‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 174 sur 217 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

faible tète de conjuré tout ce qu’il voulut savoir. Le chef de la conspiration était sir Mordaunt, de l’illustre famille de Peterborough, dont j’ai visité la vieille résidence féodale au milieu des prairies du Northamptonshire. L’un des plus compromis avec Mordaunt était Slingsby. La détention à Hull de ce gentilhomme catholique n’avait été qu’une longue tentative de subornation sur les ofiBciers de Cromwell. Le docteur Hewet, enfin, était l’un des trois grands coupables. et le plus éminent. Théologien subtil, prédicateur insinuant, cavalier dans Tàme, il avait toujours été l’un des plus utiles amis de Charles II en Angleterre. Il avait un coup d’œil clair, un courage facile et un dévouement prompt. Il était de ceux que la circonspection ne retient pas dans le cercle paisible des habitudes et que l’audace emporte. Le docteur Hewet, dût-il y laisser sa vie, appelait les hasards d’où pouvait sortir la restauration de l’ancienne dynastie.

Voilà quels étaient les trois conjurés sérieux que le lord protecteur déféra à la haute cour, un tribunal odieux, puisqu’il supprimait le jury en le remplaçant. Le jury n’est pas moins cher aux Anglais que le parlement; le jury est le parlement de la justice, comme le parlement est le jury de la liberté. Cromwell les brisait ou les éludait selon l’occasion. En cette circonstance, Whitelocke refusa de siéger à la haute cour que présida Lisle, un régicide. Slingsby et Hewet furent condamnés à mort. Mordaunt fut préservé par sa femme, qui attendrit les témoins. La haute cour, qui avait destiné la hache à Hemet et à Slingsby, réserva la corde pour Ashton, Stacy et Bellesley. Un grand nombre d'accusés vulgaires furent graciés par Cromwell.

Le pamphlet du colonel Titus avec ce titre : « Tuer nest pas assassiner^ *» n’était pas inconnu; il avait déjà transpiré par fragments. Il fut répandu alors à beaucoup d’exemplaires.

Le colonel invoquait de tous ses vœux la mort du protecteur. — « En ce temps-là, dit-il, la religion sera rétablie, la liberté remise dans ses droits; les parlements recouvreront les privilèges pour lesquels ils ont combattu; nous pourrons espérer d’être régis par d’autres lois que celle de l’épée et par

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

une morale qui ne sera pas le bon plaisir du plus fort. Nous nous flattons que les hommes tiendront leur serment et ne seront plus obligés, pour leur propre conservation, d’ètre menteurs, perfides, infâmes, semblables à ceux qui les gouvernent. Telle est l’attente que nous fondons sur l’heureux trépas de Votre Altesse. ••

Le lord protecteur avait été implacable contre le chevalier Slingsby, un parent de son gendre Falconbridge ; il résista même à lad}' Claypole, sa fille bien-aimée, qui lui disputa par de touchantes supplications la tête du docteur Hewet. Lady Claypole admirait l’éloquence du docteur, sa fidélité aux Stuarts ; elle estimait sa piété, ses lumières et sa charité. E avait été son directeur, quoiqu’il tînt aussi ferme pour l'épiscopat que pour le roi. Lady Claypole inclinait un peu ellemême pour ces deux causes dont l’ascendant de son père parvint à l’éloigner. Elle n’eut pas assez d’influence pour arracher le docteur Hewet au bourreau. Malgré ses larmes, elle échoua auprès du lord protecteur. Cromwell, qui avait été très-clément envers les roj’^alistes, ne voulut pas qu’ils le crussent débonnaire, et il avait résolu de les effrayer par le supplice du plus brillant et du plus brûlant d’entre eux, de celui qu’il appelait « une torche ardente au milieu d’une grange de blé »». Lady Claypole souffrit de ce supplice qu’elle avait essayé de conjurer. En proie à une maladie douloureuse, désolée de la perte d’un enfant qu’elle chérissait, elle fut affligée par surcroît de l’exécution d’un prêtre qu’elle appréciait comme orateur, comme casuiste et comme homme. Mais elle n’eut que de la pitié, la sainte et généreuse pitié d’un cœur de femme, et cette pitié n’était pas de l’amour, ainsi que l’ont prétendu de graves historiens. Il s’est inventé à ce sujet, en Angleterre et ailleurs, tout un roman. 11 faut le saper par la base et restituer l’histoire. On ne diminue pas l’intérêt de l’histoire, on l’augmente par la vérité. Plus on fait l’histoire sérieuse, plus on la fait belle. En cette conjoncture donc, lady Claypole est adorable. Car son sentiment pour le docteur Hewet, comme son sentiment pour les Stuarts, était désintéressé. Il ne dépassait pas la commisération. Ce qui le prouve, c’est une lettre d’elle-

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