LIVRE SEPTIÈME
à Édimboorg, afin d’empêcher Edimbourg de la porter à Londres. Il fallait se hâter de rejeter Charles Stuart sur l’autre ri- •vage de l’Océan.' Or, pour une telle guerre, il n’y avait que deux généraux : Fairfax et Cromwell. Ils se mirent l’un et l’autre à la disposition du parlement. Seulement Fairfax, qui était presbytérien , quoiqu’il eût tant avancé la suprématie des indépendants, Fairfax, cédant â l’influence de sa femme et de Bowles, son chapelain, avoua au conseil d’État que sa conscience ne lui permettait pas d’accepter en cette conjoncture le bâton du commandement. Une députation de cinq membres de la chambre se rendit auprès de lui pour le décider. Ces cinq membres étaient Whitelocke et Saint-John, Cromwell, Lambert et Harrison. Ils insistèrent, et Cromwell plus que tous, pour que Fairfax ne refusât pas à cette grande entreprise le prestige de son nom, de son épée, de sa présence. Les conférences durèrent deux jours (24-25 juin). Fairfax fut inébranlable. Les instances de Cromwell furent si vives, si naturelles, que Ludlow et Hutchinson, qui en furent témoins, les crurent sincères. Ni Whitelocke, il est vrai, ni Saint-John ne furent dupes. Fairfax n’accepta pas le grade nouveau de général en chef qu'on lui offrait, et il se démit de l’ancien par un message dont il chargea son secrétaire Rushworth. Le parlement remercia Fairfax de ses grands services, lui vota un revenu de cinq mille livres sterling, et Fairfax se retira dans son château de Nun-Appleton, non loin d’York. Il y vécut en lord,’ dans un luxe modeste, avec la réputation d’un admirable soldat, d’un politique médiocre et d’un honnête homme.
C’est Cromwell qui le remplaça comme général en chef. Il fut nommé à l’unanimité. Il était marqué par la fortune. Sous une bonhomie feinte, il ressentit une immense joie. Ce qui est un grand signe, il se posséda au milieu de son ivresse. Il mit tout en règle, prescrivit la marche des troupes , leur nombre, lem* variété, et les achemina dans un mouvement alternatif avec la flotte, le long des côtes orientales de l’Angleterre, dans la direction du nord. Son armée était nourrie par les comtés, tant qu’elle était sur le sol britannique. Au delà de Berwick, elle serait ravitaillée par les vaisseaux. En trois jours depuis sa
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
promotion, il prit toutes ces mesures, et le quatrième jour (29 juin), il était en route.
Cette vaste responsabilité, écrasante pour tout autre, lui* était légère. D’Alnswick, dans le Northumberland, il écrivit, le 17 juillet, à Richard May or, le beau-père de Richard Cromwell :
« Cher frère.
•• L’extrême foule d’affaires que j’ai eues à Londres est la meilleure excuse que je puisse donner de mon silence en fait de lettres. Vraiment, monsieur, mon cœur m’est témoin que je ne suis pas fautif dans mon affection pour vous et les vôtres. Vous êtes tous souvent dans mes humbles prières.
« Je serais bien content d’apprendre comment va le petit. Je gronderais volontiers père et mère de leur négligence à mon égard. Je sais que mon fils est paresseux, mais j’avais meilleure opinion de Dorothée. J’ai peur que son mari ne la gâte ; je vous en prie, dites-le-leur bien de ma part. Si j’avais autant de loisir qu’eux, j’écrirais quelquefois. Si ma fille est enceinte, je lui pardonne, mais non si elle nourrit.
« Que le Seigneur les bénisse ! J’espère que vous donnez à mon fils (Richard) de bons conseils; je crois qu’il en a besoin. Il est à l’époque dangereuse de sa vie, et ce monde est plein de vanité. Oh! combien il est bon de s’approcher de Jésus-Christ de bonne heure! Cela seul mérite notre étude. Je vous en supplie, exhortez Richard. — J’espère que vous me garderez toute votre amitié. Vous voyez comme je suis occupé. J’ai besoin de pitié. Je sais ce que je ressens en mon cœur. Une haute situation, un haut emploi dans le monde ne méritent pas qu’on les recherche; je n’aurais pas de consolation dans mes occupations, si mon espoir n’était dans la présence du Seigneur. Je n’ai pas ambitionné ces choses; véritablement j’y ai été appelé par le Seigneur ; c’est pourquoi je ne suis pas dépourvu de l’espérance qu’il donnera à son pauvre ver de terre, à son faible serviteur, la force de faire sa volonté et d’atteindre le seul but pour lequel je suis né. En cela, je demande vos prières. Je