‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 17 sur 217 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

çue : “ Celui qui n’est pas prêt à sacrifier sa vie pour l’honneur de son Dieu, de son roi et de son pays est un lâche, qui ne mérite pas le nom de gentilhomme ou de soldat. Si le courage ne nous était pas ôté à cause de nos péchés, ce duc ne serait pas depuis si longtemps imjtuni. — John Felton. ”

Le meurtrier avait signé son nom. Il était Irlandais; il avait été lieutenant dans l’armée. 11 avait lu la remontrance du parlement contre Buckingham. C’était, selon Felton, une sentence, et il était venu dans un tourbillon de justice pour l’exécuter. Du reste, il ne connaissait pas personnellement le duc et n’avait contre lui aucune inimitié. Dans la prévision d'une autre vie, il s'était même attendri sur Buckingham, et il avait prié pour son salut éternel en le tuant. ** Mon Dieu! avait-il dit, avez pitié de son âme ! »»

Pendant que la duchesse sanglotait près du cadavre de son mari , un courrier pôrtait au galop la cruelle nouvelle à Charles I". La maison de campagne qu’il occupait n’était pas loin de Portsniouth. Ce prince apprit une si grande catastrophe avec sérénité. Il n’était pas seul, et il eut la force de cacher son émotion. Dès qu’il fut sans témoins, il fondit en larmes. Il pleura silencieusement cet ami dont les grâces le fascinaient et auquel il n’avait jamais résisté. Il adopta sa veuve, ses enfants, jusqu’à ses créatures, qu'il maintint en place. Le comte de Holland, le favori de Buckingham, comme Buckingham était le favori du roi, n’aura qu'à demander pour obtenir. Laud,.le confesseur du brillant duc, sera fait évêque de Londres et archevêque de Cantorbery. Tout ce qui rappellera le martyr, comme le nommait Charles, lui sera sacré. Il décida que Buckingham reposerait à Westminster, au milieu des rois et des grands hommes de l’Angleterre ; mais afin que le peuple ne profanât pas ce cercueil, le corps fut inhumé secrètement dans l'abbaye, le 17 septembre. Ce fut. donc furtivement et parmi les ombres de la nuit, que Charles accorda au mignon de son père et au .sien la gloire d'une tombe à Westminster.

Buckingham, certes, ne méritait pas cet honneur. Il avait été brave, et sa beauté impertinente éclate encore dans ses portraits. Le front est hardi par la hauteur, et les cheveux

HISTOIRE D’OLmER CROMWELL

longs retombent en boucles sur les épaules ; la moustache et la royale sont aiguisées en sarcasmes ; les yeux écartés ont un clignement de moquerie, et la bouche a un sourire de dédain. L’attitude est noble, avec une pointe d'insolence et des fantaisies de costume merveilleuses. Les ordres de la Toison d’or et de la Jarretière, les diamants et les perles fines étoilent des vêtements d’une coupe exquise, que surmonte pittoresquement une fraise de dentelles carrée et découpée en feuilles de chêne. Rien de plus galant, si l’on ajoute à tout cela l’épée étincelante au côté.

Voilà le Buckingham qui plaisait tant à Jacques et à Charles,, le Buckingham qui fut pour eux un si dangereux compagnon, un si mauvais conseiller. Il les lança dans une voie pleine de périls, au bout de laquelle était l’abinie. Il n’était ni un marin, quoiqu’il fût grand amiral, ni un capitaine, quoiqu’il eût commandé des armées, ni un homme d’État, quoiqu’il dirigeât trois royaumes. Il n’était pas davantage un financier, quoiqu'il eût les clefs du trésor. Il n’avait qu’une maxime: trouver de l’argent à l’aide de la prérogative roj-ale. C’est ainsi qu’il prépara sa propre ruine et la ruine des Stuarts. Il exaspéra le parlement. Il fut le provocateur exécrable d’un duel à mort entre la nation et le roi sur le terrain de l’impôt.

Page 1