‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 122 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

les femmes, s’adonner au vin, à la table, vouer au ridicule Bible et les théologiens, contrefaire les ministres puritains, verser le ridicule sur les hommes austères, — voilà ses habitudes. C’est ainsi qu’il attendait en 'Hollande, dans une , alternative d’orgies et d’anxiété, l’issue de la campagne de Montrose.

Ce général et David Lesley se heurtèrent le 17 avril 1650, dans le comté de Ross, — un réseau pittoresque de montagnes dont les sommets se hérissent et se déchirent en mille figures fantastiques. Cette contrée offre partout l’image d’un cataclysme, et la mélancolie de ce chaos de la nature dut se mêler à la tristesse de ce dernier combat de Montrose. N’ayant pas de cavalerie, il fut surpris par le général presbytérien. Il avait été enfunesté d’ailleurs par les pièges du marquis d’Argyle, son ennemi. Il n’avait pu grossir sa poignée d’aventuriers de ses vieilles bandes. Il ne recula pas néanmoins devant les troupes trois fois plus nombreuses de David Lesley. Il repoussa la première attaque. A la seconde, ses soldats plièrent. Beaucoup se firent tuer; quatre cents mirent bas les armes. Le reste se dispersa et fut soit noyé dans les torrents, soit égorgé par les montagnards. Abandonné de presque tous, le général royaliste enfouit son ruban bleu et se déguisa en paysan. Il réclama l’hospitalité d’un gentilhomme qui avait servi sous lui et qui le livra honteusement à prix d’or. Cet exécrable traître s’appelait Aston.

La captivité du héros était un triomphe pour l’Église presbytérienne et pour le marquis d’Argyle. Montrose fut conduit dans la direction d’Édimbourg. Cent personnes de sa petite armée tombèrent en route, fusillées par les vainqueurs. A Liulitgow, plusieurs femmes et quelques enfants qui avaient suivi l’expédition royaliste furent précipités du haut du pont dans la rivière. Montrose trouva les magistrats d’Édimbourg aux portes de cette capitale. Le bourreau était avec eux. Sur l’ordre du grand-juge, il lia Montrose au siège grossier d’une charrette. Le héros, garrotté et tête nue, consolait par ses paroles et fortifiait par son exemple vingt-trois officiers prisonniers avec lui et qui le précédaient sur d’autres charrettes à travers les rues

encombrées d'une foule curieuse, insolente, impitoyable. Il arriva ainsi exténué et pâle, mais fier, à la vieille Tolbooth, cette geôle sinistre du moyen âge, maison séculaire de douleur,

. dont j’ai si souvent contemplé avec angoisse la sombre architecture, qui résume dans sa masse gothique toutes les terreurs de la nuit, de la torture et de la mort.

Le brave Montrose supporta tout intrépidement : insultes, sermons presbytériens, sarcasmes, tourments, malédictions. -Il fut condamné par le parlement d’Écosse à être pendu trois ^heures à un gibet de trente pieds. Il subit cette potence solennelle d’un coeur magnanime. Il ne se démentit pas une minute, même sur l’échafaud. Quand, pour dernier outrage, l’exécuteur suspendit sur la poitrine du général sa dernière proclamation avec le récit de ses premières invasions, Montrose sourit et dit : •* Tu me passes au cou un ordre plus glorieux que l’ordre de la -Jarretière, dont mon roi a récompensé ce qu’il a daigné nommer mes exploits. ♦» Ce furent ses paroles suprêmes. Lorsqu’il •eut expiré, serré par une vile corde entre ciel et terre, on le détacha et on lui trancha la tête, qui fut exposée à la cime de la Tolboothf tandis que ses bras furent hissés sur les portes de Perth et de Glasgow, ses jambes sur les portes de Stirling et d’Aberdeen. Cette prévision ne l’avait pas efirayé. Il s’était écrié : •« Je souhaiterais d’avoir mille membres, afin de répandre avec eux par toutes les villes de ma patrie les preuves sanglantes de ma fidélité. »» Les mirages de Charles et de la reine Henriette avaient été l’Irlande et l’Ecosse, Antrim et Montrose, — un intrigant et un héros. Charles II avait les mêmes illusions. Montrose lui enleva la meilleure par son trépas. Ce fut le 21 mai 1650 qu’il cessa de vivre, à trente-huit ans. Il succomba du moins admirablement, et son supplice le couronna d’autant de gloire que ses batailles.

'Montrose avait un peu plus que la taille moyenne. Sans être beau, il avait infiniment de grâce. Ses cheveux bruns séparés au-dessus du front, à la manière de ceux de Charles P**, descendaient sur ses épaules. Dans ses campagnes il les faisait couper plus courts avec la dague d’un montagnard. Il avait la bouche très-discrète, le nez aquilin et le regard brillant, mais

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