‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 179 sur 217 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

sur lui, qu’avait-il besoin de s’épouvanter, cet homme intrépide qui respirait si à l’aise au milieu des embûches et des armes? Dans les occasions, il n’était jamais effrayé, et c’est toujours lui qui rassurait les autres. Justement en cette année 1658, un étranger venu d’Italie lui apportait une lettre de la reine Christine. Tout le conseil s’émut. Rome était le centre des poisons subtils et soudains. Le lord protecteur n’avait qu’une manière prudente d’agir : c’était de désigner un de ses colonels aides de camp pour recevoir l’envoyé énigmatique et suspect de la reine. Cromwell {Mém. de Whitelocke, p. 047) rit dans sa barbe de son rire héroïque et familier. Il répondit à ces belles peurs en affrontant lui- même avec sérénité le messager inconnu de Christine. Ce messager n’avait aucun dessein sinistre, et sa mission se bornait à justifier la reine de Suède de son attentat sur Monaldeschi.

Je voudrais bien avoir déchiré le#nuages de la légende accumulés sur lady Claypole et dissipé ce conte des effrois puérils de Cromwell. Il prenait ses précautions contre ses ennemis; mais des précautions d’homme, et il vivait ensuite' insouciant du poignard, confiant dans le Seigneur, à White-Hall, comme autrefois sous la tente. Je rougirais d’insister, et je passe. Il est une chose seulement qu’il éprouva sans doute. Quand il eut vidé toute la coupe des grandeurs humaines, la lie était au fond, et l’amertume lui resta. J’ai souvent songé pour Cromwell à ce siège de Tredagh, où il entra par la brèche et qu’il noj a dans le sang. Ses soldats, après avoir tué le gouverneur de la place, le brave Ashton, coururent, je l’ai raconté, à sa jambe artificielle. Ils la croyaient d’or, elle était de bois. Gromw'ell eut un mécompte analogue, et il en fut de même de son sceptre. Ce sceptre, au faite de sa fortune, ne fut pas le souverain Bien. Il avait néanmoins, par intervalles, d’intenses moments de bonheur, comme lorsqu’il reçut, par exemple, la première dépêche de Lockart datée de Dunkerque.

William Temple, l’un des gentilshommes les plus littéraires et des diplomates les plus habiles de la restauration, assure que Cromwell, après avoir pris par les Français Dunkerque aux Espagnols, aurait changé d’alliance, afin de prendre par

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

les Espagnols Calais aux. Français. Le lord protecteur était bien capable de cette tactique, mais la mort ne lui mesurait plus aucune conquête; elle planait déjà sur White-Hall et sur Hampton-Court.

Dans ces demeures splendides, Cromwell se montrait plus que majestueux avec les ambassadeurs étrangers, et simple avec les sectaires. Les sectaires l’attiraient, et s’il avait de l’astuce, il n’avait pas moins de bonhomie avec eux. Il avait soin de les rencontrer et de les faire venir près de lui. Alors il affectait l’humilité au milieu du luxe de ses palais. Il priait ces petits de s’asseoir et de garder leur chapeau sur leur tête. Il leur disait : « Voilà l’égalité fraternelle qui me plaît. Ah! quelle consolation ce sera pour moi de substituer •« la gaule du « berger, » à l’épée du lord protecteur! Je le ferai, vous en serez témoins, lorsque l’anarchie du pays me permettra de déposer le pesant fardeau du pouvoir, « trop lourd pour un « homme. » Beaucoup s’en allaient touchés, et proclamaient l’ingénuité de Cromwell avec les saints. •

George Fox, le père démocratique des Quakers, le précurseur de Barclay et de Penn, était l’un de ces sectaires qui se présentaient quelquefois aux résidences royales de Cromwell pour lui recommander « les amis. » Cromwell causait avec le pauvre vagabond, réparait des injustices, et prescrivait, en retour de sa bienveillance, le respect des lois. Par instants, il raillait; mais le plus souvent il était attentif et miséricordieux.

Vers le temps où nous sommes, quelques semaines après la soumission de Dunkerque, « les frères » étant persécutés, Fox s’adressa au lord protecteur. Il l’aborda pendant qu’il faisait sa promenade, le soir, dans son grand carrosse à Hyde-Park. Les gardes repoussèrent d’abord cette sorte de mendiant, mais Cromwell, reconnaissant Fox, le fit approcher et l’ajourna cordialement au lendemain.

Ce n’était pas la première fois que le protecteur était doux au candide sectaire. Dans les oppressions précédentes contre les quakers, Fox avait obtenu une audience de Cromwell. « La paix soit dans cette maison, » dit Fox en passant le seuil de la

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