‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 176 sur 217 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

M. le prince, le seul homme qui aurait pu contre-balancer Turenne, fut annulé par le marquis de Caracena, sorte de dictateur militaire que Philippe IV avait imposé à son fils. Condé, mécontent des dispositions de don Juan, prédit la défaite et ne s’en conduisit pas moins en héros, malgré la fortune. Turenne vainquit par une stratégie qu’avait prévue Condé, et les Espagnols furent réduits à la retraite. Les Anglais auxiliaires se conduisirent en soldats de Dunbar et de Worcester. Le maréchal de Turenne les loua de leur solidité au feu. Le jour de cette bataille mémorable, Cromwell, à White-Hall, jeûnait avec toute sa maison et implorait les bénédictions du Seigneur. « Vraiment, dit Thurloe, je n’assistai jamais à un exercice de piété où il y eut un plus grand esprit de prière et de foi. »» — « Le Seigneur, dit Fleetwood, inspira au cœur de Son Altesse de passer ce jour à le chercher, et elle reçut une réponse éclatante. » Cette réponse fut la victoire des Dunes (14 juin 1658).

Moins d’une semaine après, le maréchal de Turenne était maître de Dunkerque. Ce dénoûment de siège fut signalé par un événement pathétique. Le marquis de Leyde, qui était gouverneur de la place, fut blessé mortellement. Ce vieux et sombre Espagnol n’attendait que d’ètre hors de ce drame militaire pour s’enfermer dans un cloître et se revêtir d’un cilice jusqu’à la tombe. Il avait vécu en héros, et il rêvait de mourir en saint. Son vœu fut trompé. « Que la volonté de Dieu soit faite et non la mienne, dit-il stoïquement. Il sait ce qui est le mieux en m’envoyant le baptême du soldat. Aussi bien je serai toujours moine, et mon sépulcre sera ma cellule. Que mon corps l’habite, et que mon àme monte vers mon Sauveur ! •*

Louis XrV accourut de Calais à Dunkerque, oû il entra le 24 juin. Ce fut lui qui remit les clefs de cette place à l’ambassadeur d’Angleterre. Lockart les avait réclamées avec une énergie respectueuse, et il prit fièrement possession de Dunkerque au nom dè Cromwell.

Le protecteur avait envoyé à Calais son gendre, lord Falconbridge, le seigneur le plus élégant de sa rude cour, afin de complimenter brillamment Louis XIV. Lejeune roi, qui devait être si hautain plus tard, guidé alors par Mazarin, se tenait la tête

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déconverte en parlant à Fakonbridge pour mienx honorer Cromwell, et le cardinal conduisait ce fat officiel josqn’à sa voiture, ce qu’il ne faisait pas souvent pour le roi.

Du reste, Louis XIV n’avait pas de maison. Il mangeait chez le cardinal, qui, grâce à l’amour d'Anne d’Autriche, usait du trésor de la France comme de son trésor privé et usurpait toute la splendeur de l’autorité royale.

Par un retour de courtoisie, Louis chargea le duc de Créqui de porter une magnifique épée à Cromwell, et le cardinal hâta Mancini, son propre neveu, vers le lord protecteur avec une riche tapisserie des Gobelins et une lettre. Mazarin assurait Cromwell *♦ de sa vénération *r. Il lui exprimait tous ses regrets de ne pouvoir, à cause de l’indisposition de Louis XIV, aller rendre personnellement ses hommages les plus humbles au plus grand homme de l’Europe, à celui qu’il eût le plus souhaité de servir comme son maître, s’il n’eût appartenu déjà au roi de France. Le protecteur accueillit ces messages et ces messagers avec une dignité mêlée de bonhomie. Ses filles, lady Rich et lady Falconbridge, furent très-touchées de la yisite que leur fit le duc de Créqui selon toutes les pompes de l’étiquette.

La cession de Dunkerque à l’Angleterre par Louis XIV fut le dernier triomphe de Cromwell. Il atteignit par là le sommet de sa renommée.

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