‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 16 sur 217 · LIVRE TR EM 1ER · texte numérisé non relu

LIVRE TR EM 1ER

et Tabus qu’il fait de ce pouvoir. Nous laissons i\ Votre Majesté le soin de considérer s’il est à propos pour le royaume qu’un si grand pouvoir par mer et par terre demeure entre les mains d’un seul sujet, quel qu’il puisse être... Nous désirons aussi humblement qu’il plaise à Votre Majesté de considérer s’il est de votre intérêt et de l'intérêt du royaume de conserver au duc de si importantes charges, dont il a trop abusé, et s’il convient de le souffrir plus longtemps auprès de votre sacrée personne. »

Cette remontrance, qui désolait le roi, incendia le peuple. Elle désignait Buckingham à la colère universelle. Charles était contristé. Buckingham, lui, était troublé; mais il cherchait à dissimuler son émotion sous le dédain. Il s'était hâté vers Portsmouth pour une expédition en faveur de la Rochelle. C’était une dérision. Buckingham se résignait à finir par nécessité une guerre qu’il avait commencée par vengeance. Il allait, sous un appareil belliqueux, faire de la fourberie et trahir sans remords les protestants français, qu’il avait aidés sans vertu et sans génie.

Il avait passé le pont qui joint au comté de Southampton la petite île de Portsea, où est bâtie Portsmouth. Lê roi avait traversé aussi ce pont. Il s’était logé à la campagne, â cinq milles de Portsmouth, chez Daniel Morton. Buckingham s’était installé à Portsmouth, dans la ville, afin de mieux surveiller la flotte qu’il devait commander. Un autre personnage, un aventurier puritain, avait franchi le môme pont et se trouvait sur la même petite île que le roi et Buckingham. Il avait rédé autour de l'hôtel du favori ; il avait erré sur le rivage de Portsmouth, et il avait regardé, sans les voir, les beaux parages de Spithead qui séparent de la côte du Hampshire l’île de Wight. Cette rade de Spithead, qui peut être un havre de salut et de sûreté pour plus de douze cents vaisseaux de ligne, cet établissement maritime de Portsmouth, le plus colossal de l’Angleterre depuis la reine Elisabeth, n’attiraient pas l’attention du rude étranger, qui avait fait cependant un long chemin pour atteindre la petite île. Sa préoccupation était intérieure et farouche.

On était au 23 août 1628. Le duc de Buckingham se leva de bonne heure. Il est permis de supposer qu’il n’avait pas dormi.

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

Quelle que fût sa légèreté, il avait reçu une vive commotion Il essayait de sourire à la réprobation de son pays, mais il en souffrait. Il avait perdu son calme ; ses sommeils étaient courts. Il avait d’ailleurs beaucoup à faire. Ce jour-là donc, sa voiture l’attendait à sa porte, dès le matin. Il avait le roi à visiter et des ordres innombrables à donner çà et là. Debout aux premières lueurs de l’aube, il avait expédié plusieurs affaires, lorsqu’il s’interrompit pour répondre à une députation de Français protestants, parmi lesquels était M. de Soubise, frère du duc de Rohan. Le duc eut bientôt fait. Il eut presque une altercation avec ces hardis huguenots, qui se méfiaient de lui et qui niaient une nouvelle reçue par le duc, la délivrance de la Rochelle par elle-même. Ils craignaient que cette nouvelle ne retardât l’expédition. Le duc abrégea la séance et acheva de s'habiller. Son négligé le plus simple eût été une parure pour d’autres. Quand il sortit de son cabinet de toilette et qu’il entra dans sa galerie, les Français y étaient encore. Il y avait aussi dans cette galerie un inconnu mystérieux et tranquille dont personne ne savait le nom. Le duc s’avançait vers le perron. Il s’arrêta et se retourna^un peu de gauche à droite pour écouter le colonel Frier. C’est dans cette attitude qu’il fut percé d’un couteau qui lui resta au sein. Il le retira vivement et cria un mot de colère à l’assassin : « Manant! »» ditr-il, et il tomba roide. Ses serviteurs s’empressèrent. Il ne respirait plus. Il rendait le sang par la plaie, par la bouche et par les oreilles. Il avait été frappé au cœur.

La duchesse accourut aux lamentations de ses gens et demeura comme foudroyée de douleur. Les Français, très-innocents do ce crime, en furent d’abord accusés. Ils auraient pu être victimes; mais, par un de ces coups de conscience qui arrachent parfois aux coupables l’aveu de leurs fautes, le meurtrier caché dans la foule s’écria soudain : « C’est moi qui suis l’homme. *» Il fut assailli aussitôt, et il eût été mis en pièces sans Carleton et quelques autres amis du malheureux duc, qui sauvèrent l’assassin, afin de découvrir par lui ses complices. II n’en avait pas. On le fouilla, et on trouva sur lui la preuve de son fanatisme. C’était une note écrite de sa main et ainsi con-

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