‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 162 sur 217 · LIVRE NErViÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NErViÈME

dres, comme si pour cet homme du destin une défaite, même rachetée par un succès, eût été un crime.

La seconde expédition était menée par Blake. Cet amiral était chargé d’intercepter les galions espagnols entre les Indes occidentales et l’Espagne. Il ne réussit pas cetté fois dans cette tâche principale de sa mission, et ses lettres que conservent les papiers d’État de Thurloe témoignent de la désolation de l’amiral accoutumé à l’impossible. Il nettoya, du reste, la Méditerranée des corsaires qui l’infestaient. Il imposa au dey d’Alger de respecter partout les Anglais. Il incendia, le' 18 avril 1655, à Porto-Ferino, la flotte du dey de Tunis, auquel il arracha par la terreur, ainsi qu’au dey de Tripoli, le même traité qu’au dey d’Alger. Il revint ensuite en Angleterre. Un autre eût été fier d’une si belle campagne, mais lui n’estimait pas les demi-triomphes. Il fallait à ce Cromwell non politique, à ce Cromwell de la mer, des triomphes complets.

Au printemps de l’année 1656, le lord protecteur se porta énergiquement au secours des Vaudois du Piémont persécutés par le duc de Savoie. Cette secte innocente et pieuse remonte au douzième siècle, à Pierre Valdo, nommé aussi Pierre de Vaux, du nom d’un village où il était né, près de Lyon. Valdo s’enrichit par le commerce et distribua tous ses biens aux pauvres. Il prêcha une doctrine qui ramenait la foi aux temps de la primitive Eglise, et qui déclarait chaque fidèle digne des fonctions de prêtre. Ces doux sectaires, connus sous la dénomination de Vaudois, furent appelés aussi les gueux de Lyon. Ils furent confondus avec les Albigeois, lesquels comprenaient dans leur vaste signification tous les hérétiques du Midi, dont la plupart étaient manichéens. Ces malheureux Albigeois, dont les principaux centres occupaient Albi, Béziers, Toulouse, Carcassone, Avignon, Montauban, furent livrés par le pape Innocent III à l’éloquence de son apétre espagnol, saint Dominique, et à l’épée de son féroce général, Simon de Montfort. Ce bourreau féodal massacra jusqu’à soixante mille Albigeois à Béziers dans la première croisade qui commença en 1204; dans la seconde croisade commencée en 1219 et durant laquelle le fils de Philippe Auguste (Louis VIII) acheva presque d’exter-

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miner les Albigeois; le peu qui resta de ces excommuniés se perdit sous la désignation de Vaudois, — mot qui devint universel pour exprimer tous les hérétiques méridionaux, mais qui resta particulier pour exprimer les gutu^ de LyoUy les disr ciples de Pierre’Valdo. Ces disciples, les vrais Vaudois, multipliés par la prédication, avaient été décimés par le fer et par le feu à l’époque des deux croisades contre les Albigeois. Ils se cachèrent dans les vallées de la Provence et dans les gorges du Piémont, où ils vécurent avec une pureté évangélique et des mœurs pastorales agréables à Dieu et aux hommes. Les massacres de Cabrières et de Mérindol les extirpèrent de France en 1545. En 1656, ils furent traqués dans les Alpes par le duc de Savoie, leur souverain. Leur culte fut aboli, leurs maisons furent pillées et brûlées, leurs femmes et leurs filles violées, eux-mêmes égorgés dans beaucoup de lieux. Leur cri perça les rochers, roula de montagne en montagne par toute la Suisse, traversa l’Allemagne, la Hollande, l’Océan, et retentit dans le palais de Cromwell. Le cœur de Milton se brisa de pitié, et toute l’Angleterre fut navrée de douleur. Le sentiment et la politique de Cromwell furent émus à la fois. Il intervint au nom du Dieu vivant, comme le représentant du protestantisme anglais et européen. C’est ime époque magnifique dans la vie du lord protecteur. Il envoya un diplomate à Turin, un autre à Paris. II réclama la médiation du cardinal de Mazarin auprès du duc de Savoie, qui était l’allié de Louis XIV, et il fit de la liberté religieuse la condition de son amitié avec la France. Cette grande voix de Cromwell fut écoutée. Mazarin annonça au lord protecteur (20 août 1656) qu’une amnistie avait été accordée aux proscrits et que tous leurs privilèges étaient restitués aux martyrs. Le duc de Savoie confirma cette nouvelle de salut, et le nom de Cromwell, béni dans les vallées, célébré sur les sommets, monta plus haut que les Alpes. Il signa alors son traité avec la France et y inséra une clause secrète bien honteuse à subir : ce fut le bannissement hors de nos frontières du roi Charles, du duc d’York, du duc d’Ormond, d’Edward Hyde et de quinze autres amis de Charles IL

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