr chevaleresque- devant les juges de qui il attendait un trône.
Cette lâcheté plut aux Écossais, qui exigèrent davantage! Dans son ardeur de régner, Charles II jura le covenant, c’està-dire le presbytérianismei l’abolition de l’épiscopat et de là liturgie anglicane; il désavoua toute conciliation avec l’Irlande tant qu’elle serait papiste; il s’engagea formellement à ne tolérer jamais le catholicisme dans ses États ert à prendre scrupuleusement conseil, soit du'parlementpour les affaires civiles^ soit de l’Église pour les affaires religieuses. Après de- tels scr*ments prêtés aux commissaires écossais, Charles partit de Hbl** lande le 2 juin 1650, et il aborda le 23 au port de Cromarty; non loin d’Inverness. Quelques semaines seulement s’étalent écoulées depuis l’exécution de Montrose. Charles fut accueilli en souverain. On lui alloua neuf mille livres sterling par mois* Il était entouré de respect, mais le plus esclave des princes. Lui, la libertin; le délicat, l’incrédule, il lui’ fallait entendre
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
tous les jours plusieurs sermons presbytériens, souvent jusqu’à six. Il ne lui fallait rien moins que le sceptre en perspective pour l’assouplir au plus odieux de tous les ennuis, à l’ennui orthodoxe.
Cependant les révolutionnaires anglais ne pouvaient permettre
la royauté de Charles II en Ecosse. Les presbytériens d’Edimbourg et de Londres étaient trop unis. Il était nécessaire que Charles Stuart n’eût pas de couronne ; car s’il en avait une, il en aurait bientôt trois. Sous la pression de ces craintes, le parlement et le conseil d’État avaient rappelé Cromwell. Il était arrivé à Westminster au mois de juin pendant le voyage de Charles II pour le nord de l’Ecosse. Cromwell s’était installé au Cockpit avec sa famille dans une des crises de sa vie. Il avait dompté l’Irlande. Après l’avoir conquise en grande partie, il y avait organisé une sorte de justice et d’administration. Le plan était tracé. Ireton et ses successeurs n’auraient qu’à imiter Cromwell. Il avait été sans pitié ce missionnaire armé dont les apôtres étaient des canons. Il avait jeté l’épouvante par des rigueurs préliminaires vraiment formidables, et il avait ainsi tout facilité. Son instinct était l’instinct même du succès. Il frappait fort et il diminuait par là les obstacles de l’avenir. C’était la loi mathématique substituée à la loi morale.
Que devint l’Irlande? On la confisqua. Et que devinrent les Irlandais? Ceux qui ne furent retranchés ni par l’exil, ni par la mort, furent parqués sur le territoire du Connaught, un désert engraissé des cadavres de la guerre, de la peste et de la famine. Ainsi l’Irlande refoulée dans le Connaught, une nation rapetissée, réduite en une province : voilà l’œuvre de Cromwell, et plus tard soit de ses gendres Ireton, Fleetwood, soit de son fils Henri, trois régicides sur quatre hommes du même foyer.
Le reste d’Erin, le Leinster, le Munster, l’ülster, c’est-à-dire les trois quarts de l’Irlande, furent divisés entre les soldats du parlement et les loups-cerviers de la banque, dont l’or avait favorisé l’expédition. Quoi qu’il en soit, la terrible intervention de Cromwell en Irlande conserva l’Irlande sous le joug et