LIVRE PREMIER
naufrages, avec la témérité de l’ignorance, comme un pilote inexpérimenté aborde la mer.
Au milieu de ces orages politiques, il avait des troubles domestiques. Le même homme qui le séparait de la nation l’éloignait de la reine. Pour que Buckingham fût le maître dans l’État et dans le palais, il était nécessaire que Charles fût en hostilité avec l’Angleterre et avec Henriette de France. Le favori divisait pour régner.
Charles, couronné à Westminster, le 2 février 1626, avait dissous son second parlement le 15 juin. Le mois d’août ne s’écoula pas sans qu’il eût chassé les serviteurs français de la reine. Ce fut une exécution. Tandis que le roi entraînait Henriette au château de Nonsuch, le secrétaire d’Etat Conway payait les gages des chapelains, des officiers et des domestiques non anglais de la reine. Cette petite suite était dirigée militairement sur Somerset-House, puis sur la France. Plus enfiévré
que Buckingham, Charles écrivait à ce favori : « Délivrez-moi
de ces étrangers, forcez-les, poussez-les comme des bêtes sauvages, et que le diable les accompagne. »• Ce qui acheva de révolter la reine, c’est qu’on lui nomma trois chapelains inconnus et six dames insulaires, dont quatre étaient schismatiques.
Heureusement Bassompierre arriva comme ambassadeur à Londres. Il mit de l’huile dans sa diplomatie. Charles trouvait sa femme inconvenante, remuante et séditieuse ; Henriette trouvait son mari pesant, despote, taciturne, à mille lieues des agréments du Louvre et de la gaieté française. Bassompierre ne prit pas de parti exclusif. Il calma le roi par des arguments d’homme d’esprit et par des flatteries d’homme de cour; il adoucit la reine, avec l’approbation du roi, par l’organisation autour d’elle d’un groupe nouveau où il entrait une minorité française, un évêque, deux confesseurs et dix prêtres. Cette petite-fille de Jeanne d’Albret ne se contentant pas de la chapelle qu’elle avait à Saint-James, on promit de lui en bâtir une à Somerset-House.
La concorde fut ainsi rétablie entre les deux époux ; mais la lutte continua entre le roi et son peuple, entre les gouvernements de la France et de l’Angleterre. Ce qu’il y a de certain,
HISTOIRE d’oLH’IER CROSHTELL
c’est que Buckingham était l’instigateur de ces dissensions, soit intimes, soit nationales, soit étrangères. Le roi subissait aveuglément la fascination du favori et lui sacrifiait tout sans efibrt : femme, nation, considération européenne.
Après la dissolution du parlement de 1626, qui succomba comme les autres pour avoir flétri Buckingham et qui s’était retiré sans voter de budget, sir John Elliot, Hampden et sir Thomas Wentworth furent emprisonnés pour s’être refusés au prêt forcé. Cette noble opposition éclaira chacun de ces hommes d’une auréole.
Hampden, cousin d’Olivier Cromwell, se servit de sa popularité pour faire nommer ce jeune puritain des marais d’Ely au parlement de 1628. Cromwell, à ce moment, marchait avec l’opinion publique, il ne la précédait pas. Il avait applaudi le roi comme tout le monde, lorsque le roi, après bien des hésitations et dans l’intérêt de Buckingham menacé, donna son assentiment à la pé^tion des droits. Par cet assentiment, le roi semblait consacrer la liberté personnelle, Xhaheas corpns ; il semblait renoncer aux prêts forcés et aux taxes illégales. Ce n’était malheureusement pas son dernier mot. Quand il comprit que le parlement ne retranchait pas un des coups destinés à Buckingham, il se démentit, mais vainement. Le peuple anglais s’attacha si bien à la pétition dés droits^ il la serra si fortement dans sa main vigoureuse, qu’aucun monarque ne put l’arracher. Cette pétition était de papier, l’amour d’une grande nation la fit de métal. C’est sous cette forme qu’elle subsiste encore aujourd’hui.
Olivier Cromwell s’intéressait à ces questions sans aucun doute, mais les questions religieuses le saisissaient tout autrement. L’arminianisme épouvantait alors l’imagination de l’Angleterre, et Cromwell le redoutait comme un fléau.
Qu’était-ce donc que l’arminianisme, dont on a tant parlé pour l’obscurcir et qu’il est indispensable pour l’intelligence de cette histoire de dévoiler un peu? L’arminianisme ne fut d’abord qu’une doctrine théologique. Son fondateur, Jacques Arminius, était un simple ministre de l’Évangile à Amsterdam. Il mourut en 1609. Il n’entendait pas la prédestination à la manière de