LI\TIE PREMIER
buvait trop, et ses affabilités étaient parfois équivoques. II avait de la naïveté et de la corruption, de la pédanterie et de Tabandonneraent. Faible sur ses jambes grêles, il s’appuyait pour ne pas tomber, soit à un meuble, soit à un arbre, soit à la première personne qui se présentait. Ce qui le rendait comique d’aspect, c’est que, d’une taille moyenne, l’amplitude de ses habits augmentait outre mesure son embonpoint. Il avait une mode à lui. Le plus peureux des hommes et des princes, le roi de la peur, il portait un pourpoint mateleissé à l’épreuve du poignard. Et ce pourpoint, il le déboutonnait comme sa conversation, plein de réserve en théorie, sans souci du décorum dans sa vie facile. Charles P’* eut de la morgue par contraste, et cette morgue, malgré la beauté du prince, fut blessante. Telle était par moments sa gaucherie , qu’en voulant obliger il désobligeait. Il n’avait pas plus l'insinuation électrique de Marie Stuart, que sa jeune femme, la reine Henriette, n’avait l’habileté sérieuse de Jeanne d’Albret, Marie Stuart et Jeanne d’Albret pourtant leurs deux grand’mères.
A cette époque, Charles ne s’inquiétait pas de continuer le règne maritime de son père; car tandis que Jacques méditait sur l’oraison dominicale et commentait l’Apocalypse, l'Angleterre, dont il ne s'occupait seulement pas, s’était agrandie par des expéditions en Asie et par des colonies dans l’Amérique septentrionale. Charles ne se souciait pas de ces progrès magnifiques. Il ne songeait qu’à fonder et à concentrer plus énergiquement dans la royauté le pouvoir suprême, en même temps qu’il avait résolu de recouvrer sur la maison d’Autriche le Palatinat de son beau-frère l’électeur Frédéric V, roi de Bohême. Ce double plan était contradictoire. Comment auraitil réussi? Vouloir reconquérir le Palatinat, c’était vouloir la guerre ; or pour la guerre, il fallait de l’argent, et pour trouver de l’argent, il fallait le vote des communes et des lords. Telle était la logique d’un esprit futile comme Buckingham et d’un esprit court comme Charles P** de viser à l’impossible.
Le roi, tout entier à son favori, négligeait jusqu’à la jeune reine. Elle en était naïvement surprise et haïssait Buckingham. Charles, lui, assemblait parlement sur parlement et en pronon-
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
çait inévitablement la dissolution, dès que les parlements touchaient au favori, et ils y touchaient tous. Ils l’accusèrent sans relâche de 1625 à 1628, Le comte de Bristol en parlait la rougeur au front dans la chambre des lords. Il l’accusait d’avoir scandalisé l’Espagne par le cynisme de ses immoralités, par l’audace de ses débauches. Sir Dudley Diggs et plusieurs autres membres des communes accumulèrent sur lui les délits et les crimes. Il avait usurpé le monopole des emplois les plus considérables ; il avait pillé à son profit le trésor, comblé ses parents, ses créatures au détriment de la nation ; il avait ruiné le commerce, volé la compagnie des Indes orientales, vendu les charges publiques, trafiqué de son crédit, attenté même à la vie du feu roi, son bienfaiteur, en lui administrant une potion suspecte sans l’ordonnance des médecins. « C’est un Séjan , s’écria sir John Elliot (8 mai 1626), le mal des maux est en lui et sur lui le remède ! **
Voilà ce que le comte de Bristol, d’une part, et, d’une autre part, sir Dudley Diggs et sir John Elliot articulèrent devant les lords contre le duc de Buckingham. C’étaient là quelques-unes des plaintes qui grondaient sourdement, lorsqu’elles n’éclataient pas contre Buckingham. Elles avaient des rejaillissements qui montaient jusqu’au roi et' qui le rendaient fou de colère. Alors il dissolvait ou prorogeait ses parlements. Mais comment s’en passer? Il envoyait en prison les adversaires et les ennemis. Sir Dudley Diggs et sir John Elliot étaient jetés dans des cachots, les comtes de Bristol et d’Arundel étaient écroués à la Tour. Charles, qui n’avait pas de subsides et qui avait une guerre à mener contre la maison d’Autriche, un peuple à gouverner, des maisons à entretenir, d’innombrables dépenses à supporter, était conduit à des actes d’une vraie tyrannie. Il taxait les approvisionnements de la cour, et tout était acheté pour elle à un prix fixé arbitrairement. Il condamnait à des emprunts forcés que chacun était obligé de payer illégalement. Il percevait, sans l’autorisation des chambres, les droits de to?inage et à.Q pondagCt qui étaient le meilleur du budget, car ils s’étendaient aux exportations et aux importations dans tout le royaume. Charles abordait cet élément de l’opinion, si fertile en