‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 161 sur 217 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

•taff, était retourné à Cologne. Lord Wilmot n’était ni un général ni un politique; c’était un homme du monde, un courtisan, l’idéal du cavalier ; nul ne fut jamais plus libertin, plus spirituel et n’eut surtout plus facilement et plus gaiement que lui cette belle intrépidité insoucieuse, cette faculté charmante de l’à-propos devant le danger et devant la mort.

Le lord protecteur avait besoin d’argent afin d’assurer sa dictature. L’insurrection des cavaliers lui en fournit. Il frappa d’un dixième la fortune des royalistes, exempta de cette confiscation ceux qu’il voulait gagner, et se servit des sommes immenses qu’il perçut, soit pour payer la marine et l’armée, soit pour augmenter sa police, soit pour multiplier ses moyens d’influence en Angleterre et hors de l’Angleterre. Bien plus, Cromwell soumit quelques mois les comtés à douze majors généraux, ses lieutenants et ses exécuteurs. Ils se conduisirent en pachas, mais en pachas anglais. Tout en violant le droit, ils ménagèrent les mœurs toujours fières et frémissantes du peuple de la grande charte. Ils foulèrent cette nation sans l’avilir. Beaucoup, parmi eux, quoique trop absolus, sentaient le frein au dedans de leurs anciens principes. Ils craignaient aussi les réprimandes et la disgrâce. Les souvenirs du lord protecteur étaient les mêmes que leurs souvenirs. Leur origine était révolutionnaire. C’était Skippon, c’était Goffe, et Worsle}’, et Desborough, et Fleetwood, et Lambert, et d’autres, tous fils de leurs œuvres. Ils eurent encore plus de ridicules qu'ils n'exercèrent d’iniquités, et cependant, au milieu des haines qu’ils soulevèrent, ils accomplirent le vœu de Cromwell : ils étouffèrent les conjurations. Ils firent l’ordre dans la rue et ils entretinrent la sécurité du commerce. Seulement, ils contristèrent le libéralisme anglais que consolèrent de nobles juges comme Haie et Jenkins, ces soldats en toges, plus braves avec la loi que les majors généraux avec l’épée. Ces majors généraux néanmoins, entre 1655 et 1656, tout en humiliant l’Angleterre, la pacifiaient et faisaient du loisir à Cromwell.

Lui, employait le temps. Il régularisait l’impôt et nommait de bons administrateurs ; il simplifiait la législation civile et la procédure, d’après ses propres idées et ses anciennes conver-

346 HISTOIRE d’olivier CROMWELL

gâtions avec Iretwi ; il améliorait la justice , au désespoir des légistes qui vivaient dl’abus ; U couvrait de sa tolérance tous les sectaires pourv u qu’ils ne fissent pas de leurs opinions des brandons de discorde; il se constituait le centre européen du protestantisme et commençait cette ligue de la réforme dont Guillaume d’ Orange sera îe grand promoteur; il déclarait en quelque sorte l’Océan un lac anglais, et il interdisait à l’Espagne comme au Portugal de citer devant l’inquisition des citoyens britanniques.

Il équipa deux flottes pour deux expéditions. Un ancien prêtre. Gage, qui revenait d’Amérique, lui décrivit, sous de si brillantes couleurs, les colonies espagnoles, leur opulence, leur faiblesse, que Cromwell résolut un coup d’éclat lointain contre le roi catholique, lequel, dit Burnet, n’avait jamais consenti à la paix avec l’Angleterre entre les tropiques. - Le protecteur pouvait donc y porter la guerre avant qu’elle eût été déclarée en Europe. »* Crom.welI pensait que les trésors des Indes occidentales lui permettraient de fonder tout seul son autorité et le dispenseraient d’avoir recours au parlement, son grand obstacle, avec lequel et sans lequel il ne pouvait gouverner. Dès qu’il n’aurait plus de subsides à demander, il annulerait ces parlements redoutables pour lui sur les questions d’argent, mais en tout le reste faciles à vaincre ou du moins à éviter. Il avait toujours les meilleurs cartes de toutes les contrées. Use mit à les consulter avec ardeur. Stoupe, un aventurier suisse que le protecteur consultait volontiers sur les affaires étrangères, s'aperçut que la carte étudiée par Cromwell avec une attention particulière était la carte du Mexique. Il en conclut la probabilité dé la guerre.

La première des expéditions de Cromwell était de dix-huit vaisseaux. Elle avait pour commandant le vice-amiral Penn et logeait une petite armée sous les ordres de Venables, qui devait s’emparer d’Hispaniola (Saint-Domingue). Le vice-amiral et le général ayant échoué contre cette lie se rabattirent sur la . Jamaïque et s’en emparèrent 11 10 mai 1655. Cette conquête ne parut pas à Cromwell une compensation suffisante. A leur retour, il envoya le vice- amiral et le général à la Tour de Lon-

Page 1