‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 164 sur 217 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

après avoir laissé devant Cadix le capitaine Stayner et sept frégates. Le 10 septembre, le vice-roi de Lima revenant d’Amérique avec huit vaisseaux chargés de richesses, Stayner l’attaqua dans les parages de San-Lucar. Il coula quatre vaisseaux, en prit deux, et les autres s’enfuirent vers Gibraltar. Le viceroi fit sauter le vaisseau amiral. Il mourut en héros avec sa femme et deux enfants par l’eau et par le feu, ^ la vue des côtes d’Espagne, où il ne put aborder. Montagne ramena en Angleterre des lingots d’une valeur de deux cent mille livres sterling. Les chariots qui transportèrent cet or de Plyraouth à Londres furent salués passionnément par le peuple, qui n’aimait pas moins l’argent que la gloire et dont il est permis de dire, sans le calomnier, ce que Tacite disait des Romains : « 7êap^ « orôzSy 'postquam vastantibus defiiere terra y mare scm- « tantuTy » Brigands du monde, quand la terre manque à leurs rapines, ils dévastent les mers!

Ces ravages qui comblaient le fisc et que célébrait la renommée facilitèrent la réunion, d’un parlement à Cromwell. Ce grand homme d’État, malgré ses méfiances, malgré son horreur personnelle, sentait que la condition normale du gouvernement de l’Angleterre, — c’était le 'parlement. L’Angleterre ne donne de confiance et de subsides qu’à la voix de ses députés. Quand ils sont groupés en parlement, l’Angleterre respire, elle délie les cordons de sa bourse, elle est prête à tous les dévouements, à tous les sacrifices. Lui refuse-t-on ses parlements, elle devient avare, féroce; elle chicane pour un shilling, elle décapite un roi, elle exterminerait dix lords protecteurs. Cromwell, qui déplorait cela, mais qui le savait, convoqua un parlement le 17 septembre 1656.

L’Angleterre souhaitait un parlement, et Cromwell, tout en satisfaisant -l’Angleterre par ce parlement, le voulait docile pour se contenter lui-nfême.

Il pesa sur les élections et les fit à son gré en Irlande et en Écosse, des ipays* conquis. En Angleterre, -la compression des majors généraux réussit moins. Dans certains comtés, les multitudes crièrent : •* A bas les soldats! w Beaucoup de royalistes furent écartés sans doute , beaucoup de républicains aussi ,

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

entre autres Ludlow, Hutchinson, Harrison, Vane et Bradshaw, mais cependant l’opposition passa assez nombreuse pour que Cromwell en eût de l’ombrage. Il ne dénouera pas ce nœud, il le tranchera.

Du liaut de ce fauteuil élevé qui lui était préparé toujours aux grandes solennités dans la chambre peinte de Westminster, le lord protecteur désirait plaire aux députés et leur faire peur, afin d’obtenir plus d’impôts. C’était le 17 septembre (1056), son mois heureux. Sa parole s’en colora. Il loua les représentants, il les électrisa pour la guerre d’Espagne, pour cette guerre entreprise contre le peuple le plus papiste du globe, contre le peuple de l’inquisition et des auto-da-fé. Il dit que Charles II se disposait à débarquer en Angleterre avec l’intention d’y éteindre la révolution dans le sang, à la tète des Espagnols, des cavaliers, des niveleurs, des hommes de la cinquième monarchie ligués, malgré leurs contradictions monstrueuses, seulement comme ennemis du gouvernement national de la Grande-Bretagne. « C’est ainsi, assura Cromwell, qu’il y eut une réconciliation entre Hérode et Pilate pour que le Christ pût être mis à mort. Que faire donc, poursuivit-il, pour conjurer de tels dangers? — Trois choses : voter les fonds nécessaires, soutenir l’armée et la flotte à l’extérieur, à l’intérieur prêter main-forte au gouvernement. Voilà comment nous vaincrons. Oui, s’écria-t-il en terminant, soyons de bons Anglais, — et que le pape, que l’Espagnol, que Charles Stuart, que le monde entier, que le diable lui-même fondent sur nous, qu’ilsnous environnent et nous chargent comme des abeilles, nous les b'riserons au nom du Seigneur qui est notre rocher! »»

Après ce discours où il mêlait à sa diplomatie raffinée des- •images tirées de la campagne et de la Bible, le lord protecteur renvoya les députés à la salle de leurs séances. Ils trouvèrent à la porte un garde militaire. Sur quatre cents qu’ils étaient^ trois cents avaient été munis d’un certificat du conseil d’État, «* le conseil de Son Altesse ». Ce certificat validait l’élection. Tous ceux qui le présentèrent furent introduits dans la salle des délibérations. Les autres, les cent députés, qui n’avaient pas été favorisés du certificat, furent éliminés. La tyrannie est ma-

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